Ce n'est que par un excès de complaisance qu'on peut classer cette

reine parmi les bibliophiles. Le goût des livres «lui était absolument

étranger, avoue Ernest Quentin-Bauchart[169], et sa bibliothèque, qui

contenait de très jolis volumes à ses armes, mais à laquelle il est

vraisemblable qu'elle ne toucha jamais, fut celle que l'étiquette du

temps lui commandait d'avoir.» Elle était ignorante et niaise, et,

comme on l'a très bien dit, «le roi et le chocolat furent ses seules

passions».

[169] _Ouvrage cité_, t. I, p. 293-294.

AMÉLIE DE LA TOUR D'AUVERGNE, religieuse carmélite (1640-1696 ou

1698), sœur de Louise-Charlotte de la Tour, demoiselle de Bouillon,

précédemment nommée[170].

[170] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 171.

La MARQUISE DE MONTESPAN (1641-1707), plus célèbre par ses relations

avec Louis XIV que par sa bibliothèque[171].

[171] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 301.

«Il n'étoit pas possible, écrit Saint-Simon[172], d'avoir plus

d'esprit, de fine politesse, des expressions singulières, une

éloquence, une justesse naturelle qui lui formoit comme un langage

particulier, mais qui étoit délicieux et qu'elle communiquoit si bien

par l'habitude, que ses nièces et les personnes assidues auprès

d'elle, ses femmes, celles que, sans l'avoir été, elle avoit élevées

chez elle, le prenoient toutes, et qu'on le sent et on le reconnoît

encore aujourd'hui dans le peu de personnes qui en restent. C'étoit le

langage naturel de la famille, de son frère et de ses sœurs.»

[172] _Mémoires_, t. IV, p. 11 (Paris, Hachette, 1865).

MARIE-CASIMIRE DE LA GRANGE D'ARQUIEN (1641?-1716). Veuve de Jacques

Radziwill, prince Zamoyski, elle épousa, en 1665, Jean Sobieski, roi

de Pologne[173].

[173] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 123.

Mme DE CAUMARTIN, Catherine-Madeleine de Verthamon (1642?-1722)[174].

[174] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 143.

HENRIETTE-ANNE D'ANGLETERRE, duchesse d'Orléans, belle-sœur de Louis

XIV (1644-1670)[175].

[175] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 409.

Dans ses _Mémoires_[176], Mme de la Fayette nous parle en détail du

charme et de toutes les qualités d'esprit de cette princesse, et trace

d'elle ce joli portrait:

«Le changement funeste de cette maison royale (d'Angleterre) fut

favorable en quelque chose à la princesse d'Angleterre. Elle étoit

encore entre les bras de sa nourrice, et fut la seule de tous les

enfants de la reine sa mère qui se trouva auprès d'elle pendant sa

disgrâce. Cette reine s'appliquoit tout entière au soin de son

éducation, et, le malheur de ses affaires la faisant plutôt vivre en

personne privée qu'en souveraine, cette jeune princesse prit toutes

les lumières, toute la civilité et toute l'humanité des conditions

ordinaires, et conserva dans son cœur et dans sa personne toutes les

grandeurs de sa naissance royale.

«...La princesse d'Angleterre possédoit au souverain degré le don de

plaire et ce qu'on appelle grâces; les charmes étoient répandus en

toute sa personne, dans ses actions et dans son esprit; et jamais

princesse n'a été si également capable de se faire aimer des hommes et

adorer des femmes.»

[176] Deuxième partie, p. 25-26 (Paris, Jouaust, 1890).

Mlle DE LA VALLIÈRE (1644-1710) eut toujours aussi le goût des livres

et des choses de l'esprit. Retirée au couvent des Carmélites du

faubourg Saint-Jacques, elle a laissé des _Lettres_ et des _Réflexions

sur la miséricorde de Dieu_, qui ont été souvent réimprimées[177].

[177] Cf. Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la

France_.

La DUCHESSE DE BOUILLON (1646-1714), amie et protectrice de La

Fontaine[178].

[178] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 411.

Dans une lettre datée de Paris, novembre 1687, La Fontaine[179]

constate que la duchesse se plaît avec «toutes sortes de livres,

pourvu qu'ils soient bons», et, sur le point de terminer sa lettre

par un éloge de Mme Mazarin, qui ferait suite ou pendant à l'éloge de

Mme de Bouillon, il se ravise et conclut par ce quatrain:

L'or se peut partager, mais non pas la louange.

Le plus grand orateur, quand ce seroit un ange,

Ne contenteroit pas, en semblables desseins,

Deux belles, deux héros, deux auteurs, ni deux saints.

[179] _OEuvres_, t. IX, p. 390 et suiv. (édition des Grands

Écrivains).

La MARQUISE DE LOUVOIS (1646-1715), Anne de Souvré, femme du ministre

secrétaire d'État[180].

[180] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.

412;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 179.

La PRINCESSE DE SOUBISE, Anne de Rohan-Chabot (1648-1709)[181],

maîtresse de Louis XIV, femme vénale et sans scrupules, dont Mme de

Caylus, dans ses _Souvenirs_, et Saint-Simon, dans ses _Mémoires_,

parlent en termes sévères:

«Mme de Soubise étoit trop solide pour s'arrêter à des délicatesses de

sentiment, que la force de son esprit ou la froideur de son

tempérament lui faisoit regarder comme des foiblesses honteuses.

Uniquement occupée des intérêts et de la grandeur de sa maison, tout

ce qui ne s'opposoit pas à ses vues lui étoit indifférent... Pour dire

la vérité, je crois que Mme de Soubise et Mme de Montespan n'aimoient

guère plus le roi l'une que l'autre. Toutes deux avoient de

l'ambition; la première pour sa famille, la seconde pour elle-même.

Mme de Soubise vouloit élever sa maison et l'enrichir; Mme de

Montespan vouloit gouverner et faire sentir son autorité[182].»

[181] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 413.

[182] Mme DE CAYLUS, _Souvenirs_, p. 88-89 (édition

Jannet-Picard).

Et Saint-Simon[183]:

«Elle (Mme de Soubise) avoit passé sa vie dans le régime le plus

austère pour conserver l'éclat et la fraîcheur de son teint. Du veau

et des poulets ou des poulardes rôties ou bouillies, des salades, des

fruits, quelque laitage, furent sa nourriture constante, qu'elle

n'abandonna jamais, sans aucun autre mélange, avec de l'eau

quelquefois rougie, et jamais elle ne fut ........ comme les autres

femmes, de peur de s'échauffer les reins et de se rougir le nez. Elle

avoit eu beaucoup d'enfants, dont quelques-uns étoient morts des

écrouelles... Elle mourut à soixante et un an, le dimanche matin, 3

février, laissant la maison de la cour la plus riche et la plus

grandement établie, ouvrage dû tout entier à sa beauté et à l'usage

qu'elle en avoit su tirer.»

[183] _Mémoires_, t. IV, p. 294-295.

ANNE DE BAVIÈRE, PRINCESSE DE CONDÉ, fille d'Édouard de Bavière et

d'Anne de Gonzague-Clèves (1648-1723)[184].

[184] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 307.

Son mari, fils du Grand Condé, était un homme singulier et terrible,

une espèce de fou, dont Saint-Simon décrit longuement et

magnifiquement toutes les bizarreries de caractère et les méchancetés:

«Fils dénaturé, cruel père, mari terrible, maître détestable,

pernicieux voisin, sans amitié, sans amis, incapable d'en avoir,

jaloux, soupçonneux, inquiet sans aucun relâche, plein de manèges et

d'artifices à découvrir et à scruter tout..., colère et d'un

emportement à se porter aux derniers excès même sur des bagatelles,

difficile en tout à l'excès, jamais d'accord avec lui-même...[185]»

[185] _Mémoires_, t. IV, p. 342.

Sa femme, «Mme la Princesse, étoit sa continuelle victime. Elle étoit

également laide, vertueuse et sotte; elle étoit un peu bossue, et avec

cela un gousset fin qui se faisoit suivre à la piste, même de loin.

Toutes ces choses n'empêchèrent pas M. le Prince d'en être jaloux

jusqu'à la fureur, et jusqu'à sa mort. La piété, l'attention

infatigable de Mme la Princesse, sa douceur, sa soumission de novice,

ne la purent garantir ni des injures fréquentes ni des coups de pied

et de poing qui n'étoient pas rares...[186]»

[186] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. IV, p. 344.

«Elle étoit laide, bossue, un peu tortue et sans esprit, nous dit

ailleurs Saint-Simon[187], mais douée de beaucoup de vertu, de piété,

de douceur et de patience, dont elle eut à faire un pénible et

continuel usage tant que son mariage dura, qui fut plus de

quarante-cinq ans.»

[187] _Ouvrage cité_, t. XIII, p. 21.

MARIE D'ASPREMONT (1651-1692)[188], qui, à l'âge de treize ans, épousa

presque clandestinement le duc de Lorraine Charles IV, alors dans sa

soixante-deuxième année, et fameux par tant de surprenantes et folles

aventures, «la figure la plus étrange de l'histoire de Lorraine, et

peut-être de l'histoire générale de l'Europe», a-t-on très justement

dit de ce souverain[189].

[188] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 34.

[189] Ernest MOURIN, _Récits lorrains_, Histoire des ducs de

Lorraine et de Bar, p. 219 et 283 (Paris, Berger-Levrault,

1895);--cf. Marquis DE BEAUVEAU, _Mémoires pour servir à

l'histoire de Charles IV, duc de Lorraine_, p. 267 et suiv.

(Cologne, Pierre Marteau, 1690).

Mme DACIER (1651-1720), fille du savant philologue Tanneguy Lefebvre

ou Lefèvre, mariée à un philologue non moins érudit, André Dacier, et

elle-même très érudite philologue, a rendu de grands services aux

lettres par ses éditions et traductions des auteurs anciens;

malheureusement, son esprit critique et son goût furent loin d'être à

la hauteur de sa science. «Son livre _De la corruption du goût_, écrit

contre La Motte à propos de son imitation en vers de l'_Iliade_ et de

son _Discours sur Homère_, est un modèle de mauvais style..., et

d'inintelligence des questions qui se présentent,» remarque B.

Jullien, dans ses _Thèses de critique_[190]; et Sainte-Beuve a de

même, à plusieurs reprises, reproché à Mme Dacier ses erreurs de

jugement et de goût[191]. Avant eux, La Harpe s'est aussi montré très

dur pour «cette madame Dacier, à qui Dieu fasse paix, mais à qui les

amateurs des anciens et d'Homère ne pardonneront jamais sa malheureuse

érudition[192]». Etc.

[190] Page 40 (Paris, Hachette, 1858).

[191] Cf. _Causeries du lundi_, t. IV, p. 139; t. XII, p. 80; et

_passim_. Dans son _Étude sur Virgile_, p. 303, Sainte-Beuve dit

encore: «Mme Dacier, à qui l'on devait la meilleure traduction

d'Homère en français, celle qui permettait le mieux d'en juger

approximativement, resta marquée d'une légère teinte de

ridicule;» etc.--Voir aussi, sur Mme Dacier, son pédantisme et

son acrimonie, VOLTAIRE, _Dictionnaire philosophique_, article

Épopée, De l'Iliade (t. I, p. 347; édition du journal _le

Siècle_);--et LA HARPE, _Lycée ou Cours de littérature_, t. I, p.

67 (Paris, Verdière, 1817). «Il ne nous est rien resté, écrit ce

dernier, des invectives que Zoïle vomissait contre Homère; mais

elles ne pouvaient guère être plus grossières que celles dont Mme

Dacier accable La Motte. On est d'autant plus révolté qu'une

femme écrive d'un ton si peu décent, que celui de son adversaire

est un exemple de modération et de politesse.» Etc. Qui croirait,

après cela, que la bouillante helléniste avait pris pour devise

ce vers de Sophocle: «Le silence est l'ornement des femmes»?

[192] _Ouvrage cité_, t. III, 2e partie, p. 372.

La savante traductrice d'Homère, «pensant avoir trouvé dans les

auteurs grecs toutes les indications les plus précises sur la cuisine

de l'antiquité, eut l'idée de convier un jour la plupart de ses amis à

un repas qu'elle prépara elle-même d'après les formules anciennes.

Faisant contre mauvaise chère bonne contenance, après s'être efforcés

de simuler une certaine satisfaction de la façon dont ils avaient été

servis, les convives eurent tous bientôt la conviction d'être

empoisonnés. Et l'histoire du festin grec de Mme Dacier est restée

légendaire[193].»

[193] Eugène MULLER, _Voyages à travers l'histoire et le

langage_, p. 121 (Paris, Delagrave, 1889).

La PRINCESSE PALATINE, Charlotte-Élisabeth de Bavière (1652-1722),

femme de Philippe Ier, duc d'Orléans (Monsieur), frère de Louis XIV,

devenu veuf en 1670 par la mort d'Henriette d'Angleterre[194].

[194] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 349.

C'est elle qui fut la mère du Régent. On connaît sa très curieuse et

très libre correspondance, qui a été en partie traduite--car Madame

sut toujours fort mal le français et employait de préférence sa langue

maternelle--par l'érudit bibliographe Gustave Brunet (Paris,

Charpentier, 1869; 2 vol.), et par Ernest Jaeglé (Paris, Quantin,

1880; 2 vol.).

Saint-Simon a tracé d'elle plusieurs portraits; en voici un:

«Madame tenoit en tout beaucoup plus de l'homme que de la femme. Elle

étoit forte, courageuse, Allemande au dernier point, franche, droite,

bonne et bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières, et

petite au dernier point sur tout ce qui regardoit ce qui lui étoit dû.

Elle étoit sauvage, toujours enfermée à écrire, hors les courts temps

de cour chez elle; du reste, seule avec ses dames; dure, rude, se

prenant aisément d'aversion, et redoutable par les sorties qu'elle

faisoit quelquefois, et sur quiconque; nulle complaisance, nul tour

dans l'esprit, quoiqu'elle ne manquât pas d'esprit...[195]»

[195] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. XIII, p. 16. Voir aussi la

silhouette tracée dans le tome VII, p. 363: «Madame était une

princesse de l'ancien temps, attachée à l'honneur, à la vertu, au

rang, à la grandeur, inexorable sur les bienséances.» Etc.

Elle-même, avec sa courageuse franchise, s'est dépeinte en ces termes:

«Je dois être fort laide; je n'ai aucuns traits, de petits yeux, un

nez court et gros, les lèvres longues et plates; tout cela ne peut

former une jolie figure; j'ai de grandes joues pendantes et une longue

figure; je suis très petite, grosse et épaisse, le corps et les jambes

courtes; en somme, je dois être une vilaine petite laideron. Si je

n'avais un assez bon caractère, personne n'aurait pu me souffrir. Pour

voir si j'ai de l'esprit dans les yeux, il faudrait qu'on les regardât

avec un microscope ou tout au moins avec une lorgnette, ou plutôt il

faudrait être sorcier pour le deviner[196].»

[196] _Correspondance de Mme la duchesse d'Orléans, princesse

Palatine_, 9 août 1718, t. I, p. 442-443 (édition Gustave

Brunet).

Elle était très peinée d'être femme: «J'aurais bien voulu être un

garçon[197].»

[197] _Ouvrage cité_, 18 août 1718, t. I, p. 445.

La princesse Palatine avait l'habitude de lire chaque jour plusieurs

pages de la Bible, et elle revient souvent, dans sa correspondance,

sur cette lecture:

«Je ne manque jamais de lire la Bible; hier je lus les psaumes 54 et

55, les chapitres 14 et 15 de saint Matthieu, et 3 et 4 de saint Jean.

Ce matin, je n'ai pu rien lire, car nous avons été à la chasse du

cerf[198].»

[198] _Ouvrage cité_, 18 avril 1705, t. I, p. 78, et _passim_.

Voici, pour égayer quelque peu mon sujet, une plaisante anecdote

contée par la princesse Palatine, dans une de ses lettres, si

abondamment assaisonnées de gros sel, et qui rappellent à la fois

Tallemant des Réaux, Gui Patin et Rabelais.

Le héros est le fils du chevalier de Lorraine, un écolier de douze

ans, écolier terrible, faisant le désespoir des bons Pères, et qui,

toute la nuit, se promenait dans le collège, au lieu de dormir dans sa

chambre.

«Les Pères, écrit la princesse[199], le menacèrent, s'il n'y restait

pas la nuit, de le fouetter d'importance. Le gamin s'en va chez un

peintre et le prie de lui peindre deux saints sur les deux fesses, à

savoir saint Ignace à droite, saint François-Xavier à gauche; ce que

fait le peintre. L'autre remet bonnement ses hauts-de-chausse, s'en

revient au collège, et commence cent méchantes affaires. Les Pères

l'appréhendent au corps et disent:

«Pour cette fois-ci vous aurez le fouet.»

«Le gamin se débat et supplie; mais ils lui répondent que les

supplications n'y feront rien. Alors l'écolier se jette à genoux et

s'écrie:

«O saint Ignace! ô saint Xavier! ayez pitié de moi et faites quelque

miracle en ma faveur pour montrer mon innocence!»

«Là-dessus, les Pères lui descendent la culotte, et, comme ils lui

lèvent la chemise pour le fesser, le gamin dit:

«Je prie avec tant de ferveur que je suis sûr que mon invocation aura

effet!»

«Quand les Pères aperçoivent les deux saints, ils s'écrient:

«Miracle! celui que nous croyions un fripon est un saint!»

«Et ils se jettent à genoux, et ils impriment des baisers sur le

postérieur, et ils réunissent tous les élèves...»

[199] _Correspondance de Madame, duchesse d'Orléans_, édition

Ernest Jaeglé; dans la _Revue bleue_, 17 avril 1880, p. 1000.

La DUCHESSE DE NOAILLES, Marie-Françoise de Bournonville (1654?-1748).

«Femme d'un esprit supérieur», dit d'elle Ludovic Lalanne. Elle donna

le jour à vingt et un enfants, et mourut à quatre-vingt-quatorze

ans[200].

[200] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 190;--et

Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la France_, article

Noailles (Anne, comte puis premier duc de).

La DUCHESSE DE LESDIGUIÈRES, Paule-Françoise Marguerite de Gondi de

Retz (1655-1716)[201].

[201] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 361.

Elle est surtout connue par son intimité avec l'archevêque de Paris

François de Harlay, qui la voyait «tous les jours de sa vie, ou chez

elle ou à Conflans, dont il avoit fait un jardin délicieux, et qu'il

tenoit si propre, qu'à mesure qu'ils s'y promenoient tous deux, des

jardiniers les suivoient à distance pour effacer leurs pas avec des

râteaux... La duchesse de Lesdiguières n'y couchoit jamais (à

Conflans), mais elle y alloit toutes les après-dînées, et toujours

tous deux tout seuls. Le 6 août (1695), il (l'archevêque) passa la

matinée à son ordinaire jusqu'au dîner. Son maître d'hôtel vint

l'avertir qu'il étoit servi. Il le trouva dans son cabinet, assis sur

un canapé et renversé; il étoit mort[202].»

[202] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. I, p. 180.

La duchesse de Lesdiguières avait rassemblé une belle bibliothèque

dans son hôtel de la rue de la Cerisaie.

ÉLÉONORE-MAGDELEINE-THÉRÈSE, fille de Philippe-Guillaume, comte

palatin DE NEUBOURG, femme de Léopold Ier, empereur d'Allemagne

(1655?-1720)[203].

[203] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 122.

La MARQUISE DE CHAMILLART, Isabelle-Thérèse Le Rebours, femme du

secrétaire d'État et ministre de Louis XIV (1657-1731).

Dans son domaine de l'Étang-la-Ville, la marquise de Chamillart avait

rassemblé une bibliothèque fort remarquable[204].

[204] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 143-144.

Elle était très liée avec Mme de Maintenon, «dont elle subissait

l'influence et qui lui avait inculqué ses habitudes de piété froide et

de sévère étiquette».

Elle aimait la simplicité, et ce goût se remarque dans les livres qui

«sont jansénistes, et ne portent ordinairement pour toute décoration

extérieure que son chiffre: deux C entrelacés, frappés en or aux

quatre coins des plats. Les armes sont dans la doublure encadrée dans

une simple roulette, à laquelle elle a laissé son nom[205].»

[205] Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 6 et

372-373.

Les filles de Mme de Chamillard:

1º CATHERINE-ANGÉLIQUE, femme du marquis DE DREUX-BREZÉ (1683?-1739).

2º MARIE-THÉRÈSE, femme du duc DE LA FEUILLADE, maréchal de France

(1684-1725?).

3º ÉLISABETH-GENEVIÈVE, femme du duc DE DURFORT DE LORGES

(1685-1714)[206].

[206] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 428. Cette troisième

fille de Mme de Chamillard porte les prénoms de Geneviève-Thérèse

dans Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 153.

Saint-Simon, dont cette dernière, la duchesse de Lorges, était la

belle-sœur, a tracé d'elle un vivant, et vigoureux, et superbe

portrait, où nous voyons que cette grande dame était sans doute encore

plus passionnée pour le jeu que pour les riches reliures:

«La duchesse de Lorges, troisième fille de Chamillard, mourut à Paris,

en couche de son second fils, le dernier mai (1714), jour de la

Fête-Dieu, dans sa vingt-huitième année. C'étoit une grande créature,

très bien faite, d'un visage agréable, avec de l'esprit et un naturel

si simple, si vrai, si surnageant à tout, qu'il en étoit ravissant; la

meilleure femme du monde et la plus folle de tout plaisir, surtout du

gros jeu. Elle n'avoit quoi que ce soit des sottises de gloire et

d'importance des enfants des ministres; mais tout le reste elle le

possédoit en plein. Gâtée dès sa première jeunesse par une cour

prostituée à la faveur de son père, avec une mère incapable d'aucune

éducation, elle ne crut jamais que la France ni le roi pût se passer

de son père. Elle ne connut aucun devoir, pas même de bienséance. La

chute de son père ne put lui en apprendre aucun, ni émousser la

passion du jeu et des plaisirs. Elle l'avouoit tout le plus ingénument

du monde, et ajoutoit après qu'elle ne pouvoit se contraindre. Jamais

personne si peu soigneuse d'elle-même, si dégingandée: coiffure de

travers, habits qui traînoient d'un côté, et tout le reste de même, et

tout cela avec une grâce qui réparoit tout. Sa santé, elle n'en

faisoit nul compte; et, pour sa dépense, elle ne croyoit pas que terre

pût jamais lui manquer. Elle était délicate, et sa poitrine

s'altéroit. On le lui disoit: elle le sentoit, mais de se retenir sur

rien, elle en étoit incapable. Elle acheva de se pousser à bout de

jeu, de courses, de veilles en sa dernière grossesse. Toutes les nuits

elle revenoit couchée en travers dans son carrosse. On lui demandoit

en cet état quel plaisir elle prenoit. Elle répondoit d'une voix qui

de foiblesse avoit peine à se faire entendre qu'elle avoit bien du

plaisir. Aussi finit-elle bientôt. Elle avoit été fort bien avec Mme

la Dauphine, et dans la plupart de ses confidences. J'étois fort bien

avec elle; mais je lui disois toujours que pour rien je n'eusse voulu

être son mari. Elle étoit très douce, et, pour qui n'avoit que faire à

elle, fort aimable[207].»

[207] SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. VII, p. 60-61.

MARIE-BÉATRIX-ÉLÉONORE D'ESTE-MODÈNE (1658-1718)[208].

[208] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 124.

La DUCHESSE DE BEAUVILLIERS, ou DE SAINT-AIGNAN-BEAUVILLIERS, fille de

Colbert, femme du duc de Beauvilliers, ami intime de Saint-Simon

(1658?-1733)[209].

[209] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.

413;--SAINT-SIMON, _ouvrage cité_, t. IV, p. 73, et t. VII, p.

130 et suiv.;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la

France_.

La DUCHESSE DE VENTADOUR, Charlotte-Éléonore-Madeleine de la

Mothe-Houdancourt (1661?-1744)[210].

[210] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 205.

MARIE-LOUISE D'ORLÉANS (1662-1689), sœur consanguine du Régent, qui

épousa le roi d'Espagne Charles II, possédait de beaux livres, qu'elle

faisait timbrer des armes d'Espagne, accolées à celles d'Orléans[211].

[211] Cf. Eugène ASSE, _les Bourbons bibliophiles_, p. 49-50.

LOUISE-FRANÇOISE DE MORTEMART, fille du maréchal de Vivonne, abbesse

de Fontevrault en 1704 (1664-1742)[212].

[212] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 188.

MADEMOISELLE DE BLOIS, Marie-Anne de Bourbon, fille légitimée de Louis

XIV et de Mlle de La Vallière, qui épousa Louis-Armand de Bourbon,

prince de Conti, est citée parmi les femmes bibliophiles

(1666-1739)[213].

[213] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 416.

De même pour une autre MADEMOISELLE DE BLOIS, Françoise-Marie de

Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, qui

épousa Philippe, duc d'Orléans, et eut ainsi pour belle-mère la

princesse Palatine (1677-1749): elle aussi eut le goût des beaux

livres[214].

[214] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 5.

MARIE-ANNE-FRANÇOISE BIGNON DE VERTHAMON (1669?-1739)[215].

[215] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 207.

La COMTESSE DE VERRUE (1670-1736), la fameuse _Dame de Volupté_, fille

du duc de Luynes, et maîtresse du roi de Sardaigne Victor-Amédée II de

Savoie.

Elle avait la passion des collections d'art, et, lorsqu'elle vint

habiter Paris, elle réunit, moitié dans son somptueux hôtel de la rue

du Cherche-Midi, moitié dans son château de Meudon, une des plus

belles bibliothèques de son temps, riche surtout en pièces de théâtre.

Nous en savons la composition exacte grâce au catalogue dressé par

Gabriel Martin, et qui se trouve à la Bibliothèque nationale.

Ses livres, au nombre d'environ 18.000, étaient «d'un choix exquis»,

dit Joannis Guigard[216] et, pour la plupart, «habillés par les

meilleurs artistes de l'époque».

[216] _Ibid._

Les femmes et les livres · 第 5 / 13 段