ANATOLE À GUERMANN.

«Tu m'as recommandé de te donner des nouvelles de madame de Kervaëns. Je

ne saurais te cacher, mon ami, que, depuis ton départ, elle change à vue

d'oeil; elle ne se plaint pas, ses lèvres essayent de sourire, mais il

est évident qu'elle souffre. À l'heure de la poste, elle a un mouvement

de fièvre visible. Je suis là souvent, et je la vois pâlir et rougir en

lisant tes lettres. Quand il n'en vient point, elle tombe dans une

rêverie que rien ne peut dissiper. Ce n'est qu'avec la plus grande peine

que nous la décidons à sortir. Je dis _nous_, car R... et P... sont fort

assidus. Le dernier surtout, qui n'a pas trouvé à Genève de femme qui

lui semblât digne de ses soins, a pour madame de Kervaëns des attentions

singulières. Il parle d'elle à tout propos, et, s'il n'était si fort de

tes amis, je lui supposerais le dessein de la compromettre. Reviens le

plus tôt possible. Madame de Kervaëns t'adore, et je la crois de ces

femmes qui peuvent mourir d'amour.»

Nélida; Hervé; Julien · 第 35 / 70 题