Cependant les retours du jeudi soir auraient eu aussi un grand charme
quelquefois, n'eût été le remords de ces devoirs jamais finis.
On me reconduisait en voiture, ou à âne, ou à pied jusqu'à la rivière.
Une fois sorti du plateau pierreux de la rive sud, une fois repassé sur
l'autre bord, je trouvais toujours mon père et ma soeur venus à ma
rencontre, et avec eux je reprenais gaiement la route droite qui menait
au logis, entre les grandes prairies; je rentrais d'un bon pas, dans la
joie de revoir maman, les tantes et la chère maison.
Quand on entrait en ville, par la vieille porte isolée, il faisait tout
à fait nuit, nuit d'été ou de printemps; en passant devant la caserne
des équipages, on entendait les musiques familières de tambours et de
clairons annonçant l'heure hâtive du coucher des matelots.
Et, en arrivant au logis, c'était généralement au fond de la cour que je
retrouvais les chères robes noires, assises, à la belle étoile ou sous
les chèvrefeuilles.
Au moins, si les autres étaient rentrées, j'étais sûr de trouver là
tante Berthe, seule, toujours indépendante de caractère, et dédaigneuse
des rhumes du soir, des fraîcheurs du serein; après m'avoir embrassé,
elle flairait mes habits, en reniflant un peu pour me faire rire, et
disait: «Oh! tu sens la Limoise, petit!»
Et, en effet, je sentais la Limoise. Quand on revenait de là-bas, on
rapportait toujours avec soi une odeur de serpolet, de thym, de mouton,
de je ne sais quoi d'aromatique, qui était particulier à ce recoin de la
terre.