l'attention avec laquelle elle les lisait, et son goût pour l'étude:
un exemplaire de l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, _De l'usage des
romans_, conservé jadis au dépôt du Louvre, était littéralement
couvert de notes de sa main[217].
[217] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 207.
Elle-même avait composé son épitaphe:
Ci-gît, dans une paix profonde,
Cette Dame de Volupté,
Qui, pour plus grande sûreté,
Fit son paradis en ce monde[218].
[218] Cf. G. DE LÉRIS, _la Comtesse de Verrue_, p. 208-226 et
_passim_ (Paris, Quantin, 1881);--et Édouard FOURNIER, _l'Art de
la reliure en France_, p. 189.
ÉLISABETH-ROSALIE D'ESTRÉES, fille de Jean, comte d'Estrées
(1672?-1750)[219].
[219] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 159.
Mme DE CAYLUS, Marthe-Marguerite Le Valois de Villette de Mursay,
nièce à la mode de Bretagne de Mme de Maintenon (1673-1729)[220].
[220] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
418;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 143.
Elle a laissé de très intéressants souvenirs, remplis d'anecdotes, de
portraits, de fines et judicieuses remarques. Sainte-Beuve, qui lui a
consacré un article[221], l'a intitulé: _Mme de Caylus et de ce qu'on
appelle_ URBANITÉ, confirmant un jugement de l'abbé Gédoyn qui
«trouvait, dans Mme de Caylus, l'image la plus achevée et le plus
parfait modèle de l'_urbanité_[222]».
[221] _Causeries du lundi_, t. III, p. 56 et suiv.
[222] Cf. M. DE LESCURE, _Notice sur la marquise de Caylus_, en
tête de ses _Souvenirs_, p. 30 (édition Jannet-Picard).
MADEMOISELLE DE NANTES, Louise-Françoise de Bourbon, fille légitimée
de Louis XIV et de Mme de Montespan, femme de Louis III, duc de
Bourbon, prince de Condé (1673-1743).
Elle lisait beaucoup et annotait ses livres, et elle avait rassemblé
une intéressante bibliothèque[223].
[223] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 320.
De son mariage avec le duc de Bourbon, prince de Condé, Mademoiselle
de Nantes eut plusieurs enfants, dont cinq filles, qui témoignèrent
des mêmes goûts que leur mère pour les livres:
1º MARIE-ANNE-GABRIELLE-ÉLÉONORE, religieuse à Fontevrault, puis
abbesse de Saint-Antoine des Champs (1690-1760)[224];
2º LOUISE-ÉLISABETH, dite MADEMOISELLE DE CHAROLAIS; mariée, en 1713,
à Louis-Armand DE BOURBON, prince DE CONTI (1693-1775).
[224] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 113;--et
M.-N. BOUILLET, _Atlas universel d'histoire et de géographie_, p.
520-521.
La bibliothèque de la princesse de Conti, dont le catalogue, dressé
par Prault fils, comprenait 1711 nos, fut vendue à Paris le 14
septembre 1775 et jours suivants. «Le catalogue très rare de cette
bibliothèque mérite à bon droit d'être recherché, écrit M. Maurice
Tourneux[225]. On y remarque, au milieu d'une foule de bons livres, un
recueil de pièces de l'ancien théâtre français en 50 volumes in-4,
maroquin bleu; une collection singulièrement riche de romans,
nouvelles et contes (nos 535-955); et la série complète du _Mercure_
(y compris les extraordinaires) de 1673 à 1774, en 853 volumes in-12.»
[225] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p.
350.
3º MARIE-ANNE, dite MADEMOISELLE DE CLERMONT (1697-1741);
4º HENRIETTE-LOUISE-FRANÇOISE-GABRIELLE, dite MADEMOISELLE DE
VERMANDOIS, religieuse (1703-1772);
5º ÉLISABETH-ALEXANDRINE dite MADEMOISELLE DE SENS (1705-1765)[226].
[226] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
432;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 114-115;--et
Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article
Condé (Louis III, prince de).
La MARQUISE DE GRIGNAN, Anne-Marguerite de Saint-Amant ou Saint-Amand
(1674?-1736)[227].
[227] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 164.
Son mari, qui était petit-fils de Mme de Sévigné, et fils du
lieutenant général ou gouverneur de la Provence, avait reçu les
prénoms de Louis-Provence: on lui avait donné, comme à un fils de
souverain, le nom de cette province[228].
[228] Cf. Paul MESNARD, notice biographique, en tête des _Lettres
de Mme de Sévigné_, édition des Grands Écrivains, t. I, p. 228.
Mlle de Saint-Amand avait dix-huit ans, lors de son mariage, et était,
au jugement de Mme de Sévigné, «jolie, aimable, sage, bien élevée,
raisonnable au dernier point[229].» Au bout de quelques mois, comme il
advient souvent dans ces unions formées par la vanité des uns et les
vues intéressées des autres, il y avait déjà mésintelligence dans le
ménage[230].
[229] ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 298.
[230] Cf. Paul MESNARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 298.
Louis-Provence de Grignan, né en 1671 et mort en 1704, brigadier des
armées du roi, fut l'ami de Saint-Simon, et voici en quels termes le
grand mémorialiste parle du marquis et de la marquise de Grignan:
«Je perdis un ami avec qui j'avais été élevé, qui était un très galant
homme, et qui promettait fort: c'était le fils unique du comte de
Grignan et de cette Mme de Grignan si adorée dans les lettres de Mme
de Sévigné, sa mère, dont cette éternelle répétition est tout le
défaut. Le comte de Grignan, chevalier de l'ordre en 1688, s'était
ruiné à commander en Provence, dont il était seul lieutenant général.
Ils marièrent donc leur fils à la fille d'un fermier général fort
riche. Mme de Grignan, en la présentant au monde, en faisait ses
excuses; et avec ses minauderies en radoucissant ses petits yeux,
disait qu'il fallait bien de temps en temps du fumier sur les
meilleures terres. Elle se savait un gré infini de ce bon mot, qu'avec
raison chacun trouva impertinent, quand on a fait un mariage, et le
dire entre bas et haut devant sa belle-fille. Saint-Amant, son père,
qui se prêtait à tout pour leurs dettes, l'apprit enfin, et s'en
trouva si offensé qu'il ferma le robinet. Sa pauvre fille n'en fut pas
mieux traitée; mais cela ne dura pas longtemps. Son mari, qui s'était
fort distingué à la bataille d'Hochstedt, mourut au commencement
d'octobre (1704), à Thionville; on dit que ce fut de la petite vérole.
Il avait un régiment, était brigadier et sur le point d'avancer. Sa
veuve, qui n'eut point d'enfants, était une sainte, mais la plus
triste et la plus silencieuse que je vis jamais. Elle s'enferma dans
sa maison, où elle passa le reste de sa vie, peut-être une vingtaine
d'années, sans en sortir que pour aller à l'église, et sans voir qui
que ce fût[231]».
[231] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. III, p. 121-122.
ÉLISABETH-CHARLOTTE D'ORLÉANS, sœur du Régent Philippe d'Orléans, et
femme de Léopold Ier, duc de Lorraine (1676-1744)[232].
[232] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 421.
La DUCHESSE DU MAINE, Anne-Louise-Bénédicte de Bourbon, femme de
Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, fils naturel de Louis XIV et
de Mme de Montespan (1676-1753).
Elle aimait beaucoup les livres, et elle tint à Sceaux une véritable
cour littéraire, où Fontenelle, Malézieux, La Fare, Sainte-Aulaire,
Chaulieu, et plus tard Voltaire faisaient avec elle assaut
d'esprit[233].
[233] Cf. Mme DE CAYLUS, _Souvenirs_, p. 193-194 (édition
Jannet-Picard);--Mme DE STAAL-DELAUNAY, _Mémoires_, p. 112 et
suiv. et _passim_ (édition Jannet-Picard);--Joannis GUIGARD,
_ouvrage cité_, t. I, p. 107-108;--et Eugène ASSE, _les Bourbons
bibliophiles_, p. 93-94.
Ces goûts littéraires ne l'empêchèrent pas de s'occuper de politique,
comme le prouve cette conspiration de Cellamare dont elle fut
l'inspiratrice. Souvent même, ainsi qu'on l'a remarqué[234], «la
littérature fut pour elle le masque de la politique; et l'emblème dont
elle timbrait ses livres était aussi le ralliement de ses alliés, les
chevaliers de la Mouche à miel. Sur ses livres, en effet, étaient
frappées des abeilles d'or, avec, autour de leur ruche, cette devise,
tirée de _l'Aminte_ du Tasse: _Piccola si ma fa pur gravi le
ferite_ (Je suis petite, mais je fais cependant de graves
blessures),--allusion à la petite taille de la princesse et à l'ordre
galant de la Mouche à miel, qu'elle avait fondé en 1703.»
[234] Eugène ASSE, _ibid._
La DUCHESSE DE BRANCAS, Marie-Angélique Frémyn de Moras, femme de
Louis-Antoine de Brancas, duc de Villars, comte de Lauraguais
(1676-1763).
Sa bibliothèque, dont le catalogue, dressé par Prault, comprenait 750
nos, fut vendue, à Paris, peu après la mort de la duchesse, le 14
novembre 1763 et jours suivants[235].
[235] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 140;--et la
_Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 349,
article de M. Maurice Tourneux: _Bibliothèques féminines au
XVIIIe siècle_.
La duchesse de Brancas, qui porta longtemps le titre de duchesse de
Villars, a écrit ou plutôt dicté, dans sa vieillesse, de très piquants
_Mémoires_, qui ont été publiés pour la première fois, en 1802, par
son petit-fils le comte de Lauraguais; puis réédités, en 1865, par
Louis Lacour, et, en 1890, par Eugène Asse.
La duchesse de Brancas était bien une femme de son époque, et que la
sévérité des mœurs n'embarrassait guère. Saint-Simon nous a laissé
d'elle et de son digne époux, qui était livré à «une infâme
débauche[236]», ce sanglant et admirable portrait:
«Le duc de Villars et sa femme, sans estime réciproque, qu'en effet
ils ne pouvoient avoir, vivoient fort bien ensemble dans une entière
et réciproque liberté, dont elle usoit avec aussi peu de ménagement de
sa part que le mari de la sienne, qui le trouvoit fort bon, et en
parloit même indifféremment quelquefois et jusqu'à elle-même devant le
monde, et l'un et l'autre sans le moindre embarras. Mais elle étoit
méchante, adroite, insinuante, intéressée comme une crasse de sa
sorte, ambitieuse, avec cela artificieuse, rusée, beaucoup d'esprit
d'intrigue, mais désagréable plus encore que son mari; et tous les
deux bas, souples, rampants, prêts à tout faire pour leurs vues, et
rien de sacré pour y réussir, sans affection, sans reconnaissance,
sans honte et sans pudeur, avec un extérieur doux, poli, prévenant, et
l'usage, l'air, la connaissance et le langage du grand monde[237].»
[236] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. VIII, p. 438.
[237] ID., _ibid._
«En 1740, la duchesse de Villars, qui, depuis deux ans, portait le
titre de duchesse de Brancas, par suite de la mort de son beau-père,
avait soixante-quatre ans. C'était, écrit Eugène Asse[238], une femme
à l'esprit gaulois, dont l'anecdote suivante peut aider à se faire une
idée: «Hier, M. de Richelieu, raconte d'Argenson[239], donna un grand
souper à sa petite maison, par delà la barrière de Vaugirard. Tout y
est en galanteries..., les lambris... ont des figures fort immondes.
Le beau du début de ce souper étoit de voir la vieille duchesse de
Brancas vouloir voir ces figures, mettre ses lunettes, et, avec une
bouche pincée, les considérer froidement, pendant que M. de Richelieu
tenoit la bougie et les lui expliquoit.»
[238] _Mémoires de la duchesse de Brancas_, Préface par Eugène
Asse, p. XXXI (Paris, Jouaust, 1890).
[239] _Journal_, 22 novembre 1740 (édition Rathery).
La MARQUISE DE VIEUXBOURG ou DE VIEILBOURG, Louise-Françoise de Harlay
de Cély (1680-1735).
«La marquise de Vieilbourg, remarquable par son intelligence et sa
beauté, était passionnée pour les hautes spéculations de l'esprit.
Elle avait colligé un superbe cabinet d'objets d'art et de curiosité,
et une bibliothèque du meilleur goût[240].»
[240] Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 208.--Voir aussi
Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 422.
Cette bibliothèque fut vendue après le décès de la marquise, en 1735;
le catalogue, comprenant 1043 nos, avait été dressé et rédigé en latin
par le libraire et bibliographe Gabriel Martin[241].
[241] _Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p.
348, article de M. Maurice Tourneux.
La MARQUISE DE VASSÉ, Anne-Bénigne-Fare-Thérèse de Beringhen, femme
d'Emmanuel-Armand, marquis de Vassé, brigadier des armées du Roi
(1682?-1749).
Sa bibliothèque, riche surtout en romans de chevalerie, et dont le
catalogue comprenait 184 articles, fut vendue en 1750, peu après la
mort de la marquise[242].
[242] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
425;--Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 204;--et la
_Revue des livres anciens_, année 1914, fascicule IV, p. 349,
article de M. Maurice Tourneux.
La COMTESSE DE BISSY, Sylvie-Angélique Andrault de Langeron
(1684?-1771)[243].
[243] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 137.
La DUCHESSE DE LA VALLIÈRE, Marie-Thérèse de Noailles (1684-1784).
Son mari était le neveu de la maîtresse de Louis XIV, sœur Louise de
la Miséricorde. La duchesse de la Vallière eut deux enfants, dont l'un
fut Louis-César, duc de la Vallière, le bibliophile si connu[244].
[244] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 173-174.
La DUCHESSE DE BOURGOGNE, Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712)[245].
[245] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 620.
On sait l'influence que la duchesse de Bourgogne, la Dauphine, exerça
sur Louis XIV et Mme de Maintenon. Elle avait «beaucoup d'esprit
naturel, dit Saint-Simon[246], beaucoup de qualités aimables... Douce,
timide, mais adroite, bonne jusqu'à craindre de faire la moindre peine
à personne, et, toute légère et vive qu'elle étoit, très capable de
vues et de suite de la plus longue haleine, la contrainte jusqu'à la
gêne, dont elle sentoit tout le poids, sembloit ne lui rien coûter. La
complaisance lui étoit naturelle, couloit de source; elle en avoit
jusque pour sa cour.»
[246] _Ouvrage cité_, t. VI, p. 230-231.
ÉLISABETH-MARGUERITE-ARMANDE DU PLESSIS ou DUPLESSIS DE RICHELIEU,
dite Mademoiselle de Fronsac, prieure perpétuelle des Bénédictines de
la Présentation, à Paris (1686-1744)[247].
[247] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 195.
Mme LE PELLETIER ou LE PELETIER, Marie-Madeleine de Lamoignon, femme
du ministre d'État (1687?-1744)[248].
[248] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 176.
La COMTESSE DE TOULOUSE, Victoire de Noailles, femme du comte de
Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan
(1688-1766)[249].
[249] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 429.
La PRINCESSE DE BAUFFREMONT, Hélène, princesse de Courtenay
(1689-1768)[250].
[250] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 134.
MARIE-GABRIELLE-ÉLISABETH DU PLESSIS ou DUPLESSIS DE
RICHELIEU (1689-....). Amie des livres, comme sa sœur
Élisabeth-Marguerite-Armande (Mademoiselle de Fronsac) précédemment
nommée, Marie-Gabrielle-Élisabeth du Plessis de Richelieu a d'abord
été religieuse à Port-Royal, puis, en 1724, abbesse du Trésor (abbaye
cistercienne du diocèse de Rouen)[251].
[251] Cf. le Père ANSELME, _Histoire généalogique et
chronologique de la maison royale de France..._;--_Gallia
Christiana_;--et Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II,
p. 428, qui date de 1714 la nomination de cette religieuse comme
abbesse du Trésor.
VICTOIRE-MARIE-ANNE DE SAVOIE, mariée, en 1714, à Victor-Amédée de
Savoie, prince de Carignan (1690-1766)[252].
[252] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 129.
«Victoire-Françoise», dit M.-N. BOUILLET, _Atlas universel
d'histoire et de géographie_, p. 753 et 754.
MARIE-URANIE DE NOAILLES, fille du duc de Noailles, pair et maréchal
de France, religieuse au couvent de la Visitation de Paris
(1691-1710)[253].
[253] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 190.
CHARLOTTE-FRANÇOISE DE DIENNE (1691-....)[254].
[254] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 150.
ÉLISABETH FARNÈSE, fille d'Édouard II Farnèse, prince de Parme,
mariée, en 1714, à Philippe V, roi d'Espagne (1692-1766)[255].
[255] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 126.
La DUCHESSE DE BERRY, Marie-Louise-Élisabeth, fille aînée du Régent,
Philippe d'Orléans (1695-1719).
On connaît sa vie scandaleuse et toutes les folies commises par cette
princesse. Quoique morte très jeune, et malgré sa dissipation et ses
débauches, elle trouva le temps de se former une belle et luxueuse
bibliothèque[256].
[256] Cf. Eugène ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 49.
«La duchesse de Berry, si connue par ses goûts singuliers et
l'excentricité de son caractère, dit de son côté Joannis Guigard[257],
aimait beaucoup les livres; mais, si l'on en croit les _Mémoires_ de
la princesse Palatine, sa grand'mère, elle n'eut guère le temps de les
lire, tant elle avait besoin de divertissements. Quoi qu'il en soit,
ses livres étaient nombreux, choisis et bien reliés.»
[257] _Ouvrage cité_, t. I, p. 101.
Trois autres filles du Régent, Philippe II d'Orléans, ont été classées
au nombre des bibliophiles:
LOUISE-ADÉLAÏDE D'ORLÉANS, dite MADEMOISELLE DE CHARTRES, seconde
fille du Régent (1698-1743).
Elle devint abbesse de Chelles, en 1719, «épouse de Jésus-Christ», et
c'est à son sujet que le Régent déclarait être brouillé avec son
gendre[258].
[258] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 20.
Une autre, LOUISE-ÉLISABETH D'ORLÉANS, dite MADEMOISELLE DE
MONTPENSIER (1709-1742), qui fut reine d'Espagne, devint veuve en
1724, puis regagna la France en 1725, où elle se plongea dans une
profonde dévotion, «fit exécuter un assez joli livre d'heures quelque
temps avant sa mort»: d'où son titre de bibliophile[259].
[259] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 26.
Une autre encore, PHILIPPE-ÉLISABETH D'ORLÉANS, dite MADEMOISELLE DE
BEAUJOLAIS (1714-1734), morte très jeune et sans alliance, a été,
comme ses susdites sœurs, réputée pour son amour des livres[260].
[260] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 110.
Bibliophile également, LOUISE-ADÉLAÏDE DE BOURBON-CONTI, dite
MADEMOISELLE DE LA ROCHE-SUR-YON (1696-1750)[261].
[261] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.
434;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 116.
LA MARQUISE DU DEFFAND, née Marie de Vichy-Chamrond (1697-1780)[262].
[262] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 437.
Sa correspondance, qui est très volumineuse (2 vol. in-8, édition M.
de Lescure; Paris, Plon, 1865;--3 vol. in-8, édition Sainte-Aulaire;
Paris, Calmann-Lévy, 1877; etc.) est des plus intéressantes pour
l'histoire des mœurs et des lettres au dix-huitième siècle. Devenue
aveugle en 1753, Mme du Deffand, chez qui se réunissaient nombre
d'hommes et de femmes remarquables, se faisait faire de longues
lectures:
«...Je suis obligée de lire cinq ou six heures par jour; je commence à
six heures du matin, et cela dure souvent jusqu'à onze heures ou
midi; les insomnies allongent mes jours et abrègent ma vie. On en
pourrait faire une énigme[263].»
[263] Lettre du 22 février 1772; t. II, p. 219 (édition M. de
Lescure).
«Je passe des nuits sans dormir, et ce n'est le plus souvent qu'à midi
que j'attrape le sommeil; je me fais lire cinq heures de
suite...[264].»
[264] Lettre du 2 avril 1773; t. II, p. 380 (édition
Sainte-Aulaire).
Pessimisme et égoïsme, ces deux sentiments apparaissent fréquemment
sous la plume de Mme du Deffand:
«Ceux qu'on nomme amis sont ceux par qui on n'a pas à craindre d'être
assassiné, mais qui laisseraient faire les assassins[265].»
[265] Lettre du 8 mars 1767; t. I, p. 415 (édition M. de
Lescure).
«Je jouis d'une sorte de plaisir, qui est d'observer l'orgueil et la
vanité de tout le monde; il n'y a presque personne qui ne prétende à
jouer un rôle; il y a peu de bons acteurs[266].»
[266] Lettre du 19 novembre 1771; t. II, p. 87 (édition
Sainte-Aulaire).
«...Le plus beau jour de la vie est celui où on la quitte. Cela
revient à peu près, Madame, à ce que vous me dites si souvent: que
_le plus grand malheur est d'être né_[267].»
[267] Lettre de d'Alembert à la marquise du Deffand, 25 juin
1763; t. I, p. 276 (édition M. de Lescure).
Mme du Deffand déclarait assez cyniquement «qu'elle n'avait _ni
tempérament ni roman_, ce qui ne l'empêcha pas d'être galante avant
d'être philosophe[268].»
[268] M. DE LESCURE, notice en tête des _Mémoires de Mme de
Staal-Delaunay_, t. I, p. 7 (édition Jannet-Picard).
Sainte-Beuve, dans un de ses articles des _Causeries du lundi_[269],
fait grand éloge du style et de la valeur littéraire des lettres de
Mme du Deffand:
«Mme du Deffand est un de nos classiques par la langue et par la
pensée... Elle est avec Voltaire, dans la prose, le classique le plus
pur de cette époque, sans même en excepter aucun des grands
écrivains.»
[269] Tome I, p. 412 et suiv.
La MARQUISE D'AMBRES, Henriette-Antoinette de Mesmes (1698-1715)[270].
[270] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 132.
La MARQUISE DE PRIE, née Agnès Berthelot de Pleneuf (1698-1727)[271].»
[271] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 438.
Fille d'un financier, «qui s'était gorgé par bien des métiers», dit
Saint-Simon[272], cette amie des livres eut une existence très
mouvementée. En 1713, elle épouse le marquis de Prie, qui fut
ambassadeur à Turin; rentre à Paris, en 1719, et devient la maîtresse
du duc de Bourbon, qu'elle domina bientôt entièrement. Elle était
belle, très ambitieuse, et quand son amant fut nommé premier ministre
après la mort du Régent, elle exerça un pouvoir absolu, dont elle ne
fit guère usage que pour satisfaire ses passions et sa rapacité. Dame
du palais de Marie Leszczynska, qu'elle avait contribué à faire monter
sur le trône, elle voulut faire chasser Fleury, alors évêque de
Fréjus. Elle échoua; le duc de Bourbon fut disgracié (juin 1726); et,
exilée en Normandie, la marquise de Prie ne put supporter son malheur
et s'empoisonna l'année suivante.
[272] _Mémoires_, t. XII, p. 429; voir aussi pages suivantes;--et
Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_.
La COMTESSE DE GÉLAS, Henriette-Antoinette de Mesmes (1698-....)[273].
[273] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 163.
* * * * *
La VICOMTESSE D'AUCHY, Charlotte des Ursins (....-1646).
Jamais personne ne fut si avide qu'elle de lectures--lectures en
public--de toutes sortes, comédies, lettres, harangues et sermons
même, dit Tallemant des Réaux[274]. Elle avait le goût des réunions
littéraires, et «prestoit son logis avec un extresme plaisir pour de
telles assemblées». Elle s'avisa même de créer chez elle «une certaine
académie, où tour à tour chacun liroit quelque ouvrage». Cette
académie paraît n'avoir été, au commencement du moins, qu'«une vraie
cohue», selon l'expression de Tallemant, qui y alla une fois, «par
curiosité».
[274] _Les Historiettes_, t. I, p. 228.
On examinait et discutait de singulières questions dans ces séances.
Un jour, un certain Boutard, qui devint dans la suite «président des
trésories de France, à Montpellier,» et qui se plaisait à berner et
mystifier les gens, «traita des diverses façons de cracher; il en
trouva cinquante-deux, dont il fit la démonstration aux dépens du
tapis de pieds de la vicomtesse[275].»
[275] TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. IV, p. 135.
LOUISE NOGARET DE LA VALETTE, abbesse à Metz (....-1647)[276].
[276] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 192.
La DUCHESSE DE VILLARS-BRANCAS, Julienne-Hippolyte d'Estrées, mariée,
en 1597, à Georges de Brancas, duc de Villars (XVIIe siècle, décédée
après 1657)[277].
[277] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 139.
Très coquette, et encore plus dévergondée, c'est ainsi que Tallemant
des Réaux nous dépeint la duchesse de Villars. «C'estoit la plus
grande escroqueuse du monde, ajoute-t-il[278]. Quand il fallut sortir
du Havre, pour ne point faire crier toute la ville, car ils (son mari
et elle) devoient à Dieu et au monde, elle fit publier que tous leurs
créanciers vinssent un certain jour parler à elle. Elle parla à tous
en particulier, leur avoua qu'elle n'avoit point d'argent, mais
qu'elle avoit, en deux ou trois lieux qu'elle leur nomma, des magasins
de pommes à cidre pour dix ou douze mille escus; qu'elle leur en
donneroit pour les deux tiers de leur debte, et une promesse pour le
reste payable en tel temps. Elle disoit cela à chacun avec
protestation qu'elle ne traitoit pas les autres de la sorte, et qu'il
se gardast bien de s'en vanter. Les pauvres gens, les plus contents du
monde, prirent chascun en paiement un ordre aux fermiers de donner à
l'un pour tant de pommes et pour tant à l'autre; mais quand ils y
furent, ils ne trouvèrent en tout que pour cinq cents livres de
pommes.»