DATX
Im., 3 août, VIII.
S'il est une chose dans le spectacle du monde, qui m'arrête quelquefois,
et quelquefois m'étonne: c'est cet être qui nous paraît la fin de tant
de moyens, et qui semble n'être le moyen d'aucune fin: qui est tout sur
la terre, et qui n'est rien pour elle, rien pour lui-même[79]: qui
cherche, qui combine, qui s'inquiète, qui réforme, et qui pourtant fait
toujours de la même manière des choses nouvelles, et avec un espoir
toujours nouveau des choses toujours les mêmes: dont la nature est
l'activité, ou plutôt l'inquiétude de l'activité: qui s'agite pour
trouver ce qu'il cherche, et s'agite bien plus lorsqu'il n'a rien à
chercher: qui, dans ce qu'il a atteint, ne voit qu'un moyen pour
atteindre une autre chose; et lorsqu'il jouit, ne trouve dans ce qu'il
avait désiré, qu'une force nouvelle pour s'avancer vers ce qu'il ne
désirait pas: qui aime mieux aspirer à ce qu'il craignait, que de ne
plus rien attendre: dont le plus grand malheur serait de n'avoir à
souffrir de rien: que les obstacles enivrent, que les plaisirs
accablent; qui ne s'attache au repos que quand il l'a perdu: et qui,
toujours emporté d'illusions en illusions, n'a pas, ne peut pas avoir
autre chose, et ne fait jamais que rêver la vie.