Tallemant des Réaux nous conte que la reine Margot «estoit belle en sa

jeunesse, hors qu'elle avoit les joues un peu pendantes et le visage

un peu trop long. Jamais, continue-t-il, il n'y eut une personne plus

encline à la galanterie. Elle avoit d'une sorte de papier dont les

marges estoient toutes pleines de trophées d'amour; c'estoit le papier

dont elle se servoit pour ses billets doux. Elle parloit phébus selon

la mode de ce temps-là, mais elle avoit beaucoup d'esprit. On a une

pièce d'elle qu'elle a intitulée: _La Ruelle mal assortie_, où l'on

peut voir quel estoit son style de galanterie.

«Elle portoit un grand vertugadin qui avoit des pochettes tout autour,

en chascune desquelles elle mettoit une boiste où estoit le cœur d'un

de ses amants trespassés; car elle estoit soigneuse, à mesure qu'ils

mouroient, d'en faire embaumer le cœur. Ce vertugadin se pendoit tous

les soirs à un crochet qui fermoit à cadenas, derrière le dossier de

son lict.

«Elle devint horriblement grosse, et avec cela elle faisoit faire ses

quarrures et ses corps de jupe beaucoup plus larges qu'il ne falloit,

et ses manches à proportion... Elle estoit coiffée de cheveux blonds

d'un blond de filasse blanchis sur l'herbe; elle avoit été chauve de

bonne heure. Pour cela, elle avoit de grands valets de pied blonds que

l'on tondoit de temps en temps...

«Durant ses repas, elle faisoit tousjours discourir quelque homme de

lettres. Pitard, qui a escrit de la morale, estoit à elle, et elle le

faisoit parler assez souvent...»

Et Tallemant termine son «historiette» de la reine Margot par cette

gauloise anecdote:

«J'ay ouy faire un conte de la reine Marguerite qui est fort plaisant.

Un gentilhomme gascon, nommé Salignac (Jean de Gontaut, baron de

Salignac), devint, comme elle estoit encore jeune, esperdument

amoureux d'elle, mais elle ne l'aimoit point. Un jour, comme il luy

reprochoit son ingratitude:

«Or ça, luy dit-elle, que feriez-vous pour me tesmoigner vostre amour?

«--Il n'y a rien que je ne fisse, respondit-il.

«--Prendriez-vous bien du poison?

«--Ouy, pourvu que vous me permissiez d'expirer à vos pieds.

«--Je le veux!» reprit-elle.

«On prend jour; elle luy fait préparer une bonne médecine fort

laxative. Il l'avale, et elle l'enferme dans un cabinet, après lui

avoir juré de venir avant que le poison opérast.

«Elle le laissa là deux bonnes heures, et la médecine opéra si bien

que, quand on luy vint ouvrir, personne ne pouvoit durer autour de

luy[78].»

[78] TALLEMANT DES RÉAUX, _les Historiettes_, t. I, p. 101-106

(Paris, Techener, 1862). Une aventure analogue survint à l'abbé

de Voisenon (1708-1775), devenu passionnément amoureux d'une dame

Potron, dont le mari s'avisa, dans un dîner, de servir au galant

abbé certain plat copieusement et traîtreusement assaisonné. Dans

son roman _Si jeunesse savait_ (chap. XXII), Frédéric Soulié a

aussi eu recours à ce «relâchant» procédé. (Cf. B. JULLIEN,

_Thèses d'histoire_, p. 472 et suiv., et p. 475, note 1.)

ANTOINETTE DE BOURBON-VENDÔME (1494-1583), qui épousa, en 1513, Claude

de Lorraine,--fils de René II, le vainqueur de Charles le

Téméraire,--premier duc de Guise, et fut la mère de toute cette lignée

des Guises qui donna tant de soucis aux derniers Valois, au point que

ses petits-fils faillirent enlever la couronne à Henri IV, dont elle

était la grand'tante,--Antoinette de Bourbon-Vendôme posséda une

bibliothèque nombreuse dont la plupart des volumes avaient été reliés

par le célèbre Nicolas Ève. «Quelques-uns portaient sur les plats son

chiffre formé d'un V et d'un A enlacés (Antoinette de Vendôme),

accompagné d'un autre chiffre composé de deux [Grec: LL] (_Lorraine_)[79].»

[79] Eugène ASSE, _ouvrage cité_, p. 70-72. Sur cet usage de

mettre en lettres grecques ses initiales sur le plat des livres,

voir Édouard FOURNIER, _l'Art de la reliure en France_, p. 147

(Paris, Dentu, 1888).

MARIE D'ANGLETERRE (1497-1534), troisième femme de Louis XII, roi de

France. On cite deux beaux manuscrits qui lui ont appartenu[80].

[80] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.

382-383;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 88.

ÉLÉONORE D'AUTRICHE (1498?-1558), sœur aînée de Charles-Quint;

devenue veuve d'Emmanuel le Grand, roi du Portugal, elle épousa, en

1530, François Ier, veuf de Claude de France[81].

[81] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 387.

CLAUDE DE FRANCE (1499-1524), fille aînée de Louis XII, reine de

France par son mariage avec François Ier[82].

[82] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 384.

DIANE DE POITIERS (1499-1566): c'est à elle que revient en partie

l'honneur d'avoir créé la magnifique bibliothèque d'Anet[83].

[83] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 62 et suiv.

IV

ANNE DE BOLEYN ou BOULEN (1500-1536), dont on connaît la fin tragique,

a laissé un exemplaire du Nouveau Testament (édition de Tyndall),

conservé aujourd'hui au _British Museum_, et dont les tranches portent

son nom en grandes lettres rouges[84].

[84] Cf. Ludovic LALANNE, _Curiosités bibliographiques_, p. 286.

Sur les derniers moments de cette princesse, victime des passions du

roi d'Angleterre Henri VIII, son mari, voici quelques émouvants

détails que Bossuet, dans son _Histoire des variations_[85], a

empruntés à l'historien anglais Burnet:

[85] Livre VII (_OEuvres choisies_, t. III, p. 13; Paris,

Hachette, 1865).

«La malheureuse espéra en vain de fléchir le roi, en avouant tout ce

qu'il voulait. Cet aveu ne lui sauva que le feu. Henri lui fit couper

la tête. Le jour de l'exécution, elle se consola, sur ce qu'elle avait

ouï dire que l'exécuteur était fort habile; «et d'ailleurs,

ajouta-t-elle, j'ai le cou assez petit». «Au même temps, dit le

témoin de sa mort, elle y a porté la main et s'est mise à rire de tout

son cœur,» soit par l'ostentation d'une intrépidité outrée, soit que

la tête lui eût tourné aux approches de la mort; et il semble, quoi

qu'il en soit, que Dieu voulait, quelque affreuse que fût la fin de

cette princesse, qu'elle tînt autant du ridicule que du tragique.»

Si habile et si endurci que fût l'exécuteur, deux fois, paraît-il, il

essaya de lever la hache, et deux fois ses bras défaillirent, car Anne

le regardait.

«Oh! milord, dit-il à Thomas Cromwell, si elle me regarde toujours, je

ne pourrai jamais frapper.»

Il fallut qu'Anne détournât sa tête charmante, pour que le bourreau

reprît du cœur et accomplît sa fatale mission[86].»

[86] Gilbert BURNET, _Histoire de la réformation en Angleterre_,

dans LAROUSSE, _ouvrage cité_, article Boulen ou Boleyn.

CATHERINE DE MÉDICIS (1519-1589), rassembla, dans sa somptueuse

résidence de Saint-Maur-des-Fossés, une excellente bibliothèque,

qu'elle mettait à la disposition des savants:

Ceste royne d'honneur, de telle race issue,

Soigneuse, a fait chercher les livres les plus vieux,

Hébreux, grecs et latins, traduits et à traduire,

Et par noble despense elle en a fait reluire

Son chasteau de Saint-Maur, afin que sans danger

Le François fust vainqueur du sçavoir estranger[87].

[87] RONSARD, _le Bocage royal_, dans BRANTÔME, _OEuvres

complètes_, t. X, p. 77, note 1.

ANNE DE LORRAINE (1522-1568), mariée, en 1540, au prince d'Orange, et,

en secondes noces, en 1548, à Philippe, sire de Croy[88].

[88] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 388.

FRANÇOISE-RENÉE DE LORRAINE (1522-1602), abbesse de Saint-Pierre de

Reims et du royal monastère de Montmartre[89].

[89] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 390.

Mme JEAN D'AUBIGNÉ, Catherine de l'Estang, mère d'Agrippa d'Aubigné

(1530?-1550?), morte dans sa vingtième année, en donnant le jour à

son fils, a laissé un volume, un saint Basile en grec, annoté de sa

main, et qui atteste l'érudition de cette jeune femme[90].

[90] Cf. le journal _le Temps_, 21 mai 1914, article signé Samuel

Rocheblave.

On voit au _British Museum_ une Bible française, imprimée à Lyon en

1566, qui a appartenu à la reine ÉLISABETH D'ANGLETERRE (1533-1606).

«Les livres de cette princesse, dit Ludovic Lalanne[91], étaient en

général reliés avec un grand luxe, comme le montre l'inventaire de son

trésor, fait la seizième année de son règne. On y remarque surtout le

_Golden Manual of prayers_, relié en or massif, et qu'elle portait

suspendu à sa ceinture par une chaîne d'or. Sur un des côtés est

représenté le jugement de Salomon; sur l'autre, le serpent d'airain

entouré des Israélites blessés. Ce livre, dans l'inventaire, est

évalué à cent cinquante livres sterling.»

[91] _Curiosités bibliographiques_, p. 287.

L'infortunée JEANNE GREY (1537-1554), morte si jeune et si

courageusement, qui lisait le _Phédon_ en grec, et à qui l'amour de

l'étude et de la science faisait oublier ses malheurs, a droit aussi

d'être mise au nombre des plus nobles amies des livres[92].

[92] Cf. François FERTIAULT, _les Amoureux du livre_, p. 340.

DIANE DE FRANCE, duchesse d'Angoulême, fille légitimée de Henri II

(1538?-1619)[93].

[93] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.

392;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 117.

MARIE STUART (1542-1587), «estant en l'aage de treize à quatorze ans,

desclama devant le roy Henry, la royne et toute la Cour, publiquement

en la salle du Louvre, une oraison en latin qu'elle avoit faicte,

soubtenant et deffendant, contre l'opinion commune, qu'il estoit bien

seant aux femmes de sçavoir les lettres et arts libéraux.

«Songez--c'est toujours Brantôme qui parle[94]--quelle rare chose

c'estoit et admirable de voir ceste belle et sçavante reine ainsi orer

(parler: d'où pérorer) en latin, qu'elle entendoit et parloit fort

bien; car je l'ai vue là; et fust si curieuse de faire faire à

Antoine Fochin (Fouquelin), de Chauny en Vermandois (et l'adresse [il

dédie cet ouvrage] à ladite reine), une rhétorique en françois, que

nous avons encore en lumière... Aussi la faisoit-il bon voir parler,

fust aux plus grands ou fust aux plus petits. Et tant qu'elle a esté

en France, elle se réservoit tousjours deux heures du jour pour

estudier et lire: aussi il n'y avoit guères de sciences humaines

qu'elle n'en discourût bien. Surtout elle aimoit la poésie et les

poètes, mais sur tous M. de Ronsard[95], M. du Bellay et M. de

Maisonfleur, qui ont fait de belles poésies et élégies pour elle, et

mesme sur son partement (départ) de la France, que j'ai vu souvent

lire à elle-mesme en France et en Écosse, les larmes à l'œil et les

souspirs au cœur.

[94] _Ouvrage cité_, t. X, p. 112 et suiv.

[95] Voyez, dans les _OEuvres_ de Ronsard, la place importante

qu'il fait à Marie Stuart.

«Elle se mesloit d'estre poëte, et composoit des vers, dont j'en ai vu

aucuns (quelques-uns) de beaux et très bien faicts, et nullement

ressemblants à ceux qu'on lui a mis à sus avoir faicts (qu'on lui a

attribués) sur l'amour du comte Baudouel (Bothwell): ils sont trop

grossiers et mal polis pour estre sortis de sa belle boutique. M. de

Ronsard estoit bien de mon opinion en cela, ainsi que nous en

discourions un jour, et que nous les lisions. Elle en composoit bien

de plus beaux et de plus gentils, et promptement, comme je l'ai vue

souvent qu'elle se retiroit en son cabinet, et sortoit aussitôt pour

nous en monstrer à aucuns honnestes gens que nous estions là[96]. De

plus, elle escrivoit fort bien en prose, surtout en lettres, que j'ai

vues très belles et très éloquentes et hautes.»

[96] Ses poésies ne sont pas arrivées jusqu'à nous. On ne connaît

guère d'elle qu'une pièce, très touchante complainte, publiée par

Brantôme (t. X, p. 118-120), et quelques stances. (Note de

l'édition de Brantôme de la Bibliothèque elzévirienne, t. X, p.

114.) Quant aux célèbres _Adieux de Marie Stuart à la France_:

Adieu, plaisant pays de France,

O ma patrie

La plus chérie,

Qui as nourri ma jeune enfance!

Adieu, France; adieu, mes beaux jours;

Etc., etc.,

ils ne sont pas de Marie Stuart, mais du polygraphe Meusnier de

Querlon (1702-1780). (Cf. STAAFF, _la Littérature française_, t.

I, p. 28.)

LOUISE DE LORRAINE (1553-1601), fille de Nicolas de Lorraine, comte de

Vaudémont et de Marguerite d'Egmont; femme de Henri III, roi de

France.

Devenue veuve, elle se retira dans son château de Chenonceaux, et y

rassembla une bibliothèque composée de livres splendidement

reliés[97].

[97] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p.

615;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 89.

La sœur de Henri IV, CATHERINE DE BOURBON (1559-1604), qui épousa

Henri II de Lorraine, duc de Bar, avait étudié les langues anciennes,

l'hébreu même, et était aussi habile à chanter qu'à toucher du luth.

Elle vécut longtemps au château de Pau, et en enrichit notablement la

bibliothèque. On y remarquait surtout une belle collection de

classiques grecs et latins, de rares manuscrits et quantité de lettres

autographes des principaux personnages de l'époque.

«La plupart des livres de Catherine de Bourbon, dit le bibliographe

Joannis Guigard[98], étaient reliés à la manière de Clovis Ève, qui,

bien certainement, a dû travailler pour elle. Beaucoup d'entre eux

portaient sur les plats six doubles C entrelacés formant croix, avec

une flamme au centre, le tout dans un ovale feuilleté.»

[98] _Ouvrage cité_, t. I, p. 119.

MARIE DE JARS DE GOURNAY (1565-1645), qui est restée célèbre surtout

par son affection et son culte pour Montaigne, dont elle devint la

_fille d'alliance_. Elle publia, en 1595, une édition complète des

_Essais_, qu'elle réédita quarante ans plus tard[99].

[99] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 395.

Tallemant des Réaux a consacré à Mlle de Gournay une de ses amusantes

_historiettes_[100], et je ne répéterai pas ici la farce que lui

jouèrent, à elle et à Racan, deux endiablés amis de ce poète, et que

j'ai contée dans mes _Mystifications littéraires et théâtrales_[101].

Voici, en revanche, une originale et très juste remarque de critique

littéraire faite par Mlle de Gournay, et citée et confirmée par

Sainte-Beuve:

«La vraie touche des esprits, c'est l'examen d'un nouvel auteur; et

celui qui le lit se met à l'épreuve plus qu'il ne l'y met[102].»

[100] Tome II, p. 151-154 (Paris, Techener, 1862).

[101] Pages 152-159 (Paris, Fontemoing, 1913).--Cf. aussi

TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 158 et suiv.

(Racan).

[102] Dans SAINTE-BEUVE, _Chateaubriand et son groupe

littéraire_, t. II, p. 116, 21e leçon.

GABRIELLE D'ESTRÉES, duchesse de Beaufort, maîtresse de Henri IV

(1571?-1599)[103].

[103] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 159.

MARIE DE MÉDICIS (1573-1642), deuxième femme de Henri IV, donna aussi

des preuves de son amour pour les livres[104].

[104] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 610.

CATHERINE DE BOURBON, marquise d'Isle, fille de Henri de Bourbon

(1574-1594)[105].

[105] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 111.

La PRINCESSE DE BOURBON-CONTI, Louise-Marguerite de Lorraine, fille du

duc de Guise, dit le Balafré, mariée en secondes noces au maréchal de

Bassompierre (1577-1631)[106].

[106] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 116.

RENÉE DE LORRAINE, fille de Henri Ier de Lorraine, duc de Guise,

assassiné à Blois, abbesse de Saint-Pierre de Reims (1585?-1626)[107].

[107] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 120.

La MARQUISE DE RAMBOUILLET (1588-1665) et sa fille JULIE-LUCINE[108]

D'ANGENNES, DUCHESSE DE MONTAUSIER (1607-1671): «La marquise lit toute

une journée sans la moindre incommodité, et c'est ce qui la divertit

le plus,» au dire de Tallemant des Réaux[109], un de ses familiers.

[108] «Mme de Montausier s'appelle Julie-Lucine d'Angennes.

Lucine est le nom d'une sainte de la maison des Savelles. Sa mère

et sa grand'mère l'ont porté toutes les deux; et, pour

l'ordinaire, dans cette maison, on adjoustoit tousjours ce nom à

celuy qu'on donnoit aux filles en les baptisant.» (TALLEMANT DES

RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 286.)

[109] _Ouvrage cité_, t. II, p. 285.

«Elle a toujours aimé les belles choses, écrit-il encore[110], et elle

alloit apprendre le latin, seulement pour lire Virgile, quand une

maladie l'en empescha. Depuis, elle n'y a pas songé, et s'est

contentée de l'espagnol. C'est une personne habile en toutes choses.

Elle fut elle-mesme l'architecte de l'hostel de Rambouillet, qui

estoit la maison de son père...

[110] _Ouvrage cité_, t. II, p. 261.

«Il n'y a pas au monde de personne moins intéressée. Elle dit qu'elle

ne conçoit pas de plus grand plaisir au monde que d'envoyer de

l'argent aux gens, sans qu'ils puissent sçavoir d'où il vient. Elle

passe bien plus avant que ceux qui disent que donner est un plaisir de

roy, car elle dit que c'est un plaisir de Dieu[111].»

[111] _Ouvrage cité_, t. II, p. 264.

Une particularité de Mme de Rambouillet, particularité assez rare à

son époque, c'était d'apprécier les charmes de la campagne, d'aimer la

nature: «Personne n'a jamais tant aimé à se promener et à considérer

les beaux endroits du paysage de Paris[112].»

[112] TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p. 280.

Ajoutons qu'elle se montrait, non seulement très charitable et

généreuse, comme on vient de le voir, mais de la plus grande

bienveillance, d'une extrême indulgence, envers tous: «Personne ne fut

plus aimé de ses gens ni des gens de ses amis, que Mme de

Rambouillet[113]».

[113] ID., _ouvrage cité_, t. II, p. 443.

L'hôtel de Rambouillet fut, comme on le sait, le rendez-vous de

quantité d'écrivains; il fut aussi le quartier général des

_Précieuses_.

C'est de l'hôtel de Rambouillet que sortit _la Guirlande de Julie_, ce

très curieux et superbe manuscrit, qui appartient aujourd'hui à Mme la

duchesse d'Uzès. Voici quelques détails sur la formation et la genèse

de ce chef-d'œuvre.

«Le marquis de Montausier, qui se préparait à partir pour l'armée avec

le maréchal de Guébriand (1641), avait imaginé une galanterie en

l'honneur de Julie d'Angennes, qui lui avait promis de l'épouser dès

qu'il aurait abjuré la religion protestante. Il fit peindre sur vélin,

par Robert, excellent miniaturiste, une suite de belles fleurs, que

Julie avait choisies elle-même, et que les poètes de l'hôtel de

Rambouillet faisaient parler en vers pour célébrer ses grâces, ses

talents et ses vertus. Ces pièces de poésie, écrites de la main du

fameux Jarry au-dessous des fleurs, étaient signées par le marquis de

Montausier, Arnauld d'Andilly père et fils, Conrart, Mme de Scudéry,

Malleville, Colletet, les trois Habert, Arnauld de Corbeville,

Tallemant des Réaux, Gombauld, Godeau, le marquis de Briot, Pinchesne,

Desmarets. Deux pièces ne portaient pas de nom: on les attribua

toutes deux au grand Corneille, et Voiture, que Montausier ne pouvait

souffrir, fut seul excepté dans l'hommage collectif que les amis de

Mme de Rambouillet rendaient à sa fille. Ce précieux recueil avait

pour titre: _La Guirlande de Julie. Pour Mademoiselle de Rambouillet,

Julie-Lucine d'Angennes_.

«Montausier ne quitta pas sans regret Julie d'Angennes, en lui

laissant ce beau livre relié en maroquin et couvert de ses chiffres en

or: il fut fait prisonnier et ne recouvra la liberté qu'au bout de dix

mois. De retour en France, il s'empressa d'embrasser la religion

catholique, et se maria enfin, le 4 juillet 1645, à l'âge de

trente-cinq ans, avec Mlle de Rambouillet, qui en avait trente-huit.

«Ce mariage, dit Rœderer, fut la première cause qui mit fin à ce

qu'on peut appeler _le règne de l'hôtel de Rambouillet_[114].»

[114] Paul LACROIX, _XVIIe Siècle_, Lettres, Sciences et Arts, p.

184. Voir aussi TALLEMANT DES RÉAUX, _ouvrage cité_, t. II, p.

294.--La _Gazette des beaux-arts_ a récemment publié un article

très détaillé sur la célèbre _Guirlande de Julie_; voici un

résumé de cet article, emprunté au _Mémorial de la librairie

française_ (2 juillet 1914, p. 418-419): «On connaît trois copies

manuscrites de _la Guirlande de Julie_, toutes datées de 1641. La

plus intéressante, sur vélin in-folio, appartient aujourd'hui à

Mme la duchesse d'Uzès. C'est le manuscrit définitif et complet

offert à la belle Julie. M. C. Gabillot vient d'en donner, dans

la _Gazette des beaux-arts_, l'analyse détaillée et des

reproductions. Il se compose de huit feuillets préliminaires,

portant les titres et la miniature qui représente la guirlande,

et de quatre-vingt-dix feuillets, dont chacun contient une des

vingt-neuf fleurs ou l'un des soixante et un madrigaux dont est

formée cette double guirlande, à la fois picturale et poétique.

Le texte est dû au plus fameux des calligraphes français, Nicolas

Jarry, écrivain et noteur de la musique du roi; il imita avec une

perfection incomparable les caractères d'imprimerie. On a soutenu

que les fleurs elles-mêmes étaient aussi l'œuvre de ce même

calligraphe; mais la main d'un botaniste et d'un peintre de

métier s'y reconnaît sans peine. Nicolas Robert, qui dessinait

des plantes pour les brodeurs, a exécuté les miniatures de la

«guirlande»; elles lui valurent une telle réputation que Gaston

d'Orléans le prit à son service dans ses jardins de Blois, et

qu'ensuite Louis XIV lui fit achever le recueil de dessins

commencé pour Monsieur. Montausier avait confié le soin de la

reliure à l'un des maîtres du temps, surnommé le Gascon, qui, de

son vrai nom, s'appelait sans doute Florimond Badier. C'est une

reliure doublée, en maroquin rouge du Levant, ornée sur les plats

et les gardes d'un semis de J. L., initiales de Julie. Après la

mort des Montausier, le manuscrit passa aux mains de leur fille,

la duchesse de Crussol d'Uzès, puis à Moreau, à Gaignières et à

l'abbé de Rothelin, qui en fit présent à M. de Boze. En 1784, il

figurait dans la vente du duc de La Vallière; la duchesse de

Châtillon le racheta, et, depuis cette époque, il n'est plus

sorti de la maison d'Uzès.

HENRIETTE DE LORRAINE, fille de Charles de Lorraine, comte

d'Harcourt, abbesse de Notre-Dame de Soissons (1592-1669)[115].

[115] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 120.

CHARLOTTE-MARGUERITE DE MONTMORENCY, princesse de Bourbon et de Condé,

mère du Grand Condé (1594-1650)[116].

[116] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p.

396;--et Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 113.

Mme SÉGUIER, Madeleine Fabri, femme du chancelier Pierre Séguier

(1597-1683).

Veuve en 1672, Mme Séguier conserva religieusement la magnifique

bibliothèque rassemblée par son défunt mari, et la rendit plus riche

et plus belle encore[117].

[117] Cf. ID., _ouvrage cité_, t. I, p. 200.

Autres bibliophiles:

MARIE D'ALBRET (XVIe siècle), femme de Charles de Clèves, comte de

Nevers, mort en 1521[118].

[118] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 383.

ÉLISABETH CRABBE, mère du grand anatomiste Vésale (XVIe siècle).

Vésale a toujours parlé de sa mère avec attendrissement et grand

éloge. Elle aimait les livres, et était parvenue à conserver la

bibliothèque de famille, les ouvrages de médecine du père et du

grand-père de Vésale, «au prix des plus grands sacrifices»[119].

[119] Cf. _la Chronique médicale_, 1er mai 1914, p. 262.

La COMTESSE DE FROULAY DE TESSÉ, Marie d'Escoubleau de Sourdis (XVIe

siècle)[120].

[120] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 162.

ANNE DE GRAVILLE (XVIe siècle), belle-mère d'Honoré d'Urfé

(1568-1625), auteur de _l'Astrée_, posséda un grand nombre de

manuscrits. En outre, elle arrangea, d'après un vieux roman en prose,

le poème d'Archita et Palamon, qui fit sa réputation[121].

[121] Cf. Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. II, p. 386.

La COMTESSE DE LA ROCHEFOUCAULD, Anne de Polignac (XVIe siècle)[122].

[122] Cf. Joannis GUIGARD, _ouvrage cité_, t. I, p. 170;--et

Ernest QUENTIN-BAUCHART, _ouvrage cité_, t. I, p. 59.

CLAUDE DE LA TOUR (XVIe siècle), fille aînée de François de la Tour,

vicomte de Turenne, mariée, en 1535, à Just de Tournon, comte de

Roussillon. Elle témoigna un grand courage au siège de Tournon,

qu'elle fit lever aux huguenots révoltés. Le roi Charles IX la donna

pour dame d'honneur à sa sœur Marguerite de Valois, reine de Navarre.

Il est longuement question d'elle et de ses filles dans les _Mémoires_

de cette princesse, dont elle partageait la passion pour les

lettres[123].

Les femmes et les livres · 第 3 / 13 段