--J’ai entrepris cette tâche--oh, bien puérile! je l’avoue--de relever
sur la carte les itinéraires des héros. D’après les descriptions, j’ai
pu situer le conte dans la géographie et m’assurer que, si les exploits
sont faux ou du moins fardés, rien n’est plus vrai que leur décor.
«Voici, messieurs, l’endroit où, selon les paroles ailées d’Homère,
l’astucieux Ulysse entendit chanter les sirènes.
--Il est assez curieux,--fit M. de Cogoulin,--que mon vaisseau la
_Sirène_ soit précisément venu dans ces parages pour y navrer sa figure
de proue, laquelle avait forme de chanteuse homérique...
--La seule, sans doute, que notre ciel ait jamais vue!--répliqua M. de
Chambanne en haussant les épaules.--Il n’y a de sirènes qu’en bois, aux
avants des navires, et que sur les écus, en peinture. A ma connaissance,
trois maisons de France en portent dans leurs armoiries--en tant que
pièces--s’y peignant et mirant, deux ou une, au naturel ou d’argent.
Mais la héraldique emploie davantage les femmes-dauphins comme supports
de blason; ainsi...
--Fi! mon ami!--s’écria Mme de Chambanne,--l’aride science auprès de la
mythologie!