VI.

Au lieu d'aller souper chez son actrice, Timothée rentra chez lui et se

mit à rêver. Lorsqu'il s'étendit sur son lit, aux premiers rayons

du jour, pour prendre le peu d'instants de repos nécessaire à son

organisation active, le plan de toute sa vie était déjà conçu et arrêté.

Timothée n'était pas, comme Abul, un homme simple et candide, un héros

de sincérité et de désintéressement. C'était un homme bien supérieur

à lui dans un sens, et peu inférieur dans l'autre, car ses mensonges

n'étaient jamais des perfidies, ses méfiances n'étaient jamais des

injustices. Il avait toute l'habileté qu'il faut pour être un scélérat,

moins l'envie et la volonté de l'être. Dans les occasions où sa finesse

et sa prudence étaient nécessaires pour opérer contre des fripons, il

leur montrait qu'on peut les surpasser dans leur art sans embrasser leur

profession. Ses actions portaient toutes un caractère de profondeur, de

prévoyance, de calcul et de persévérance. Il avait trompé bien souvent,

mais il n'avait jamais dupé; ses artifices avaient toujours tourné au

profit des bons contre les méchants. C'était là son principe, que tout

ce qui est nécessaire est juste, et que ce qui produit le bien ne peut

être le mal. C'est un principe de morale turque qui prouve le vide et la

folie de toute formule humaine, car les despotes ottomans s'en servent

pour faire couper la tête à leurs amis sur un simple soupçon, et

Timothée n'en faisait pas moins une excellente application à tous ses

actes. Quant à sa délicatesse personnelle, un mot suffisait pour la

prouver: c'est qu'il avait été employé par dix maîtres cent fois moins

habiles que lui, et qu'il n'avait pas amassé la plus petite pacotille à

leur service. C'était un garçon jovial, aimant la vie, dépensant le peu

qu'il gagnait, aussi incapable de prendre que de conserver, mais aimant

la fortune et la caressant en rêve comme une maîtresse qu'il est

très-difficile d'obtenir et très-glorieux de fixer.

Sa plus chère et sa plus légitime espérance dans la vie était de se

trouver un jour assez riche pour s'établir en Italie ou en France, et

pour être affranchi de toute domination. Il avait pourtant une vive et

sincère affection pour Abul, son excellent maître. Quand il faisait des

tours d'adresse à ce crédule patron (et c'était toujours pour le servir,

car Abul se fût ruiné en un jour s'il eût été livré à ses propres idées

dans la conduite des affaires); quand, dis-je, il le trompait pour

l'enrichir, c'était sans jamais avoir l'idée de se moquer de lui, car il

l'estimait profondément, et ce qui était à ses yeux de la stupidité chez

ses autres maîtres devenait de la grandeur chez Abul.

Malgré cet attachement, il désirait se reposer de cette vie de travail,

ou au moins en jouir par lui-même, et ne plus user ses facultés au

service d'autrui. Une grande opération l'eût enrichi s'il eût eu

beaucoup d'argent; mais, n'en ayant, pas assez, il n'en voulait pas

faire de petites, et surtout il repoussait avec un froid et silencieux

mépris les insinuations de ceux qui voulaient l'intéresser aux leurs aux

dépens d'Abul-Amet. M. Spada n'y avait pas manqué; mais, comme Timothée

n'avait pas voulu comprendre, le digne marchand de soieries se flattait

d'avoir été assez habile en échouant pour ne pas se trahir.

Un mariage avantageux était la principale utopie de Timothée. Il

n'imaginait rien de plus beau que de conquérir son existence, non sur

des sots et des lâches, mais sur le coeur d'une femme d'esprit. Mais,

comme il ne voulait pas vendre son honneur à une vieille et laide

créature, comme il avait l'ambition d'être heureux en même temps que

riche, et qu'il voulait la rencontrer et la conquérir jeune, belle,

aimable et spirituelle, on pense bien qu'il ne trouvait pas souvent

l'occasion d'espérer. Cette fois enfin, il l'avait touchée du doigt,

cette espérance. Depuis longtemps il essayait d'attirer l'attention de

Mattea, et il avait réussi à lui inspirer de l'estime et de l'amitié. La

découverte de son amour pour Abul l'avait bouleversé un instant; mais,

en y réfléchissant, il avait compris combien peu de crainte devait lui

inspirer cet amour fantasque, rêve d'un enfant en colère qui veut fuir

ses pédagogues, et qui parle d'aller dans l'île des Fées. Un instant

aussi il avait failli renoncer à son entreprise, non plus par

découragement, mais par dégoût; car il voulait aimer Mattea en la

possédant, et il avait craint de trouver en elle une effrontée. Mais

il avait reconnu que la conduite de cette jeune fille n'était que de

l'extravagance, et il se sentait assez supérieur à elle pour l'en

corriger en faisant le bonheur de tous deux. Elle avait le temps de

grandir, et Timothée ne désirait ni espérait l'obtenir avant quelques

années. Il fallait commencer par détruire un amour dans son coeur avant

de pouvoir y établir le sien. Timothée sentit que le plus sûr moyen

qu'un homme puisse employer pour se faite haïr, c'est de combattre un

rival préféré et de s'offrir à la place. Il résolut, au contraire, de

favoriser en apparence le sentiment de Mattea, tout en le détruisant par

le fait sans qu'elle s'en aperçut. Pour cela, il n'était pas besoin de

nier les vertus d'Abul, Timothée ne l'eût pas voulu; mais il pouvait

faire ressortir l'impuissance de ce coeur musulman pour un amour de

femme, sans porter la moindre atteinte de regret à l'amateur éclairé qui

trouvait la matrone Loredana plus belle que sa fille.

La princesse Veneranda fut dérangée au milieu de son précieux sommeil

par l'arrivée de Mattea à une heure indue. Il n'est guère d'heures

indues à Venise; mais en tout pays il en est pour une femme qui

subordonne toutes ses habitudes à l'importante affaire de se maintenir

le teint frais. Comme pour ajouter au bienfait de ses longues nuits de

repos, elle se servait d'un enduit cosmétique dont elle avait acheté la

recette à prix d'or à un sorcier arabe, elle fut assez troublée de cet

événement, et s'essuya à la hâte pour ne point faire soupçonner qu'elle

eût besoin de recourir à l'art. Quand elle eut écouté la plainte de

Mattea, elle eut bien envie de la gronder, car elle ne comprenait rien

aux idées exaltées; mais elle n'osa le faire, dans la crainte d'agir

comme une vieille et de paraître telle à sa filleule et à elle-même:

Grâce à cette crainte, Mattea eut la consolation de lui entendre dire:

«Je te plains, ma chère amie; je sais ce que c'est que la vivacité des

jeunes têtes; je suis encore bien peu sage moi-même, et entre femmes on

se doit de l'indulgence. Puisque tu viens à moi, je me conduirai avec

toi comme une véritable soeur et te garderai quelques jours, jusqu'à ce

que la fureur de ta mère, qui est un peu trop dure; je le sais, soit

passée. En attendant, couche-toi sur le lit de repos qui est dans mon

cabinet, et je vais envoyer chez tes parents afin qu'en s'apercevant de

ta fuite ils ne soient pas en peine.

Le lendemain M. Spada vint remercier la princesse de l'hospitalité

qu'elle voulait bien donner à une malheureuse folle. Il parla assez

sévèrement à sa fille. Néanmoins il examina avec une anxiété qu'il

s'efforçait vainement de cacher la blessure qu'elle avait au front.

Quand il eut reconnu que c'était peu de chose, il pria la princesse de

l'écouter un instant en particulier; et, quand il fut seul avec elle,

il tira de sa poche la boîte de cristal de roche qu'Abul avait donnée

à Mattea. «Voici, dit-il, un bijou et une drogue que cette pauvre

infortunée a laissés tomber de son sein pendant que sa mère la frappait.

Elle ne peut l'avoir reçue que du Turc ou de son serviteur. Votre

Excellence m'a parlé d'amulettes et de philtres: ceci ne serait-il point

quelque poison analogue, propre à séduire et à perdre les filles?

--Par les clous de la sainte croix, s'écria Veneranda, cela doit être!».

Mais quand elle eut ouvert la boite et examiné les pastilles: «Il me

semble, dit-elle, que c'est de la gomme de lentisque, que nous appelons

mastic dans notre pays. En effet, c'est même de la première qualité, du

véritable skinos. Néanmoins il faut essayer d'en tremper un grain dans

de l'eau bénite, et nous verrons s'il résistera à l'épreuve.»

L'expérience ayant été faite, à la grande gloire des pastilles, qui ne

produisirent pas la plus petite détonation et ne répandirent aucune

odeur de soufre, Veneranda rendit la boite à M. Spada, qui se retira en

la remerciant et, en la suppliant d'emmener au plus vite sa fille loin

de Venise.

Cette résolution lui coûtait beaucoup à prendre; car avec elle il

perdait l'espoir de la soie blanche et il retrouvait la crainte d'avoir

à payer ses deux mille _doges_. C'est ainsi que, suivant une vieille

tradition, il appelait ses sequins, parce que leur effigie représente

le doge de Venise à genoux devant saint Marc. _Doze a Zinocchion_ est

encore pour le peuple synonyme de sequins de la république. Cette

monnaie, qui mériterait par son ancienneté de trouver place dans les

musées et dans les cabinets, a encore cours à Venise, et les Orientaux

la reçoivent de préférence à toute autre, parce qu'elle est d'un or

très-pur.

Néanmoins Abul-Amet, à sa prière, se montra d'autant plus miséricordieux

qu'il n'avait jamais songé à le rançonner; mais, comme le vieux fourbe

avait voulu couper l'herbe sous le pied à son généreux créancier en

s'emparant de la soie blanche en secret, Timothée trouva que c'était

justice de faire faire cette acquisition à son maître sans y associer M.

Spada. Assem, l'armateur smyrniote, s'en trouva bien; car Abul lui en

donna mille sequins de plus qu'il n'en espérait, et M. Spada reprocha

souvent à sa femme de lui avoir fait par sa fureur un tort irréparable;

mais il se taisait bien vite lorsque la virago, pour toute réponse,

serrait le poing d'un air expressif, et il se consolait un peu de ses

angoisses de tout genre avec l'assurance de ne payer ses chers et

précieux doges, ses _dattes succulentes_, comme il les appelait, qu'à la

fin de l'année.

Veneranda et Mattea quittèrent Venise; mais cette prétendue retraite,

où la captive devait être soustraite au voisinage de l'ennemi, n'était

autre que la jolie île de Torcello, où la princesse avait une charmante

villa et où l'on pouvait venir dîner en partant de Venise en gondole

après la sieste. Il ne fut pas difficile à Timothée de s'y rendre entre

onze heures et minuit sur la _barchetta_ d'un pêcheur d'huîtres.

Mattea était assise avec sa marraine sur une terrasse couverte de

sycomores et d'aloès, d'où ses grands yeux rêveurs contemplaient

tristement le lever de la lune, qui argentait les flots paisibles et

semait d'écailles d'argent le noir manteau de l'Adriatique. Rien ne

peut donner l'idée de la beauté du ciel dans cette partie du monde; et

quiconque n'a pas rêvé seul le soir dans une barque au milieu de cette

mer, lorsqu'elle est plus limpide et plus calme qu'un beau lac, ne

connaît pas la volupté. Ce spectacle dédommageait un peu la sérieuse

Mattea des niaiseries insipides dont l'entretenait une vieille fille

coquette et bornée.

Tout à coup il sembla que le vent apportait les notes grêles et coupées

d'une mélodie lointaine. La musique n'était pas chose rare sur les eaux

de Venise; mais Mattea crut reconnaître des sons qu'elle avait déjà

entendus. Une barque se montrait au loin, semblable à une imperceptible

tache noire sur un immense voile d'argent. Elle s'approcha peu à peu, et

les sons de la guitare de Timothée devinrent plus distincts. Enfin la

barque s'arrêta à quelque distance de la ville, et une voix chanta une

romance amoureuse où le nom de Veneranda revenait à chaque refrain au

milieu des plus emphatiques métaphores. Il y avait si longtemps que la

pauvre princesse n'avait plus d'aventures qu'elle ne fut pas difficile

sur la poésie de cette romance. Elle en parla toute la soirée et tout le

lendemain avec des minauderies charmantes et en ajoutant tout haut, pour

moralité à ses doux commentaires, de grandes exclamations sur le malheur

des femmes qui ne pouvaient échapper aux inconvénients de leur beauté et

qui n'étaient en sûreté nulle part. Le lendemain Timothée vint chanter

plus près encore une romance encore plus absurde, qui fut trouvée non

moins belle que l'autre. Le jour suivant il fit parvenir un billet, et

le quatrième jour il s'introduisit en personne dans le jardin, bien

certain que la princesse avait fait mettre les chiens à l'attache et

qu'elle avait envoyé coucher tous ses gens. Ce n'est pas qu'aux temps

les plus florissants de sa vie elle n'eût été galante. Elle n'avait

jamais eu ni une vertu ni un vice; mais tout homme qui se présentait

chez elle avec l'adulation sur les lèvres était sûr d'être accueilli

avec reconnaissance. Timothée avait pris de bonnes informations, et il

se précipita aux pieds de la douairière dans un moment où elle était

seule, et, sans s'effrayer de l'évanouissement qu'elle ne manqua pas

d'avoir, il lui débita une si belle tirade qu'elle s'adoucit; et, pour

lui sauver la vie (car il ne fit pas les choses à demi, et, comme tout

galant eût fait à sa place, il menaça de se tuer devant elle), elle

consentit à le laisser venir de temps en temps baiser le bas de sa robe.

Seulement, comme elle tenait à ne pas donner un mauvais exemple à sa

filleule, elle recommanda bien à son humble esclave de ne pas s'avouer

pour le chanteur de romances et de se présenter dans la maison comme un

parent qui arrivait de Morée.

Mattea fut bien surprise le lendemain à table lorsque ce prétendu neveu,

annoncé le matin par sa marraine, parut sous les traits de Timothée;

mais elle se garda bien de le reconnaître, et ce ne fut qu'au bout de

quelques jours qu'elle se hasarda à lui parler. Elle apprit de lui, à

la dérobée, qu'Abul, occupé de ses soieries et de sa teinture, ne

retournerait guère dans son île qu'au bout d'un mois. Cette nouvelle

affligea Mattea, non-seulement parce qu'elle lui inspirait la

crainte d'être forcée de retourner chez sa mère, d'où il lui serait

très-difficile désormais de s'échapper, mais parce qu'elle lui ôtait le

peu d'espérance qu'elle conservait d'avoir fait quelque impression sur

le coeur d'Abul. Cette indifférence de son sort, cette préférence donnée

sur elle à des intérêts commerciaux, c'était un coup de poignard enfoncé

peut-être dans son amour-propre encore plus que dans son coeur; car nous

avouons qu'il nous est très-difficile de croire que son coeur jouât un

rôle réel dans ce roman de grande passion. Néanmoins, comme ce coeur

était noble, la mortification de l'orgueil blessé y produisit de la

douleur et de la honte sans aucun mélange d'ingratitude ou de dépit;

elle ne cessa pas de parler d'Abul avec vénération et de penser à lui

avec une sorte d'enthousiasme.

Timothée devint, en moins d'une semaine, le sigisbé en titre de

Veneranda. Rien n'était plus agréable pour elle que de trouver, à son

âge, un tout jeune et assez joli garçon, plein d'esprit, et jouant

merveilleusement de la guitare, qui voulût bien porter son éventail,

ramasser son bouquet, lui dire des impertinences et lui écrire des

bouts-rimés. Il avait soin de ne jamais venir à Torcello qu'après s'être

bien assuré que M. et madame Spada étaient occupés en ville et ne

viendraient pas le surprendre aux pieds de sa princesse, qui ne le

connaissait que sous le nom du prince Zacharias Kalasi.

Durant les longues soirées, le sans-gêne de la campagne permettait à

Timothée d'entretenir Mattea, d'autant plus qu'il venait souvent des

visites, et que dame Gica, par soin de sa réputation, prescrivait à son

cavalier servant de l'attendre au jardin tandis qu'elle serait au salon;

et pendant ce temps, comme elle ne craignait rien au monde plus que de

le perdre, elle recommandait à sa filleule de lui tenir compagnie, sûre

que ses charmes de quatorze ans ne pouvaient entrer en lutte avec les

siens. Le jeune Grec en profita, non pour parler de ses prétentions, il

s'en garda bien, mais pour l'éclairer sur le véritable caractère d'Abul,

qui n'était rien moins qu'un galant paladin, et qui, malgré sa douceur

et sa bonté naturelles, faisait jeter une femme adultère dans un puits,

ni plus ni moins que si c'eût été un chat. Il lui peignit en même

temps les moeurs des Turcs, l'intérieur des harems, l'impossibilité

d'enfreindre leurs lois qui faisaient de la femme une marchandise

appartenant à l'homme, et jamais une compagne ou une amie. Il lui porta

le dernier coup en lui apprenant qu'Abul, outre vingt femmes dans son

harem, avait une femme légitime dont les enfants étaient élevés avec

plus de soin que ceux des autres, et qu'il aimait autant qu'un Turc peut

aimer une femme, c'est-à-dire un peu plus que sa pipe et un peu moins

que son cheval. Il engagea beaucoup Mattea à ne pas se placer sous la

domination de cette femme, qui, dans un accès de jalousie, pourrait bien

la faire étrangler par ses eunuques. Comme il lui disait toutes ces

choses par manière de conversation, et sans paraître lui donner des

avertissements dont elle se fût peut-être méfiée, elles faisaient une

profonde impression sur son esprit et la réveillaient comme d'un rêve.

En même temps il eut soin de lui dire tout ce qui pouvait lui donner

l'envie d'aller à Scio, pour y jouir, dans les ateliers qu'il dirigeait,

d'une liberté entière et d'un sort paisible. Il lui dit qu'elle

trouverait à y exercer les talents quelle avait acquis dans la

profession de son père, ce qui l'affranchirait de toute obligation qui

pût faire rougir sa fierté auprès d'Abul. Enfin il lui fit une si

riante peinture du pays, de sa fertilité, de ses productions rares, des

plaisirs du voyage, du charme qu'on éprouve à se sentir le maître et

l'artisan de sa destinée, que sa tête ardente et son caractère fort et

aventureux embrassèrent l'avenir sous cette nouvelle face. Timothée eut

soin aussi de ne pas détruire tout à fait son amour romanesque, qui

était le plus sûr garant de son départ, et dont il ne se flattait pas

vainement de triompher. Il lui laissa un peu d'espoir, en lui disant

qu'Abul venait souvent dans les ateliers et qu'il y était adoré. Elle

pensa qu'elle aurait au moins la douceur de le voir; et quant à lui, il

connaissait trop la parole de son maître pour s'inquiéter des suites de

ces entrevues. Quand tout ce travail que Timothee avait entrepris de

faire dans l'esprit de Mattea eut porté les fruits qu'il en attendait,

il pressa son maître de mettre à la voile, et Abul, qui ne faisait rien

que par lui, y consentit sans peine. Au milieu de la nuit, une barque

vint prendre la fugitive à Torcello et la conduisit droit au canal

des Marane, où elle s'amarra à un des pieux qui bordent ce chemin des

navires au travers des bas-fonds. Lorsque le brigantin passa, Abul

tendit lui-même une corde à Timothee, car il eût emmené trente femmes

plutôt que de laisser ce serviteur fidèle, et la belle Mattea fut

installée dans la plus belle chambre du navire.

Mattea · 第 9 / 11 题