GUERMANN À NÉLIDA.

«Charme de ma vie, me voici loin de vous! _Il le fallait_! c'était une

nécessité pour tous deux, pour vous encore plus que pour moi. Sans cela

aurais-je pu m'arracher à tes bras, ô ma bien-aimée! Mais c'était un

impérieux devoir. Il faut que le monde entier, Nélida, connaisse l'homme

que vous avez choisi et sache quel il est. Il me tarde, ô ma Béatrix,

que ton amour soit glorifié à la face de la terre, comme il l'est au

plus profond de mon coeur.

«Il était temps que je revinsse à Paris. Mes rivaux avaient bien mis à

profit mon absence; les nouveaux ennemis que m'a fait mon bonheur les

ont aidés. On a répandu mille bruits injurieux qui s'accréditaient:

J'avais renoncé à la peinture; je vivais, insipide Némorin, aux pieds de

ma bergère; mon talent était perdu, mon génie éteint... _Jean Huss_ va

leur répondre. Je sais de bonne source qu'il a été reçu par le jury avec

acclamation. Les salons s'émeuvent de mon retour. On se demande en

quelques lieux si l'on m'invitera; mais je suis bien tranquille. Vous

savez ce que c'est que le succès à Paris. Le succès y justifie tout. Le

mien sera immense; les journalistes m'entourent déjà et semblent

comprendre enfin que j'ai plus d'avenir que les piètres talents qu'ils

s'essoufflaient à prôner.

«Le salon ouvre dans quinze jours. Le _Savonarole_ a, dit-on, un grand

éclat de couleur, mais il est faible, très-faible de dessin et de

composition. Cela ne pouvait pas être autrement, et mes amis, depuis,

mon retour, commencent à le dire avec assurance, tandis que, moi absent,

ils baissaient humblement la tête. Oh! les amis! les amis! Combien je

sens davantage chaque jour ce que vaut ce courage noble et fier qui vous

a fait me suivre à travers la flamme. Nélida! soyez bénie, honorée,

chérie entre toutes les femmes. Je ne suis que silence et prière devant

vous.»

Nélida; Hervé; Julien · 第 34 / 70 题