V
Jeunesse de Galilée.--Ses premières fautes.--Ses ennemis.--Il se réfugie
à Venise.--Il occupe la chaire de mathématiques à Padoue.
Né à Pise, en 1564, d’une famille noble, Galileo Galilei était destiné
par son père aux études philosophiques et médicales. Les leçons
routinières des péripatéticiens ne pouvaient suffire à cet esprit
ardent, avide de nouveauté. Sa vocation n’attendait qu’une occasion pour
se manifester. L’occasion se présenta bientôt.
Galilée avait dix-huit ans, lorsqu’un jour, étant entré dans l’église
métropolitaine de Pise, il remarqua les oscillations régulières d’une
lampe suspendue à la voûte de la cathédrale. Cette observation fut une
révélation pour lui, et son avenir fut décidé. Devinant avec la
merveilleuse rapidité qui caractérisait son intelligence toute
l’importance que pouvait avoir cette découverte pour la juste mesure du
temps, il se mit au travail avec opiniâtreté. C’était le premier pas
vers la gloire, c’était aussi le premier pas vers la persécution. Les
mathématiciens contemporains le virent avec inquiétude multiplier les
essais, les recherches, les expériences. Dès le début, il se heurta
contre des obstacles imprévus, quoique trop faciles à prévoir.
Quel était donc ce jeune présomptueux qui à l’âge où les autres étudient
encore prétendait enseigner? D’où lui venait tant d’audace?
Ce mauvais vouloir qui devait si vite dégénérer en fureur, ne fit que
surexciter en l’irritant le génie de Galilée. Son impatience naturelle
s’en accrut; son humeur, déjà inégale et violente, s’aigrit. Prompt à la
riposte, sa parole devenait parfois amère et infligeait à l’amour-propre
de ses adversaires des blessures qu’ils ne lui pardonnaient pas.
L’antagonisme contre lequel le jeune mathématicien avait eu tout d’abord
à lutter se déchaîna avec une nouvelle violence quand il mit au jour ses
_Observations sur la chute des corps_. Cependant, s’il s’était suscité
de nombreux ennemis, Galilée avait en même temps trouvé de puissants
protecteurs, parmi lesquels le marquis Guido Ubaldi se distinguait par
sa fervente sympathie; grâce à son crédit, Galilée obtint la chaire de
mathématiques à l’université de Pise.
Mais sa fébrile et indomptable inquiétude semblait le condamner à des
vicissitudes perpétuelles. Jean de Médicis, fils naturel de Côme Ier et
d’Éléonore d’Alby, avait inventé une machine qu’il avait soumise à
l’approbation de Galilée. C’était un assez pauvre ingénieur et un
architecte plus médiocre encore, comme l’atteste le tombeau de
Saint-Laurent dont il a fourni les dessins.
Que devait faire Galilée? S’il eût écouté la voix de la prudence, cette
voix que, plus tard, il n’écouta que trop, il eût ménagé la vanité
princière et laissé à ce redoutable orgueil ses puérils hochets.
Loin d’agir ainsi, Galilée critiqua publiquement la prétendue invention,
semblant provoquer et défier la tempête. La vengeance ne se fit pas
attendre; un ordre de bannissement chassa le professeur téméraire de sa
patrie qu’il ne devait revoir qu’après dix-huit ans d’exil. La liberté
s’était alors réfugiée à Venise, qui, au milieu des langueurs serviles
de l’Italie, avait seule conservé sa mâle énergie; à Venise «de toutes
les filles du génie humain, dit Alfieri, celle qui a vécu le plus
longtemps»; _del senno uman la più longeva figlia_.
Ce fut à la puissante république que le proscrit après cette première
étape de souffrance, vint demander asile. La protection du marquis Guido
Ubaldi s’étendait encore jusqu’à lui. Galilée avait reçu de son noble
compatriote des lettres de recommandation; il s’était lié d’amitié, à
son arrivée, avec le Florentin Salviati et le Vénitien Sagredo, tous
deux jouissant d’une certaine influence; son nom d’ailleurs avait déjà
conquis une juste célébrité; bientôt il fut nommé titulaire de la chaire
de mathématiques à Padoue (1592).
Là il se remit au travail avec passion. Embrassant à la fois les sujets
les plus divers, scrutant toutes les sciences, explorant, coordonnant,
approfondissant, il publia tour-à-tour un _Traité des fortifications_,
un _Traité de mécanique_ et un admirable ouvrage sur le _Compas de
proportion_.
Comme toujours, l’envie essaya de lui ravir le fruit et l’honneur de ses
glorieux labeurs. Un certain Balthasar Capra, l’un de ces parasites de
scandale qui vivent aux dépens du talent et de la renommée d’autrui,
publia contre Galilée un nouveau pamphlet dans lequel l’envieux
cherchait à s’attribuer le mérite des découvertes du philosophe. Cette
fois l’infamie était trop évidente; l’œuvre diffamatoire tourna à la
confusion de son auteur.
Galilée cependant ne prenait pas de repos. En 1559 il inventait le
thermomètre; en 1604 il observait une nouvelle étoile; en 1609, il
créait le télescope. Ayant ouï dire qu’à l’aide d’une combinaison de
verres un Hollandais était parvenu à distinguer des objets placés à une
très-grande distance, il résolut sur-le-champ de vérifier le fait.
Chercher, pour lui, c’était trouver; bientôt il plaçait le premier
télescope sur le clocher de Saint-Marc, aux applaudissements du peuple
qui le couvrait d’or et d’honneurs.
Mais il ne suffisait pas à son ambition de contempler au loin les
vaisseaux qui voguaient vers les lagunes; le ciel était le seul champ
digne de ses explorations. Cette application nouvelle de l’optique à
l’astronomie créait le télescope; et personne, comme le dit M. Biot, ne
peut lui contester cette merveilleuse invention.
Il fut récompensé par le spectacle que ses yeux contemplèrent les
premiers.
Ici le satellite de notre planète et ses aspérités encore inexplorées;
là Saturne et les merveilles de ses anneaux. Quelle joie pour ce
Christophe Colomb du firmament, lorsqu’il interrogea dans le silence des
nuits le mystère des mondes inconnus!