de porter des habillements de femme, et ce costume, que le chevalier
d'Éon conserva le reste de sa vie, fit naître, sur la nature de son
sexe, des doutes qui ne furent levés définitivement qu'après sa mort
et par le procès-verbal de son autopsie. On a de lui treize volumes
d'histoire, d'économie politique, etc.[340].
[340] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la
France_.--Voir aussi une note de la _Correspondance de la
marquise du Deffand_, édition M. de Lescure, t. II, p. 111, note
3. Louis Jourdan a publié, sur le chevalier d'Éon, une sorte de
roman, _un Hermaphrodite_ (Paris, Dentu, 1861), dont la paternité
lui a été contestée par Frédéric Gaillardet: cf. LORENZ,
_Catalogue général..._ 1840-1865. t. III, p. 47, article Jourdan
(Louis).
L'IMPÉRATRICE CATHERINE II, de Russie (1729-1796).
Elle avait orné son esprit et fortifié son caractère par les lectures
les plus sérieuses: Tacite, Plutarque, Bayle, Montesquieu, Voltaire,
etc. Voltaire la nommait _la Sémiramis du Nord_. Elle attira Diderot à
sa cour, mais ne put l'y retenir que quelques mois. Elle lui vint très
délicatement en aide, en lui achetant sa bibliothèque au prix de
15.000 francs, «mais à la condition qu'il la garderait sa vie durant,
et consentirait à en être le bibliothécaire avec un traitement annuel
de 1.000 francs». Elle poussa même la générosité jusqu'à lui payer
cinquante ans d'avance,--soit 50.000 francs[341].
[341] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cité_, article Diderot.
Mme D'ALIGRE, Françoise-Madeleine Talon, première femme du président
d'Aligre (1730-1767)[342].
[342] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 131.
La DUCHESSE DE GRAMONT-CHOISEUL, Béatrix de Choiseul-Stainville,
l'altière et impérieuse sœur du duc de Choiseul, ministre de Louis XV
(1730-1794).
Elle posséda une belle bibliothèque, bien composée, et témoigna de son
amour pour les arts et les lettres. Il est très fréquemment question
d'elle dans la correspondance de Mme du Deffand.
Incarcérée pendant la Révolution, la duchesse de Gramont (ou Grammont)
fut interrogée par Fouquier-Tinville, qui lui demanda si elle n'avait
pas envoyé d'argent aux émigrés. «J'allais dire non, répondit-elle,
mais ma vie ne vaut pas un mensonge.» Elle périt sur l'échafaud,
fièrement, comme elle avait vécu[343].
[343] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
108;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 163.
La COMTESSE D'HOUDETOT, Élisabeth-Françoise-Sophie de la Live de
Bellegarde (1730-1813), qui était la belle-sœur de Mme d'Épinay, se
plaisait à versifier[344], et elle est surtout connue par sa longue
liaison avec le poète Saint-Lambert, et la passion qu'elle inspira à
Jean-Jacques.
[344] Elle a même composé une scabreuse pièce de vers, dont
Diderot parle dans une de ses lettres à Mlle Voland (Lettre XLI,
30 septembre 1760, t. I, p. 282-283; Paris, Paulin, 1830): «Mme
d'Houdetot fait de très jolis vers; elle m'en a récité
quelques-uns qui m'ont fait grand plaisir. Il y a tout plein de
simplicité et de délicatesse. Je n'ai osé les lui demander; mais
si je puis lui arracher un _Hymne aux tétons_ qui pétille de feu,
de chaleur, d'images et de volupté, je vous l'enverrai.
Quoiqu'elle ait eu le courage de me le montrer, je n'ai pas eu
celui de le demander.»
La bibliothèque de «Mme veuve d'Houdetot» fut vendue à Paris le 18 mai
1813 et jours suivants. Le catalogue en avait été dressé par Merlin.
«Le no 596 était le manuscrit de _Julie ou la Nouvelle Héloïse_ (6
vol. in-8) transcrit par Jean-Jacques pour Mme d'Houdetot de 1757 à
1758, c'est-à-dire deux ans avant la publication. «La grande netteté
qui règne dans les six volumes, dit une note de Merlin, atteste le
soin que Rousseau apporta dans ce travail. On peut juger, par une note
de Mme d'Houdetot mise en tête du premier volume, du cas que cette
dame faisait du livre et de l'auteur[345].»
[345] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p.
351, article de M. Maurice Tourneux.
La comtesse d'Houdetot avait une belle-fille du même nom, la
VICOMTESSE D'HOUDETOT, «femme aimable, spirituelle, morte de très
bonne heure; elle laissa quelques vers que ses amis se plurent à
recueillir après elle et à faire imprimer en un tout petit volume
(_Poésies de la vicomtesse d'Houdetot_, 1782). Or, on y lit en tête
une notice, qu'on sait être de la plume du cardinal Loménie de
Brienne. Le prélat, le croirait-on? y loue cette jeune dame de son
incrédulité:
«Jamais on n'a vu, dit-il, dans une si jeune personne autant de
philosophie; et cette philosophie influait également sur ses opinions
et sur sa conduite. Elle n'admettait que ce qui lui paraissait
évidemment prouvé, aimait à disputer, parce qu'elle avait presque
toujours une opinion à elle, et ne cédait qu'à la conviction ou enfin
à la convenance.»
«Et lorsqu'il en vient à raconter la dernière maladie de cette jeune
femme, le cardinal écrit:
«Elle craignait la mort parce qu'elle devait la séparer de tout ce qui
lui était cher. _Ma vie peut être remplie de peines_, disait-elle,
_mais il est affreux de n'être rien; je crois la souffrance préférable
au néant_.»
«Le cardinal n'ajoute rien qui corrige cette opinion du néant après la
mort, ni qui avertisse qu'il ne la partageait pas; c'est qu'il la
partageait en effet,» conclut Sainte-Beuve[346].
[346] _Causeries du lundi_, t. XV, p. 229.
Mme DE SARTINE, Marie-Anne Hardy du Plessis (1730-....).
Son mari était le lieutenant général de police Sartine (1729-1801),
qui, avec un zèle opiniâtre, avait rassemblé une collection
considérable de documents sur l'histoire de Paris[347].
[347] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 200.
MARIE-JOSÈPHE DE SAXE, seconde femme du Dauphin, fils de Louis XV, et
mère de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X (1731-1767).
Elle fut mariée à quatorze ans, et son mari passa sa nuit de noces à
pleurer sa première femme.
Elle vécut toujours très retirée, et possédait une réelle érudition.
Elle avait le goût des livres, et elle en imprima elle-même
quelques-uns, sous la direction de Ch.-J.-B. Delespine, ancien
imprimeur du roi, devenu l'huissier de son cabinet[348].
[348] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 97.
«En 1758, sous la direction de Delespine, paraît un livre exécuté
à Versailles, dans l'imprimerie de la Dauphine, mère de Louis
XVI, intitulé _Élévation du cœur à Jésus-Christ_, etc., _imprimé
de la main de madame la Dauphine_, in-16.» (Ambroise
FIRMIN-DIDOT. _Essai sur la typographie_, colonne 847; Paris,
Didot, 1851.)
La PRINCESSE DE CONTI, Fortunée-Marie d'Este, fille du duc de Modène
(1731-1803)[349].
[349] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 117.
La DUCHESSE DE VILLEROI ou DE NEUFVILLE DE VILLEROY ou DE
NEUVILLE-VILLEROI, Jeanne-Louise-Constance d'Aumont (1731-1816), a
laissé une très importante bibliothèque, composée surtout de poésies
et de romans, et qui se distinguait par la beauté des exemplaires et
l'élégance des reliures. «Elle eut, de son temps, une grande
réputation d'indépendance et d'originalité, et fournit des articles
piquants aux _Actes des apôtres_ et au _Petit-Gauthier_, deux feuilles
royalistes des premiers temps de la Révolution. On lui doit aussi une
traduction de l'_Histoire de la Grèce_ de Gillies, Goldsmith et Gast,
revue par Leuliette (Paris, 1808, 2 vol. in-8)[350].
[350] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
454-455;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 189;--et
LAROUSSE, _ouvrage cité_.
La DUCHESSE DE CRUSSOL, Madeleine-Julie-Victoire de Pardaillan-Gondrin
(1731-....)[351].
[351] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 148.
MESDAMES DE FRANCE, filles de Louis XV:
MARIE-ADÉLAÏDE (1732-1800);
VICTOIRE-LOUISE-MARIE-THÉRÈSE (1733-1799);
SOPHIE-PHILIPPINE-ÉLISABETH-JUSTINE (1734-1782).
Madame Adélaïde (Marie-Adélaïde), que son père appelait familièrement
_Loque_, apprit l'anglais, l'italien, les hautes mathématiques, etc.
Au dire de Quentin-Bauchart, c'est la seule des trois qui «fut une
véritable bibliophile[352]». Elle faisait relier ses livres en
maroquin rouge.
[352] _Ouvrage cité_, t. II, p. 131.
Madame Victoire, surnommée de même _Coche_ par Louis XV, faisait
relier ses livres en maroquin vert.
Madame Sophie, _Graille_ pour son père, les faisait relier en maroquin
citron[353].
[353] Cf. Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 123.
Tous ces volumes étaient timbrés aux armes de France dans un écu en
losange[354] surmonté d'une couronne ducale.
[354] «L'écu des filles non mariées a la forme d'un losange; plus
généralement elles le portent en ovale.» (H. GOURDON DE
GENOUILLAC, _l'Art héraldique_, chap. I, p. 14; Bibliothèque de
l'enseignement des beaux-arts.)
Les trois sœurs étaient de grandes liseuses: «elles faisaient, dit le
duc de Luynes, des entreprises de grande lecture, dont elles venaient
à bout[355].»
[355] Dans Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 120.
Les catalogues manuscrits des livres de «Mesdames» se trouvent
actuellement à la Bibliothèque de l'Arsenal. Celui de la bibliothèque
de Madame Adélaïde, daté de 1786, comprend 430 pages et 5286 articles;
il forme un superbe in-folio, écrit en belle bâtarde et en ronde, et
est orné d'un frontispice colorié, où Madame Adélaïde est représentée
en Minerve, casque en tête, devant un bureau chargé de livres, de
cartes et d'instruments de physique.
Notons que Madame Victoire contractait volontiers des emprunts dans
les collections publiques et ne restituait pas toujours ce qui lui
avait été prêté. «Nombre d'estampes demandées par elle en
communication ne sont jamais rentrées», nous apprend un ancien
conservateur de la Bibliothèque nationale, Henri Bouchot[356].
[356] _Les Reliures d'art à la Bibliothèque nationale_, p.
XXI.--Voir aussi, sur Mesdames Adélaïde, Victoire et
Sophie,--«que l'on connaissait sans envie du bien, sans âme, sans
caractère, sans franchise, sans amour pour leur père... Madame
Sophie était une manière d'automate, aussi nulle pour l'esprit
que pour le caractère...»--le DUC DE LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT,
_Mémoire sur la mort de Louis XV_, _dans_ SAINTE-BEUVE,
_Portraits littéraires_, t. III, p. 533;--et _Nouveaux Lundis_,
t. VIII, p. 326, article sur Marie-Antoinette.
Une autre fille de Louis XV, la dernière, Madame LOUISE (Louise-Marie:
1737-1787), qui fut religieuse aux Carmélites de Saint-Denis, était
encore plus passionnée que ses sœurs pour la lecture. A une certaine
époque, «Mme Campan la lui faisait cinq heures par jour; et comme ce
n'était pas sans fatigue, la princesse lui préparait elle-même de
l'eau sucrée, et s'excusait de la faire lire si longtemps, sur la
nécessité d'achever un cours de lecture qu'elle s'était
prescrit»[357].
[357] Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 122.
C'est Madame Louise, qui, durant ses derniers moments, redevenue
princesse dans son délire sans cesser d'être nonne, et croyant
toujours commander à son cocher ou à son écuyer, lui intimait cet
ordre, de sa voix défaillante: «Au paradis, vite, vite! au grand
galop!»[358].
[358] Cf. SAINTE-BEUVE, _Nouveaux lundis_, t. VIII, p. 130, note
1.
La MARQUISE DE LAMETH, Marie-Thérèse de Broglie (1732-1819)[359].
[359] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 169.
La DUCHESSE DE ROHAN-CHABOT, Émilie de Crussol d'Uzès
(1732-....)[360].
[360] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 197.
La MARQUISE DE VOYER D'ARGENSON, Jeanne-Marie-Constance de Mailly
(1734-1783)[361].
[361] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 209.
La DUCHESSE DE MAZARIN, Louise-Jeanne de Durfort (1735-1781).
La vente de ses livres eut lieu à Paris, peu après sa mort, le 12
janvier 1782 et jours suivants[362].
[362] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 182;--et la _Revue des
livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 350, article de M.
Maurice Tourneux.
La DUCHESSE DE CHOISEUL-STAINVILLE, Louise-Honorine Crozat du Châtel,
femme du ministre de Louis XV (1735?-1802).
De même que son père, que son mari, et que sa belle-sœur, la duchesse
de Gramont-Choiseul, mentionnée ci-dessus à son rang chronologique, la
duchesse de Choiseul aima passionnément les livres. Elle protégea les
savants et les gens de lettres et particulièrement l'abbé
Barthélemy[363]. C'est elle qui, en vrai philosophe de son siècle,
écrivait un jour à son amie Mme du Deffand qu'«il ne faut parler de
Dieu ni en bien ni en mal»[364].
[363] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
452-453;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 146.
[364] Lettre à Mme du Deffand, 23 juin 1771 (_Correspondance de
Mme du Deffand_, t. I, p. 443; édition Sainte-Aulaire).
La DUCHESSE DE RIOCOURT ou RIOCOUR, Madeleine-Jeanne-Claire Morel,
dame de Vitry-la-Ville, Vauciennes, Chappes, etc., baronne du Bois ou
de Boys (1735-1812)[365].
[365] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 197;--et
Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
La PRINCESSE DE CONDÉ, Charlotte-Godefride-Élisabeth de
Rohan-Soubise, femme de Louis-Joseph, duc de Bourbon, prince
de Condé (1737?-1760)[366].
[366] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 453.
Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Louise-Suzanne de Beaupré
(1737?-1762).
Son mari était président à mortier au Parlement de Paris[367].
[367] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 176.
Mme DE MONTESSON, Charlotte-Jeanne Béraud de la Haie de Riou, marquise
de Montesson (1737-1806).
Devenue veuve, en 1769, du marquis de Montesson, elle inspira à
Louis-Philippe, duc d'Orléans, petit-fils du Régent, une passion si
vive qu'il l'épousa secrètement. «Le roi, écrit M. Paul
Chaponnière[368], donna son consentement verbal (à ce mariage), à
condition que la marquise ne prendrait jamais le nom de duchesse
d'Orléans ni les armes de la famille. Elle n'en habita pas moins le
Palais-Royal, mais la famille royale s'abstint d'assister aux
spectacles organisés par le duc d'Orléans. Celui-ci, selon un mot de
l'ambassadeur de Naples, ne pouvant faire Mme de Montesson duchesse
d'Orléans, s'était fait lui-même M. de Montesson.»
[368] _Madame de Montesson et ses œuvres anonymes_, dans la
_Revue des livres anciens_, année 1894, t. II, p. 111-112.
La marquise de Montesson était sœur utérine de la mère de Mme de
Genlis, par conséquent tante de cette dernière.
Bien que, au dire de sa nièce, «elle fût d'une ignorance extrême et
n'eût pas la moindre instruction», elle eut l'idée singulière de
devenir auteur[369], et elle a composé, après avoir sommairement
étudié sans doute les règles de la grammaire et de la prosodie, un
grand nombre de pièces de théâtre, qu'elle faisait représenter chez
elle, et où elle jouait elle-même. Elle a laissé une importante
bibliothèque qui a été acquise par M. de Soleinne[370].
[369] Cf. Paul CHAPONNIÈRE, _ouvrage cité_, p. 112-113.
[370] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
456;--et Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
Alexandre Dumas, qui a eu occasion, dans son enfance, d'aller chez Mme
de Montesson et de la voir de près, donne sur elle, dans ses
_Mémoires_[371], d'intéressants renseignements:
«Le caractère excellent de Mme de Montesson fit longtemps le bonheur
de ce prince (du duc d'Orléans) et son propre bonheur.
«Elle s'occupait de musique et des chasses, dont elle partageait les
plaisirs avec le prince.
«Elle avait un théâtre dans l'hôtel qu'elle habitait à la Chaussée
d'Antin, théâtre sur lequel elle jouait avec lui. Le duc d'Orléans, né
bonhomme et naïf, réussissait dans les rôles de paysan, et Mme de
Montesson dans ceux de bergère et d'amante.
«Feu Mme la duchesse d'Orléans avait prostitué cette maison au point
que les dames n'y venaient qu'avec des réserves étudiées et suivies.
Mme de Montesson y rétablit le bon ton, la dignité, rouvrit la porte
aux plaisirs délicats, et ranima le goût des arts, du bel esprit, et y
ramena souvent la gaieté et la bonhomie.»
[371] Tome I, chap. I, p. 11. Voir aussi même tome, chap. XVIII,
p. 215.
En mourant, Mme de Montesson laissa toute sa fortune au comte de
Valence, qui avait épousé Mlle de Genlis. Celle-ci, qui l'appelait sa
_tantâtre_, a parlé d'elle dans ses Souvenirs, et généralement, ainsi
que nous l'avons vu tout à l'heure, elle ne la juge pas très
favorablement. «Mme de Montesson, dit-elle encore, jouait à mon gré
fort mal la comédie, parce qu'en cela, comme en toutes choses, elle
manquait de naturel.»
Entre autres ouvrages, on doit à Mme de Montesson un recueil intitulé
_OEuvres anonymes_ (Paris, 1782-1785, 8 vol. in-8), comprenant des
mélanges et des pièces de théâtre, qui n'a été tiré qu'à douze
exemplaires, est devenu très rare, et, à cause de cette rareté, est
recherché des bibliophiles[372].
[372] Cf. LAROUSSE, _ouvrage cité_;--MICHAUD, _ouvrage cité_. M.
Paul CHAPONNIÈRE (_ouvrage cité_, p. 114 et suiv.) donne en
détail la bibliographie des œuvres de Mme de Montesson.
ANNE-THÉRÈSE-PHILIPPINE D'YVE (1738-1814), dame belge, née à
Bruxelles. Elle fut «un des beaux esprits de son temps», dit Joannis
Guigard[373]; ses idées démocratiques et l'amour du bien la rendirent
célèbre en Belgique. Sa bibliothèque passait, à juste titre, pour
l'une des plus riches de l'Europe, soit par la rareté des ouvrages,
soit par l'excellence de la condition des volumes.
[373] _Ouvrage cité_, t. I, p. 209-210.
MADELEINE-CHARLES-ÉMILIE LE FÈVRE-CAUMARTIN DE LA COUR
(1738?-1814)[374].
[374] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 166.
La MARQUISE DE PIGNATELLI D'EGMONT,
Jeanne-Sophie-Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie de Richelieu
(1740-1773)[375].
[375] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 192.
La MARQUISE DE FOUQUET, Hélène-Julie-Rosalie Mancini-Mazarini, dite
Mademoiselle de Nevers (1740-1780?)[376].
[376] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 161.
Mme DU BARRY, Marie-Jeanne Gomard Vaubernier, comtesse du Barry,
maîtresse de Louis XV (1743-1793)[377].
[377] La date de naissance de la fameuse courtisane a été très
contestée: les uns ont dit 1744, d'autres 1746. Les Goncourt,
dans leur ouvrage sur _La Du Barry_, pages 6 et 25 (Paris,
Charpentier, 1891) ont traité cette question et publié l'acte
authentique.
«Jeanne, fille naturelle d'Anne Béqus dite Quantiny, est née le
dix-neuvième août de l'an mil sept cent quarante-trois...»
Elle était fille naturelle d'une couturière nommée Bécu ou Béqus, dite
Quantiny ou Cantigny; elle savait à peine lire, et écrivait plus mal
encore qu'elle ne lisait.
«La Du Barry, quoique fort belle, n'était guère en état de former,
seule, une bibliothèque, remarque Joannis Guigard[378], elle qui ne
pouvait pas écrire un mot sans faire une faute d'orthographe: son
libraire se chargea de la formation de cette bibliothèque. On y
remarqua d'abord de bons ouvrages d'histoire, de littérature et même
de morale; puis des productions plus légères, que son fournisseur y
fit entrer sans doute pour distraire les instants du monarque blasé.
Louis XV, dit-on, parut enchanté du goût littéraire de sa nouvelle
maîtresse, et, lorsque celle-ci envoya sa collection au château de
Versailles, il s'écria: «La marquise de Pompadour avait plus de livres
que la comtesse, mais ils n'étaient pas si bien reliés ni si bien
choisis; aussi nous la nommerons bibliothécaire de Versailles.»
[378] _Ouvrage cité_, t. I, p. 152.
La bibliothèque de Mme du Barry, bibliothèque sans importance,--«des
livres sans intérêt bibliographique, mal reliés, et qui ne se
recommandent que par la célébrité de mauvais aloi de celle qui les a
possédés», déclare Ernest Quentin-Bauchart[379], a été étudiée en
détail par M. Léon de Labessade[380] et par Paul Lacroix.
[379] _Ouvrage cité_, t. II, p. 190. «Elle se composait de 1068
volumes de toutes grandeurs», dit Paul Lacroix (bibliophile
Jacob) dans une lettre adressée au _Monde illustré_, 31 mars
1860, p. 214-215, et citée par Édouard FOURNIER, _l'Art de la
reliure_, p. 194, note 1.
[380] Dans les _Miscellanées bibliographiques_, 2e partie, p.
103-132 (Paris, Rouveyre, 1879).
La Du Barry inscrivait sur ses livres cette fière, galante et
plaisante devise: _Boutez en avant!_ Ils étaient au nombre d'un
millier, et, pour la plupart, reliés en maroquin rouge[381]. Parmi ces
volumes, il y en avait paraît-il, d'un genre spécial; la noble dame
possédait _un enfer_, qui, dit-on, est devenu la propriété d'un
amateur tourangeau[382].
[381] Cf. Paul LACROIX (bibliophile Jacob), _lieu cité_.
[382] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
190-191.
«Aimer le livre, l'acquérir, le conserver, lui procurer le vêtement et
le couvert, écrit M. Léon de Labessade en terminant son étude sur la
bibliothèque de la Du Barry, c'est travailler pour l'avenir, c'est
faire œuvre d'artiste et de savant. Mme du Barry, elle, conserva les
livres; il lui sera beaucoup pardonné, parce qu'elle prodigua avec
intelligence[383] le maroquin et les petits fers. Que la terre lui
soit légère: elle aima le livre!»
[383] «Avec intelligence» me semble contestable.
La PRINCESSE DE CHIMAY, Laure-Auguste Fitz-James (1744-1814)[384].
[384] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 146.
La DUCHESSE DE DURFORT-CIVRAC, Adélaïde-Philippine de Durfort de
Lorges (1744-1819)[385].
[385] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 155.
La DUCHESSE DE DURFORT DE DURAS, Louise-Henriette-Charlotte-Philippine
de Noailles (1745-1832)[386].»
[386] Cf. Joannis GUIGARD. _ouvrage cité_, t. I, p. 156.
La DUCHESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, Félicité-Sophie de Lannion
(1745-....). Le duc François-Alexandre-Frédéric de la Rochefoucauld,
duc de Liancourt, qu'elle épousa en 1764, fut pair de France, membre
de l'Académie des sciences, et le fondateur ou promoteur de nombre
d'établissements utiles[387].
[387] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 170.
Mme DE GENLIS, marquise de Brulard ou Brulart, née Stéphanie-Félicité
Ducrest de Saint-Aubin (1746-1830)[388].
[388] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 141.
Mme de Genlis a beaucoup écrit[389] et encore plus menti, dans ses
_Mémoires_ et ailleurs. On a très justement dit d'elle qu'elle était
«le mensonge incarné». «Nul écrivain peut-être n'a poussé plus loin le
brigandage littéraire que Mme de Genlis. Elle eut, à ce sujet, en
1830, un procès déplorable avec le libraire Roret, éditeur de la
collection des _Manuels_. Elle s'était engagée, moyennant 400 francs,
à composer pour lui un _Manuel encyclopédique de l'enfance_. On allait
imprimer le manuscrit, qui avait été payé, lorsqu'on s'aperçut qu'il
était la copie exacte d'un livre du même genre, publié, en 1820, par
M. Masselin. Il fallut un jugement pour que le libraire obtint la
restitution de son argent[390].»
[389] «On n'a jamais été plus décidément _écriveuse_ que Mme de
Genlis.» (SAINTE-BEUVE, _Causeries du lundi_, t. III, p. 25.)