VI

Galilée rentre en grâce par une flatterie.--Les envieux reviennent à la

charge.

Galilée supportait impatiemment son séjour à Venise.

Les mœurs hardies et singulières de cette république aristocratique où

s’était réfugiée la puissante étincelle de l’individualité, de

l’originalité, de la liberté, le blessaient; il y trouvait trop de

fantaisie et d’élan, d’essor et de disparates. Il regrettait une société

plus docile, plus assouplie aux belles règles de la vie sociale; il

redoutait l’élément vigoureux qui se maintenait chez cette nation

aimable et virile. Une occasion de rentrer en grâce auprès de ses

anciens maîtres se présenta: il la saisit avec empressement.

L’une de ses découvertes télescopiques les plus importantes était celle

des satellites de Jupiter. Cédant au désir de quitter Venise, il leur

donna le nom d’_astres de Médicis_, en l’honneur du grand duc Côme II.

Cette flatterie ne pouvait manquer de calmer la rancune qui lui avait

fermé les portes de sa patrie, et bientôt Galilée reçut la proposition

de retourner à Florence. Il y consentit avec joie.

Étrange contradiction de ce multiple caractère que nous verrons se

démentir si souvent! Une critique hasardée l’avait forcé à s’enfuir de

Florence; pour y rentrer le philosophe s’abaisse jusqu’à l’adulation.

La haine de ses ennemis en effet veillait toujours dans l’ombre. L’envie

comme la flamme cherche les sommets, a dit le Latin: _summa petit_. Plus

Galilée s’élevait, plus les jalousies s’acharnaient à l’attaquer!

A peine de retour à Florence, il vit les jaloux revenir à la charge à

propos de ses _Études hydrostatiques_. La publication de son travail sur

les _Taches solaires_ ne fit qu’envenimer leurs haines et leurs injures.

Ce n’étaient là néanmoins que des escarmouches, préludes de terribles

combats. La guerre allait éclater farouche, implacable sur un terrain

bien autrement périlleux; guerre sans merci, qui après une trêve de

quinze années devait se terminer par la défaite et l’humiliation du

faible grand homme!

Galilée, avant de quitter Padoue, en 1610, avait publié son _Nuncius

sidereus_ dans lequel il traite des satellites de Jupiter.

L’école péripatéticienne avait réfuté les doctrines nouvelles contenues

dans cet ouvrage.

Mais l’illustre Florentin se souciait peu, comme le prouve une lettre

adressée par lui à Paolo Sarpi, _des disciples padouans d’Aristote_. Sa

réputation grandissait chaque jour, et il crut faire l’action la plus

habile en se plaçant sous la protection immédiate des cardinaux.

Il se rendit à Rome où il fut accueilli avec honneur. Le cardinal

Bellarmin, qui jouissait à la cour pontificale d’un immense crédit,

avait soumis le nouveau livre de Galilée à l’examen des savants du

Collége romain, et l’examen avait été entièrement favorable, comme le

prouve la lettre suivante adressée le 31 mai au grand-duc de Côme par le

cardinal François Matile del Monte[12]:

[12] De Reumont, _Galileo und Rom_.

«Galilée a donné toute satisfaction pendant son séjour ici et je crois

savoir que lui-même n’a pas été moins satisfait de nous. Jamais il ne

trouvera une meilleure occasion de mettre en lumière ses découvertes,

qui ont été jugées par tous les hommes sérieux et savants de cette ville

aussi positives que merveilleuses.»

Ainsi tout paraissait marcher à souhait; la cour de Rome l’accueillait,

les cardinaux lui décernaient des certificats de bonne conduite et

célébraient ses découvertes; le dénigrement, il est vrai, s’attachait

encore à ses écrits, mais la voix des _insulteurs_ n’accompagnait-elle

pas jadis de ses imprécations tout cortége triomphal?

Et Galilée ne semblait-il pas triompher? Jamais l’horizon n’avait été

plus calme.

Galileo Galilei: sa vie, son procès et ses contemporains · 第 13 / 51 题