VI

Huit jours plus tard, on reçut une lettre de Julien. Ce fut Marie qui la

lut. Le vieux Ménig était aux champs. Il travaillait à la terre; Marie

courut le trouver pour lui annoncer ce qui se passait. Elle suivait,

joyeuse et légère, le chemin étroit qui longe le jardin des Capucins et

qui conduit à la campagne. C’était le matin, au mois de mai. Les fleurs

s’ouvraient: la terre était couverte de rosée. La tête blanche et rose

des pommiers dominait les haies chargées d’aubépine et de chèvrefeuille.

Leur odeur fraîche et pénétrante se faisait sentir au loin. Marie, tout

en courant, évitait de raser les haies où les fraisiers étaient en

fleur. Elle écoutait, à demi transportée, le gazouillement des oiseaux

qui s’éveillaient. Elle jouissait d’une de ces heures si rares en ce

monde, d’une de ces heures où tout est harmonie, les joies de notre âme

et les splendeurs de la nature.

Marie tenait la lettre comme un trésor; elle la serrait à deux mains,

comme s’il elle eût craint de la perdre. Du plus loin qu’elle aperçut le

vieux, elle appela en criant: «Une lettre!» Ménig interrompit son

travail, et, appuyé sur sa pioche, écouta gravement Marie, qui seule de

la maison savait lire.

Contes extraordinaires · 第 29 / 75 题