[123] Cf. MORÉRI, _ouvrage cité_, t. X, p. 285;--et Ernest

QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 393, qui date le

mariage de Claude de la Tour de 1555, au lieu de 1535.

MARIE DES MARQUETS (XVIe siècle), amie de Ronsard. «Il est probable

que Marie des Marquets est cette Marie du deuxième livre des _Amours_,

qui fit oublier Cassandre au poète infidèle, et qui fut elle-même trop

vite oubliée pour Sinope[124]».

[124] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 389.

CATHERINE DE ou DU SOLEIL, fille de François Mandelot, seigneur de

Passé, gouverneur du Lyonnais en 1571, de la famille du célèbre

bibliophile Grolier (XVIe siècle)[125].

[125] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.

392;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 156.

ANNE DE THOU, abbesse de Saint-Antoine des Champs, à Paris, fille

d'Augustin de Thou, président au Parlement de Paris, mort en 1544

(XVIe siècle)[126].

[126] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 203.

V

Nous voici arrivés au dix-septième siècle, et, avec les hôtes de

l'hôtel de Rambouillet dont nous venons de parler, nous rencontrons,

parmi les amies des livres, la reine ANNE D'AUTRICHE (1602-1666)[127].

[127] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 189.

La DUCHESSE D'AIGUILLON (1605-1675), Marie-Madeleine de Vignerot,

nièce du cardinal de Richelieu, mariée en premières noces à M. de

Combalet, sur laquelle cette mauvaise langue de Tallemant des Réaux

conte plus d'une bonne histoire, figure aussi au nombre des femmes

bibliophiles.

On avait fait courir le bruit que le mariage de Mlle de Vignerot avec

Combalet n'avait point été consommé, et le poète Dulot composa cette

anagramme sur cette prétendue virginité: MARIE DE VIGNEROT, _Vierge de

ton mari_[128].

[128] Cf. TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 29.

«On a fort mesdit de son oncle et d'elle, rapporte encore

Tallemant[129]; il aimoit les femmes et craignoit le scandale. Sa

nièce estoit belle, et on ne pouvoit trouver estrange qu'il vescut

familièrement avec elle. Effectivement, elle en usoit peu

modestement;» etc.

[129] _Ouvrage cité_, t. II, p. 29.

CHRISTINE DE FRANCE, fille de Henri IV et de Marie de Médicis, femme

de Victor-Amédée Ier, duc de Savoie (1606-1663)[130].

[130] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 402.

MADELEINE DE SCUDÉRY (1607-1701), toute jeune, avait déjà la passion

de la lecture, de la lecture des romans principalement, et il lui

survint à ce propos une aventure qu'elle conta depuis à Tallemant des

Réaux, et que celui-ci nous a transmise.

Un moine feuillant, qui était le confesseur de la jeune fille, lui

enleva un jour un roman «où elle prenoit bien du plaisir», et offrit

de lui prêter un livre plus utile. Au lieu de ce livre si utile et

profitable, il lui apporta un autre roman moins honnête, et où, par

précautions, il y avait «des marques» aux endroits les plus

scabreux[131]. La jeune Madeleine ne manqua pas, la première fois

qu'elle revit le moine, de lui reprocher sa conduite et de lui montrer

ces marques.

[131] «Une fille (Mlle Armenauld) disoit que quand elle trouvoit

des ordures dans un livre, elle les marquoit pour ne pas les

lire.» (TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, Suite des Naifvetez,

bons mots, etc., t. VI, p. 330.)

«Ah! elles ne sont pas de moi! protesta aussitôt le saint homme. Elles

viennent d'une personne à qui j'ai pris ce livre.»

Quelques jours plus tard, le moine confesseur rendit à sa pénitente le

roman qu'il lui avait enlevé, et dont il avait eu apparemment le

loisir de prendre connaissance, et il dit à la mère de Mlle de Scudéry

qu'elle pouvait laisser lire à sa fille tout ce que voudrait celle-ci,

que Madeleine avait l'esprit trop bien fait pour jamais se le laisser

gâter, et qu'il n'y avait pas de lectures dangereuses pour elle[132].

[132] Cf. TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. V, p. 390.

On sait que, par modestie, ou à cause de la réputation de son frère,

dont les livres se vendaient bien, Mlle de Scudéry publia ses premiers

et volumineux ouvrages, _Ibrahim_ ou _l'Illustre Bassa_ (1641, 4

vol.), _Artamène_ ou _le Grand Cyrus_ (1649-1653, 10 vol.), _Clélie,

histoire romaine_ (1656, 10 vol.), sous le nom dudit frère, qui avait,

lui, moins de talent qu'elle, mais acceptait de bon cœur cette

substitution[133].

[133] Cf. TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. V, p. 395 et

suiv.

N'oublions pas que des lettrés, des gens de goût et d'un esprit

délicat, comme Huet, l'évêque d'Avranches, Ménage, Mascaron, etc.,

proclamèrent que le _Cyrus_ et _Clélie_ étaient des chefs-d'œuvre, et

qu'ils se complaisaient dans la lecture de ces interminables romans,

si délaissés et oubliés aujourd'hui. Mascaron plaçait même «très

souvent» Mlle de Scudéry à côté de saint Augustin et de saint Bernard,

et la citait volontiers dans ses sermons.

Ajoutons que Mlle de Scudéry tenait chez elle, à Paris, le samedi, une

réunion littéraire qui fut célèbre, et continuait les traditions de

l'hôtel de Rambouillet[134].

[134] Le duc de Montausier, gendre de la marquise de Rambouillet,

était un des habitués des samedis de Mlle de Scudéry. (Cf.

TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 302;--LAROUSSE,

_ouvrage cité_;--Ludovic LALANNE, _Dictionnaire historique de la

France_.)

Une particularité bien digne d'intéresser tous les amis des livres,

c'est que c'est à l'occasion de Mlle de Scudéry qu'il est pour la

première fois question (on le suppose du moins) de CABINETS DE LECTURE

en France. Voici ce qu'Eugène Muller (1823-1914) relève dans ses

_Curiosités historiques et littéraires_[135]:

«La première idée de la location des livres est signalée ainsi par

Jacquette (ou Jaquette) Guillaume, femme de lettres du dix-septième

siècle, dans son histoire des _Dames illustres_, publiée en 1665:

«Ne voyons-nous pas que les livres de Mlle de Scudéry sont de plus

grande estime et se débitent à de plus grands prix que ceux des plus

renommés historiens? Son libraire a taxé à une demi-pistole (cinq

francs de notre monnaie actuelle) _pour lire seulement_ une histoire

de cette illustre savante.»

[135] Pages 203-204 (Paris, Delagrave, 1897).

«M. Édouard Fournier, qui n'a pas connu cette particularité de

l'histoire littéraire du dix-septième siècle, continue Eugène Muller,

a parlé, lui aussi, dans son _Vieux-Neuf_, de la location des livres

par les libraires. Il n'en fait remonter l'origine qu'au dix-huitième

siècle, à l'époque où les romans de l'abbé Prévost et de Jean-Jacques

Rousseau passionnaient tous les esprits.»

HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, aussi fille de Henri IV et de Marie de

Médicis, épouse du roi d'Angleterre Charles Ier (1609-1669)[136].

[136] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 403.

La DUCHESSE DE MONTBAZON, princesse de Guéméné (vers 1610-1657)[137].

[137] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 184.

C'est elle qui inspira à M. de Rancé une si vive passion, et qui a

donné lieu à la légende fameuse, contée par Saint-Simon[138].

[138] _Mémoires_, t. I, p. 375 (Paris, Hachette, 1871). Tallemant

a consacré à Mme de Montbazon une de ses plus savoureuses

_Historiettes_ (t. IV, p. 4-14), dont il m'est malheureusement

impossible de citer les plus saillants passages: «... Vous verrez

si elle a fait mentir le proverbe que bon chien chasse de race.

C'estoit une des plus belles personnes qu'on pust voir, et ce fut

un grand ornement à la Cour; elle desfaisoit toutes les autres au

bal... Dans la grande jeunesse où elle estoit quand elle parut à

la Cour, elle disoit qu'on n'estoit bon à rien à trente ans, et

qu'elle vouloit qu'on la jetast dans la rivière quand elle les

auroit. Je vous laisse à penser si elle manqua de galants... M.

d'Hocquincourt, ayant gaigné une femme de chambre, se mit un soir

sous le lict de la belle... Quand elle se sentoit grosse, après

qu'elle eust eu assez d'enfans, elle couroit au grand trot en

carrosse partout Paris,» etc.

«La princesse de Guéméné, morte duchesse de Montbazon en 1657, mère

de M. de Soubise, était cette belle Mme de Montbazon dont on a fait ce

conte, qui a trouvé croyance, que l'abbé de Rancé, depuis ce célèbre

abbé de la Trappe, en était fort amoureux et bien traité; qu'il la

quitta à Paris se portant fort bien, pour aller faire un tour à la

campagne; que, bientôt après, y ayant appris qu'elle était tombée

malade, il était accouru, et qu'étant entré brusquement dans son

appartement, le premier objet qui y était tombé sous ses yeux avait

été sa tête, que les chirurgiens, en l'ouvrant, avaient séparée; qu'il

n'avait appris sa mort que par là; et que la surprise et l'horreur de

ce spectacle joint à la douleur d'un homme passionné et heureux,

l'avait converti, jeté dans la retraite, et de là dans l'ordre de

Saint-Bernard et dans sa réforme. Il n'y a rien de vrai en cela, mais

seulement des choses qui ont donné cours à cette fiction. Je l'ai

demandé franchement à M. de la Trappe... et voici ce que j'en ai

appris.

«Il était intimement de ses amis, ne bougeait de l'hôtel de

Montbazon... Mme de Montbazon mourut de la rougeole en fort peu de

jours. M. de Rancé était auprès d'elle, ne la quitta point, lui vit

recevoir les sacrements, et fut présent à sa mort. La vérité est que,

déjà touché et tiraillé entre Dieu et le monde, méditant déjà depuis

quelque temps une retraite, les réflexions que cette mort si prompte

firent faire à son cœur et à son esprit achevèrent de le déterminer,

et peu après il s'en alla en sa maison de Véret en Touraine, qui fut

le commencement de sa séparation du monde.»

La DUCHESSE DE LONGUEVILLE, Anne-Geneviève de Bourbon, fille de Henri

II de Bourbon, prince de Condé, et sœur du Grand Condé (1619-1679).

Son esprit, sa beauté, son goût pour les choses intellectuelles,

l'influence qu'elle exerça sur la société du dix-septième siècle ont

marqué sa place parmi les femmes célèbres de son époque[139], ce qui

ne l'empêcha pas de mener longtemps une vie des plus scandaleuses.

[139] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 396.

«La très jolie madame de Longueville, la future reine de la Fronde»,

entretenait avec ses deux frères, le Grand Condé, «figure crochue...

très sinistre figure d'oiseau de proie, la plus bizarre du siècle,» et

le prince de Conti, «prêtre et bossu[140]», des relations

incestueuses. «Les deux garçons naquirent amoureux de leur sœur,

écrit Michelet[141]. Condé, éperdument, jusqu'à lui passer tout,

adopter ses amants, puis jusqu'à la haïr. Conti, sottement,

servilement, se faisant son jouet, ne voyant rien que ce qu'elle lui

faisait voir, dupé, moqué par ses rivaux.»

[140] MICHELET, _Histoire de France_, t. XIV, p. 226-227 (Paris,

Marpon et Flammarion, 1879).

[141] _Ibid._

On trouve trace, dans les _Rapports inédits_ du lieutenant de police

René d'Argenson[142], d'une aventurière surnommée _la Princesse_, qui

se prétendait fille du prince de Condé et de sa sœur la duchesse de

Longueville.

[142] Pages 54, 252, 290, etc. (Bibliothèque elzévirienne, Paris,

Plon, 1891).

La VICOMTESSE DE TURENNE, Charlotte de Caumont de la Force de la Tour

(1623?-1666)[143].

[143] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 172.

C'était la femme du maréchal de France et grand homme de guerre.

CHRISTINE DE SUÈDE (1626-1689) estimait que «la lecture est une partie

du devoir de l'honnête homme». Elle écrivait à Bayle: «Je vous impose

pour pénitence qu'à commencer du mois prochain vous m'enverrez les

livres nouveaux, en toutes langues, sur toutes sortes de sujets; je

n'excepte ni romans ni satires; surtout s'il y a des livres de chimie,

faites-m'en part au plus tôt.» Elle adressait à Heinsius les mêmes

recommandations: «Envoyez-moi les catalogues des livres que vous avez

achetés et des manuscrits que vous avez fait copier, et la dépense

pour vous et pour les achats. Je vous ferai tout payer[144]...»

[144] Cf. François FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p. 190.

On sait quelles étaient les mœurs plus que libres de la reine

Christine; on sait aussi quels étaient ses livres favoris, outre «les

livres de chimie», dont elle vient de parler. Elle professait, nous

apprend Gui Patin[145], un vrai culte pour Pétrone, «qu'elle mettait

au-dessus de tous les auteurs latins», et, dans la fleur même de sa

jeunesse, à vingt-trois ans, «elle savait Martial tout entier par

cœur».

[145] Cf. Adolphe RETTÉ, _la Revue_ (ancienne _Revue des

Revues_), 1er octobre 1904, p. 349;--et Gabriel PEIGNOT, _Manuel

du bibliophile_, t. I, p. 131.

«Saumaise étant à Stockholm, et au lit, malade de la goutte, lisait,

pour se désennuyer, _le Moyen de parvenir_; la reine Christine entre

brusquement chez lui sans se faire annoncer: il n'a que le temps de

cacher sous sa couverture le petit livre honteux (_perfacetum quidem,

at subturpiculum libellum_). Mais Christine, qui voit tout, l'a vu;

elle va prendre hardiment le livre jusque sous le drap, et, l'ouvrant,

se met à le parcourir de l'œil avec sourire; puis, appelant la belle

de Sparre, sa fille d'honneur favorite, elle la force de lui lire tout

haut certains endroits qu'elle lui indique, et qui couvrent ce noble

et jeune front d'embarras et de rougeur, aux grands éclats de rire de

tous les assistants. Huet tenait l'histoire de la bouche de Saumaise,

et il la raconte en ses mémoires[146].»

[146] SAINTE-BEUVE. _Tableau de la poésie française au seizième

siècle_, p. 272, note 3.

Ajoutons que «Christine de Suède avait la manie d'écrire sur ses

livres. Il y a à la bibliothèque du Collège romain, à Rome, plusieurs

livres annotés de sa main, entre autres, un Quinte-Curce, un

Sénèque»[147], etc.

[147] Ludovic LALANNE, _Curiosités bibliographiques_, p. 347.

NINON DE L'ENCLOS (1615-1705), qui fut, sinon une amie de la reine de

Suède, du moins une de ses relations,--Christine ne manqua pas de

l'aller voir lors de son voyage à Paris, en 1654,--mérite de ne pas

être oubliée ici. Voltaire lui ayant été présenté par son parrain,

l'abbé de Châteauneuf, un des intimes de Ninon, jadis adorateur et

familier de Mme Arouet, elle lui légua par testament deux mille francs

«pour acheter des livres»[148].

[148] CONDORCET, _Vie de Voltaire_, au début. (_OEuvres

complètes de Voltaire_, t. I, p. 1, édition du journal _le

Siècle_.)

Ce legs n'empêcha pas Voltaire de juger plus tard très cavalièrement

et indiscrètement sa bienfaitrice. Dans son ouvrage _la Défense de mon

oncle_[149], il écrit:

«Personne n'est plus en état que moi de rendre compte des dernières

années de Mlle de l'Enclos... Je suis son légataire; je l'ai vue les

dernières années de sa vie (c'est-à-dire à plus de quatre-vingts

ans), elle était sèche comme une momie. Il est vrai qu'on lui présenta

l'abbé Gédoyn... J'allais quelquefois chez elle avec cet abbé, qui

n'avait d'autre maison que la nôtre. Il était fort éloigné de sentir

des désirs pour une décrépite ridée qui n'avait sur les os qu'une peau

jaune tirant sur le noir.

[149] Chap. VIII, D'Abraham et de Ninon de l'Enclos (t. V, p.

326-327, même édition). Voir aussi l'opuscule de Voltaire, _Sur

Mademoiselle de l'Enclos_ (t. IV, p. 717-719, même édition).

«Ce n'était point l'abbé Gédoyn à qui on imputait cette folie; c'était

à l'abbé de Châteauneuf, frère de celui qui avait été ambassadeur à

Constantinople. Châteauneuf avait eu, en effet, la fantaisie de

coucher avec elle vingt ans auparavant. Elle était encore assez belle

à l'âge de près de soixante années. Elle lui donna, en riant, un

rendez-vous pour un certain jour du mois.

«Et pourquoi ce jour-là plutôt qu'un autre? lui dit l'abbé de

Châteauneuf.

«--C'est que j'aurai alors soixante ans juste», lui dit-elle.

«Voilà la vérité de cette historiette, qui a tant couru, et que l'abbé

de Châteauneuf, mon bon parrain, à qui je dois mon baptême, m'a

racontée souvent dans mon enfance _pour me former l'esprit et le

cœur_.»

Certains des amis de Ninon, Charleval et Miossens, entre autres,

avaient «fort contribué à la rendre libertine (incrédule, libre

penseuse, comme nous dirions aujourd'hui). Elle dit qu'il n'y a point

de mal à faire ce qu'elle fait, fait profession de ne rien croire, se

vante d'avoir esté fort ferme en une maladie où elle se vit à

l'extrémité, et de n'avoir que par bienséance reçu tous ses

sacrements. Ils luy ont fait prendre un certain air de dire et de

trancher les choses en philosophe; elle ne lit que Montaigne, et

décide de tout à sa fantaisie[150]».

[150] TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. IV, p. 420.

C'est Ninon, «la moderne Leontium», comme l'appelait

Saint-Évremond[151], qui disait «qu'elle rendait grâces à Dieu tous

les soirs de son esprit, et le priait tous les matins de la préserver

des sottises de son cœur[152]».

[151] L'ancienne Leontium avait été disciple et amie d'Épicure:

cf. Saint-Évremond, _OEuvres choisies_, p. 430, édition

Gidel.--Voir aussi ci-dessus, p. 30, note.

[152] DES MAIZEAUX, _Vie de Saint-Évremond_, p. 199 (La Haye,

Abraham Troyel, 1711).

Encore un joli mot d'elle, et en même temps une très judicieuse

constatation: «La joie de l'esprit en marque la force[153]».

[153] Dans SAINTE-BEUVE, _Premiers lundis_, t. II, p. 295.

C'est plutôt la lecture que les livres mêmes qu'a aimée et que

recommande et prône, en maint endroit de ses lettres, Mme DE SÉVIGNÉ

(1626-1696), et toujours de la plus charmante façon, et souvent avec

de fins aperçus et les plus sagaces remarques.

«Aimer à lire... la jolie, l'heureuse disposition! On est au-dessus de

l'ennui et de l'oisiveté, deux vilaines bêtes[154].»

[154] Lettre du mercredi 14 décembre 1689; t. IX, p. 353 (édition

des Grands Écrivains).

«Qu'on est heureux d'aimer à lire![155].»

[155] Lettre du mercredi 15 juin 1689; t. IX, p. 84.

«Je plains ceux qui n'aiment point à lire. Votre enfant est de ce

nombre jusqu'ici; mais j'espère, comme vous, que, quand il verra ce

que c'est que l'ignorance à un homme de guerre, qui a tant à lire des

grandes actions des autres, il voudra les connaître, et ne laissera

pas cet endroit imparfait. La lecture apprend aussi, ce me semble, à

écrire...[156]»

[156] Lettre du dimanche 17 juillet 1689; t. IX, p. 120.

«Je poursuis cette _Morale_ de Nicole, que je trouve délicieuse... Je

trouve ce livre admirable. Personne n'a écrit comme ces messieurs (de

Port-Royal), car je mets Pascal de moitié à tout ce qui est beau...

Nous lisons aussi l'histoire de France depuis le roi Jean; je veux la

débrouiller dans ma tête, au moins autant que l'histoire romaine, où

je n'ai ni parents ni amis; encore trouve-t-on ici des noms de

connaissance. Enfin, tant que nous aurons des livres, nous ne nous

pendrons pas[157].»

[157] Lettre du mercredi 23 septembre 1671; t. II, p. 369.

«...Pour Pauline, cette dévoreuse de livres, j'aime mieux qu'elle en

avale de mauvais, que de ne point aimer à lire; les romans, les

comédies, les Voiture, les Sarrasin, tout cela est bientôt épuisé:

a-t-elle tâté de Lucien? est-elle à portée des _Petites Lettres_?

Après il faut l'histoire; si on a besoin de lui pincer le nez pour lui

faire avaler, je la plains. Pour les beaux livres de dévotion, si elle

ne les aime pas, tant pis pour elle; car nous ne savons que trop que

même sans dévotion on les trouve charmants. A l'égard de la morale,

comme elle n'en ferait pas un si bon usage que vous, je ne voudrais

point du tout qu'elle mît son petit nez, ni dans Montaigne, ni dans

Charron, ni dans les autres de cette sorte; il est bien matin pour

elle. La vraie morale de son âge, c'est celle qu'on apprend dans les

bonnes conversations, dans les fables, dans les histoires, par les

exemples; je crois que c'est assez[158].»

[158] Lettre du dimanche 15 janvier 1690; t. IX, p. 413.

«...Je ne veux rien dire sur les goûts de Pauline (pour les romans);

je les ai eus avec tant d'autres (personnes), qui valent mieux que

moi, que je n'ai qu'à me taire. Il y a des exemples des bons et des

mauvais effets de ces sortes de lectures: vous ne les aimez pas, vous

avez fort bien réussi; je les aimais, je n'ai pas trop mal couru ma

carrière: _tout est sain aux sains_, comme vous dites. Pour moi, qui

voulais m'appuyer dans mon goût, je trouvais qu'un jeune homme

devenait généreux et brave en voyant mes héros, et qu'une fille

devenait honnête et sage en lisant _Cléopâtre_. Quelquefois il y en a

qui prennent un peu les choses de travers; mais elles ne feraient

peut-être guère mieux, quand elles ne sauraient pas lire: ce qui est

essentiel, c'est d'avoir l'esprit bien fait; on n'est pas aisée à

gâter; Mme de la Fayette en est encore un exemple. Cependant il est

très assuré, très vrai, très certain que M. Nicole vaut mieux; vous en

êtes charmée: c'est son éloge; ce que j'en ai lu chez Mme de Coulanges

me persuade aisément qu'il vous doit plaire... Cela supposé, je vous

conjure, ma chère Pauline, de ne pas tant laisser tourner votre esprit

du côté des choses frivoles, que vous n'en conserviez pour les

solides, et pour les histoires; autrement votre goût aurait les pâles

couleurs[159].»

[159] Lettre du mercredi 16 novembre 1689; t. IX, p. 314-316.

La DUCHESSE DE MONTPENSIER, Anne-Marie-Louise d'Orléans, la GRANDE

MADEMOISELLE (1627-1693), une des plus originales figures du

dix-septième siècle, est digne d'être inscrite aussi au nombre des

amies des livres.

Ce qui lui a manqué, selon la remarque de Sainte-Beuve[160], c'est le

goût, c'est la grâce, c'est la justesse: «il y a du pêle-mêle dans ses

admirations: elle prise fort Corneille, elle fait jouer chez elle _le

Tartuffe_, mais elle reçoit aussi l'abbé Cotin. «J'aime les vers, de

quelque nature qu'ils soient», déclarait-elle. Elle se recommande à

nous principalement par ses _Mémoires_, «Mémoires véridiques et

fidèles, et dans lesquels elle dit tout sur elle-même ou sur les

autres, naïvement, hautement, et selon qu'il lui vient à

l'esprit[161].»

[160] _Causeries du lundi_, t. III, p. 524.

[161] SAINTE-BEUVE, _ouvrage cité_, t. III, p. 525.

On raconte--n'est-ce pas ce terrible bavard de Tallemant des

Réaux?[162]--que le carrosse de Mlle de Montpensier se trouvant pris

un jour dans un embarras de voitures, rue Saint-Honoré, un mendiant

profita de l'occasion pour venir gémir à la portière:

«Ayez pitié d'un pauvre homme... d'un pauvre homme qui a perdu toutes

les joies de ce monde?

--Il est donc eunuque?» demanda la Grande Mademoiselle.

[162] C'est à lui que Lorédan LARCHEY (_l'Esprit de tout le

monde_, t. II, p. 263) dit emprunter cette «naïveté».

Mme JEAN DESMARETS, Marie Colbert, sœur du ministre J.-B. Colbert

(1627?-1703)[163].

[163] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 148.

Une autre sœur de Colbert, CATHERINE COLBERT (XVIIe siècle), figure

aussi parmi les femmes bibliophiles[164].

[164] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 408.

La PRINCESSE DE CONDÉ, Claire-Clémence de Maillé, femme du Grand Gondé

(1628?-1694)[165].

[165] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 112;--et

M.-N. BOUILLET, _Atlas universel d'histoire et de géographie_, p.

520.

ÉLISABETH DE MELUN, prieure des Dominicaines de Montargis

(1630?-1717)[166].

[166] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 183.

Mme DE MAINTENON (1635-1719) n'a jamais eu la pensée de

former une bibliothèque proprement dite; elle avait d'autres

préoccupations. «Les rares volumes qui lui ont appartenu, écrit

Ernest Quentin-Bauchart[167], présentent du moins le grand avantage

d'avoir été reliés par un des maîtres du temps, Du Seuil, dont la

facture un peu lourde, mais noble, se trouve toujours en harmonie

parfaite avec le caractère des ouvrages qui lui étaient confiés.»

[167] _Ouvrage cité_, t. I, p. 277.

LOUISE-CHARLOTTE DE LA TOUR, demoiselle de Bouillon (1638-1683)[168].

[168] Cf. MORÉRI, _ouvrage cité_, t. X, p. 281;--et Joannis

GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 171.

MARIE-THÉRÈSE D'AUTRICHE, femme de Louis XIV (1638-1683).

Les femmes et les livres · 第 4 / 13 段