_Carta de gageria quam habet ecclesia de Burgo a Giraldo Bastet in portu
de Burgo_[A]
EGO Odo Dei gracia Valentinus episcopus[1], per presentem cartam sigilli
mei impressione signatam tam presentibus quam futuris notum facere dignum
duxi, quod prior & canonici Sancti Petri de Burgo suam michi presenciam
exhibentes, tum quibusdam scripturis tum testibus idoneis sufficienter
coram me probaverunt, quod Giraudus Bastet[2] quicquid iuris in portu de
Burgo habere videbatur, pro C.C.C.C. solidis Viennensis monete[3] pignori
obligavit priori & canonicis eiusdem ecclesie presentibus & futuris; ita
tamen quod quandocumque pignus huiusmodi sibi vel heredi suo fuerit
redimendi facultas, postquam idem[4] canonici annualem censum omnino
receperint & debite fortis plenam habuerint solucionem, ius proprietatis
quod in eodem portu sibi congruere debet, libere & quiete ad eum redibit &
eius vel heredis sui convertetur in usus. Preterea iuxta eiusdem pacti
tenorem si forte idem canonici emcionis vel pignoris causa ab his qui in
partem eiusdem Giraudi sub ipsius dominio predicti portus possessores
existunt, quicquam poterint vendicare, prehabito tamen ipsius Gir. vel
heredis sui consilio, libere & quiete sibi adquirere & possidere liceat; &
cum idem pignus liberabitur quascumque in adquisicione rusticani iuris[5]
eadem ecclesia expensas fecisse videbitur, cum debita forte plenarie
recuperare debebit. Vt igitur ea que predicta sunt firma maneant &
inconcussa, & ad quorumlibet calumniancium iniuriam cohercendam si forte
ibidem ab aliquo fuerit illata, quod idem Gir. pro posse suo se opponat ita
tamen quod guerram vel expensas inde non faciat, ipse & Willelmus de Cruzol
frater eius sub iuramento promiserunt; insuper & fideiussores & obsides
constituti sunt Petrus Ugonis, Galbertus de Balfre cum ipsis; & si forte
super hoc aliqua predictis canonicis ab aliquo inferretur iniuria unde
adversus Gir. merito conqueri deberent, ad commonicionem prioris vel
alicuius canonici infra Valenciam tamdiu obsidium sub iuramento tenere
debent, donec de dampnis sibi illatis condigne sit satifactum (_sic_). Si
vero predictorum aliquem interim mori contigerit, eque idoneus obses vel
fideiussor ad commonicionem prioris vel alicuius canonici de Burgo sine
mora restitui debet. Quod ut fideliter observetur hec omnia laudavit Agnes
uxor Gir. & fideiussores constituti sunt Willelmus Eustorgii, Guinisius de
Castro Novo[6], Ar. de Castro Boc[7]. Testes sunt Falco prior, Siebodus,
Petrus, Willelmus Aaugis, Boso, Vgo de Pairan, Willelmus de Alexiano.
Eapropter supradictis testibus & eorumdem canonicorum scripturis ego plenam
adhibens fidem, quod inter eos & ipsum Gir. contractum fuerat confirmavi &
robur auctoritatis mee atribui. Facta sunt hec anno ab Incarnacione Domini
M^{o} C^{o} lx.
[A] Texte pris sur l'original, parchemin de 26 lignes, avec sceau de
l'évêque Odon sur lemnisque de cuir. Au dos se trouve cet autre titre:
_Debitum ecclesie Burgi contra Giraudum Basteti de IIII^{c} sol. Vien. ex
causa mutui facti anno M^{o} Clx_,--& cette analyse: _Giraudus Basteti
obligavit priori & canonicis Sancti Petri de Burgo Valentie totum jus quod
habebat in portu Rodani pro CCCC. solidis quos habuit ab ecclesia; & donec
solvisset dictos sol. debebant percipere censum pertinens sibi pro parte
quam habebat in dicto portu._--Cette charte a été transcrite dans
l'_Invent. rais._, fol. 41, avec la cote n^{o} 21.
[1] Odon ou Eudes de Chaponay, second évêque de ce nom (ch. II, n. 2,
d'après le Cartulaire de Saint-Chaffre, p. 29), était fils de Gui (_Guido_)
de Chaponay & d'Anne de Beaumont (COLUMBI, _Opuscula varia_, pp. 256 & 567
sqq.), & oncle de Guillaume de Crussol (ch. IV) & par conséquent de
Giraud Bastet, son frère. D'après le P. COLUMBI, Odon, évêque vers 1154,
l'était encore en 1188; M. MARION indique: _vers_ 1156--_vers_ 1188. Nous
possédons treize chartes inédites de ce prélat: la plus ancienne est de
1158 & la dernière de 1185; nous prouverons (ch. IX, n. 3) que son
successeur Falcon siégeait en 1187.--Le sceau d'Odon est à notre
connaissance encore appendu à quatre titres; la légende est: [sigillum]
ODO·VALENTINVS·EPISCOPVS.
[2] Le P. ANSELME (_Hist. généalog_., etc., t, III, p. 702 sqq.) a donné
une généalogie des seigneurs de Crussol, qu'il ne fait pas remonter au-delà
du XIII^{e} siècle: le Cartulaire de Saint-Pierre du Bourg lui aurait
permis d'y ajouter quelques degrés. Giraud (nommé par sobriquet) Bastet,
dont la mère est qualifiée de vicomtesse (ch. IV), avait pour oncle
l'évêque de Valence Odon, pour frère Guillaume de Crussol (ch. III & IV) &
pour femme Agnès (ch. III). Il eut pour descendants Gui & Adalbert, qui
apparaissent en 1209, (ch. XVI); Gui vivait encore vers 1224 (ch. XXXIII),
& avait pour fils Giraud Bastet (I^{er} du P. ANSELME) que nous voyons
encore en 1233, 38 & 45; Adalbert, auquel son père avait donné ses droits
sur le port du Bourg paraît en 1210, 14, 33 & 38. Nous ne pousserons pas
plus loin ces détails généalogiques: heureux d'avoir fourni des titres
authentiques à ceux qui voudront compléter ou reprendre l'histoire de cette
famille (voir encore ch. IV, n. 1). Ses armes, que nous avons trouvées sur
deux sceaux appendus à des chartes de 1233 & 1238, étaient: _fascé d'or &
de sinople de six pièces_; la légende porte: [sigillum] S. GIRAVDI
BASTET.--Le nom de _Bastet_ se propagea aussi dans la maison de Crussol
d'Uzès: le chevalier Pons Bastet, de cette famille, fit en 1190 partie de
la troisième croisade; ses armes figurent sous le n^{o} 9 des insertions
supplémentaires de la galerie des Croisades du musée de Versailles: _de
gueules à trois bandes d'or_.
[3] Il serait difficile d'apprécier la valeur actuelle de cette somme;
rappelons seulement que la livre valait à cette époque 18 fr. 443^{m}
(table de DERNIS); le sou d'argent avait pour équivalent douze deniers & le
sou d'or quarante; enfin, le denier était, deux siècles après Charlemagne,
la 124^{e} partie de la livre (ABOT DE BAZINGHEN, _Traité des monnoies_).
Le sou d'or vaudrait, à ce compte, 6 fr. & celui d'argent 1 fr. 784^{m};
les 400 sous dont il s'agit ici, supposés en monnaie d'or, vaudraient, à
leur tour, 2400 fr.; somme qui paraît au-dessous de la valeur de la part du
port donnée en nantissement à l'église du Bourg par Giraud Bastet. Nous
trouvons la preuve de cette conjecture dans la charte XVI: le Chapitre en
retirait alors 20 livres de revenu, soit, d'après la valeur de la livre à
cette époque (ch. VI, n. 4), 393 fr. 44 c. En supposant le revenu du
chapitre à peu près égal à l'intérêt de la somme engagée & l'argent prêté
au denier vingt, ces 20 livres auraient valu en capital 7868 fr. 88 c., ce
qui rend le sou d'or équivalent à 19 fr. 672^{m}, valeur intrinsèque qu'il
est nécessaire de multiplier par le _pouvoir_ de l'argent, pour en
connaître la valeur relative à notre époque.--Voir sur la numismatique des
archevêques de Vienne: FAURIS DE SAINT-VINCENS, _Mémoire sur les monnoies
qui ont eu cours en Provence_;--TOBIESEN-DUBY, _Traité des monnoies des
prélats & des barons_, t. I, p. 1;--_Mémoires de l'Académie des Inscript.
& Belles-Lettres_, t. XV, p. 482;--L. FOULQUES, Essai sur l'art monétaire &
sur l'origine des hôtels des monnaies de Lyon, Macon & Vienne, 1837;--G. DI
SAN QUINTINO, _Monete del X^{o} e del XI^{o} secolo scoperte nei dintorni
di Roma_; Torino, 1846, p. 20;--_Dictionn. de Numismatique & de
Sigillographie religieuses_; Paris, Migne, 1852, col. 1428;--H. MORIN,
_Numismatique féodale du Dauphinè_; Paris, 1854, in-4^{o}, pp. 1-38, pl. I-
IV & XXIII, n. 1;--POEY D'AVANT, _Monnaies féodales de la France_, 3 vol.
in-4^{o}, 1858-1862, t. III, pp. 39-47;--_Bulletin de la Société_, Ire an.,
p. 230.
[4] Contraction pour _iidem_.
[5] Le _Lexicon manuale ad script. mediæ & inf. latinitatis ex glossariis
Car. Dufresne-Ducangii, Carpentarii, Adelungii & aliorum_, Paris, 1858,
grand in-8^{o}, ne fait pas mention de cette acception du mot _jus_. Elle
s'applique au liv. III, tit. XLIX, _De immunitate ecclesiarium_, etc.,
chap. 3^{e} des Décrétales de Grégoire IX (_Corpus iuris canonici_, ed. I.
Hen. Bochmer, Halæ Magdeb., 1747, in-4^{o}, t. II, col. 617), relatif au
droit de chaque église sur les colons de ses terres.
[6] La famille de Châteauneuf-d'Isère (voir ch. XIII, n, 2) sut la
bienfaitrice de tous les établissements religieux des environs.
[7] Châteaubourg, en Vivarais (voir ch. XIII, n. 4).
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