LII

Le théâtre de Peau-d'Âne, très agrandi en profondeur, avec une série

prolongée de portants, était maintenant monté à poste fixe chez tante

Claire. La petite Jeanne, plus intéressée depuis les nouveaux

déploiements de mise en scène, venait plus souvent; elle peignait des

fonds, sous mes ordres, et j'aimais ces moments-là où je reprenais sur

elle toute ma supériorité. Nous possédions maintenant, dans nos

réserves, de pleines boîtes de personnages ayant chacun leur nom et leur

rôle, et, pour les défilés fantastiques, des régiments de monstres, de

bêtes, de gnomes, modelés en pâte et peints à l'aquarelle.

Je me souviens de notre satisfaction, de notre enthousiasme, le jour où

fut essayé le grand décor circulaire sans portants qui représentait le

«vide». Des petits nuages roses, éclairés par côté au jour frisant,

erraient dans une étendue bleue que des voiles de gaze rendaient

indécise. Et le char d'une fée aux cheveux de soie, trainé par deux

papillons, s'avançait au milieu, soutenu par d'invisibles fils.

Cependant rien n'aboutissait complètement, parce que nous ne savions pas

nous borner; c'étaient chaque fois des conceptions nouvelles, toujours

de plus étonnants projets, et la répétition générale était reculée de

mois en mois, jusque dans un avenir improbable...

Toutes les entreprises de ma vie auront, ou ont eu déjà, le sort de

cette Peau-d'Âne...

Le roman d'un enfant · 第 55 / 93 题