XI

On intime à Galilée l’ordre d’abjurer la doctrine de Copernic.

Aussi, le 26 février de la même année, le pape faisait-il intimer à

Galilée, par l’intermédiaire du cardinal Bellarmin, l’ordre d’abjurer la

doctrine de l’immobilité du soleil et de la rotation de la terre; il le

sommait en outre de ne plus émettre cette doctrine sous quelque forme

que ce fût, de ne plus l’enseigner, de ne plus la défendre, soit

verbalement, soit par écrit.

On ne s’en tint pas là! il était temps de réfuter l’_hérésie_ et de

protester solennellement contre des opinions qui compromettaient,

croyait-on, l’autorité de la Bible. Pour cela il fallait remonter à

l’origine du mal. La congrégation du Saint-Office déclara _hérétique_

l’opinion de la rotation de la terre et de l’immobilité du soleil,

opinion _contraire à la foi, absurde et fausse en philosophie_. Puis,

pour être logique, on interdit la vente du livre de Copernic, _donec

emendetur_; on condamna un livre d’un carmélite Paul Antonio Foscari,

mort à cette époque, livre où l’auteur défendait le système de Copernic;

on condamna l’ouvrage de Kepler sur le même sujet et vingt autres

ouvrages analogues; enfin il fut expressément défendu de traiter

dorénavant la question du mouvement de la terre, si ce n’est «d’une

manière hypothétique et sans rien affirmer».

Un tel décret était à la fois inique et ridicule. En voulant affermir

l’autorité de l’Église, le pape consacrait une erreur dont ses

adversaires devaient plus tard se faire une arme redoutable. Il

confondait le Saint-Office avec le Saint-Esprit et compromettait l’un

par les fautes de l’autre.

Vainement objecterait-on que les doutes qui enveloppaient la théorie de

Copernic étaient loin d’être dissipés. Ces doutes même ne permettaient

pas de déclarer _a priori_ la théorie _absurde et hérétique_.

Le décret avait été notifié par Bellarmin à Galilée, avec ordre de se

soumettre aveuglément aux arrêts de la sainte inquisition.

Les efforts imprudents et étourdis de l’astronome pour amener la cour de

Rome à une décision qui lui fût favorable, n’avaient point été étrangers

à cet acte de rigueur.

En harcelant la cour de Rome par ses démonstrations il avait marché

contre son but.

Galileo Galilei: sa vie, son procès et ses contemporains · 第 19 / 51 题