[_Bulla privilegii Alexandri II papæ_][A].
(Habemus) Bullam Alexandri papæ II continentem quatuor capita in substantia
effectualiter. Primum quidem, quod ipse papa ecclesiam Sancti Petri de
Burgo sub deffensione Sedis Apostolicæ recepit[1]. Secundum, quod omnia
eidem ecclesiæ olim oblata seu offerenda, tam a Gontardo episcopo
Valentiæ[2] quam etiam a suis prædecessoribus seu a quibuscunque fidelibus,
confirmavit. Tertium, quod indebitas atque injustas consuetudines seu
invasiones, quas ipse episcopus seu prædecessores sui fecerunt, omnino
irritas & inutiles decrevit. Quartum, quod interdicit ut nulla persona
dictam ecclesiam de his inquietet seu diminuat, indebitos atque nocuos
mores imponat. Quod si aliquis attemptaverit & admonitus canonice emendare
contempserit, sciat se authoritate apostolica excommunicatum. Datum
Laterani, vj^{o} kalendas februarii, pontificatus sui anno quarto [3].
[A] Analyse tirée de l'_Inventaire raisonné_, fol. 2 (_Cartulaire_, fol.
CCV).
[1] Au moyen âge, il est peu d'établissements religieux en France qui
n'aient obtenu d'être mis sous la protection du Saint-Siége: en quoi
consistait ce privilége? Il ne sera pas inutile de l'indiquer au début de
ces publications diplomatiques. Les bulles de priviléges accordées aux
monastères par les papes les exemptaient de la juridiction épiscopale
ordinaire & les soumettaient directement au Saint-Siége; elles avaient pour
but de confirmer leurs dotations, d'empêcher leur spoliation & de prévenir
leur relâchement. Des abbayes, sortirent les hommes les plus saints et les
plus savants. Les plus anciennes bulles d'exemption datent du pape
Hormisdas (THOMASSIN, _Vet. & nova Eccl. disciplina_, p. I, 1. III, c.
30;--BIANCHI, _Dell' ester polizia della Chiesa_, t. IV, p, 360;--DU
CHESNE, _Hist. Franc._, t. I, p. 662;--UGHELLI, _Italia sac._, t. IV, col.
955;-- MABILLON, _Annal. Bened._, t. I, p. 345, etc.). Les monastères de
fondation royale avaient de droit cette prérogative (cf. MARCULFE,
_Formular._, lib, I, n. 1 & 2;--_Patrol. lat._, t. CLXXXVII, col. 697).
Mais, à partir du XII^{e} siècle, les évêques contestèrent ces priviléges,
devenus des obstacles à leur autorité & au gouvernement des paroisses, &
querellèrent souvent les abbés à cet égard. La constitution _Inscrutabili_
de Grégoire XV a déterminé le droit actuel _de exemptorum privilegiis &
subjectione_ (FERRARIS, _Biblioth. canonica_, etc., édit. Migne, 1861, t.
VI, col. 1154).
[2] Gontard était de la famille des premiers comtes de Valentinois; fils de
Hugues, il succéda sur le siége de Valence, d'après le P. ANSELME (_Hist.
généal. & chronol. de la maison roy. de France_, t. II, p. 186), à son
oncle l'évêque Pons, ou plutôt, d'après M. l'abbé ROUCHIER (_Hist. du
Vivarais_, t. I, p. 429, n. 1), à son oncle Odon (I^{er}, fils du comte
Geilin II, omis par tous les catalogues). En résumant les travaux du P.
COLUMBI (_De rebus gestis Valentin. & Diensium episcop._, p. 17), de Mgr.
DE CATELLAN (_Antiquités de l'égl. de Valence_, p. 225), des PP. RICHARD &
GIRAUD (_Bibliothèque sacrée_, édit. 1826, t. 28), & de M. MARION (liste
des évêques de Valence, dans l'_Annuaire de l'Histoire de France_ pour
1851), nous trouvons que l'épiscopat de Gontard dura au plus de 1082 à
1100. Grâce au Cartulaire de Saint-Barnard de Romans, M. GIRAUD a pu
(_Essai histor._, I^{re} part., _preuv._, p. 45, n. 2) reculer de douze ans
son avénement: outre qu'il nous le montre (ch. 119 & 181) administrateur de
l'église de Vienne pendant la vacance en 1082, la charte 12 contient une
convention qu'il fit avec l'archevêque Léger, c'est-à-dire au plus tard en
1070, année de la mort de ce dernier. Mais une charte du Cartulaire de
Saint-Félix de Valence (inédit) va nous permettre de fixer cette époque
d'une manière définitive: _Noverint ... quod anno Incarnationis Domini
nostri Ihesu millesimo sexagesimo VI, anno III episcopatus Gontardi gratia
Dei episcopi Valentini_; c'est donc en 1063 ou 1064 que Gontard a été élu
évêque.--Relevons une erreur en finissant: M. TEULET (_Inventaires &
documents des archives de l'Empire_, t. I, p. 41 _a_) assure que l'évêque
de Valence qui assista à un contrat passé à Toulouse en 1118 se nommait
Gontard & occupa ce siége de 1082 à 1134; disons seulement qu'Eustache
était évêque de Valence dès 1111 (voir ch. VII, n. 5).
[3] Alexandre II fut couronné pape le I^{er} oct. 1061 (JAFFÉ, _Reg. Pont.
Rom._, p. 390); il était encore à Latran le 16 avril 1065, jour où il
délivra une bulle en faveur du monastère de Saint-Miniat de Florence, & le
17 qu'il en accorda une autre à celui de Saint-Pierre de Pérouse (_Patrol.
lat._, t. CLXVI, col. 1290).--Bien que la contexture & surtout la date de
cette bulle ne semblent pas du XI^{e} siècle, elle ne saurait être de ses
successeurs Alexandre III ou Alexandre IV, qui à l'époque correspondante de
leur pontificat étaient, le premier (1163) à Tours (JAFFÉ, _ibid._, p. 189)
& le second (1258) à Viterbe (_Cartul_. inéd. _de Léoncel_).
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