DATX
Paris, 7 mai, III.
Si je ne me trompe, mes idylles ne sont pas fort intéressantes pour
vous, me dit hier l'auteur dont je vous ai parlé, qui me cherchait des
yeux et qui me fit signe lorsque j'arrivai. J'allais tâcher de répondre
quelque chose qui fût honnête et pourtant vrai, lorsqu'en me regardant,
il m'en évita le soin, et ajouta aussitôt: peut-être aimerez-vous mieux
un fragment moral ou philosophique, qui a été attribué à Aristippe, dont
Varron a parlé, et que depuis l'on a cru perdu. Il ne l'était pas
pourtant, puisqu'il a été traduit au quinzième siècle en français de ce
temps-là. Je l'ai trouvé manuscrit, et ajouté à la suite de Plutarque
dans un exemplaire imprimé d'Amyot, que personne n'ouvrait parce qu'il y
manque beaucoup de feuilles.
J'ai avoué que n'étant pas un érudit, j'avais en effet le malheur
d'aimer mieux les choses que les mots, et que j'étais beaucoup plus
curieux des sentiments d'Aristippe que d'une églogue, fût-elle de Bion,
ou de Théocrite.
On n'a point, à ce qu'il m'a paru, de preuves suffisantes que ce petit
écrit soit d'Aristippe; et l'on doit à sa mémoire de ne pas lui
attribuer ce que peut-être il désavouerait. Mais s'il est de lui, ce
grec célèbre, aussi mal jugé qu'Epicure, et que l'on a cru voluptueux
avec mollesse, ou d'une philosophie trop facile, avait cependant cette
sévérité qu'exige la prudence et l'ordre, seule sévérité qui convienne à
l'homme né pour jouir et passager sur la terre.
J'ai changé comme j'ai pu, en français moderne, ce langage quelquefois
heureux, mais suranné, que j'ai eu de la peine à comprendre en plusieurs
endroits. Voici donc tout ce morceau intitulé dans le manuscrit _Manuel
de Pseusophanes_, à l'exception de près de deux lignes que l'on n'a pu
déchiffrer.