A la réception de la lettre de son frère, Marie, qui le connaissait
bien, monta en chemin de fer. Arrivée à Paris, elle courut à la petite
maison du quartier latin où demeurait Paul. Son agitation l’avait
empêchée de prendre une voiture. Il lui semblait que la vitesse de la
marche, mieux sentie que celle du cheval, la soulageait. En chemin de
fer, elle aurait voulu pousser le train. Dans la rue, elle aurait voulu
avoir des ailes. A la porte, elle se serait voulue au bout du monde.
Elle n’osait pas monter. Elle s’arrêta suffoquée par les battements de
son cœur. S’il était trop tard, pensait-elle avec horreur! S’il était
une minute trop tard!
Enfin dans l’escalier, elle pleura. Alors elle osa sonner. J’ai pleuré,
pensait-elle, il est sauvé. Instruite par une longue et singulière
expérience, la jeune fille savait que les larmes étaient pour elle le
signe mystérieux et certain d’un désir exaucé. Elle sonne, une femme de
ménage la conduit, sans parler, près d’un lit, et dit un seul mot: mort!
Dans deux heures, ajouta-t-elle, l’enterrement. Il s’est jeté dans la
Seine, à la hauteur du pont d’Austerlitz.--Il n’est pas mort, dit
Marie.--La constatation du décès a été faite, dit la femme de ménage.
Sans répondre, Marie, l’œil fixe, se disait: il n’est pas mort. J’ai
pleuré. Il n’est pas mort. Elle appela:
--Paul!
Silence.
--Paul!
Silence.
Elle décrocha un miroir et l’approcha des lèvres de son frère. Au moment
où elle saisit le miroir, elle fondit en larmes. Vous voyez bien qu’il
est sauvé! dit-elle. La femme de ménage la crut folle. Marie plaça le
miroir devant les lèvres de Paul. Le miroir fut terni.