XIII

Galilée se fait délivrer un certificat de bonnes pensées et de

catholicisme.--Conduite d’Urbain VIII.--Le _Saggiatore_.--Illusions de

Galilée.

Tant que vécurent les deux papes qui occupèrent avant Urbain VIII le

trône pontifical, Galilée ne s’écarta point de son silence prudent.

Telle était même sa crainte de paraître hérétique, tel était son respect

pour l’autorité du saint-siége, qu’il s’était fait délivrer par le

cardinal Bellarmin lui-même le certificat que voici:

«Nous Robert, cardinal Bellarmin, ayant appris que le sieur Galileo

Galilée est en butte à des imputations fausses et qu’on lui reproche

d’avoir fait entre nos mains abjuration de ses erreurs, ainsi que

d’avoir subi par notre ordre des pénitences imposées; nous déclarons,

conformément à la vérité, que le susdit Galileo n’a fait ni entre nos

mains, ni auprès de qui que ce soit ici à Rome, ni en quelque lieu que

nous connaissions, aucune espèce de rétractation ayant trait à aucune

de ses opinions ou de ses idées, que nulle pénitence ou punition n’ont

dû lui être infligées; mais que communication lui a été donnée d’une

déclaration de Sa Sainteté, notre souverain, déclaration publiée par

la sainte Congrégation de l’Index, du contenu de laquelle il résulte

que _la doctrine attribuée à Copernic sur le mouvement prétendu de la

terre autour du soleil, sur la place que le soleil occuperait au

centre du monde_ sans se mouvoir de son lever à son coucher, est

opposée à la sainte Écriture, et n’a besoin, par conséquent, ni d’être

attaquée, ni d’être défendue. En foi de quoi nous avons écrit et signé

le présent _propria manu_, le 26 mai 1616. Comme ci-dessus:

«Robert, cardinal Bellarmin.»

Galilée voulait donc avant tout rester catholique, et c’est bien le même

homme qui écrit à son ami Bali Cioli:

«Personne au monde ne peut révoquer en doute ma piété exemplaire et mon

obéissance aveugle aux commandements de la sainte Église.» C’est le même

Galilée que nous verrons tomber à genoux devant les cardinaux et les

supplier de ne pas le déclarer _hérétique_; «châtiment qui lui causerait

la plus amère douleur et auquel il préfère la mort.»

A côté du chrétien, je l’ai déjà dit, il y avait le philosophe, à côté

de la foi religieuse brûlait en son cœur la foi ardente dans la science.

Pendant quinze années il avait fidèlement observé sa promesse de ne plus

traiter cette redoutable question du mouvement de la terre. Cependant sa

conviction était demeurée inébranlable et n’attendait qu’un instant

favorable pour essayer de nouveau de convertir le sacré collége aux

vérités astronomiques.

Le moment lui sembla venu.

Au mois d’août 1623, le cardinal Maffeo Barberini fut élu pape sous le

nom d’Urbain VIII. Successeur de deux papes qui méprisaient ou

détestaient la science et le travail de la pensée, le cardinal Barberini

avait en mainte circonstance manifesté ses sympathies pour l’illustre

astronome. De plus, il penchait secrètement pour le système de Copernic,

et Galilée le savait bien; car il avait entretenu avec le nouveau pape

des rapports assez intimes. Plusieurs lettres qui sont parvenues jusqu’à

nous témoignent de la fervente admiration que Son Éminence avait vouée

au savant.

«J’ai, lui écrivait Barberini le 5 juin 1612, reçu votre dissertation

sur divers problèmes scientifiques soulevés pendant mon séjour ici; je

la lirai avec grand plaisir tant pour me confirmer dans mon opinion,

_qui concorde avec la vôtre_, que pour admirer avec tout le monde les

fruits de votre rare intelligence.»

Cette faveur et cette amitié ne s’étaient jamais démenties; et lorsque

Galilée eut publié ses _Lettres à Welser_, où se trouvent indiquées les

premières observations positives sur les taches du soleil,--«Vos lettres

imprimées adressées à Welser, lui écrivait le cardinal, me sont

parvenues et ont été les bienvenues. Je ne manquerai pas de les lire

avec joie et de les relire comme elles le méritent. Ce n’est pas là un

livre qu’il faille laisser dormir oisif parmi les autres livres; lui

seul peut me décider à dérober à mes occupations officielles quelques

heures pour les consacrer à sa lecture et à l’observation des planètes

dont il traite, si toutefois les télescopes que nous possédons ici sont

assez bons pour y suffire. En attendant, je vous remercie du souvenir

que vous avez conservé de moi, et je vous prie de ne pas oublier la

haute estime que je professe pour un génie aussi rarement doué qu’est le

vôtre.»

C’était un bel esprit, un amateur d’hexamètres virgiliens, que ce

cardinal Barberini qui d’ailleurs ne les faisait pas excellents. Il

composa en l’honneur de son astronome favori une pièce médiocre de vers

latins, accompagnée de l’épître que voici: «L’estime que j’ai toujours

eue pour votre personne et pour vos mérites nombreux m’a dicté les vers

enfermés sous ce pli. Quand même ils ne seraient pas dignes de vous, au

moins vous offriraient-ils une preuve de mon affection; je voudrais

contribuer, s’il était possible, à rehausser l’éclat d’un nom si

glorieux. Sans me confondre encore en nouvelles excuses, je m’en

rapporte à votre bienveillance pour qu’elle accepte cette légère preuve

de ma vive sympathie.»

Plus tard encore, Barberini devenu pape, tenait un langage analogue; le

8 juin Urbain VIII écrivait au grand-duc: «Depuis longtemps nous avons

voué une affection toute paternelle à ce savant, (Galilée) dont la

gloire illumine les cieux et remplit le monde entier. Nous avons reconnu

en lui, non-seulement une science profonde, mais _encore une piété

sincère_; et nous savons qu’il excelle dans les connaissances spéciales

qui se recommandent naturellement à la bienveillance d’un pontife.»

De si douces paroles enivrèrent Galilée.

Il espéra que Barberini établirait le système de Copernic, ce système

dont, selon Fra Tomasso, Campanella et d’autres, Urbain aurait dit:

«Notre intention ne fut point de le condamner; si cela eût dépendu de

nous, le décret qui le frappe n’aurait jamais été lancé.» Ne pouvant

concilier avec les paroles de l’Écriture les faits astronomiques dont la

certitude invincible se révélait à son esprit, Galilée n’avait pas osé

élever sa voix depuis l’époque éloignée où la Congrégation de l’Index

avait promulgué la défense qui interdisait toute discussion, toute

controverse sur ces matières brûlantes; mais jamais il n’avait perdu de

vue le but de son existence presque entière.

Aussi crut-il ne pouvoir mieux faire que d’aller encore à Rome présenter

ses félicitations au nouveau pape, en même temps qu’il lui dédiait son

écrit sur les comètes, le _Saggiatore_, publié par la célèbre Société

des _Lincei_ dont le fondateur et le chef était un illustre patricien;

le prince Frédéric Cési, duc d’Aqua-Sparta.

Galileo Galilei: sa vie, son procès et ses contemporains · 第 21 / 51 题