XLIV

Le lendemain de mon arrivée chez l'oncle du Midi, on me présenta comme

camarades les petits Peyral, qui portaient, suivant l'usage du pays, des

surnoms précédés d'un article déterminatif. C'étaient la Maricette et la

Titi, deux petites filles de dix à onze ans (toujours des petites

filles), et le Médou, leur frère cadet, presque un bébé qui comptait

peu.

Comme j'étais en somme plus enfant que mes douze ans,--malgré ces

aperçus que j'avais peut-être sur des choses situées au delà du champ

ordinaire de la vue des petits,--nous formâmes tout de suite une bande

des plus sympathiques, et notre association dura même plusieurs étés.

Sur tous les coteaux d'alentour, le père de ces petits Peyral possédait

des bois, des vignes, où nous devînmes les maîtres absolus; personne

n'y contrôlait nos entreprises, même les plus saugrenues. Dans ce

village en pleine campagne, où nos familles étaient si respectées par

les paysans d'alentour, on jugeait qu'il n'y avait aucun inconvénient à

nous laisser errer à l'aventure. Nous partions donc tous les quatre dès

le matin, pour des expéditions mystérieuses, pour des dînettes dans les

vignes éloignées ou des chasses aux papillons introuvables; enrôlant

même quelquefois des petits paysans quelconques, toujours prêts à nous

suivre avec soumission. Et, après la surveillance de tous les instants à

laquelle j'avais été habitué jusque-là, une liberté pareille devenait un

changement délicieux. Une vie toute nouvelle d'indépendance et de grand

air commençait pour moi dans ces montagnes; mais je pourrais presque

dire que c'était la continuation de ma solitude, car j'étais l'aîné de

ces enfants qui partageaient mes jeux très fantasques, et il y avait des

abîmes entre nous dans le domaine des conceptions intellectuelles, du

rêve...

J'étais d'ailleurs le chef incontesté de la troupe; la Titi seule avait

quelques révoltes tout de suite apaisées; gentiment ils ne songeaient

tous qu'à me faire plaisir, et cela m'allait, de dominer ainsi.

C'est la première petite bande que j'aie menée. Plus tard, pour mes

amusements, j'en ai eu bien d'autres, moins faciles à conduire; mais, de

tout temps, j'ai préféré les composer ainsi d'êtres plus jeunes que moi,

plus jeunes d'esprit surtout, plus simples, ne contrôlant pas mes

fantaisies et ne souriant jamais de mes enfantillages.

Le roman d'un enfant · 第 48 / 93 题