Le lendemain de mon arrivée chez l'oncle du Midi, on me présenta comme
camarades les petits Peyral, qui portaient, suivant l'usage du pays, des
surnoms précédés d'un article déterminatif. C'étaient la Maricette et la
Titi, deux petites filles de dix à onze ans (toujours des petites
filles), et le Médou, leur frère cadet, presque un bébé qui comptait
peu.
Comme j'étais en somme plus enfant que mes douze ans,--malgré ces
aperçus que j'avais peut-être sur des choses situées au delà du champ
ordinaire de la vue des petits,--nous formâmes tout de suite une bande
des plus sympathiques, et notre association dura même plusieurs étés.
Sur tous les coteaux d'alentour, le père de ces petits Peyral possédait
des bois, des vignes, où nous devînmes les maîtres absolus; personne
n'y contrôlait nos entreprises, même les plus saugrenues. Dans ce
village en pleine campagne, où nos familles étaient si respectées par
les paysans d'alentour, on jugeait qu'il n'y avait aucun inconvénient à
nous laisser errer à l'aventure. Nous partions donc tous les quatre dès
le matin, pour des expéditions mystérieuses, pour des dînettes dans les
vignes éloignées ou des chasses aux papillons introuvables; enrôlant
même quelquefois des petits paysans quelconques, toujours prêts à nous
suivre avec soumission. Et, après la surveillance de tous les instants à
laquelle j'avais été habitué jusque-là, une liberté pareille devenait un
changement délicieux. Une vie toute nouvelle d'indépendance et de grand
air commençait pour moi dans ces montagnes; mais je pourrais presque
dire que c'était la continuation de ma solitude, car j'étais l'aîné de
ces enfants qui partageaient mes jeux très fantasques, et il y avait des
abîmes entre nous dans le domaine des conceptions intellectuelles, du
rêve...
J'étais d'ailleurs le chef incontesté de la troupe; la Titi seule avait
quelques révoltes tout de suite apaisées; gentiment ils ne songeaient
tous qu'à me faire plaisir, et cela m'allait, de dominer ainsi.
C'est la première petite bande que j'aie menée. Plus tard, pour mes
amusements, j'en ai eu bien d'autres, moins faciles à conduire; mais, de
tout temps, j'ai préféré les composer ainsi d'êtres plus jeunes que moi,
plus jeunes d'esprit surtout, plus simples, ne contrôlant pas mes
fantaisies et ne souriant jamais de mes enfantillages.