Vous voulez vous, de vous mesmes deffaire?
Prenez conseil, quant c'est pour vostre affaire,
Et pour le mieulx, croyez sans plus le mien.
Hola, hola, etc.
CHANCON.
En songe, souhaid et pensée
Vous voy chascun jour de sepmaine,
Combien qu'estes de moy loingtaine,
Belle, tres loyaument amée,
Pour ce qu'estes la mieulx parée
De toute plaisance mondaine.
En songe, etc.
Vous voy, etc.
Dutout vous ay m'amour donnée,
Vous en povez estre certaine,
Ma seule Dame, souveraine,
De mon las cueur moult desirée.
En songe, etc.
CHANCON.
Aidez ce povre cayement
Souspir, je le vous recommande;
De vous, quant ausmone demande,
Ne se parte meschantement.
Son cas monstre piteusement,
Il semble que la mort actende.
Aidez ce povre, etc.
Souspir, je le, etc.
Donnez lui assez largement,
Qu'il ne meure, Dieu l'en deffende,
Affin que n'en faictes amende,
Au jour d'amoureux jugement.
Aidez, etc.
CHANCON.
De leal cueur, content de joye,
Ma maistresse, mon seul desir,
Plus qu'oncques vous vueil servir,
En quelque place que je soye;
Tout prest en ce que je pourroye,
Pour vostre vouloir acomplir.
De leal, etc.
Ma maistresse, etc.
En desirant que je vous voye,
A vostre honneur, et mon plaisir
Qui seroit briefment, sans mentir,
S'il fust ce que souhaideroye.
De leal, etc.
CHANCON.
En faulte du logeis de Joye,
L'ostellerie de Pensée
M'est par les fourriers ordonnée,
Ne scay combien fault que je y soye.
Autre part ne me bouteroye,
Content m'en tien, et bien m'agrée.
En faulte, etc.
L'ostellerie, etc.
Je parle tout bas, qu'on ne l'oye,
Pensant de veoir, quelque année,
Quelle sera ma destinée,
Et en quel lieu demeurer doye.
En faulte, etc.
RONDEL.
Se mon propos vient à contraire,
Certes, je l'ay bien desservy,
Car je congnois que j'ay failly
Envers ce que devoye plaire.
Mais j'espoire que debonnaire
Trouveray sa grace et mercy.
Se mon, etc.
Certes, etc.
Je vueil endurer et me taire,
Quant cause suy de mon soucy;
Las! je me sens en tel party
Que je ne scay que pourray faire.
Se mon, etc.
CHANCON.
Et bien, de par Dieu, Esperance,
Esse doncques vostre plaisir?
Me voulez vous ainsi tenir
Hors, et ens toujours en balance?
Ung jour j'ay vostre bienveillance,
L'autre ne la scay où querir.
Et bien, etc.
Esse doncques, etc.
Au fort, puisque suis en la dance,
Bon gré maugré, m'y fault fournir,
Et n'y scay de quel pié saillir,
Je reculle, puis je m'avance.
Et bien, etc.
RONDEL.
Par le pourchas du regart de mes yeulx,
En vous servant, ma tres belle maistresse,
J'ay essayé qu'est plaisir et tristesse,
Dont j'ay trouvé maint penser ennuyeux.
Mais de cellui que j'amoye le mieulx,
N'ay peu avoir qu'à petite largesse.
Par le pourchas, etc.
En vous, etc.
Car pour ung jour qui m'a esté joyeux,
J'ay eu trois moys la fievre de destresse;
Mais Bon espoir m'a guery de liesse,
Qui m'a promis de ses biens gracieux.
Par le pourchas, etc.
CHANCON.
Armez vous de joyeux confort,
Je vous en pry, mon povre cueur,
Que destresse, par sa rigueur,
Ne vous navre jusqu'à la mort;
Vous couvrant d'ung pavaiz, au fort,
Tant qu'aurez passé sa chaleur,
Armez vous, etc.
Je vous, etc.
Faictes bon guet, tant qu'elle dort;
Espoir dit qu'il sera seigneur,
Et fera vostre fait meilleur,
Contre Dangier qui vous fait tort.
Armez vous, etc.
CHANCON.
Pour vous monstrer que point ne vous oublie,
Comme vostre que suis où que je soye,
Presentement ma chancon vous envoye.
Or la prenez en gré, je vous en prie.
En passant temps, plain de merencolie,
L'autrier la fis ainsi que je pensoye;
Pour vous, etc.
Comme, etc.
Mon cueur tousjours si vous tient compaignie,
Dieu doint que brief vous puisse veoir à joye!
Et, en briefz motz, en ce que je pourroye,
A vous m'offre du tout à chiere lye.
Pour vous, etc.
CHANCON.
Tousjours dictes: Je vien, je vien;
Espoir! je vous congnois assez,
De voz promesses me lassez,
Dont peu à vous tenu me tien.
Se vous requier au besoin mien.
Legierement vous en passez.
Tousjours, etc.
Espoir, etc.
Vous ne vous acquictez pas bien
Vers moy, quant ung peu ne cassez
Les soussiz que j'ay amassez
En me contentant d'un beau rien.
Tousjours, etc.
CHANCON.
Loingtain de joyeuse sente,
Où l'en peut tous biens avoir.
Sans nul confort recevoir,
Mon cueur en tristesse s'ente.
Par quoy convient que je sente
Mains griefz maulx, pour dire voir.
Loingtain, etc.
Où l'en peut, etc..
En dueil a fait sa descente
De tous poins, sans s'en mouvoir;
Et s'il fault qu'à mon savoir
Maugré mien je m'y consente.
Loingtain, etc.
CHANCON.
Vivre et mourir soubz son dangier
Me veult faire Merencolie;
Jamais vers moy ne s'amolye,
Mais plaisir me faist estranger.
D'ainsi demourer, sans changer,
Se me seroit trop grant folie.
Vivre et, etc.
Me veult, etc.
Pour d'elle plus tost me venger,
Force m'est qu'à Confort m'alye,
Acompaigné de Chiere lye;
A le suir me vueil ranger.
Vivre et, etc.
CHANCON.
Je ne prise point telz baisiers
Qui sont donnez par contenance,
Ou par maniere d'accointance;
Trop de gens en sont parconniers.
On en peut avoir par milliers,
A bon marchié, grant habondance.
Je ne prise, etc.
Qui sont, etc.
Mais savez vous lesquelz sont chiers?
Les privez venans par plaisance;
Tous autres ne sont, sans doubtance,
Que pour festiers estrangiers,
Je ne prise, etc.
CHANCON.
Pourtant, s'avale soussiz mains,
Sans macher, en peine confiz;
Si ne seront ja desconfiz
Les pensées qui m'ont en leurs mains.
En ce propos seurement mains,
Qu'il vendront à aucuns prouffiz.
Pourtant, etc.
Sans macher, etc.
Travail mectray, et soirs, et mains,
Autant ou plus quanques je fiz,
S'a les achever ne souffiz,
D'en faire quelque chose au mains.
Pourtant, etc.
CHANCON.
Ma seule amour, ma joye et ma maistresse,
Puisqu'il me fault loing de vous demourer,
Je n'ay plus riens à me reconforter,
Qu'un souvenir pour retenir lyesse.
En allegant, par espoir, ma destresse,
Me conviendra le temps ainsi passer.
Ma seule, etc.
Puisqu'il, etc.
Car mon las cueur, bien garny de tristesse,
S'en est voulu avecques vous aler,
Ne je ne puis jamais le recouvrer,
Jusques verray vostre belle jeunesse.
Ma seule, etc.
CHANCON.
Trop entré en la haulte game,
Mon cueur, d'ut, ré, mi, fa, sol, la,
Fut ja pieca, quant l'afola
Le trait du regart de ma Dame.
Fors lui, on n'en doit blasmer ame,
Puisqu'ainsi fait comme fol l'a.
Trop entré, etc.
Mon cueur, etc.
Mieux l'eust valu estre soubz lame,
Car sotement s'en afola;
Si, lui dis je, mon cueur, hola!
Mais conte n'en tint, sur mon ame.
Trop entré, etc.
CHANCON.
Se desplaire ne vous doubtoye,
Voulentiers je vous embleroye
Ung doulx baisier priveement,
Et garderoye seurement
Dedens le tresor de ma joye.
Mais que Dangier soit hors de voye,
Et que sans presse je vous voye,
Belle que j'ayme loyaument.
Se desplaire, etc.
Voulentiers, etc.
Ung doulx, etc.
Jamais ne m'en confesseroye,
Ne pour larrecin le tendroye,
Mais grant aumosne vrayement;
Car à mon cueur joyeusement,
De par vous le presenteroye,
Se desplaire, etc.
CHANCON.
Pour nous contenter, vous et moy,
De bon cueur et entier povoir,
Ne s'espargne Leal vouloir;
Viengne avant sans se tenir quoy.
Commandez moy je ne scay quoy,
Vous verrez se feray devoir,
Pour nous, etc.
De bon cueur, etc.
Se faulx, par l'amoureuse loy
Mis en fossé de Nonchaloir,
Soye sans grace recevoir;
Baillez la main, prenez ma foy,
Pour nous, etc.
CHANCON.
Malade de mal ennuieux,
Faisant la peneuse sepmaine,
Vous envoye, ma souveraine,
Un souspir merencolieux.
Par lui saurez, mon bien joyeulx,
Comment desplaisir me demaine.
Malade, etc.
Faisant, etc.
Car aler ne pevent mes yeulx,
Vers la beaulté dont estes plaine,
Mais au fort, ma joye mondaine,
J'endureray pour avoir mieulx;
Malade, etc.
CHANCON.
Tousjours dictes: Actendez, actendez,
Pas ne payez vos reconfors contens,
Joyeulx espoir, dont maints sont malcontens,
Qui ne scevent comment vous l'entendez;
De Fortune, pour Dieu, l'arc destendez,
Ne souffrez plus qu'elle face contens.
Tousjours, etc.
Pas ne payez, etc.
Vostre grace tost sur moy estandez,
Vous congnoissez assez à quoy contens;
Plus ne perdray ung tel tresor com temps,
Ainsi que fait qui son eur met en dez.
Tousjours, etc.
RONDEL.
Prenez tost ce baisier, mon cueur,
Que ma maistresse vous presente,
La belle, bonne, jeune et gente,
Par sa tres grant grace, et doulceur;
Bon guet feray, sus mon honneur,
Afin que Dangier riens n'en sente.
Prenez tost, etc.
Que ma, etc.
Dangier toute nuit en labeur
A fait guet, or gist en sa tente;
Accomplissez brief vostre entente
Tant dis qu'il dort, c'est le meilleur.
Prenez tost, etc.
CHANCON.
Resjouissez plus ung peu ma pensée,
Leal espoir, et me donnez secours;
Tousjours fuyez, et apres vous je cours,
Où j'ay assez de paine despensée;
La verray je jamais recompensée?
Quelque office lui donnent en vos cours.
Resjouissez, etc.
Leal espoir, etc.
La penance soit par vous dispensée,
Car desormais mes temps deviennent cours;
Ne souffrez plus son plaisirs en decours,
Veu que vers vous n'a faulte pourpensée,
Resjouissez, etc.
CHANCON.
Comment vous puis je tant amer
Et mon cueur si tres fort hair?
Qu'il ne me chault de desplaisir
Qu'il puisse pour vous endurer.
Son mal m'est joyeux à porter,
Mais qu'il vous puisse bien servir.
Comment vous, etc.
Et mon cueur, etc.
Las! or ne deusse je penser
Qu'à le garder et chier tenir,
Et non pourtant, mon seul desir,
Pour vous le vueil abandonner.
Comment, etc.
CHANCON.
M'amye Esperance,
Pourquoy ne s'avance
Joyeulx Reconfort?
Ay je droit ou tort,
S'en lui j'ay fiance?
Peu de desplaisance
Prent en ma grevance,
Il semble qu'il dort.
M'amye, etc.
Pourquoy, etc.
Joyeulx, etc.
Quoy qu'à lui je tence,
Pour sa bienvueillance
Acquerir; au fort,
Je suis bien d'accort
D'actendre allegance:
M'amye, etc.
CHANCON.
Dedens mon sein, pres de mon cueur
J'ay mussié ung privé baisier
Que j'ay emblé, maugré Dangier;
Dont il meurt en paine et langueur.
Mais ne me chault de sa douleur,
Et en deust il vif enragier,
Dedens mon, etc.
J'ay mussié, etc.
Se ma Dame, par sa doulceur,
Le veult souffrir, sans m'empeschier,
Je pense d'en plus pourchassier,
Et en feray tresor greigneur.
Dedens mon, etc.
CHANCON.
D'Espoir, et que vous en diroye?
C'est ung beau bailleur de parolles,
Il ne parle qu'en parabolles,
Dont ung grant livre j'escriroye.
En le lisant, je me riroye,
Tant auroit de choses frivolles.
D'Espoir, etc.
C'est ung, etc.
Par tout ung an ne le liroye.
Ce ne sont que promesses folles,
Dont il tient chascun jour escolles;
Telles estudes n'esliroye.
D'Espoir, etc.
RONDEL.
De vostre beaulté regarder,
Ma tres belle, gente maistresse,
Ce m'est certes tant de lyesse
Que ne le sauriez penser.
Je ne m'en pourroye lasser.
Car j'oublie toute tristesse.
De vostre, etc.
Ma tres belle, etc.
Mais, pour mesdisans destourber
De parler sus vostre jeunesse,
Il fault que souvent m'en delaisse,
Combien que ne m'en puis garder.
De vostre, etc.
CHANCON.
Passez oultre, decevant Vueil,
Où portez vous cest estendart
De plaisant, actrayant regart,
Soubz l'emprise de Bel acueil?
De ma maison n'entrez le sueil
Plus avant, tirez autre part.
Passez oultre, etc.
Où portez, etc.
Vous taschez à croistre mon dueil,
Et gens engigner par votre art;
A! a! maistre sebelin regnart,
On vous congnoist tout cler à l'ueil.
Passez oultre, etc.
CHANCON.
Trop estes vers moy endebtée,
Vous me devez plusieurs baisiers,
Je vouldroye moult voulentiers
Que la debte fust acquictée;
Quoyque vous soyez excusée
Que n'osez pour les faulx Dangiers.
Trop estes, etc.
Vous me, etc.
J'en ay bonne lectre scellée,
Paiez les, sans tenir si chiers;
Autrement, par les officiers
D'Amours, vous serez arrestée.
Trop estes, etc.
CHANCON.
Ma plus chier tenue richesse,
Ou parfont tresor de pensée,
Est soubz clef, seurement gardée,
Par Esperance ma Déesse.
Se vous me demandez et qu'esse?
N'enquerez plus, elle est mussée.
Ma plus, etc.
Ou parfont, etc.
Avecques elle, seul, sans presse,
Je m'esbas soir et matinée,
Ainsi passe temps et journée,
Au partir dy: Adieu maistresse.
Ma plus, etc.
CHANCON.
Vostre bouche dit: Baisiez moy,
Se m'est avis quant la regarde;
Mais Dangier de trop pres la garde,
Dont mainte doleur je reçoy.
Laissez m'avoir, par vostre foy,
Ung doux baisier, sans que plus tarde.
Vostre, etc.
Se m'est, etc.
Dangier me heit, ne scay pourquoy?
Et tousjours destourbier me darde,
Je prie à Dieu que mal feu l'arde!
Il fust temps qu'il se teinst coy.
Vostre bouche, etc.
CHANCON.
Va tost, mon amoureux desir,
Sur quanque me veulx obeir,
Tout droit vers le manoir de Joye;
Et pour plus abregier ta voye,
Prens ta guide doulx souvenir.
Metz peine de me bien servir,
Et de ton messaige accomplir,
Tu congnois ce que je vouldroye.
Va tost, etc.
Sur, etc.
Tout, etc.
Recommandes moy à Plaisir;
Et se brief ne peuz revenir,
Fay que de toy nouvelles oye,
Et par Bon espoir les m'envoye;
Ne vueilles au besoing faillir.
Va tost, etc.
CHANCON.
Ou puis parfont de ma merencolie
L'eaue d'Espoir que ne cesse de tirer.
Soif de confort la me fait desirer,
Quoy que souvent je la trouve tarie.
Necte la voy ung temps et esclercie,
Et puis apres troubler et empirer.
Ou puis, etc.
L'eaue, etc.
D'elle trempe mon ancre d'estudie;
Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer,
Fortune vient mon pappier dessirer,
Et tout gecte par sa grant felonnie.
Ou puis, etc.
CHANCON.
Je me metz en vostre mercy;
Tres belle, bonne, jeune et gente,
On m'a dit qu'estes mal contente
De moy, ne scay s'il est ainsi.
De toute nuit je n'ay dormy,
Ne pensez pas que je vous mente.
Je me, etc.
Tres belle, etc.
Pour ce, tres humblement vous pry,
Que vous me dictes vostre entente;
Car d'une chose je me vante,
Qu'en loyaulté n'ay point failly.
Je me, etc.
CHANCON.
Monstrez les moy, ces povres yeulx,
Tous batuz et deffigurez,
Certes ilz sont fort empirez
Depuis hier, qu'ilz valloient mieulx.
Ne se congnoissent ilz pas tieulx;
Mal se sont au matin mirez.
Monstrez les moy, etc.
Tous batuz, etc.
Ont ilz pleuré devant leurs Dieux?
Comme de leur grace inspirez,
Ou s'ilz ont mains travaulx tirez,
Priveement en aucuns lieux.
Monstrez les, etc.
CHANCON.
S'il vous plaist vendre voz baisiers,
J'en achecteray voulentiers,
Et en aurez mon cueur en gaige,
Pour les prendre par heritaige,
Par douzaines, cens ou milliers.
Ne les me vendez pas si chiers,
Que vous feriez à estrangiers,
En me recevant en hommaige.
S'il vous, etc.
J'en achecteray, etc.
Et en aurez, etc.
Mon vueil et mon desir entiers
Sont vostres, maugré tous dangiers;
Faictes comme loyalle et saige,
Que pour mon guerdon et partaige,
Je soye servy des premiers.
S'il vous, etc.
CHANCON.
Traitre regart, et que fais tu?
Quant tu vas souvent _in questu_;
Tu fiers sans dire: garde toy.
Et ne sces la raison pourquoy,
N'il ne t'en chault pas ung festu.
Tu es de couraige testu,
Et de fureur trop _in estu_ ,
Change ton propos, et me croy.
Traitre, etc.
Quant, etc.
Tu fiers, etc.
On te deust batre devestu
Parmi les rues _cum mestu_ ,
Par l'ordonnance de la loy;
Car tu n'as leaulté, ne foy,
On le voit _in tuo gestu_ .
Traitre, etc.
CHANCON.
Ma seule amour, que tant desire,
Mon reconfort, mon doulx penser,
Belle, nompareille, sans per,
Il me desplaist de vous escrire;
Car j'aymasse mieulx à le dire
De bouche, sans le vous mander.
Ma seule, etc.
Mon reconfort, etc.
Las! or n'y puis je contredire;
Mais Espoir me fait endurer,
Qui m'as promis de retourner
En liesse, mon grief martire.
Ma seule, etc.
CHANCON.
Anuy, Soussy, Soing et Merencolie,
Se vous prenez desplaisir à ma vie,
Et desirez tost avancer ma mort,
Tourmentez moy de plus fort en plus fort,
Pour en passer tout à cop vostre envye.
Ay je bien dit? Nennil, je le renye;
Et, par conseil de Bon espoir, vous prie
Que m'espargnez, ou vous me ferez tort.
Anuy, Soussy, etc.
Se vous prenez, etc.
Et desirez, etc.
Et qu'esse cy? je suis en resverie,
Il semble bien que ne scay que je dye;
Je dy puis l'un, puis l'autre, sans accort;
Suis je enchanté? veille mon cueur ou dort?
Vuidez, vuidez de moy telle folie.
Anuy, Soussy, etc.
CHANCON.
Logiez moy entre voz bras,
Et m'envoyez doulx baisier
Qui me viengne festier,
D'aucun amoureux soulas.
Tandis que Dangier est las,
Et le voyez sommeillier,
Logiez, etc.
Et m'envoyez, etc.
Pour Dieu, ne l'esveillez pas
Ce faulx, envieux Dangier;
Jamais ne puist s'esveillier!
Faictes tost, et parlez bas.
Logiez moy, etc.
CHANCON.
Se Dangier me tolt le parler
A vous, mon bel amy, sans per;
Par le pourchas des envieux,
Non plus qu'on toucheroit aux cieulx,
Ne me tendray de vous amer,
Car mon cueur m'a voulu laissier
Pour soy du tout à vous donner,
Et pour estre vostre en tous lieux.
Se Dangier, etc.
A vous, etc.
Par le, etc.
Tout son povoir ne peut garder,
Que, sur tous autres, n'aye chier
Vostre gent corps, tres gracieux;
Et se ne vous voy de mes yeulx,
Pourtant ne vous veuil je changier.
Se Dangier, etc.
CHANCON.
Fault il aveugle devenir?
N'ose l'en plus les yeulx ouvrir,
Pour regarder ce qu'on desire?
Dangier est bien estrange sire,
Qui tant veult amans asservir.
Vous lerrez vous aneantir.
Amours, sans remede querir,
Ne peut nul Dangier contredire?
Faut il, etc.
N'ose l'en, etc.
Pour, etc.
Les yeulx si sont faiz pour servir,
Et pour raporter tout plaisir
Aux cueurs, quand ilz sont en martire;
A les en garder, Dangier tire,
Est ce bien fait de le souffrir?
Faut il, etc.
CHANCON.
Riens ne valent ses mirlifiques,
Et ses menues oberliques;
D'où venez vous? petit mercier,
Gueres ne vault vostre mestier,
Se me semble, ne voz pratiques.
Chier les tenez comme reliques,
Les voulez vous mectre en croniques,
Vous n'y gangnerez ja denier.
Riens ne valent, etc.
Et ses menues, etc.
D'où venez vous, etc.
En plusieurs lieux sont trop publiques,
Et pour ce, sans faire repliques,
Desploiez tout vostre pannier;
Affin qu'on y puisse serchier
Quelques bagues plus auctentiques.
Riens ne valent, etc.
CHANCON.
Regardez moy sa contenance,
Lui siet il bien à soy jouer?
Certes, c'est le vray mirouer
De toute joyeuse plaisance.
Entre les parfaictes de France
Se peut elle l'une advouer?
Regardez, etc.
Lui siet, etc.
Pour fol me tien, quant je m'avance
De vouloir les grans biens louer,
Dont Dieu l'a voulu douer;
Ses faiz en font la demonstrance.
CHANCON.
Petit mercier, petit pannier;
Pourtant se je n'ay marchandise
Qui soit du tout à vostre guise,
Ne blasmez, pour ce, mon mestier.
Je gangne denier à denier,
C'est loings du tresor de Venise.
Petit mercier, etc.
Pourtant, etc.
Et tandiz qu'il est jour ouvrier,
Le temps pers quant à vous devise;
Je voys parfaire mon emprise,
El parmi les rues crier:
Petit mercier, etc.
CHANCON.
Reprenez ce larron souspir
Qui s'est emblé soudainement,
Sans congié, ou commandement,
Hors de la prison de Desir.
Mesdisans l'ont ouy partir,
Dont ilz tiennent leur parlement.
Reprenez, etc.
Qui s'est, etc.
Se le meschant eust sceu saillir
Sans noyse, tout priveement,
N'en peult chaloir, mais sotement
L'a fait; pour ce, l'en fault pugnir.
Reprenez, etc.
CHANCON.
L'ostellerie de Pensée
Plaine de venans et alans,
Soussiz soient petitz ou grans,
A chascun est habandonnée;
Elle n'est à nul reffusée,
Mais preste pour tout les passans,
L'ostellerie, etc.
Plaine de, etc.
Plaisance chierement amée
S'y loge souvent, mais nuisans
Lui sont ennuiz gros et puissans,
Quand ilz la tiennent empeschée.
L'ostellerie, etc.
CHANCON
Fuyez le trait de doulx regard,
Cueur, qui ne vous savez deffendre,
Veu qu'estes desarmé et tendre,
Nul ne vous doit tenir couard.
Vous serez pris ou tost, ou tard,
S'Amour le veult bien entreprendre.
Fuyez le, etc.
Cueur, etc.
Retrayez vous sous l'estendart
De Nonchaloir, sans plus actendre;
S'a Plaisance vous laissiez rendre,
Vous estes mort, Dieu vous en gard!
Fuyez le trait, etc.
CHANCON.
Yver, vous n'estes qu'un villain,
Esté est plaisant et gentil,
En tesmoing de May et d'Avril,
Qui l'accompaignent soir et main.
Esté revest champs, bois et fleurs,
De sa livrée de verdure,
Et de maintes autres couleurs,
Par l'ordonnance de Nature.
Mais vous, Yver, trop estes plain
De neige, vent, pluye et grezil;
On vous deust bannir en exil,
Sans point flater, je parle plain.
Yver, etc.
CHANCON.
Mon seul amy, mon bien, ma joye,
Cellui que sur tous amer veulx,
Je vous pry que soyez joyeux,
En esperant que brief vous voye.
Car je ne fais que querir voye
De venir vers vous, se m'aist Dieux.
Mon seul, etc.
Cellui. etc.
Et se par souhaidier povoye
Estre empres vous, un jour ou deux,
Pour quanqu'il a dessoubz les cieulx,
Outre rien ne souhaideroye.
Mon seul, etc.
CHANCON.
Je le retiens pour ma plaisance,
Espoir, mais que leal me soit,
Et, se jamais il me décoit,
Je renie son acointance.
Nous deux avons fait aliance,
Tant que mon cueur tel l'aparcoit.
Je le retiens, etc.
Espoir, etc.
Monstrer me puisse bienvueillance,
Ainsi que mon penser concoit,
Dont mainte liesse recoit;
Quand à moy, j'ay en lui fiance.
Je le retiens, etc.
CHANCON.
Je ne les prise pas deux blancs
Tous les biens qui sont en amer,
Car il n'y a que tout amer,
Et grant foison de faulx semblans;
Pour les maulx qui y sont doublans,
Pire que les perils de mer.
Je ne les, etc.
Tous les, etc.
Ilz ne sont à riens ressemblans,
Car ung jour viennent entamer
Le cueur, et apres embasmer;
Ce sont amouretes tremblans.
Je ne les, etc.
CHANCON.
Hors du propos si baille gaige,
Ce n'est que du jeu la maniere,
Nulle excusacion n'y quiere,
Quoyque soit prouffit ou dommaige.
Tousjours parle plus fol que saige,
C'est une chose coustumiere.
Hors du propos, etc.
Ce n'est que, etc.
Se l'en me dit: Vous contez raige;
Blasmez ma langue trop legere,
Raison de Secret tresoriere
La tance, quant despent langaige.
Hors du propos, etc.
CHANCON.
Au besoing congnoist on l'amy
Qui loyaument aidier desire,
Pour vous je puis bien cecy dire,
Car vous, ne m'avez pas failly;
Mais avez, la vostre mercy,
Tant fait qu'il me doit suffire.
Au besoing, etc.
Qui loyaument, etc.
Bien brief pense partir de cy,
Pour m'en aler vers vous de tire;
Loisir n'ay pas de vous escrire,
Et pour ce, plus avant ne dy.
Au besoing, etc.
CHANCON.
O tres devotes creatures,
En ypocrisies d'amours
Que vous querez d'estranges tours!
Pour venir à voz aventures.
Vous cuidez bien par voz paintures,
Faire sotz, aveugles et sours.
O tres devotes, etc.
En ypocrisies, etc.
On ne peut desservir deux cures,
Ne prendre gaiges en deux cours;
Prenez les champs, ou les faulbourgs,
Ilz sont de diverses natures.
O tres devotes, etc.
CHANCON.
Que c'est estrange compaignie
De Penser joint avec Espoir;
Aidier scevent, et decevoir
Ung cueur qui tout en eulx se fie.
Il ne fault ja que je le dye,
Chascun le peut en soy savoir.
Que c'est, etc.
De Penser, etc.
D'eulx me plains et ne m'en plains mye,
Car mal et bien m'ont fait avoir;
Menty m'ont, et aussi dit voir,
Je l'aveu et si le renye.
Que c'est, etc.
CHANCON.
(Orléans.)
Sera elle point jamais trouvée?
Celle qui ayme loyaulté,
Et qui a ferme voulenté,
Sans avoir legiere pensée.
Il convient qu'elle soit criée,
Pour en savoir la verité.
Sera elle point, etc.
Celle qui, etc.
Je crois bien qu'elle est deffiée
Des aliez de faulceté,
Dont il y a si grant planté,
Que de paour elle s'est mussiée.
Sera elle, etc.
CHANCON.
(Responce du duc Jehan de Bourbon,)
DUC D'ORLÉANS, je l'ay trouvée
Celle qui ayme loyaulté,
Et qui a ferme voulenté,
Sans avoir legiere pensée.
Ja ne fault qu'elle soit criée,
J'en scay assez la vérité.
DUC D'ORLÉANS, etc.
Celle qui, etc.
C'est ma Dame tres bien amée,
Qui a des biens si grant planté,
Qu'el ne craint vostre faulceté,
Ne de ceulx de vostre livrée.
DUC D'ORLÉANS, etc.
CHANCON.
Puis ça, puis là,
Et sus, et jus,
De plus en plus,
Tout vient et va.
Tous on verra
Grans et menus,
Puis ça, etc.
Et sus, etc.
Vieulx temps desja,
S'en sont courus,
Et neufz venus,
Que dea! que dea!
Puis ca, etc.
CHANCON.
Dieu vous conduie, Doulx penser,
Et vous doint faire bon voyage,
Rapportez tost joyeulx message
Vers le cueur pour le conforter;
Ne vueillez gueres demourer,
Exploictez comme bon et sage.
Dieu vous, etc.
Et vous, etc.
Riens ne vous convient ordonner,
Les secrez savez du courage,
Besongnez à son avantage,
Et pensez de brief retourner.
Dieu vous, etc.
CHANCON.
Puisque par deca demourons,
Nous Saulongnois et Beausserons,
En la maison de Savonnieres,
Souhaidez nous des bonnes chieres
Des Bourbonnois et Bourguignons.
Aux champs, par hayes et buissons,
Perdrix et lyevres nous prendrons,
Et yrons pescher sur rivieres.
Puisque, etc.
Nous, etc.
En la maison, etc.