Huit jours plus tard, on reçut une lettre de Julien. Ce fut Marie qui la
lut. Le vieux Ménig était aux champs. Il travaillait à la terre; Marie
courut le trouver pour lui annoncer ce qui se passait. Elle suivait,
joyeuse et légère, le chemin étroit qui longe le jardin des Capucins et
qui conduit à la campagne. C’était le matin, au mois de mai. Les fleurs
s’ouvraient: la terre était couverte de rosée. La tête blanche et rose
des pommiers dominait les haies chargées d’aubépine et de chèvrefeuille.
Leur odeur fraîche et pénétrante se faisait sentir au loin. Marie, tout
en courant, évitait de raser les haies où les fraisiers étaient en
fleur. Elle écoutait, à demi transportée, le gazouillement des oiseaux
qui s’éveillaient. Elle jouissait d’une de ces heures si rares en ce
monde, d’une de ces heures où tout est harmonie, les joies de notre âme
et les splendeurs de la nature.
Marie tenait la lettre comme un trésor; elle la serrait à deux mains,
comme s’il elle eût craint de la perdre. Du plus loin qu’elle aperçut le
vieux, elle appela en criant: «Une lettre!» Ménig interrompit son
travail, et, appuyé sur sa pioche, écouta gravement Marie, qui seule de
la maison savait lire.