[22] _Aiebat enim (Chilpericus) plerumque: ecce pauper remansit fiscus
noster; ecce divitiæ nostræ ad ecclesias sunt translatæ: nulli pœnitùs,
nisi soli episcopi regnant: periit honor noster et translatus est ad
episcopos civitatum._ (Greg. Tur. L. 6, C. 46.)
[23] _Tunc indicavit ei quos in consilio haberet, aut sperneret à
conloquio; quibus se crederet, quos vitaret, quos honoraret muneribus,
quos ab honore, depelleret._ (Greg. Tur. L. 7, C. 33.) _Persæpe homines
pro facultatibus eorum punivit._ (Ibid. L. 6, C. 46.) _Illi post
prædicationem sacerdotum, de Fanis ad ecclesias sunt conversi: isti
quotidie de ecclesiis prædas detrahunt, illi sacerdotes Domini ex toto
corde venerati sunt et audierunt; isti non solum non audiunt, sed etiam
persequuntur; illi monasteria et ecclesias ditaverunt; isti eas diruunt
ac subvertunt._ (Ibid. L. 4, C. 49.) On va voir dans la note suivante
que les Mérovingiens redemandoient aux églises les bénéfices qu’ils
leur avoient donnés; puisque dans le traité d’Andely en 587, on fit un
article exprès pour remédier à cet abus.
[24] _Quidquid ante fati reges ecclesiis aut fidelibus suis
contulerunt, aut adhuc conferre cum justitiâ, Deo propitiante,
voluerint, stabiliter conservetur; et quidquid unicuique fidelium
in utriusque regno per legem et justitiam redhibeatur, nullum
et præjudicium patiatur, sed liceat res debitas possidere atque
recipere; et si aliquid cuicumque per interregna sine culpâ sublatum
est, audientiâ habitâ restauretur. Et de eo quod per munificentias
præcedentium regum unusquisque usque ad transitum gloriosæ memoriæ
domini Chlotocharii regis possedit, cum securitate possideat: et quod
exinde fidelibus personis ablatum est, de præsenti recipiat._ (Greg.
Tur. L. 9, C. 20.)
Il est question de savoir si cette expression, _stabiliter
conservetur_, doit s’entendre de l’hérédité établie dans les bénéfices;
ou si elle signifie seulement que le bénéficier qui en est pourvu en
jouira pendant toute sa vie. Ce qui rend la première explication plus
vraisemblable, c’est que le même traité d’Andely permet aux femmes,
aux veuves et aux filles des Mérovingiens, d’aliéner pour toujours
les terres qu’elles conféroient en bénéfices. _Ut si quid de agris
fiscalibus vel speciebus, atque præsidio pro arbitrii sui voluntate
facere, aut cuiquam conferre voluerit; in perpetuo, auxiliante Domino,
conservetur, neque à quoquam ullo unquàm tempore convellatur._ La
manière dont cet article est dressé; les expressions _in perpetuo
et ullo unquam tempore_, ne laissent aucun lieu de douter que les
bénéfices conférés par les princesses, n’aient été rendus héréditaires
dans l’assemblée d’Andely. Or, je demande pourquoi on auroit permis aux
princes de reprendre leurs bénéfices à la mort du bénéficier, tandis
qu’on ôtoit ce droit aux princesses.
En second lieu, les ecclésiastiques ont toujours prétendu que c’est
un sacrilége, que de reprendre les biens qui avoient été consacrés
à Dieu et au culte de la religion. L’esprit du traité d’Andely est
donc, que les gratifications faites par les rois à l’église, soient
perpétuelles, irrévocables, et deviennent des propres. Mais remarquez
que l’expression _stabiliter conservetur_, se rapportant également
aux Leudes et aux églises, suppose leur condition égale à l’égard des
bénéfices; d’où il faut conclure que les bénéfices conférés aux Leudes,
ne pouvoient jamais être repris par le prince. Le traité ne fut pas
observé religieusement, mais il semble qu’on n’en peut rien conclure
contre le droit des bénéficiers.
[25] _Cum jam Protadius, genere Romanus, vehementer ab omnibus in
palatio veneraretur, et Brunechildis stupri gratiâ eum vellet honoribus
exaltare._ (Fredeg. Chron. C. 24.) _Protadius, instigante Brunechilde,
Theudorico jubente, majordomus substituitur. Qui cum esset nimiùm
argutissimus et strenuus in cunctis, sed sæva illi fuit contrà personas
iniquitas, fisco nimium tribuens, de rebus personarum ingeniosè fiscum
vellens impellere et se ipsum ditare. Quoscumque genere nobiles
reperiret, totos humiliare conabatur, ut nullus reperiretur qui gradum
quem adripuerat, potuisset adsumere._ (Ibid. C. 27.)
[26] _Quidquid parentes nostri anteriores principes, vel nos per
justitiam visi sumus concessisse et confirmasse, in omnibus debeat
confirmari._ (Ord. an. 615, art. 16.) Il est évident que cet article
a rapport aux conventions du traité d’Andely, et qu’il en rappelle et
en confirme les dispositions. On verroit, sans doute, que l’expression
_quidquid_, doit s’entendre des bénéfices, si les deux articles
précédens de cette ordonnance n’avoient été perdus. On ne peut
douter que ce ne soit à cette époque, que les bénéfices devinrent
incontestablement héréditaires; et l’ordonnance de Paris fut aussi
respectée, que le traité d’Andely l’avoit été peu. Tout préparoit
les esprits à cette révolution, et l’assemblée que Clotaire II tint
à Paris, étoit l’occasion la plus favorable aux intérêts des Leudes;
ce prince étoit-il en état de pouvoir leur refuser quelque chose? La
décadence où l’autorité royale tomba dès ce moment, est une preuve que
le prince ne fut plus le maître de disposer de ses bénéfices. Enfin,
l’hérédité des bénéfices étoit tellement établie, et reconnue pour être
la coutume générale, quarante-cinq ans après l’assemblée de Paris, que
Marculfe qui écrivoit dans ce temps-là, en fait une clause particulière
dans l’acte de donation des bénéfices. _Ità ut eam villam jure
proprietario ullius expectatâ judicum traditione habeat, teneat atque
possideat, et suis posteris, Domino adjuvante, ex nostrâ largitate, aut
cui voluerit ad possidendum relinquat._ (Form. 14, L. 1.)
_Quæ unus de fidelibus ac Leodibus, suam fidem servando Domino
legitimo, interregno faciente, visus est perdidisse, generaliter absque
incommodo de rebus sibi justè debitis præcipimus revestiri._ (Ord. an.
615. Art. 17.)
_Episcopi verò vel potentes qui in aliis possident regionibus, judices
vel missos discussores de aliis provinciis non instituant nisi de loco,
qui justitiam percipiant et aliis reddant._ (Ibid. art 19.) J’ai déjà
rapporté cet article dans une note précédente; il suppose le droit
des seigneuries établi, et le confirme. Peut-être que ce droit avoit
été formellement reconnu dans quelque ordonnance qui n’est pas venue
jusqu’à nous.
[27] Tant que les Français furent en Germanie, il est vraisemblable que
l’assemblée du champ de Mars nommoit aux magistratures. _Eliguntur_,
dit Tacite, (C. 12,) _in iisdem Conciliis et principes qui jura
per pagos vicosque reddant_. Lorsque les principes du gouvernement
français commencèrent à s’altérer, les rois s’attribuèrent le pouvoir
de conférer les duchés et les comtés. Grégoire de Tours, (_L. 4, C.
43_,) rapporte que Péonius, comte d’Auxerre, envoya de l’argent au roi
Gontran, par son fils Mummolus, pour être continué dans son emploi; et
que le fils infidelle donna l’argent en son nom, et obtint la place de
son père. Il n’est pas besoin de multiplier ici les autorités, pour
prouver une vérité dont on ne peut douter, pour peu qu’on ait lu nos
anciens historiens, et quand on se rappelle que l’assemblée du champ
de Mars ne se tenoit plus. Le président de Montesquieu a cependant
dit quelque part, que les assemblées de la nation disposoient même des
bénéfices.
Fredégaire nous apprend que Varnachaire, qui venoit d’être fait maire
du palais, dans le royaume de Bourgogne, après la mort de Brunehaut,
exigea de Clotaire II, qu’il lui promît, par serment, de ne lui
jamais ôter sa dignité. _Varnacharius in regno Burgundiæ substituitur
major-domus, sacramento à Chlotario accepto ne unquàm vitæ suæ
temporibus degradaretur._ (Chr. C. 42.) Si Varnachaire eût été fait
maire du palais, par les grands, Clotaire n’eût pas eu la liberté de
le déposer; et par conséquent, il eût été absurde que Varnachaire eût
exigé le serment inutile, dont parle l’historien. Il n’est pas moins
aisé de prouver que le maire du palais, et par conséquent, le roi,
dont il n’étoit encore que le ministre, nommoit aux duchés et aux
comtés; puisque Flaochatus, qui succéda à Varnachaire, écrivit à tous
les ducs du royaume de Bourgogne, pour leur promettre, par serment,
de les conserver dans la possession de leur dignité. _Flaochatus
cunctis ducibus Burgundiæ seu et pontificibus per epistolam, etiam
et sacramentis firmavit unicuique gradum honoris et dignitatem seu
amicitiam perpetuo conservare._ (Ibid Chron. C. 89.) Il n’est pas
nécessaire de remarquer que _gradum honoris_ se rapporte aux ducs, et
_amicitiam_ aux évêques.
[28] On doit sur-tout regretter l’ordonnance de l’assemblée, que
Clotaire II convoqua à Clichy, près de Paris, la quarante-quatrième
année de son règne. Cette pièce, sans doute, seroit de la plus grande
importance, pour connoître notre ancien droit public, les progrès
de l’autorité des maires du palais et des seigneurs, et les causes
particulières de la révolution subite que souffrit la dignité des
princes Mérovingiens.
[29] _Chlotarius cum proceribus et Leudibus Burgundiæ Træsassis
conjungitur, cum eos sollicitasset, si vellent mortuo jam Varnachario,
alium in ejusdem honoris gradum sublimare, etc._ (Fredeg. Chr. C. 43.)
Il falloit que pendant la régence, ou la mairie de Varnachaire, les
grands eussent exigé du roi, qu’ils nommeroient désormais son maire du
palais. _Flaochatus, genere Francus, majordomus in regnum Burgundiæ,
electione Ponticum et cunctorum ducum, à Nantechilde reginâ in hunc
gradum honoris nobiliter stabilitur._ (Ibid. C. 89.)