II

A la réception de la lettre de son frère, Marie, qui le connaissait

bien, monta en chemin de fer. Arrivée à Paris, elle courut à la petite

maison du quartier latin où demeurait Paul. Son agitation l’avait

empêchée de prendre une voiture. Il lui semblait que la vitesse de la

marche, mieux sentie que celle du cheval, la soulageait. En chemin de

fer, elle aurait voulu pousser le train. Dans la rue, elle aurait voulu

avoir des ailes. A la porte, elle se serait voulue au bout du monde.

Elle n’osait pas monter. Elle s’arrêta suffoquée par les battements de

son cœur. S’il était trop tard, pensait-elle avec horreur! S’il était

une minute trop tard!

Enfin dans l’escalier, elle pleura. Alors elle osa sonner. J’ai pleuré,

pensait-elle, il est sauvé. Instruite par une longue et singulière

expérience, la jeune fille savait que les larmes étaient pour elle le

signe mystérieux et certain d’un désir exaucé. Elle sonne, une femme de

ménage la conduit, sans parler, près d’un lit, et dit un seul mot: mort!

Dans deux heures, ajouta-t-elle, l’enterrement. Il s’est jeté dans la

Seine, à la hauteur du pont d’Austerlitz.--Il n’est pas mort, dit

Marie.--La constatation du décès a été faite, dit la femme de ménage.

Sans répondre, Marie, l’œil fixe, se disait: il n’est pas mort. J’ai

pleuré. Il n’est pas mort. Elle appela:

--Paul!

Silence.

--Paul!

Silence.

Elle décrocha un miroir et l’approcha des lèvres de son frère. Au moment

où elle saisit le miroir, elle fondit en larmes. Vous voyez bien qu’il

est sauvé! dit-elle. La femme de ménage la crut folle. Marie plaça le

miroir devant les lèvres de Paul. Le miroir fut terni.

Contes extraordinaires · 第 45 / 75 题