III. 1160.

_Carta de gageria quam habet ecclesia de Burgo a Giraldo Bastet in portu

de Burgo_[A]

EGO Odo Dei gracia Valentinus episcopus[1], per presentem cartam sigilli

mei impressione signatam tam presentibus quam futuris notum facere dignum

duxi, quod prior & canonici Sancti Petri de Burgo suam michi presenciam

exhibentes, tum quibusdam scripturis tum testibus idoneis sufficienter

coram me probaverunt, quod Giraudus Bastet[2] quicquid iuris in portu de

Burgo habere videbatur, pro C.C.C.C. solidis Viennensis monete[3] pignori

obligavit priori & canonicis eiusdem ecclesie presentibus & futuris; ita

tamen quod quandocumque pignus huiusmodi sibi vel heredi suo fuerit

redimendi facultas, postquam idem[4] canonici annualem censum omnino

receperint & debite fortis plenam habuerint solucionem, ius proprietatis

quod in eodem portu sibi congruere debet, libere & quiete ad eum redibit &

eius vel heredis sui convertetur in usus. Preterea iuxta eiusdem pacti

tenorem si forte idem canonici emcionis vel pignoris causa ab his qui in

partem eiusdem Giraudi sub ipsius dominio predicti portus possessores

existunt, quicquam poterint vendicare, prehabito tamen ipsius Gir. vel

heredis sui consilio, libere & quiete sibi adquirere & possidere liceat; &

cum idem pignus liberabitur quascumque in adquisicione rusticani iuris[5]

eadem ecclesia expensas fecisse videbitur, cum debita forte plenarie

recuperare debebit. Vt igitur ea que predicta sunt firma maneant &

inconcussa, & ad quorumlibet calumniancium iniuriam cohercendam si forte

ibidem ab aliquo fuerit illata, quod idem Gir. pro posse suo se opponat ita

tamen quod guerram vel expensas inde non faciat, ipse & Willelmus de Cruzol

frater eius sub iuramento promiserunt; insuper & fideiussores & obsides

constituti sunt Petrus Ugonis, Galbertus de Balfre cum ipsis; & si forte

super hoc aliqua predictis canonicis ab aliquo inferretur iniuria unde

adversus Gir. merito conqueri deberent, ad commonicionem prioris vel

alicuius canonici infra Valenciam tamdiu obsidium sub iuramento tenere

debent, donec de dampnis sibi illatis condigne sit satifactum (_sic_). Si

vero predictorum aliquem interim mori contigerit, eque idoneus obses vel

fideiussor ad commonicionem prioris vel alicuius canonici de Burgo sine

mora restitui debet. Quod ut fideliter observetur hec omnia laudavit Agnes

uxor Gir. & fideiussores constituti sunt Willelmus Eustorgii, Guinisius de

Castro Novo[6], Ar. de Castro Boc[7]. Testes sunt Falco prior, Siebodus,

Petrus, Willelmus Aaugis, Boso, Vgo de Pairan, Willelmus de Alexiano.

Eapropter supradictis testibus & eorumdem canonicorum scripturis ego plenam

adhibens fidem, quod inter eos & ipsum Gir. contractum fuerat confirmavi &

robur auctoritatis mee atribui. Facta sunt hec anno ab Incarnacione Domini

M^{o} C^{o} lx.

[A] Texte pris sur l'original, parchemin de 26 lignes, avec sceau de

l'évêque Odon sur lemnisque de cuir. Au dos se trouve cet autre titre:

_Debitum ecclesie Burgi contra Giraudum Basteti de IIII^{c} sol. Vien. ex

causa mutui facti anno M^{o} Clx_,--& cette analyse: _Giraudus Basteti

obligavit priori & canonicis Sancti Petri de Burgo Valentie totum jus quod

habebat in portu Rodani pro CCCC. solidis quos habuit ab ecclesia; & donec

solvisset dictos sol. debebant percipere censum pertinens sibi pro parte

quam habebat in dicto portu._--Cette charte a été transcrite dans

l'_Invent. rais._, fol. 41, avec la cote n^{o} 21.

[1] Odon ou Eudes de Chaponay, second évêque de ce nom (ch. II, n. 2,

d'après le Cartulaire de Saint-Chaffre, p. 29), était fils de Gui (_Guido_)

de Chaponay & d'Anne de Beaumont (COLUMBI, _Opuscula varia_, pp. 256 & 567

sqq.), & oncle de Guillaume de Crussol (ch. IV) & par conséquent de

Giraud Bastet, son frère. D'après le P. COLUMBI, Odon, évêque vers 1154,

l'était encore en 1188; M. MARION indique: _vers_ 1156--_vers_ 1188. Nous

possédons treize chartes inédites de ce prélat: la plus ancienne est de

1158 & la dernière de 1185; nous prouverons (ch. IX, n. 3) que son

successeur Falcon siégeait en 1187.--Le sceau d'Odon est à notre

connaissance encore appendu à quatre titres; la légende est: [sigillum]

ODO·VALENTINVS·EPISCOPVS.

[2] Le P. ANSELME (_Hist. généalog_., etc., t, III, p. 702 sqq.) a donné

une généalogie des seigneurs de Crussol, qu'il ne fait pas remonter au-delà

du XIII^{e} siècle: le Cartulaire de Saint-Pierre du Bourg lui aurait

permis d'y ajouter quelques degrés. Giraud (nommé par sobriquet) Bastet,

dont la mère est qualifiée de vicomtesse (ch. IV), avait pour oncle

l'évêque de Valence Odon, pour frère Guillaume de Crussol (ch. III & IV) &

pour femme Agnès (ch. III). Il eut pour descendants Gui & Adalbert, qui

apparaissent en 1209, (ch. XVI); Gui vivait encore vers 1224 (ch. XXXIII),

& avait pour fils Giraud Bastet (I^{er} du P. ANSELME) que nous voyons

encore en 1233, 38 & 45; Adalbert, auquel son père avait donné ses droits

sur le port du Bourg paraît en 1210, 14, 33 & 38. Nous ne pousserons pas

plus loin ces détails généalogiques: heureux d'avoir fourni des titres

authentiques à ceux qui voudront compléter ou reprendre l'histoire de cette

famille (voir encore ch. IV, n. 1). Ses armes, que nous avons trouvées sur

deux sceaux appendus à des chartes de 1233 & 1238, étaient: _fascé d'or &

de sinople de six pièces_; la légende porte: [sigillum] S. GIRAVDI

BASTET.--Le nom de _Bastet_ se propagea aussi dans la maison de Crussol

d'Uzès: le chevalier Pons Bastet, de cette famille, fit en 1190 partie de

la troisième croisade; ses armes figurent sous le n^{o} 9 des insertions

supplémentaires de la galerie des Croisades du musée de Versailles: _de

gueules à trois bandes d'or_.

[3] Il serait difficile d'apprécier la valeur actuelle de cette somme;

rappelons seulement que la livre valait à cette époque 18 fr. 443^{m}

(table de DERNIS); le sou d'argent avait pour équivalent douze deniers & le

sou d'or quarante; enfin, le denier était, deux siècles après Charlemagne,

la 124^{e} partie de la livre (ABOT DE BAZINGHEN, _Traité des monnoies_).

Le sou d'or vaudrait, à ce compte, 6 fr. & celui d'argent 1 fr. 784^{m};

les 400 sous dont il s'agit ici, supposés en monnaie d'or, vaudraient, à

leur tour, 2400 fr.; somme qui paraît au-dessous de la valeur de la part du

port donnée en nantissement à l'église du Bourg par Giraud Bastet. Nous

trouvons la preuve de cette conjecture dans la charte XVI: le Chapitre en

retirait alors 20 livres de revenu, soit, d'après la valeur de la livre à

cette époque (ch. VI, n. 4), 393 fr. 44 c. En supposant le revenu du

chapitre à peu près égal à l'intérêt de la somme engagée & l'argent prêté

au denier vingt, ces 20 livres auraient valu en capital 7868 fr. 88 c., ce

qui rend le sou d'or équivalent à 19 fr. 672^{m}, valeur intrinsèque qu'il

est nécessaire de multiplier par le _pouvoir_ de l'argent, pour en

connaître la valeur relative à notre époque.--Voir sur la numismatique des

archevêques de Vienne: FAURIS DE SAINT-VINCENS, _Mémoire sur les monnoies

qui ont eu cours en Provence_;--TOBIESEN-DUBY, _Traité des monnoies des

prélats & des barons_, t. I, p. 1;--_Mémoires de l'Académie des Inscript.

& Belles-Lettres_, t. XV, p. 482;--L. FOULQUES, Essai sur l'art monétaire &

sur l'origine des hôtels des monnaies de Lyon, Macon & Vienne, 1837;--G. DI

SAN QUINTINO, _Monete del X^{o} e del XI^{o} secolo scoperte nei dintorni

di Roma_; Torino, 1846, p. 20;--_Dictionn. de Numismatique & de

Sigillographie religieuses_; Paris, Migne, 1852, col. 1428;--H. MORIN,

_Numismatique féodale du Dauphinè_; Paris, 1854, in-4^{o}, pp. 1-38, pl. I-

IV & XXIII, n. 1;--POEY D'AVANT, _Monnaies féodales de la France_, 3 vol.

in-4^{o}, 1858-1862, t. III, pp. 39-47;--_Bulletin de la Société_, Ire an.,

p. 230.

[4] Contraction pour _iidem_.

[5] Le _Lexicon manuale ad script. mediæ & inf. latinitatis ex glossariis

Car. Dufresne-Ducangii, Carpentarii, Adelungii & aliorum_, Paris, 1858,

grand in-8^{o}, ne fait pas mention de cette acception du mot _jus_. Elle

s'applique au liv. III, tit. XLIX, _De immunitate ecclesiarium_, etc.,

chap. 3^{e} des Décrétales de Grégoire IX (_Corpus iuris canonici_, ed. I.

Hen. Bochmer, Halæ Magdeb., 1747, in-4^{o}, t. II, col. 617), relatif au

droit de chaque église sur les colons de ses terres.

[6] La famille de Châteauneuf-d'Isère (voir ch. XIII, n, 2) sut la

bienfaitrice de tous les établissements religieux des environs.

[7] Châteaubourg, en Vivarais (voir ch. XIII, n. 4).

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Chartvlarivm Ecclesiae Sancti Petri de Bvrgo Valentiae Ordinis Sancti Avgvstini · 第 12 / 103 题