Où souvent nous estudirons;
Vins, mangers de plusieurs manieres,
Galerons, sans faire prieres,
Et de dormir ne nous faindrons.
Puisque, etc.
CHANCON.
Les fourriers d'Amours m'ont logé
En ung lieu bien à ma plaisance,
Dont les mercy de ma puissance,
Et m'en tiens à eulx obligé.
Afin que tost soit abregé
Le mal qui me porte grevance,
Les fourriers, etc.
En ung lieu, etc.
Desja je me sens alegé,
Car acointié m'a Esperance,
Et croy qu'amoureux n'a en France
Qui soit mieulx que moy hebergé.
Les fourriers, etc.
CHANCON.
Penser, qui te fait si hardy,
De mectre en ton hostellerie
La tres diverse compaignie
D'Ennuy, Desplaisir et Soussy.
Se congié en as, si le dy,
Ou se le fais par ta folie.
Penser, qui, etc.
De mectre, etc.
Nul ne repose pour leur cry,
Boute les hors, et je t'en prie,
Ou il faut qu'on y remedie;
Veulx tu estre à tous ennemy?
Penser, qui, etc.
CHANCON.
Dont vient ce souleil de plaisance
Qui ainsi m'esbluyst les yeulx?
Beaulté, doulceur, et encor mieulx
Y sont à trop grant habondance;
Soudainement luyst par semblance,
Comme un escler venant des cieulx.
Dont vient, etc.
Qui ainsi, etc.
Il fait perdre la contenance
A toutes gens, jeunes et vieulx;
N'il n'est eclipse, se m'aist Dieux,
Qui de l'obscurcir ait puissance.
Dont vient, etc.
CHANCON.
(Fraigne.)
Et où vas tu? petit souspir,
Que j'ay ouy si doulcement;
T'en vas tu mectre à saquement
Quelque povre amoureux martir?
Viens ca, dy moy tost, sans mentir,
Ce que tu as en pensement.
Et où vas tu, etc.
Que j'ay, etc.
Dieu te conduye à ton désir,
Et te remaine à sauvement;
Mais je te requier humblement
Que ne faces ame mourir.
Et où vas tu, etc.
CHANCON.
Laissez moy penser à mon aise,
Helas! donnez m'en le loisir,
Je devise avecques Plaisir,
Combien que ma bouche se taise.
Quant merencolie mauvaise
Me vient maintes foiz assaillir,
Laissez moy, etc.
Helas! donnez, etc.
Car affin que mon cueur rapaise,
J'appelle plaisant souvenir,
Qui tantost me vient resjouir;
Pour ce, pour Dieu, ne vous desplaise.
Laissez moy, etc.
CHANCON.
As tu ja fait? petit souspir,
Est il sur son trespassement?
Le cueur qu'as mis à saquement;
A il remede de guerir?
Tu as mal fait de le ferir
En haste, si piteusement.
As tu ja, etc.
Est il sur, etc.
Amours qui t'en doit bien pugnir,
A fait de toy son jugement;
Pren franchise hastivement,
Sauve toy, quant tu as loisir.
As tu ja, etc.
CHANCON.
Levez ces cuevrechiefz plus hault
Qui trop cuevrent ces beaulx visaiges;
De riens ne servent telz umbraiges,
Quant il ne fait hale, ne chault.
On fait à beaulté qui tant vault,
De la musser, tort et oultraiges:
Levez ces, etc.
Qui trop, etc.
Je scay bien qu'à Dangier n'en chault,
Et pense qu'il ait donné gaiges,
Pour entretenir telz usaiges;
Mais l'ordonnance rompre fault.
Levez ces, etc.
CHANCON.
Deux ou trois couples d'ennuys
J'ay tousjours en ma maison,
Desencombrer ne m'en puis,
Quoyqu'à mon povoir les fuis,
Par le conseil de raison.
Deux ou trois, etc.
Je les chasse d'où je suis,
Mais en chascune saison,
Ilz rentrent par un autre huis.
Deux ou trois, etc.
CHANCON.
Entre les amoureux fourrez,
Non pas entre les decoppez,
Suis, car le temps sans refroidy,
Et le cueur de moy l'est aussi;
Tel me veez, tel me prenez.
Jeunes gens qui Amours servez,
Pour Dieu, de moy ne vous mocquez,
Il est ainsi que je vous dy.
Entre les, etc.
Non pas, etc.
Car, quant Amours servy aurez
Autant que j'ay, vous devendrez
Pareillement en mon party;
Et quant vous trouverez ainsy,
Comme je suis, lors vous serez.
Entre les, etc.
CAROLE.
Las! Merencolie,
Me tendrez vous longuement,
Es maulx dont j'ay plus de cent,
Sans pensée lie.
Je l'ay souffert main et soir,
Loingtain de joyeulx confort;
Mais nul bien n'en puis avoir,
Dont mon cueur est presque mort.
Au moins, je vous en prie,
Que me laissiez seulement,
Aucun peu d'alegement,
Sans m'oster la vie
Las! etc.
Esperance d'avoir mieulx
Dist qu'elle me veult aidier;
Mais tousjours maugracieux
Je trouve le faulx Dangier,
Qui tant me guerrie.
Si, vous requier humblement,
Qu'en ce douloureux tourment
Ne me laissiez mie,
Las! Merencolie.
CAROLE.
Avancez vous, Esperance,
Venez mon cueur conforter,
Car il ne peut plus porter
Sa tres greveuse penance.
Pieca, Joyeuse pensée
S'esbatoit avecques lui,
Mais elle s'en est alée,
Tant a pourchassié Ennuy.
Se vous n'avez la puissance
De tout son mal lui oster,
Plaise vous à alegier
Au moins un peu sa grevance.
Avancez, etc.
Vous lui avez fait promesse
De le venir secourir,
Et de lui tollir tristesse,
Mais trop le faictes languir.
Ayez de lui souvenance,
Et le venez deslogier
De la prison de Dangier,
Où il meurt en desplaisance,
Avancez, etc.
CAROLE.
M'avez vous point mis en oubly?
Par Dieu, je double fort, oy,
Ma seule maistresse et ma joye;
Non pourtant, quelque part que soye,
Je m'actens à vostre mercy.
Espoir m'a dit que Leauté
Vous fera souvenir de moy,
Car vostre bonne voulenté
Ne peult faillir, comme je croy.
Quant est à moy, je vous supply,
Pensez que l'amoureux party,
Que j'ay prins, changier ne pourroye;
Certes avant mourir vouldroye,
Je vous prometz qu'il est ainsi.
M'avez vous, etc.
Amour a tort, ce m'est advis,
Qu'il ne fait aux dames sentir
Les maulx, où leurs servans sont mis,
Pour les tres loyaument servir.
Pour vous, ma Dame, je le dy,
Car se vous saviez le soussy,
Qu'Amours, pour vous servir, m'envoye,
Vous diriez bien que j'auroye,
De droit, gaingné le don d'amy.
M'avez vous, etc.
RONDEL.
Et ne cesserez vous jamais?
Tousjours est à recommencer;
C'est folie d'y plus penser,
Ne s'en soussier desormais.
Plus avant j'en diroye, mais
Rien n'y vault flater, ne tanser.
Et ne cesserez, etc.
Tousjours, etc.
Passez a plusieurs moys des Mays
Qu'Amour vous vouldrent avanser;
Mal les voulez recompenser,
En servant de telz entremais.
Et ne cesserez vous, etc.
RONDEL.
(Orleans à Nevers.)
Pour paier vostre belle chiere,
Laissez en gaige vostre cueur,
Nous le garderons en doulceur
Tant que vous retournez arriere.
Contentez, car c'est la maniere,
Vostre hostesse pour vostre honneur.
Pour paier, etc.
Laissez en, etc.
Et se voiez nostre priere
Estre trop plaine de rigueur,
Changons de cueur, c'est le meilleur,
De voulenté bonne et entiere.
Pour paier, etc.
RONDEL.
(Responce de Nevers.)
Mon tres bon hoste, et ma tres doulce hostesse,
Tres humblement et plus vous remercie
Des biens, honneurs, bonté et courtoisie,
Que m'avez faiz tous deux, par vostre humblesse.
Aussi fais je de vostre grant largesse
Et tres soingneuse et bonne compaignie.
Mon tres bon hoste, etc.
Tres humblement, etc.
Mon povre cueur pour paiement vous laisse,
Prenez en gré, et je vous supplie,
Et oultre plus, tant que je puis vous prie,
Que m'octroyez estre maistre et maistresse.
Mon tres bon, etc.
RONDEL.
Qu'il ne le me font,
Pour veoir que feroye,
Et se je sauroye
Leur donner le bont.
Puisque telz ilz sont
Affin qu'on les voye
Qu'il ne, etc.
Pour veoir, etc.
Droit à droit respont,
Paier les vouldroye
De telle monnoye
Qu'il desserviront.
Qu'il ne, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
A ce jour de saint Valentin,
Que chascun doit choisir son per,
Amours, demourray je non per?
Sans partir à vostre butin.
A mon resveillier au matin,
Je n'y ai cessé de penser,
A ce jour, etc.
Que chascun, etc.
Mais Nonchaloir, mon medicin,
M'est venu le pousse taster,
Qui ma conseillié reposer,
Et rendormir sur mon coussin.
A ce jour, etc.
RONDEL.
J'ay esté Poursuivant d'Amours,
Mais maintenant je suis Herault;
Monter me fault en l'eschaffault,
Pour jugier des amoureux tours.
Quant je verray riens à rebours
Dieu scet se je crieray bien hault.
J'ay esté, etc.
Mais, etc.
Et s'amans vont faisant les lours,
Tantost congnoistray leur deffault;
Ja devant moy, clochier ne fault,
D'amer scay par cueur le droit cours.
J'ay esté, etc.
RONDEL.
(Secile.)
Apres une seule exceptée,
Je vous servirai ceste année,
Ma doulce Valentine gente,
Puisqu'Amours veult que m'y consente,
Et que telle est ma destinée.
De moy, pour autre habandonnée
Ne serez; mais si fort amée
Qu'en devrez bien estre contente.
Apres une seule, etc.
Je vous, etc.
Or me soit par vous ordonnée,
S'il vous plaist, à ceste journée,
Vo voulenté doulce et plaisante;
Car à la faire me presente
Plus que pour Dame qui soit née.
Apres une seule, etc.
RONDEL.
Je suis desja d'amour tanné,
Ma tres doulce Valentinée,
Car pour moi fustes trop tart née,
Et moy pour vous fus trop tost né.
Dieu lui pardoint qui estrené
M'a de vous, pour toute l'année.
Je suis desja, etc.
Ma tres doulce, etc.
Bien m'estoye suspeconné,
Qu'auroye telle destinée,
Ains que passast ceste journée,
Combien qu'Amours l'eust ordonné.
Je suis desja, etc.
RONDEL.
(Orléans.)
Soubz parler couvert
D'estrange devise,
Monstrez qu'avez prise
Douleur; il y pert.
Du tout en desert,
N'est pas vostre emprise.
Soubz parler, etc.
D'estrange, etc.
Se Confort ouvert
N'est à vostre guise,
Tost, s'Amour s'avise,
Sera recouvert.
Soubz parler, etc.
RONDEL.
Laissez aler ces gorgias,
Chascun yver, à la pippée;
Vous verrez comme la gelée
Reverdira leurs estomas.
Dieu scet s'ilz auront froit aux bras.
Par leur manche deschiquetée.
Laissez aler, etc.
Il portent petiz soulers gras,
A une poulaine embourrée,
Froidure fera son entrée,
Par leurs talons nuz par en bas.
Laisser aler, etc.
RONDEL.
Les en voulez vous garder
Ces rivieres de courir,
Et grues prendre et tenir,
Quant hault les veez voler.
A telles choses muser,
Voit on folz souver servir.
Les en voulez, etc.
Ces rivieres, etc.
Laissez le temps tel passer
Que Fortune veult souffrir,
Et les choses avenir
Que l'en ne scet destourber.
Les en voulez, etc.
RONDEL.
Veu que j'ay tant Amour servy,
Ne suis je pas mal guerdonné,
Du plaisir qu'il m'avoit donné,
Sans cause m'a tost desservy.
Mon cueur loyaument son serf vy,
Mais à tort l'a abandonné.
Veu que j'ay, etc.
Ne suis, etc.
Plus ne lui sera asservy;
Pour Dieu, qu'il me soit pardonné,
Je croy que suis à ce don né,
D'avoir mal pour bien desservy.
Veu que j'ay, etc.
RONDEL.
(Secile.)
Pourtant se vous plaignez d'Amours,
Il n'est pas temps de vous retraire,
Car encore il vous pourra faire
Tel bien, que perdrez vos dolours.
Vous congnoissez assez ses tours,
Je ne dy pas pour vous desplaire.
Pourtant, etc.
Il n'est, etc.
Ayez fiance en lui tousjours,
Et mectez paine de lui plaire;
Combien que mieulx me vaulsit taire,
Car vous pensez tout le rebours.
Pourtant, etc.
RONDEL.
Se vous estiez comme moy,
Las! vous vous devriez bien plaindre;
Car de tous mes maulx le maindre
Est plus grant que vostre ennoy.
Bien vous pourrez, sur ma foy,
D'Amours alors vous complaindre;
Se vous estiez, etc.
Las! vous, etc.
Car si tres dolent me voy,
Que plus la mort ne veuil craindre;
Touteffoiz, il me faut faindre;
Aussi feriez vous, se croy,
Se vous estiez, etc.
RONDEL.
(Responce par Orléans.)
Chascune vieille son dueil plaint;
Vous cuidez que vostre mal passe
Tout autre; mais ja ne parlasse
Du mien, se n'y feusse contraint.
Saichiez de voir qu'il n'est pas faint,
Le tourment que mon cueur enlasse.
Chascune vieille, etc.
Vous cuidez, etc.
Ma peine pers comme fait maint,
Et contre Fortune je chasse;
Desespoir de pis me menasse,
Je sens où mon pourpoint m'estraint.
Chascune vieille, etc.
RONDEL.
(Secile.)
Bien deffendu, bien assailly,
Chascun dit qu'il a grant dolours,
Mais, au fort, je veuil croire Amours
Par qui le debat est sailly;
Affin que qui aura failly,
N'aye jamais de lui secours.
Bien deffendu, etc.
Chascun dit, etc.
Car se j'ay en riens deffailly
De compter mon mal puis deux jours,
Banny vueil estre de ses cours,
Com un hom lasche et failly.
Bien deffendu, etc.
RONDEL.
(Responce par Orléans.)
Bien assailly, bien deffendu;
Quant assez aurons debatu,
Il faut assembler noz raisons,
Et que les fons voler faisons
Du debat nouvel advenu.
Tres fort vous avez combatu,
Et j'ay mon billart bien tenu;
C'est beau debat que de deux bons.
Bien assailly, etc.
Quant assez, etc.
Vray est qu'estes d'Amour feru,
Et en ses fers estroit tenu;
Mais moy non, ainsi l'entendons;
Il a passé maintes saisons,
Que me suis aux armes rendu.
Bien assailly, etc.
RONDEL.
(Secile.)
Si dolant je me trouve à part
De laisser ce dont mon bien part;
C'est celle en qui n'a que redire,
Que ne fus oncques si plain d'ire,
Ou jamais Dieu n'ait en moy part.
Car, quant je pense en mon depart,
Et qu'aler me fault autre part,
Je ne scay plus que je dois dire.
Si dolant, etc.
De laisser, etc.
Fortune, qui les lotz depart,
M'a baillé ce dueil pour ma part,
Qu'est pis qu'on ne seroit redire;
Et si ne lui puis contredire,
Dont a peu que mon cueur n'en part.
Si dolant, etc.
CHANCON.
(Orléans.)
Durant les treves d'Angleterre
Qui ont esté faictes à Tours,
Par bon conseil avec Amours,
J'ay prins abstinence de guerre;
S'autre que moy ne la desserre,
Content suis que tiengne tousjours.
Durant les, etc.
Qui ont, etc.
Il n'est pas bon de trop enquerre,
Ne s'empechier es faiz des cours;
S'on m'assault, pour avoir secours,
Vers Nonchaloir iray grant erre.
Durant les, etc.
RONDEL.
Vous vistes que je le veoye
Ce que je ne vueil descouvrir,
Et congnustes, à l'ueil ouvrir,
Plus avant que je ne vouloye.
L'ueil d'embusche saillit en voye,
De soy retraire n'eut loisir.
Vous vistes, etc.
Ce que je ne, etc.
Trop est saige qui ne foloye,
Quant on est es mains de Plaisir,
Qui lors vint vostre cueur saisir,
Et fist comme pieca souloye.
Vous vistes, etc.
RONDEL.
(Fredet.)
Jusques Pasques soient passées,
Donnez trieves à mes pensées,
Je vous pri tant que je puis, Amours;
Car c'est bien droit qu'à ces bons jours
En paix de vous soient laissées.
Assez voz gens les ont lassées,
Et pour ceste foiz couroussées,
Allez ailleurs faire vos tours.
Jusques Pasques, etc.
Donnez trieves, etc.
Pour plus donc n'estre d'eulx pressees,
Qui tant les ont fort menassées,
Faictes les crier par voz cours,
Et leur deffendez bien tousjours,
Que par eulx ne soient cassées.
Jusques Pasques, etc.
RONDEL.
(Responce par Orléans)
Tant que Pasques soient passées,
Sans resveiller le chat qui dort,
Fredet, je suis de vostre accors,
Que pensées soient cassées,
Et en aumaires entassées,
Fermans à clef tres bien et fort.
Tant que Pasques, etc.
Sans resveiller, etc.
Quand aux miennes, ilz sont lassées,
Mais de les garder, mon effort
Feray, par l'avis de Confort,
En fardeaulx d'espoir amassées.
Tant que Pasques, etc.
CHANCON.
La veez vous là, la lyme sourde,
Qui pense plus qu'elle ne dit,
Souventeffoiz s'esbat et rit
A planter une gente bourde;
Contrefaisant la coquelourde,
Soubz un malicieux abit.
La veez vous, etc.
Qui pense, etc.
Quelle part que malice sourde,
Tost congnoist s'il y a prouffit;
Benoist en soit le saint Esprit,
Qui de si finete me hourde.
La veez vous me, etc.
RONDEL.
Beaulté, gardez vous de mes yeulx,
Car ilz vous viennent assaillir;
S'ilz vous povoient conquerir,
Ilz ne demanderoyent mieulx.
Vous estes seule soubz les cieulx
Le tresor de parfait plaisir.
Beaulté, etc.
Car ilz vous, etc.
Congneuz les ay jeunes et vieulx,
Qu'il ne leur chauldroit de morir,
Mais qu'eussent de vous leur desir,
Je vous avise qu'ilz sont tieulx.
Beaulté, etc.
CHANCON.
Helas! et qui ne l'aymeroit?
De Bourbon le droit heritier,
Qui a l'estomac de papier,
Et aura la goute de droit;
Se Lymosin ne lui aidoit,
Il mourroit, tesmoing Villequier.
Helas! et qui, etc.
De Bourbon, etc.
Jamais plus hault ne sailliroit,
S'elle lui monstroit ung dangier;
Et pour ce, Fayete et Gouffier,
Aidiez chascun en vostre endroit.
Helas! et qui, etc.
RONDEL.
Bien viengne doulx regart qui rit,
Quelque bonne nouvelle porte,
Dont Dangier fort se desconforte,
Et de courroux en douleur frit.
Ne peut chaloir de son despit,
Ne de ceulx qui sont de sa sorte.
Bien viengne, etc.
Quelque, etc.
Dangier dist: baille par escript,
Et qu'il n'entre point en la porte;
Mais Amour, comme la plus forte,
Veult qu'il entre sans contredit.
Bien viengne, etc.
CHANCON.
Dieu vous envoye pascience,
Gentil conte Cleremondois,
Vous congnoissez, à ceste foiz,
Qu'est d'amoureuse penitence;
Puisqu'estes hors de la presence,
De celle que bien je congnois.
Dieu vous, etc.
Gentil conte, etc.
Vouer vous povez aliance
A la riche, comme je crois,
Ne vous trouverez de ce mois,
Las! trop estes loing d'alegance.
Dieu vous, etc.
RONDEL.
En la promesse d'Esperance
Où j'ay temps perdu et usé,
J'ay souvent conseil reffusé,
Qui me povoit donner plaisance.
Las! ne suis le premier de France
Qui sotement s'est abusé,
En la promesse, etc.
Où j'ay temps, etc.
Et, de ma nysse gouvernance,
Devant Raison j'ay accusé
Mon cueur; mais il s'est excuse,
Disant que deceu l'a Fiance
En la promesse, etc.
CHANCON.
Sauves toutes bonnes raisons,
Mieulx vault mentir, pour paix avoir,
Qu'estre batu, pour dire voir;
Pour ce, mon cueur, ainsi faisons.
Riens ne perdons, se nous taisons,
Et se jouons au plus savoir.
Sauves toutes, etc.
Mieulx vault, etc.
Parler boute feu en maisons,
Et destruit paix, ce riche avoir;
On aprent à taire et à veoir,
Selon les temps et les saisons.
Sauves toutes, etc.
RONDEL.
Mon cueur, il me fault estre mestre
A ma foiz, aussi bien que vous,
N'en ayez ennuy, ou courroux;
Certes il convient ainsi estre.
Trop longuement m'avez fait pestre,
Et toujours tenir au dessous.
Mon cueur, etc.
A ma foiz, etc.
Allez à dextre, ou à senestre,
Pris serez, sans estre rescous,
Passer vous fault, mon amy doulx,
Ou par là, ou par la fenestre.
Mon cueur, etc.
CHANCON.
Il souffist bien que je le sache,
Sans en enquerir plus avant;
Car se tout aloye disant,
On vous pourrait bien dire actache.
Nul de la langue ne m'arrache
Ce qu'en mon cueur je voys pensant.
Il souffist, etc.
Sans en, etc.
Ainsi qu'en blanc pert noire tache,
Vostre fait est si apparant,
Que m'y trouve trop congnoissant;
Qui est descouvert, mal se cache.
Il souffist, etc.
RONDEL.
Mes yeulx trop sont bien reclamez,
Quant ma Dame si les appelle,
Leur monstrant sa grant beaulté belle,
Ilz reviennent comme affamez;
Maugré mesdisans peu amez,
Et Dangier qui tient leur querelle.
Mes yeulx, etc.
Quant ma, etc.
Estre devroient diffamez,
S'ilz ne voloyent, de bonne elle,
Vers les grans biens qui sont en elle;
De ce ne seront ja blasmez.
Mes yeulx, etc.
CHANCON.
Pense de toy
Dorenavant,
Du demourant
Te chaille poy.
Ce monde voy
En empirant.
Pense, etc.
Dorenavant, etc.
Regarde et oy,
Va peu parlant;
Dieu tout puissant
Fera de soy.
Pense, etc.
RONDEL.
Retraiez vous, regart mal avisé,
Vous cuidez bien que nulluy ne vous voye;
Certes, Aguet par tous lieux vous convoye
Priveement, en habit desguisé.
De gens saichans en estes moins prisé,
D'ainsi tousjours trocter parmy la voye.
Retraiez vous, etc.
Vous cuidez, etc.
Dangier avez contre vous atisé,
Quant sot maintien tellement vous forvoye;
Au derrenier, faudra qu'il y pourvoye,
Il est ainsi que je l'ay devisé.
Retraiez vous, etc.
CHANCON.
Ce n'est riens qui ne puist estre,
On voit de plus grans merveilles,
Que de baster aux corneilles
Les mariz, et l'erbe pestre.
Car de jouer tours de maistre,
Femmes sont les nompareilles.
Ce n'est riens, etc.
On voit, etc.
Tant aux huis, comme aux fenestres,
En champs, jardins, ou en trailles,
Par tout ont yeulx et oreilles,
Soit à dextre, ou a senestre.
Ce n'est riens, etc.
RONDEL.
Regart, vous prenez trop de paine,
Tousjours courez et racourez,
Il semble qu'aux barres jouez;
Reprenez un peu vostre alaine.
Cueurs qu'Amours tient en son demaine,
Cuident qu'assaillir les voulez.
Regart, vous, etc.
Tousjours, etc.
Amours, une fois la sepmaine
C'est raison que vous reposez,
Et affin que ne morfondez,
Il faudra que l'en vous pourmaine.
Regart, etc.
CHANCON.
Or est de dire, laissez m'en paix,
Et tout plain, de rien ne m'est plus;
Mes propos sont en ce conclus,
Qu'ainsy demourray desormais.
De s'entremectre de mes faiz,
Je n'en requier nulles, ne nuls.
Or est, etc.
Et tout, etc.
Fortune, par ses faulx atraiz,
En pipant, a pris à la glus
Mon cueur, et en soussy reclus
Se tient, sans departir jamais.
Or est, etc.
RONDEL.
Le voulez vous?
Que vostre soye,
Rendu m'octroye,
Pris ou recous.
Ung mot pour tous,
Bas qu'on ne l'oye.
Le voulez, etc.
Que vostre, etc.
Maugré jalons,
Foy vous tendroye,
Or sa, ma joye,
Accordons nous.
Le voulez, etc.
CHANCON.
C'est grant paine que de vivre en ce monde,
Encores est ce plus paine de mourir;
Si convient il, en vivant, mal souffrir,
Et au derrain, de mort passer la bonde.
S'aucunefois joye, ou plaisir abonde,
On ne les peut longuement retenir.
C'est grant, etc.
Encores, etc.
Pour ce, je vueil comme un fol qu'on me tonde,
Se plus pense, quoyque voye à venir,
Qu'a vivre bien, et bonne fin querir;
Las! il n'est rien que soussy ne confonde.
C'est grant, etc.
RONDEL.
Crevez moy les yeulx,
Que ne voye goute,
Car trop je redoubte,
Beaulté en tous lieux;
Ravir jusqu'aux cieulx
Veult ma joye toute.
Crevez moy, etc.
Que ne, etc.
D'elle me gard Dieux,
Affin qu'en sa route
Jamais ne me boute;
N'est ce pour le mieulx?
Crevez moi, etc.
Quant je la regarde,
Elle vient ferir
Mon cueur, de la darde
D'amoureux desir.
CHANCON.
En vivant en bonne esperance,
Sans avoir desplaisance, ou dueil,
Vous aurez brief, à votre vueil,
Nouvelle plaine de plaisance.
De guerre n'avons plus doubtance,
Mais tousjours gracieulx acueil.
En vivant, etc.
Tous nouveaulx revendrons en France,
Et quant me reverrez à l'ueil,
Je suis tout autre que je sueil;
Au moins j'en fais la contenance.
En vivant, etc.
RONDEL.
Jeunes amoureux nouveaulx,
En la nouvelle saison,
Par les rues, sans raison,
Chevauchent faisans les saulx;
Et font saillir des carreaulx
Le feu, comme de charbon.
Jeunes, etc.
En la, etc.
Je ne scay se leurs travaulx
Ilz employent bien, ou non;
Mais piqués de l'esperon,
Sont autant que leurs chevaulx.
Jeunes, etc.
CHANCON.
(Orléans à Secile.)
Vostre esclave et serf, où que soye,
Qui trop ne vous puis mercier,
Quant vous a pleu de m'envoyer
Le don qu'ay receu à grant joye;
Tel que dy, et plus, se povoye,
Me trouverez à l'essayer.
Vostre esclave, etc.
Qui trop, etc.
Paine mectray que brief vous voye,
Et tost arez, sans delayer,
Chose qui est sus le mestier,
Qui vous plaira; plus n'en diroye.
Vostre esclave, etc.
RONDEL.
Gardez le trait de la fenestre,
Amans, qui par rues passez,
Car plus tost en serez blessez,
Que de trait d'arc, ou d'arbalestre.
N'alez à dextre, ne à senestre
Regardant, mais les yeulx bessez.
Gardez, etc.
Amans, etc.
Se n'avez medicin bon maistre,
Si tost que vous serez navrez,
A Dieu soiez recommandez;
Mort vous tiens, demandez le prestre.
Gardez, etc.
CHANCON.
Tellement, quellement,
Me faut le temps passer,
Et soucy amasser
Mainteffoiz, mallement,
Quant ne puis nullement
Ma fortune casser.
Tellement, etc.
Me faut, etc.
G'iray tout bellement,
Pour paour de me lasser,
Et sans trop m'enlasser,
Ou monde follement.
Tellement, etc.
RONDEL.
En gibessant toute l'apres disnée
Parmy les champs, pour me desanuyer,
N'a pas longtemps que faisoye l'autrier
Voler mon cueur apres mainte pensée;
La quilote souvenance nommée,
Sourdoit deduit, et savoit remerchier.
En gibessant, etc.
Parmy, etc.
Gibessiere de passe temps ouvrée,
Emplie toute d'assez plaisant gibier,
Et puis je peu mon cueur, au derrenier,
Sur ung faisant d'esperance celée.
En gibessant, etc.
CHANCON.
A tout bon compte revenir
Convendra, qui qu'en rie, ou pleure,
Et ne scet on le jour, ne l'eure;
Souvent en devroit souvenir.
Prenez qu'on ait dueil, ou plaisir,
En brief temps, ou longue demeure,
A tout bon, etc.
Convendra, etc.
Las! on ne pense qu'à suyr
Le monde qui tousjours labeure;
Et quant on cuide qu'il sequeure,
Au plus grant besoing vient faillir,
A tout bon, etc.
RONDEL.
Que faut il plus à ung cueur amoureux?
Quant assiegé l'a Dangier, de tristesse;
Qu'avitailler tantost sa forteresse
D'assez vivres de Bon espoir eureux,
Cappitaine face Desir songneux,
Qui, nuyt et jour, fera guet sans peresse.
Que faut, etc.
Quant, etc.
Artillié soit d'Avis avantureux,
Coulevrines et canons, à largesse,
Pretz, assortiz et chargiez de Sagesse,
Es boulevers et lieux avantageux.
Que faut il, etc.
CHANCON.
Vous estes paié pour ce jour,
Puis qu'avez eu ung doulx regart;
Devant ung ancien regnart,
Tost est apparceu ung tel tour;
Quant on a esté à sejour,
Ce sont les gaiges de musart.
Vous estes, etc.
Puis qu'avez, etc.
Il souffist pour vostre labour,
Et s'apres on vous sert de lart,
Prenez en gré, maistre coquart,
Ce n'est qu'un restraintif d'amour.
Vous estes, etc.
RONDEL.