L’inquisition menace Galilée.--On l’avertit de son danger.--Lettre de
Pichena.
En recevant le décret de l’inquisition, que lui notifiait le cardinal
Bellarmin, Galilée se soumit. Il avait à un trop haut point le respect
des autorités ecclésiastiques pour se révolter; pourtant il lui en
coûtait de s’incliner devant une juridiction dont il soutenait
l’incompétence en matière scientifique. Il ne pouvait se décider à
quitter Rome où le retenait une arrière-pensée d’espérance.
Eh quoi! vous réunissez, ô grand philosophe, tous les dons de
l’intelligence, vous avez le génie; et vous vous laissez tromper par ces
illusions! Tout le monde autour de vous voit le péril, et vous vous
obstinez à rester sur cette terre ennemie où vous êtes environné de
piéges! Vous faut-il d’autres témoignages de l’irrévocable décision du
Saint-Office? Vous les avez; car pour confirmer la sentence, la
congrégation de l’Index, dans les premiers jours de mai, chargeait le
cardinal Gaetani de corriger le livre de Copernic; c’était le _donec
emendetur_ qui recevait son exécution! Et pourtant Galilée restait
toujours à Rome? Il y demeura plus de trois mois encore, attendant et
espérant. Pour le décider à écouter la raison et à retourner à Florence,
il fallut une lettre officielle du secrétaire d’État grand-ducal
Pichena, qui lui écrivait, le 25 mai 1616:
«Vous avez assez goûté les persécutions des moines--(et en parlant ainsi
il était l’écho de l’opinion publique en Toscane);--vous avez assez
goûté les persécutions des moines pour savoir à quoi vous en tenir.
Leurs Seigneuries craignent qu’un séjour prolongé à Rome ne vous attire
des difficultés; elles verraient avec plaisir que vous, qui jusqu’ici
vous êtes tiré avec honneur de vos affaires, ne réveilliez pas des
susceptibilités endormies et que vous reveniez aussi vite que possible;
car il se répand des bruits d’une nature fâcheuse. Les moines sont
tout-puissants; et moi, votre serviteur, j’ai rempli mon devoir en vous
donnant cet avis qui est aussi celui de Leurs Seigneuries. Je vous baise
la main.»
Cette fois l’avertissement était direct, et Galilée ne pouvait exciper
de son ignorance. _Les moines sont tout-puissants_, la phrase de Pichena
est un cri d’alarme.
Galilée l’entendit et comprit enfin que le séjour de Rome ne lui offrait
que des périls sans compensation. Il reprit le chemin de sa patrie.
Ainsi s’acheva le premier acte du drame; mais déjà l’on pouvait en
prévoir le triste dénoûment, dénoûment que le silence de Galilée retarda
seul.
Pendant quinze années en effet il resta muet, comme ses amis et ses
maîtres le lui avaient prescrit. Son silence et sa prudence désarmaient
l’envie sans l’étouffer. Elle veillait et couvait sa rage. Les
événements prouvèrent que la haine jalouse n’oublie pas. Quand après ce
long intervalle la lutte s’ouvrit de nouveau, les colères qui
sommeillaient se réveillèrent et s’assouvirent.