LETTRE LXII

DATX

Juillet, VIII.

J'oublie toujours de vous demander une copie du _Manuel de

Pseusophanes_: je ne sais comment j'ai perdu celle que j'avais gardée.

Je n'y verrai rien dont je dusse avoir besoin d'être averti: mais, si je

le lis les matins, il me rappellera d'une manière plus présente combien

je devrais avoir honte de tant de faiblesses.

J'ai l'intention d'y joindre une note sur certains règlements d'hygiène,

sur ces choses d'une habitude individuelle et locale auxquelles je crois

qu'on ne met pas assez d'importance. Aristippe ne pouvait guère les

prescrire à son disciple imaginaire, ou à ses disciples réels: mais

cette note sera plus utile encore que des considérations générales pour

maintenir en moi ce bien-être, cette aptitude physique qui soutient

notre âme si physique elle-même.

J'ai deux grands malheurs: un seul me détruirait peut-être; mais je vis

entre deux parce qu'ils sont contraires. Sans cette habitude triste, ce

découragement, cet abandon, sans cette humeur tranquille contre tout ce

qu'on pourrait désirer, l'activité qui me presse et m'agite me

consumerait plutôt, et aussi vainement: mon ennui sert du moins à

l'affaiblir. La raison la calmerait; mais entre ces deux grandes forces

ma raison est bien faible: tout ce qu'elle peut faire c'est d'appeler

l'une à son secours quand l'autre prend le dessus. On végète ainsi:

quelquefois même on s'endort.

Oberman · 第 86 / 155 题