M. Gabaret fit la moue.

L’amphytrion avoua que tout ceci--maison, fresques et concert--était

l’œuvre de la baronne, entichée des choses anéanties et de leur

résurrection.

--Pour moi, messieurs, j’en profite en paresseux, mais je confesse que

cette architecture me fait oublier celle de M. Mansard... Et,--dit-il en

montrant l’océan,--voici les grandes eaux de Dieu qui valent bien celles

de Versailles!

M. de Kerjan écoutait la flûte en regardant les frises. Quand le morceau

se fut terminé sur une plainte évasive et un ronflement épuisé, il

complimenta Mme de Chambanne, et la trouva plus jolie qu’au prime abord.

En vérité, cette petite précieuse avait les yeux d’une déesse, de larges

yeux, des yeux limpides, qui semblaient toujours en contemplation devant

une mer immense et calme.

Les laquais, cependant, avaient enlevé les potages et disposaient en

ovale le premier service, qui était de six entrées de poulardes et de

deux hors-d’œuvre de cailles, avec une oille au milieu.

Sous les plumes des chapeaux, les convives prirent, malgré leur qualité,

ce visage que procure une douceur inattendue.

--Le savoureux spectacle!--s’écria M. de Cogoulin.

--Corbleu! madame,--fit M. Gabaret, dont l’épée se trémoussa,--qu’on est

heureux de vous trouver sur sa route, vous et vos victuailles!

--Eh, messieurs!--dit Mme de Chambanne,--pour des gens qui vont où vous

allez, quelle belle humeur!

--Quoi de plus naturel?--expliqua M. de Kerjan.--D’abord, les batailles

sont notre lot. Nous les allons quérir sans tristesse, mais, d’honneur!

sans joie non plus! Et c’est pourquoi, voguant à la guerre certaine, à

la mort possible, ne croyant pas toucher terre de longtemps--peut-être

de jamais--cette soirée nous enchante d’être une escale inespérée de

paix luxueuse et de vie charmante.

Le voyage immobile, suivi d'autres histoires singulières · 第 25 / 34 题