«Ma chère, ma bien-aimée tante, que vais-je vous écrire? hélas! que
puis-je vous écrire? Je ne saurais me justifier, moins encore
accuser personne. Je connais ma faute, je la déplore; j'en souffre
et j'en souffrirai jusqu'à ma dernière heure. Mais du moins qu'il
me soit permis de repousser de toutes mes forces le reproche
d'ingratitude, d'indifférence ou d'oubli que vous me faites
peut-être. Non, ma chère tante, rien n'est effacé dans mon coeur;
vos bontés maternelles, vos indulgences infinies, tout s'y grave
chaque jour en traits plus profonds. Je n'ose me flatter de vous
revoir; ma destinée me condamne à l'isolement; mais laissez-moi
espérer que, si nous ne devons plus nous retrouver en ce monde, nos
prières du moins se rencontreront aux pieds du Seigneur. Je
m'estimerai bien heureuse d'avoir parfois de vos nouvelles, et vous
me combleriez de reconnaissance si vous ne me les faisiez point
trop attendre.»