DATX
Juillet, VIII.
J'oublie toujours de vous demander une copie du _Manuel de
Pseusophanes_: je ne sais comment j'ai perdu celle que j'avais gardée.
Je n'y verrai rien dont je dusse avoir besoin d'être averti: mais, si je
le lis les matins, il me rappellera d'une manière plus présente combien
je devrais avoir honte de tant de faiblesses.
J'ai l'intention d'y joindre une note sur certains règlements d'hygiène,
sur ces choses d'une habitude individuelle et locale auxquelles je crois
qu'on ne met pas assez d'importance. Aristippe ne pouvait guère les
prescrire à son disciple imaginaire, ou à ses disciples réels: mais
cette note sera plus utile encore que des considérations générales pour
maintenir en moi ce bien-être, cette aptitude physique qui soutient
notre âme si physique elle-même.
J'ai deux grands malheurs: un seul me détruirait peut-être; mais je vis
entre deux parce qu'ils sont contraires. Sans cette habitude triste, ce
découragement, cet abandon, sans cette humeur tranquille contre tout ce
qu'on pourrait désirer, l'activité qui me presse et m'agite me
consumerait plutôt, et aussi vainement: mon ennui sert du moins à
l'affaiblir. La raison la calmerait; mais entre ces deux grandes forces
ma raison est bien faible: tout ce qu'elle peut faire c'est d'appeler
l'une à son secours quand l'autre prend le dessus. On végète ainsi:
quelquefois même on s'endort.