XII

L’inquisition menace Galilée.--On l’avertit de son danger.--Lettre de

Pichena.

En recevant le décret de l’inquisition, que lui notifiait le cardinal

Bellarmin, Galilée se soumit. Il avait à un trop haut point le respect

des autorités ecclésiastiques pour se révolter; pourtant il lui en

coûtait de s’incliner devant une juridiction dont il soutenait

l’incompétence en matière scientifique. Il ne pouvait se décider à

quitter Rome où le retenait une arrière-pensée d’espérance.

Eh quoi! vous réunissez, ô grand philosophe, tous les dons de

l’intelligence, vous avez le génie; et vous vous laissez tromper par ces

illusions! Tout le monde autour de vous voit le péril, et vous vous

obstinez à rester sur cette terre ennemie où vous êtes environné de

piéges! Vous faut-il d’autres témoignages de l’irrévocable décision du

Saint-Office? Vous les avez; car pour confirmer la sentence, la

congrégation de l’Index, dans les premiers jours de mai, chargeait le

cardinal Gaetani de corriger le livre de Copernic; c’était le _donec

emendetur_ qui recevait son exécution! Et pourtant Galilée restait

toujours à Rome? Il y demeura plus de trois mois encore, attendant et

espérant. Pour le décider à écouter la raison et à retourner à Florence,

il fallut une lettre officielle du secrétaire d’État grand-ducal

Pichena, qui lui écrivait, le 25 mai 1616:

«Vous avez assez goûté les persécutions des moines--(et en parlant ainsi

il était l’écho de l’opinion publique en Toscane);--vous avez assez

goûté les persécutions des moines pour savoir à quoi vous en tenir.

Leurs Seigneuries craignent qu’un séjour prolongé à Rome ne vous attire

des difficultés; elles verraient avec plaisir que vous, qui jusqu’ici

vous êtes tiré avec honneur de vos affaires, ne réveilliez pas des

susceptibilités endormies et que vous reveniez aussi vite que possible;

car il se répand des bruits d’une nature fâcheuse. Les moines sont

tout-puissants; et moi, votre serviteur, j’ai rempli mon devoir en vous

donnant cet avis qui est aussi celui de Leurs Seigneuries. Je vous baise

la main.»

Cette fois l’avertissement était direct, et Galilée ne pouvait exciper

de son ignorance. _Les moines sont tout-puissants_, la phrase de Pichena

est un cri d’alarme.

Galilée l’entendit et comprit enfin que le séjour de Rome ne lui offrait

que des périls sans compensation. Il reprit le chemin de sa patrie.

Ainsi s’acheva le premier acte du drame; mais déjà l’on pouvait en

prévoir le triste dénoûment, dénoûment que le silence de Galilée retarda

seul.

Pendant quinze années en effet il resta muet, comme ses amis et ses

maîtres le lui avaient prescrit. Son silence et sa prudence désarmaient

l’envie sans l’étouffer. Elle veillait et couvait sa rage. Les

événements prouvèrent que la haine jalouse n’oublie pas. Quand après ce

long intervalle la lutte s’ouvrit de nouveau, les colères qui

sommeillaient se réveillèrent et s’assouvirent.

Galileo Galilei: sa vie, son procès et ses contemporains · 第 20 / 51 题