Un volume, 1778.
(Page 40 de l’Éloge.) Un prince à jamais regrettable, le Dauphin,
père de notre auguste monarque, appeloit l’histoire la leçon des
princes et l’école de la politique: il ajoutoit que l’histoire
est la ressource des peuples contre les erreurs des rois. On n’en
pouvoit donner une plus belle définition: il semble que _Mably_ ait
entrepris de la justifier.
Son traité de l’étude de l’histoire avoit d’abord été imprimé dans
le cours d’études de l’abbé de Condillac son frère; il a été fait
pour l’instruction du jeune prince, devenu duc de Parme et de
Plaisance, en 1765.
_Mably_ lui adresse la parole, comme Bossuet, dans l’Histoire
Universelle, au grand dauphin. Le commencement en est admirable:
Voulez-vous être un grand homme, lui dit-il, oubliez que vous êtes
prince? &c. &c. Sans prétendre en aucune façon comparer la hauteur
du génie et l’éloquence entraînante et sublime de l’aigle de Meaux
à la sagesse de l’écrivain moderne, nous oserions dire que l’écrit
du dernier, s’il étoit bien médité, est plus propre encore à former
un prince à ses devoirs, à lui inspirer les sentimens de justice,
à le prémunir contre l’empire des passions, et sur-tout à lui
enseigner la route qu’il faut suivre pour faire le bonheur de ses
peuples, que le chef-d’œuvre de l’éloquence française.
Il nous seroit facile de justifier par des citations tous les
éloges que nous avons faits de ce traité; mais nous aimons mieux
espérer qu’enfin on le lira: d’ailleurs ces notes sont déjà trop
longues. Un écrivain qui paroît avoir beaucoup médité sur ces
matières, dit, en parlant de ce livre de l’étude de l’histoire:
«Nous croyons que la première partie de ce petit ouvrage est ce
que M. l’abbé de _Mably_ a jamais imprimé de plus neuf et de plus
utile.» (Jugement sur l’ouvrage de Pierre Chabrit, par M. Garat.)