Interrogatoires de Galilée.--Il se rétracte volontairement.--Abaissement
extrême de Galilée.--Il présente sa défense avec ses excuses.
Le procès était sérieusement commencé depuis le 12 avril.
Ce jour-là Galilée comparut pour la première fois devant le
vice-commissaire du Saint-Office, Firenzuola son rival, le moine
mathématicien.
Interrogé s’il connaissait le motif qui l’avait fait citer devant
l’Inquisition, il répondit qu’il était porté à croire que la publication
de son Dialogue sur les systèmes du monde en était le motif. Il exposa
ensuite l’origine de ce livre et expliqua les raisons qui l’avaient
engagé à passer sous silence devant le padre Maestro la prohibition
antérieure du cardinal Bellarmin. «Il n’avait pas, disait-il, jugé
nécessaire d’en parler, n’ayant dans cet écrit ni avancé ni défendu le
mouvement de la terre et l’immobilité du soleil»; il avait au contraire
démontré que cette opinion _était mal fondée_; il avait prouvé
l’insuffisance des principes de Copernic.
Le 30 avril eut lieu le second interrogatoire. Comme le 12, il y fut
surtout question de la prohibition de Bellarmin et du dialogue. Galilée
prononça une longue harangue qu’il termina par les paroles suivantes:
«Si, comme je l’espère, la possibilité et le temps me sont accordés pour
cela, j’ai l’intention d’établir que je n’ai pas agi dans le sens que
l’on suppose, et que maintenant encore je ne tiens pas pour vraie en
général l’opinion qui pose en principe le mouvement de la terre et
l’immobilité du soleil. Cette déclaration publique me sera facile,
puisque vers la fin du livre que j’ai publié les interlocuteurs prennent
l’engagement de se réunir de nouveau pour traiter d’autres questions
d’histoire naturelle. J’ajouterai donc aux dialogues un ou deux
entretiens; je promets d’y reprendre un à un les arguments favorables à
l’opinion fausse et condamnée que je réfuterai de la manière la plus
solide; de celle que Dieu m’inspirera. En conséquence je prie le haut
tribunal de m’aider dans cette bonne résolution et de m’en rendre la
réalisation possible.»
Devant un pareil langage on hésite entre deux suppositions également
affligeantes, également humiliantes pour l’honneur de Galilée. Si, en
démentant ainsi les convictions de sa vie il était de bonne foi, on est
honteux pour lui d’une aussi triste palinodie; si, au contraire, il ne
cherchait dans ces déclarations mensongères qu’un moyen d’échapper au
danger et de sauver sa vie qu’il croyait menacée, on rougit de cet
anéantissement de toute volonté et de toute dignité. Peut-être la vérité
se trouve-t-elle entre ces deux hypothèses. Tant de combats intérieurs,
la pénible lutte des croyances religieuses et des aspirations
philosophiques, l’abattement physique et le chaos moral où languissait
ce grand vieillard lui arrachaient la conscience de ses actes et la vue
nette de ses propres sentiments.
Tant de sacrifices de dignité ne devaient pas le sauver.
L’envie achevait son œuvre: le Pape jaloux et offensé secondait les
projets de vengeance des jésuites et des dominicains rivaux. Ce fut donc
inutilement que, soumis à un troisième interrogatoire, le 10 mai,
Galilée présenta plus longuement encore sa triste défense; revenant sur
tous les points en discussion, expliquant les motifs qui l’avaient porté
à enfreindre la défense de Bellarmin,--laquelle, au surplus, ne
contenait pas la clause expresse _de ne pas traiter en général des deux
systèmes du monde_;--affirmant qu’il était sincère dans ses
protestations et convaincu de l’immobilité de la sphère terrestre.
Il insista beaucoup sur ce que, avant de publier son livre, il avait
rempli toutes les obligations imposées, nécessaires, officielles.
Enfin il invoqua avec larmes la clémence de ses juges.