V.

Un an à peine s'était écoulé depuis les événemens que nous venons de

raconter dans notre précédent chapitre, et déjà toute la Sicile, de

Messine à Palerme, de Céfalu au cap Passaro, retentissait du bruit

des exploits du bandit Pascal Bruno. Dans les pays comme l'Espagne

et l'Italie, où la mauvaise organisation de la société tend toujours

à repousser en bas ce qui est né en bas, et où l'âme n'a pas d'ailes

pour soulever le corps, un esprit élevé devient un malheur pour une

naissance obscure; comme il tend toujours à sortir du cercle politique

et intellectuel où le hasard l'a enfermé, comme il marche incessamment

vers un but dont mille obstacles le séparent, comme il voit sans cesse

la lumière, et qu'il n'est point destiné à l'atteindre, il commence

par espérer et finit par maudire. Alors il entre en révolte contre

cette société pour laquelle Dieu a fait deux parts si aveugles, l'une

de bonheur, l'autre de souffrances; il réagit contre cette partialité

céleste et s'établit de sa propre autorité le défenseur du faible et

l'ennemi du puissant. Voilà pourquoi le bandit espagnol et italien

est à la fois si poétique et si populaire: c'est que, d'abord, c'est

presque toujours quelque grande douleur qui l'a jeté hors de la voie;

c'est qu'ensuite son poignard et sa carabine tendent à rétablir

l'équilibre divin faussé par les institutions humaines.

On ne s'étonnera donc pas qu'avec ses antécédens de famille, son

caractère aventureux, son adresse et sa force extraordinaire, Pascal

Bruno soit devenu si rapidement le personnage bizarre qu'il voulait

être. C'est que, si l'on peut parler ainsi, il s'était établi

le justicier de la justice; c'est que, par toute la Sicile, et

spécialement dans Bauso et ses environs, il ne se commettait pas un

acte arbitraire qui pût échapper à son tribunal: et, comme presque

toujours ses arrêts atteignaient les forts, il avait pour lui tous

les faibles. Ainsi, lorsqu'un bail exorbitant avait été imposé par un

riche seigneur à quelque pauvre fermier, lorsqu'un mariage était sur

le point de manquer par la cupidité d'une famille, lorsqu'une sentence

inique allait frapper un innocent, sur l'avis qu'il en recevait, Bruno

prenait sa carabine, détachait quatre chiens corses, qui formaient

sa seule bande, montait sur son cheval de Val-de-Noto, demi-arabe

et demi-montagnard comme lui, sortait de la petite forteresse de

Castel-Nuovo, dont il avait fait sa résidence, allait trouver le

seigneur, le père ou le juge, et le bail était diminué, le mariage

conclu, le prisonnier élargi. On comprendra donc facilement que tous

ces hommes auxquels il était venu en aide lui payaient leur bonheur

en dévoûment, et que toute entreprise dirigée contre lui échouait,

grâce à la surveillance reconnaissante des paysans, qui le prévenaient

aussitôt, par les signes convenus, des dangers qui le menaçaient.

Puis, des récits bizarres commençaient à circuler dans toutes les

bouches; car plus les esprits sont simples, plus ils sont portés

à croire au merveilleux. On disait que, dans une nuit d'orage, où

toute l'île avait tremblé, Pascal Bruno avait passé un pacte avec une

sorcière, et qu'il avait obtenu d'elle, en échange de son âme, d'être

invisible, d'avoir la faculté de se transporter en un instant d'un

bout de l'île à l'autre, et de ne pouvoir être atteint ni par le plomb,

ni par le fer, ni par le feu. Le pacte, disait-on, devait durer pendant

trois ans, Bruno ne l'ayant signé que pour accomplir une vengeance à

laquelle ce terme, tout restreint qu'il paraissait, était suffisant.

Quant à Pascal, loin de détruire ces soupçons, il comprenait qu'ils

lui étaient favorables, et tâchait, au contraire, de leur donner de

la consistance. Ses relations multipliées lui avaient souvent fourni

des moyens de faire croire à son invisibilité en le mettant au fait

de circonstances qu'on devait penser lui être parfaitement inconnues.

La rapidité de son cheval, à l'aide duquel, le matin, il se trouvait

à des distances incroyables des lieux où on l'avait vu le soir, avait

convaincu de sa faculté locomotive; enfin, une circonstance dont il

avait tiré parti avec l'habileté d'un homme supérieur, n'avait laissé

aucun doute sur son invulnérabilité. La voici:

Le meurtre de Gaëtano avait fait grand bruit, et le prince de Carini

avait donné des ordres à tous les commandans de compagnie, afin qu'ils

tâchassent de s'emparer de l'assassin, qui, du reste, offrait beau jeu

à ceux qui le poursuivaient par l'audace de sa conduite. Ils avaient,

en conséquence, transmis ces ordres à leurs agens, et le chef de la

justice de Spadafora fut prévenu un matin que Pascal Bruno était passé

dans le village pendant la nuit pour aller à Divieto. Il plaça, les

deux nuits suivantes, des hommes en embuscade sur la route, pensant

qu'il reviendrait par le même chemin qu'il avait suivi en allant, et

que, pour son retour, il profiterait de l'obscurité.

Fatigués d'avoir veillé deux nuits, le matin du troisième jour, qui

était un dimanche, les miliciens se réunirent à un cabaret situé à

vingt pas de la route; ils étaient en train d'y déjeuner, lorsqu'on

leur annonça que Pascal Bruno descendait tranquillement la montagne,

du côté de Divieto. Comme ils n'avaient pas le temps d'aller reprendre

leur embuscade, ils attendirent où ils étaient, et lorsqu'il ne fut

plus qu'à cinquante pas de l'auberge, ils sortirent et se rangèrent

en bataille devant la porte, sans cependant paraître faire attention

à lui. Bruno vit tous ces préparatifs d'attaque sans paraître s'en

inquiéter, et au lieu de rebrousser chemin, ce qui lui aurait été

facile, il mit son cheval au galop et continua sa route. Lorsque les

miliciens virent quelle était son intention, ils préparèrent leurs

armes, et, au moment où il passait devant eux, toute la compagnie le

salua d'une décharge générale; mais ni le cheval, ni le cavalier n'en

furent atteints, et l'homme et l'animal sortirent sains et saufs du

tourbillon de fumée qui les avait un instant enveloppés. Les miliciens

se regardèrent en secouant la tête, et allèrent raconter au chef de la

justice de Spadafora ce qui venait de leur arriver.

Le bruit de cette aventure se répandit le même soir à Bauso, et

quelques imaginations, plus actives que les autres, commencèrent à

penser que Pascal Bruno était enchanté, et que le plomb et le fer

s'aplatissaient et s'émoussaient en frappant contre lui. Le lendemain,

cette assertion fut confirmée par une preuve irrécusable: on trouva

accrochée à la porte du juge de Bauso, la veste de Pascal Bruno

percée de treize coups de feu, et contenant dans ses poches les

treize balles aplaties. Quelques esprits forts soutinrent bien, et

parmi ceux-ci était César Alletto, notaire à Calvaruso, de la bouche

duquel nous tenons ces détails, que c'était le bandit lui-même qui,

échappé miraculeusement à la fusillade, et voulant mettre à profit

cette circonstance, avait suspendu sa veste à un arbre, et avait tiré

les treize coups de feu dont elle portait la marque; mais la majorité

n'en demeura pas moins convaincue de l'enchantement, et la crainte

qu'inspirait déjà Pascal s'en augmenta considérablement. Cette crainte

était telle, et Bruno était si convaincu que des classes inférieures

elle avait gagné les classes supérieures, que, quelques mois avant

l'époque où nous sommes arrivés, ayant eu besoin, pour une de ses

œuvres philantropiques (il s'agissait de rebâtir une auberge brûlée),

de deux cents onces d'or, il s'était adressé au prince de Butera pour

faire l'emprunt de cette somme, lui indiquant un endroit de la montagne

où il irait la prendre, en l'invitant à l'y enfouir exactement, afin

que, pendant une nuit qu'il désignait au prince, il pût l'aller

chercher; en cas de non exécution de cette invitation, qui pouvait

passer pour un ordre, Bruno prévenait le prince que c'était une guerre

ouverte entre le roi de la montagne et le seigneur de la plaine; mais

que si, au contraire, le prince avait l'obligeance de lui faire le

prêt, les deux cents onces d'or lui seraient fidèlement rendues sur la

première somme qu'il enlèverait au trésor royal.

Le prince de Butera était un de ces types comme il n'en existe plus

guère dans nos époques modernes: c'était un reste de la vieille

seigneurie sicilienne, aventureuse et chevaleresque comme ces Normands

qui ont fondé leur constitution et leur société. Il s'appelait Hercule,

et semblait taillé sur le modèle de son antique patron. Il assommait

un cheval rétif d'un coup de poing, brisait sur son genou une barre de

fer d'un demi-pouce d'épaisseur, et tordait une piastre. Un événement

où il avait fait preuve d'un grand sang-froid, l'avait rendu l'idole

du peuple de Palerme. En 1770, le pain avait manqué dans la ville, une

émeute s'en était suivie; le gouverneur en avait appelé à l'_ultima

ratio_, le canon était braqué dans la rue de Tolède, le peuple marchait

sur le canon, et l'artilleur, la mèche à la main, allait tirer sur le

peuple, lorsque le prince de Butera alla s'asseoir sur la bouche de

la pièce, comme il aurait fait sur un fauteuil, et de là commença un

discours tellement éloquent et rationnel, que le peuple se retira à

l'instant même, et que l'artilleur, la mèche et le canon rentrèrent

vierges à l'arsenal. Mais ce n'était pas encore à ce seul motif qu'il

devait sa popularité.

Tous les matins il allait se promener sur la terrasse qui dominait

la place de la Marine, et comme, au point du jour, les portes de son

palais étaient ouvertes pour tout le monde, il y trouvait toujours

nombreuse compagnie de pauvres gens; il portait ordinairement pour

cette tournée un grand gilet de peau de daim, dont les immenses poches

devaient tous les matins être remplies, par son valet de chambre,

de carlins et de demi-carlins qui disparaissaient jusqu'au dernier

pendant cette promenade, et cela avec une manière de faire et de dire

qui n'appartenait qu'à lui: de sorte qu'il semblait toujours prêt à

assommer ceux auxquels il faisait l'aumône.

--Excellence, disait une pauvre femme entourée de sa famille, ayez

pitié d'une pauvre mère qui a cinq enfans.

--Belle raison! répondait le prince en colère: est-ce moi qui te les ai

faits?--Et, avec un geste menaçant, il laissait tomber dans son tablier

une poignée de monnaie.

--Signor principe, disait un autre, je n'ai pas de quoi manger.

--Imbécile! répondait le prince en lui allongeant un coup de poing

qui le nourrissait pour huit jours, est-ce que je fais du pain, moi?

va-t'en chez le boulanger[16].

[16] Voir pour plus amples détails sur cet homme singulier, dont j'ai

trouvé la mémoire si vivante en Sicile qu'on le croirait mort d'hier,

les souvenirs si spirituels et si amusans de Palmieri de Micciché.

Aussi quand le prince passait par les rues, toutes les têtes se

découvraient, comme lorsque monsieur de Beaufort passait par les

halles; mais, plus puissant encore que le frondeur français, il

n'aurait eu qu'un mot à dire pour se faire roi de Sicile; il n'en eut

jamais l'idée, et il resta prince de Butera, ce qui valait bien autant.

Cette libéralité avait cependant trouvé un censeur, et cela dans la

maison même du prince: ce censeur était son maître d'hôtel. On doit

comprendre qu'un homme du caractère que nous avons essayé d'indiquer

devait surtout appliquer à ses dîners ce luxe et cette magnificence qui

lui étaient si naturels; aussi tenait-il littéralement table ouverte,

et tous les jours avait-il à sa table vingt-cinq ou trente convives

au moins, parmi lesquels sept ou huit lui étaient toujours inconnus,

tandis que d'autres s'y asseyaient au contraire avec la régularité

de pensionnaires de table d'hôte. Parmi ces derniers, il y avait un

certain capitaine Altavilla, qui avait gagné ses épaulettes en suivant

le cardinal Ruffo de Palerme à Naples, et qui était revenu de Naples à

Palerme avec une pension de mille ducats. Malheureusement, le capitaine

avait le défaut d'être tant soit peu joueur, ce qui eût rendu sa

retraite insuffisante à ses besoins, s'il n'avait trouvé deux moyens

à l'aide desquels son traitement trimestriel était devenu la part la

moins importante de son revenu: le premier de ces moyens, et celui-là,

comme je l'ai dit, était à la portée de tout le monde, le premier de

ces moyens, dis-je, était de dîner tous les jours chez le prince, et le

second, de mettre religieusement, chaque jour, en se levant de table,

son couvert d'argent dans sa poche. Cette manœuvre dura quelque temps

sans que cette soustraction quotidienne fût remarquée: mais si bien

garnis que fussent les dressoirs du prince, on commença de s'apercevoir

qu'il s'y formait des vides. Les soupçons du majordome tombèrent

aussitôt sur le santa-fede[17]; il l'épia avec attention, et il ne lui

fallut qu'une surveillance de deux ou trois jours pour changer ses

soupçons en certitude. Il en avertit aussitôt le prince, qui réfléchit

un moment, puis qui répondit que, tant que le capitaine ne prendrait

que son couvert, il n'y avait rien à dire; mais que, s'il mettait

dans sa poche ceux de ses voisins, il verrait alors à prendre une

résolution. En conséquence, le capitaine Altavilla était resté un des

hôtes les plus assidus de son excellence le prince Hercule de Butera.

[17] On appelait santa fede ceux qui avaient suivi le cardinal Ruffo

dans la conquête de Naples.

Ce dernier était à Castrogiovanni, où il avait une villa, lorsqu'on

lui apporta la lettre de Bruno; il la lut et demanda si le messager

attendait la réponse. On lui dit que non, et il mit la lettre dans sa

poche avec le même sang-froid que si c'était une missive ordinaire.

La nuit fixée par Bruno arriva: l'endroit qu'il avait désigné était

situé sur la croupe méridionale de l'Etna, près d'un de ces mille

volcans éteints qui doivent leur flamme d'un jour à sa flamme

éternelle, et dont l'existence éphémère a suffi pour détruire des

villes. On appelait celui-là le Montebaldo; car chacune de ces collines

terribles a reçu un nom en sortant de la terre. A dix minutes de

chemin de sa base, s'élevait un arbre colossal et isolé appelé le

_Châtaignier des cent chevaux_, parce qu'à l'entour de son tronc, qui a

cent soixante-dix-huit pieds de circonférence, et sous son feuillage,

qui forme à lui seul une forêt, on peut abriter cent cavaliers avec

leurs montures. C'était dans la racine de cet arbre que Pascal venait

chercher le dépôt qui devait lui être confié. En conséquence, il partit

sur les onze heures de Centorbi, et vers minuit il commença, aux rayons

de la lune, à apercevoir l'arbre gigantesque et la petite maison bâtie

entre les tiges différentes de l'arbre, et qui sert à renfermer la

récolte immense de ses fruits. Au fur et à mesure qu'il approchait,

Pascal croyait distinguer une ombre debout contre un des cinq troncs

qui puisent leur sève à la même racine. Bientôt cette ombre prit un

corps; le bandit s'arrêta et arma sa carabine en criant:

--Qui vive?

--Un homme, parbleu! dit une voix forte; as-tu cru que l'argent

viendrait tout seul?

--Non, sans doute, reprit Bruno; mais je n'aurais pas cru que celui qui

l'apporterait serait assez hardi pour m'attendre.

--Alors c'est que tu ne connaissais pas le prince Hercule de Butera,

voilà tout.

--Comment! c'est vous-même, monseigneur? dit Bruno, rejetant sa

carabine sur son épaule et s'avançant le chapeau à la main vers le

prince.

--Oui, c'est moi, drôle; c'est moi qui ai pensé qu'un bandit pouvait

avoir besoin d'argent comme un autre homme, et qui n'ai pas voulu

refuser ma bourse, même à un bandit. Seulement il m'a pris fantaisie de

la lui apporter moi-même, afin que le bandit ne crût pas que je la lui

donnais par peur.

--Votre excellence est digne de sa réputation, dit Bruno.

--Et toi, es-tu digne de la tienne? répondit le prince.

--C'est selon celle qu'on m'a faite devant vous, monseigneur; car je

dois en avoir plus d'une.

--Allons, continua le prince, je vois que tu ne manques ni d'esprit ni

de résolution; j'aime les hommes de cœur partout où je les rencontre,

moi. Ecoute: veux-tu changer cet habit calabrais contre un uniforme de

capitaine et aller faire la guerre aux Français? Je me charge de te

lever une compagnie sur mes terres et de t'acheter des épaulettes.

--Merci, monseigneur, merci, dit Bruno; votre offre est celle d'un

prince magnifique; mais j'ai certaine vengeance à accomplir et qui me

retient encore pour quelque temps en Sicile; après nous verrons.

--C'est bien, dit le prince, tu es libre; mais, crois-moi, tu ferais

mieux d'accepter.

--Je ne puis, excellence.

--Alors, voilà la bourse que tu m'as demandée; va-t'en au diable

avec, et tâche de ne pas venir te faire pendre devant la porte de mon

hôtel[18].

[18] C'est sur la place de la marine, en face de la porte du prince

de Butera, que se font les exécutions à Palerme.

Bruno pesa la bourse dans sa main.

--Cette bourse est bien lourde, monseigneur, ce me semble.

--C'est que je n'ai pas voulu qu'un faquin comme toi se vantât d'avoir

fixé une somme à la libéralité du prince de Butera, et qu'au lieu de

deux cents onces que tu me demandais, j'en ai mis trois cents.

--Quelle que soit la somme qu'il vous a plu de m'apporter, monseigneur,

elle vous sera fidèlement rendue.

--Je donne et je ne prête pas, dit le prince.

--Et moi j'emprunte ou je vole, mais je ne mendie pas, dit Bruno.

Reprenez votre bourse, monseigneur; je m'adresserai au prince de

Vintimille ou de la Cattolica.

--Eh bien! soit, dit le prince. Je n'ai jamais vu de bandit plus

capricieux que toi: quatre drôles de ton espèce me feraient perdre la

tête; aussi je m'en vais. Adieu!

--Adieu, monseigneur, et que sainte Rosalie vous garde!...

Le prince s'éloigna les mains dans les poches de son gilet de peau de

daim, et en sifflant son air favori. Bruno resta immobile, le regardant

s'en aller, et ce ne fut que lorsqu'il l'eut perdu de vue qu'il se

retira de son côté en poussant un soupir.

Le lendemain l'aubergiste incendié reçut, par les mains d'Ali, les

trois cents onces du prince de Butera.

Pauline et Pascal Bruno · 第 47 / 59 题