Galilée rentre en grâce par une flatterie.--Les envieux reviennent à la
charge.
Galilée supportait impatiemment son séjour à Venise.
Les mœurs hardies et singulières de cette république aristocratique où
s’était réfugiée la puissante étincelle de l’individualité, de
l’originalité, de la liberté, le blessaient; il y trouvait trop de
fantaisie et d’élan, d’essor et de disparates. Il regrettait une société
plus docile, plus assouplie aux belles règles de la vie sociale; il
redoutait l’élément vigoureux qui se maintenait chez cette nation
aimable et virile. Une occasion de rentrer en grâce auprès de ses
anciens maîtres se présenta: il la saisit avec empressement.
L’une de ses découvertes télescopiques les plus importantes était celle
des satellites de Jupiter. Cédant au désir de quitter Venise, il leur
donna le nom d’_astres de Médicis_, en l’honneur du grand duc Côme II.
Cette flatterie ne pouvait manquer de calmer la rancune qui lui avait
fermé les portes de sa patrie, et bientôt Galilée reçut la proposition
de retourner à Florence. Il y consentit avec joie.
Étrange contradiction de ce multiple caractère que nous verrons se
démentir si souvent! Une critique hasardée l’avait forcé à s’enfuir de
Florence; pour y rentrer le philosophe s’abaisse jusqu’à l’adulation.
La haine de ses ennemis en effet veillait toujours dans l’ombre. L’envie
comme la flamme cherche les sommets, a dit le Latin: _summa petit_. Plus
Galilée s’élevait, plus les jalousies s’acharnaient à l’attaquer!
A peine de retour à Florence, il vit les jaloux revenir à la charge à
propos de ses _Études hydrostatiques_. La publication de son travail sur
les _Taches solaires_ ne fit qu’envenimer leurs haines et leurs injures.
Ce n’étaient là néanmoins que des escarmouches, préludes de terribles
combats. La guerre allait éclater farouche, implacable sur un terrain
bien autrement périlleux; guerre sans merci, qui après une trêve de
quinze années devait se terminer par la défaite et l’humiliation du
faible grand homme!
Galilée, avant de quitter Padoue, en 1610, avait publié son _Nuncius
sidereus_ dans lequel il traite des satellites de Jupiter.
L’école péripatéticienne avait réfuté les doctrines nouvelles contenues
dans cet ouvrage.
Mais l’illustre Florentin se souciait peu, comme le prouve une lettre
adressée par lui à Paolo Sarpi, _des disciples padouans d’Aristote_. Sa
réputation grandissait chaque jour, et il crut faire l’action la plus
habile en se plaçant sous la protection immédiate des cardinaux.
Il se rendit à Rome où il fut accueilli avec honneur. Le cardinal
Bellarmin, qui jouissait à la cour pontificale d’un immense crédit,
avait soumis le nouveau livre de Galilée à l’examen des savants du
Collége romain, et l’examen avait été entièrement favorable, comme le
prouve la lettre suivante adressée le 31 mai au grand-duc de Côme par le
cardinal François Matile del Monte[12]:
[12] De Reumont, _Galileo und Rom_.
«Galilée a donné toute satisfaction pendant son séjour ici et je crois
savoir que lui-même n’a pas été moins satisfait de nous. Jamais il ne
trouvera une meilleure occasion de mettre en lumière ses découvertes,
qui ont été jugées par tous les hommes sérieux et savants de cette ville
aussi positives que merveilleuses.»
Ainsi tout paraissait marcher à souhait; la cour de Rome l’accueillait,
les cardinaux lui décernaient des certificats de bonne conduite et
célébraient ses découvertes; le dénigrement, il est vrai, s’attachait
encore à ses écrits, mais la voix des _insulteurs_ n’accompagnait-elle
pas jadis de ses imprécations tout cortége triomphal?
Et Galilée ne semblait-il pas triompher? Jamais l’horizon n’avait été
plus calme.