La princesse Electa avait quelque chose d’étrange et toute sa personne
était remarquable.
Elle était blonde de ce beau blond cendré et doux, si rare aujourd’hui.
Ses cheveux abondants et soyeux se relevaient en masse sur sa tête; de
lourdes tresses s’entrelaçaient en couronne et dominaient son front
lisse et pur où un pli se formait imperceptiblement entre les deux
sourcils. Ce pli, sans rien enlever à la paix de son visage, semblait
dire à ceux qui savaient entendre: Je suis faite pour commander.
L’habitude de se vaincre sans cesse avait donné à sa bouche un pli
grave, nul n’est maître de soi sans combat, et le pli de sa bouche
ressemblait presque à une blessure; son geste rare et plein de précision
attestait l’énergie dont elle était capable.
Sa démarche, quoique gracieuse, avait une fermeté un peu rigide qui
tenait à distance les importuns.
Son abord très bienveillant, mais un peu froid, laissait deviner la
distance qui la séparait de son interlocuteur.
Mais il y avait dans sa physionomie un certain trait qu’il est difficile
de dessiner, même mal. Ce trait, c’était l’œil.
Comment parler de cet œil dans lequel jamais aucun trouble n’avait paru?
Devant cet œil impassible, le pinceau et la plume seraient tentés de
prendre tous deux la fuite.
Ses yeux étaient-ils noirs? Ce velouté singulier, profond et mat,
peut-il être caractérisé par ce mot si vulgaire: _noir_? Cette brillante
étincelle qui parfois s’allumait un instant, un seul instant, était-elle
noire?
Ce noir était si étrange, qu’il n’étonnait pas trop les cheveux blonds,
ses voisins.
Le mécontentement abaissait les paupières de la jeune fille et voilait
son regard d’un voile singulier; les cils se rapprochaient, et quelque
chose d’étrange se sentait derrière cette frange de soie. Était-ce la
retraite de l’âme offensée? Était-ce l’indignation qui prenait sa forme
la plus muette et la plus haute? Était-ce le deuil de l’âme attristée
qui éteignait sa flamme? Était-ce le froid de l’acier et la dureté du
fer?
Personne n’eût pu répondre à ces questions.
* * * * *
Un jour, la reine sentant venir l’heure de sa mort, appela la princesse
et lui dit:
--Écoute, ma fille, et garde à jamais mes paroles dans ton cœur.
Ta position est rare en ce monde. Non seulement tu es née sur les
marches du trône, mais tous les autres prestiges sont venus s’ajouter en
toi et autour de toi au prestige de la naissance. Tu es belle; tu as la
science; tu as l’intelligence; tu as la sainteté. Si je t’avais choisie,
au lieu de te recevoir, choisie entre toutes les filles de la terre, je
ne t’aurais pas choisie autrement. Je n’aurais su quel charme ajouter à
tes charmes, quelle vertu à tes vertus. L’irréprochable est ton nom; le
jour de ta naissance, il me semble qu’une cuirasse te fut donnée contre
les infirmités, contre les faiblesses humaines, et, depuis le jour de ta
naissance, je cherche inutilement le défaut de cette cuirasse.
Ton nom ressemble à une couronne: Je t’ai donné l’un, je te laisse
l’autre. Mais ce nom et cette couronne, qui éblouiraient toute autre que
toi, ne sont encore pour toi, ma fille, que promesses et préparations.
Tu recevras un nom nouveau.
A ce mot, je frissonne.
O ma fille, j’ai pu faire pour toi ce qu’une mère n’a jamais fait
peut-être, j’ai pu t’instruire et t’aimer, comme personne ne l’a été
jamais: j’ai pu assembler autour de toi les savants de mon royaume: j’ai
pu orner ton intelligence et ton âme des splendeurs de la doctrine et
des splendeurs de la vertu.
Mais il y a quelque chose que je n’ai pas pu. Je n’ai pas pu te donner
le nom nouveau que je destine... Pourquoi donc est-ce que je frissonne?
Est-ce le froid de la mort ou est-ce un autre froid?
Écoute: j’ai une révélation à te faire, terrible et glorieuse.
Chaque jour je m’y prépare, et chaque jour je recule, à l’heure où je
vais t’appeler.
Je remettrais encore à demain probablement si j’étais certaine que le
mot _demain_ fût permis à mes lèvres. Mais je sens un froid étrange. Il
faut parler aujourd’hui.
Écoute: j’ai une révélation à te faire, terrible et glorieuse.
Toutes les sciences, toutes les lumières dont j’ai paré ta vie, toutes
ces splendeurs, toutes ces richesses, les traditions des rois mes
ancêtres, mon empire et tout ce qu’il contient, mes deux bras qui
t’entourent, et les deux bras de mon trône qui t’attendent, tout cela
n’est rien.
Tout cela, je te le donne comme un présent de nul prix. Car le froid qui
me pénètre m’apprend ce que j’ignorais. Il m’apprend ce que c’est qu’un
trône. La glace ne fond pas si vite au rayon du soleil de la vie, que
toute magnificence humaine au rayon du soleil de la mort.
Mais il est une chose précieuse, précieuse et nécessaire que tu auras,
SI tu veux. Si tu veux! Comprends, ma fille, le sens caché de ce mot:
SI. Je viens de le découvrir. Le rayon du soleil de la vie me le
cachait. Il a fallu, pour l’éclairer, le rayon du soleil de la mort.
Je t’ai donné un nom; mais il était arbitraire, Electa. C’était moi, moi
qui te le donnais. C’est ma pauvre main qui l’a écrit. Mais il est un
autre nom qui n’est pas tracé de main humaine. Il est un nom étrange,
singulier, prodigieux. Celui-là fut indiqué autrefois par le premier des
aïeux dont l’histoire m’ait gardé le souvenir. Il l’avait entendu
retentir au fond d’une solitude. Il l’avait écrit sur un parchemin. Le
parchemin est là, dans cette chambre qui n’a jamais été ouverte.
Au-dessus du nom, il y a un portrait. Quelqu’un, au jour terrible,
ressemblera à ce portrait, et la personne qui aura conquis cette
ressemblance portera le nom écrit au-dessous, et celle-là sera grande
entre les grandes, élue entre les élues, et les rois se découvriront
quand ils passeront près d’elle, et solliciteront par elle les faveurs
du roi des rois.
Il y a donc une ressemblance à conquérir. Mais, ma fille, je ne puis
rien pour te la donner, rien que ce que j’ai fait, et ce que j’ai fait
n’est rien, si tu n’ornes ta couronne d’une pierre précieuse que tu es
toi-même chargée de trouver. Oh! ma fille! ma fille! un jour la porte de
la chambre mystérieuse s’ouvrira, et plusieurs seront confrontées avec
le portrait terrible.
Une seule sera trouvée ressemblante. Ce sera toi, n’est-ce pas? Tu
m’assures que ce sera toi.
D’où vient donc que je frissonne? Est-ce le froid de la mort ou un autre
froid?
Tu n’oublieras jamais une seule des paroles qui ont été confiées à ta
mémoire. Mes enseignements seront toujours sacrés pour toi. Ton âme est
parée comme ton intelligence. Pour trouver la pierre précieuse, dont
nulle, excepté toi, ne soupçonne l’existence, tous les ouvriers du
royaume sont à ta disposition. C’est toi? N’est-ce pas? Dis-moi que
c’est toi. Soutiens-toi, et soutiens-moi. D’où vient que je frissonne?
C’est que je pense au jour où s’ouvrira la chambre fatale. Ce jour ne
dépendra ni de toi, ni de personne. Nul ne le choisira. Nul ne dira: il
sera éclairé par le soleil de demain. Nul ne verra d’avance ni ne
prédira son aurore.
L’aïeul respecté qui avait entendu le nom, qui l’avait transcrit, qui
avait fait le portrait et scellé la chambre terrible, a vu, autour de
lui, avant sa mort, tous les fronts prosternés sous sa bénédiction
suprême, et l’un de ses fils lui demanda:
«Père, qui donc ouvrira la chambre fatale?»
A ce moment un éclair déchira le cœur de la nuit; le tonnerre éclata, et
celui qui allait mourir, répondant à celui qui devait régner, lui montra
le feu du ciel qui tombait.
C’est pourquoi il est écrit sur la porte terrible:
«Le feu du ciel m’ouvrira.»
Quand le tonnerre aura posé le décor du drame, vous entrerez dans la
chambre, et vous attendrez à genoux que le nom se découvre, et,
au-dessus du nom, le portrait.
C’est à ce moment-là que la couronne se posera sur la tête qui lui sera
désignée par la pierre précieuse; et près de cette couronne, celle que
je te lègue n’est que cendre et poussière. La tradition dit qu’à ce
moment redoutable la justice frappera deux coups, car son glaive a deux
tranchants.
Combien serez-vous là, agenouillées dans la chambre terrible, je ne
sais. Mais toutes, vous y recevrez votre nom. D’abord, et au même
moment, le nom de la bénédiction suprême, et celui de la suprême
malédiction. Les autres viendront ensuite. Au moment où la pierre
choisie attirera la couronne, comme le fer attire l’aimant, il y en aura
une parmi vous dont le genou fera horreur à la terre qui le portera, et
sous le genou maudit, la terre s’ouvrira, pour n’être pas touchée par
lui, et celle qui aura été là, agenouillée, s’abîmera à la face du ciel.
Le tonnerre ne voudra pas de cette proie; le feu d’en haut se
détournera; c’est le feu du volcan qui la dévorera, et elle travaillera
à la forge souterraine, et si une goutte de sa sueur perce la croûte de
la terre, son odeur donnera la mort, et les habitants des cités voisines
s’enfuiront, oubliant leurs richesses, à cause de l’épouvante, et le
désert se fera là où la goutte de sueur aura percé la croûte de la
terre, et les bêtes mêmes n’oseront plus approcher du désert fait par la
sueur; car les animaux ont l’instinct de la conservation.
--Bénissez-moi, ma mère, dit Electa, qui savourait d’avance les joies du
triomphe.
--Sois bénie, dit la reine, toi qui fus choisie... Mais c’est étrange,
la faiblesse de la mort paralyse ma langue; je ne peux pas dire ce que
je veux... Sois bénie, toi qui es bonne... Sois bénie, toi qui... Sois
bénie, toi qu’il faut bénir...
Electa interrompit la reine, et lui dit:--Ma mère, bénissez-moi
moi-même, votre Electa, moi qui suis votre fille; bénissez-moi.
Et elle prit les deux mains de la reine, pour les placer sur sa tête;
mais les deux mains de la reine retombèrent d’elles-mêmes. «Elle n’a
plus la force de soutenir ses mains,» dit Electa.
--Sois bénie, dit la reine d’une voix plus lente, toi qui trouveras dans
les entrailles de la terre la pierre précieuse que je ne connais pas,
celle que je n’ai jamais vue, celle qui ne s’est jamais échangée contre
l’or et l’argent, pierre précieuse inconnue et incandescente, allumée
sous la croûte du globe par les reflets lointains de la foudre et les
éclats brisés du tonnerre! Sois bénie des bénédictions du ciel, bénie
des bénédictions de la terre, bénie des bénédictions de l’abîme d’en
haut! Que mes bénédictions montent les unes sur les autres, comme des
chaînes de montagnes superposées, qu’elles traversent les nuages, et
leur arrachent le feu qu’ils gardent dans leurs entrailles, le feu
promis au front de la prédestinée!
--Ma mère, dit Electa, maudissez mon ennemie, maudissez celle dont vous
m’avez parlé tout à l’heure.
--Sois maudite, dit la reine; puis elle s’arrêta, effrayée... Je ne sais
pas maudire, dit-elle; je ne hais personne. Je veux le bien de tous; mes
lèvres qui n’ont jamais prononcé de malédiction ne veulent pas commencer
à l’heure de la mort.
--Ma mère, dit Electa, vous pouvez maudire sans crainte, car vous parlez
de celle que le Seigneur maudira au dernier jour. Vous ne la connaissez
pas; vous ne la détestez pas. Vous ne savez pas de qui vous parlez. Ce
n’est pas la haine qui conduit votre langue; c’est la volonté du
Seigneur; c’est cette volonté que vous m’avez apprise à adorer en toute
circonstance, c’est elle qui courbe aujourd’hui sous votre malédiction
une tête que nous ne connaissons pas, comme elle vient de courber ma
tête sous votre bénédiction.
--Sois maudite, dis la reine, toi qui... Ma vue se trouble et ma langue
s’égare; je n’ose pas continuer...
--Continuez, ma mère, dit Electa; c’est la volonté du Seigneur.
--Eh bien, puisque tu le veux, je continuerai. Sois maudite des
malédictions du ciel, maudite des malédictions de la terre, maudite des
malédictions de l’abîme d’en bas. Que mes malédictions descendent
jusqu’au centre de la terre; qu’elles y allument la colère qui dort
jusqu’au jour de justice, la colère du volcan! Sois maudite par les cris
du pauvre, plus terribles que les éclats du tonnerre! Et que les
corbeaux des torrents répètent aux pierres roulées dans leurs cataractes
la malédiction qui est arrachée en ce moment à mes lèvres mourantes!
Sois maudite par le souffle qui passe sur les champs de blés en fleur!
Maudite par l’écume blanche des vagues exaltées par la tempête! Maudite
par la sérénité du ciel bleu des jours d’été, maudite par la douceur,
maudite par la splendeur des matins et des soirs, maudite par la fumée
qui sort des chaumières, à l’heure des repas, maudite par l’aubépine,
maudite par la rose, maudite par les frêles encensoirs du chèvrefeuille
balancé, et comme tout cela n’est rien pour la fureur involontaire qui
ouvre mes lèvres sacrées, sois maudite, dans ton infâme cœur, sois
maudite par celui qui a besoin, et à qui tu n’as pas donné.
La reine cessa de parler, et il se fit entre les deux femmes un silence
étrange. Electa attendit un moment, et quand elle vit bien que sa mère
se taisait, elle ajouta à voix basse:--Sois maudite; ainsi soit-il!
* * * * *
Or la reine était morte depuis quelques jours, et les fêtes de sa
sépulture n’étaient pas encore terminées. La fête et la sépulture sont
des mots qui vont singulièrement ensemble: passons le _deleatur_ sur les
fêtes, et omettons les pompes, si vous voulez.
* * * * *
Dans une chaumière, à quelque distance du palais, dont elle était une
dépendance imperceptible et inaperçue, se mourait une jeune fille
pauvre! C’était, si les renseignements que j’ai pu me procurer sont
exacts, une cabane de sabotiers située au milieu de la forêt. Par une
petite ouverture pratiquée dans le toit de chaume passait la fumée, dans
les moments où le feu était absolument nécessaire. Ne me demandez pas de
nombreux détails sur la vie qu’on y menait. Les informations sont rares,
quand il s’agit d’époques aussi lointaines, de pays lointains, et
surtout les informations relatives aux pauvres. J’ai encore pu donner
quelques détails sur le palais de la reine. Mais que voulez-vous que je
vous dise d’une cabane de sabotiers?
Cependant un vieux manuscrit, que j’ai eu beaucoup de peine à trouver,
prétend que la jeune fille, nommée Judith, avait entendu un soir,
quelques jours avant sa maladie, frapper trois coups à la porte de la
cabane où elle était seule, pour le moment. Elle allait prendre son très
frugal repas, le repas du soir. Elle ouvrit, c’était un voyageur dont
l’aspect était celui d’un pauvre; son front était un peu pâle. N’ayant
pas de veau à tuer, de _veau tendre et gras_, elle donna ce qu’elle
avait, un peu de pain et un verre d’eau. On vit de ce qu’on trouve, et
je n’ai pas trouvé sur leur entrevue d’autre détail.
Quelques jours après, elle tomba malade, et on prétendit que le voyageur
lui avait jeté un sort.
La maladie s’aggrava, et, au bout de huit jours, la mort semblait avoir
pris d’avance possession de sa victime. La médecine des pauvres était,
alors surtout, à l’état rudimentaire; deux yeux fermés, une respiration
haletante, des mots étouffés qui s’entendaient à peine: le morne
désespoir d’un père et d’une mère impuissants et immobiles qui ne
songeaient même plus à lutter contre la mort, tel eût été le spectacle
qu’offrait la cabane misérable et désolée, si une misère et une
désolation plus terribles que toutes les misères et les désolations
extérieures n’avaient paru oppresser le cœur tremblant de la mourante.
La mort, entrevue à la lueur de l’agonie, apparut à Judith comme quelque
chose d’absolument épouvantable. «Je ne sais rien, pensait-elle, de mon
créateur, sinon que je vais paraître devant lui, les mains vides. Et mon
cœur est comme mes mains, vide des vertus qu’il aime.»
Les transports de la fièvre et les horreurs de l’agonie coloraient de
leur couleur particulière les paroles entrecoupées qui s’échappaient de
ses lèvres, et ses paroles ressemblaient à la lueur d’un éclair aperçu
sur un précipice, et si l’espérance était au fond, elle était voilée par
la nuit de l’abîme.
Cependant le frère de la mourante, revenant de son travail, vit ces
trois agonies, l’agonie haletante et déchirante, puis les deux agonies
mornes et muettes du père et de la mère.
Il resta immobile, la tête dans ses mains; puis, tout à coup:--Tout
n’est pas fini, dit-il, mon père.
Nous sommes de pauvres misérables qui ne savons pas comment on s’adresse
au créateur des mondes.
Mais il y a quelque part une élue de Dieu. Ce Dieu terrible, que nous ne
connaissons pas, a choisi Electa pour sa privilégiée. Je pars; je vais
recommander Judith à ses prières. Celui qui l’a créée peut la guérir.
--Oui, pars, pars, dit la mère.
--Mais, dit le père, comment pénétreras-tu jusqu’au fond du
palais!--Est-ce que je sais, moi? Mais je pénétrerai. Le temps presse.
Et il partit.
Il comptait les minutes, les secondes, il ne courait pas; il volait.
Baigné de sueur, et ressemblant à un voleur de grand chemin, il arriva
au palais, et se jetant sur la première personne qu’il vit, je veux
parler à Electa, dit-il, à l’instant même.
--Vous plaisantez, mon bon monsieur, lui fut-il répondu avec un sourire;
Son Altesse royale est occupée. Faites une demande d’audience; son
Altesse verra si elle doit l’accueillir.--Mais elle meurt peut-être en
ce moment! cria le jeune homme désespéré.--Qui donc meurt? répondit la
personne qui lui parlait, et sans écouter la réponse, elle dit aux
gardes:
--Un fou vient de se présenter; mettez-le à la porte.
Les gardes se présentèrent pour faire leurs fonctions; mais le jeune
homme se jeta à genoux, luttant à la fois contre le désespoir et contre
la colère. A force d’être vaincu, il triompha de lui-même.
«Il s’agit de sauver ma sœur,» pensa-t-il, et levant la voix, il demanda
en grâce, au nom de Dieu, qu’on lui indiquât les moyens de faire
parvenir immédiatement une requête à Electa.
--Voici du papier et une plume! Écrivez, lui dit-on.
Et il écrivit:
«MADAME,
«Je suis un pauvre désespéré qui voit mourir une sœur qu’il aime. Ni
elle ni moi ne savons prier Dieu; mais puisque vous, vous le savez,
nous vous supplions de le faire pour nous. Le cas presse, madame,
toute une famille de pauvres pécheurs est à vos genoux.»
Le billet fut remis à Electa, et quand fut venue l’heure d’entrer dans
son oratoire, elle fit une prière conçue à peu près en ces termes: