Servant Dame loyalle et belle,
Qui, pour mourir en la querelle,
N'acheve ce qu'a entrepris;
Diffamé de droit, et repris
Par devant dame et damoiselle,
Des maleureux, etc.
Servant Dame, etc.
Pourquoy est d'amer si espris
Quant congnoist que son cueur chancelle?
En soy donnant repreuve telle,
Où a il ce mestier apris?
Des maleureux, etc.
CHANCON.
Puisqu'estes en chaleur d'amours.
Pour Dieu, laissez veoir vostre orine;
On vous trouvera medicine
Qui briefment vous fera secours.
Trop tost, oultre le commun cours,
Vous bat le cueur en la poictrine.
Puisqu'estes, etc.
Pour Dieu, etc.
La fievre blanche ses sejours
A fait, se voulez que termine,
Et que plus ne vous soit voisine,
Repousez vous pour aucuns jours.
Puisqu'estes, etc.
RONDEL.
En amer n'a que martire,
Nully ne le devroit dire
Mieulx que moy;
J'en sauroye, sur ma foy,
De ma main ung livre escripre,
Où amans pourroient lire,
Des yeulx larmoyans, sans rire,
Je m'en croy.
En amer, etc.
Nully, etc.
Des maulx qu'on y peut eslire,
Celluy qui est le mains pire,
C'est anoy,
Qui n'est jamais à part soy;
Plus n'en dy, bien doit souffire.
En amer, etc.
CHANCON.
Saint Valentin, quant vous venez
En Karesme au commencement,
Receu ne serez vrayement
Ainsi que acoustumé avez.
Soussy et penance amenez,
Qui vous recevroit lyement?
Saint Valentin, etc.
En Karesme, etc.
Une autreffoiz vous avancez
Plus tost, et alors toute gent
Vous recuilliront autrement;
Et pers à choisir amenez.
Saint Valentin, etc.
RONDEL.
Me fauldrez vous à mon besoing?
Mon reconfort et ma fiance,
M'avez vous mis en oubliance?
Pourtant se de vous je suis loing,
N'avez vous pitié de mon soing,
Sans vous, savez que n'ay puissance.
Me fauldrez vous, etc.
Mon reconfort, etc.
On feroit des larmes ung baing,
Qu'ay pleurées de desplaisance,
Et crie, par desesperance,
Ferant ma poictrine du poing,
Me fauldrez, etc.
CHANCON.
Saint Valentin dit: Veez me ca,
Et apporte pers à choisir;
Viengne qui y devra venir,
C'est la coustume de pieca.
Quant le jour des Cendres hola
Respond, auquel doit on faillir?
Saint Valentin, etc.
Et apporte, etc.
Au fort, au matin convendra
En devocion se tenir,
Et apres disner, à loisir,
Choississe qui choisir vouldra.
Saint Valentin, etc.
RONDEL.
Cueur endormy en pensée,
En transes, moitié veillant,
S'on lui va riens demandant,
Il respont à la volée,
Et parle de voix cassée,
Sans propos ne tant, ne quant.
Cueur endormy,
En transes, etc.
Tout met en galimafrée,
Lombart, Anglois, Alemant,
Francois, Picart et Normant,
C'est une chose faée.
Cueur, etc.
CAROLE EN LATIN.
Laudes Deo sint, atque gloria,
Hoc tempore, pre cordis gaudio,
Exultemus cum Dei Filio,
Misso nobis a patris gracia.
Tunc prophete vere predixerant
Nasciturum de pura virgine,
Ut salvaret hos qui perirant,
Pro parentum dampnati crimine.
Tunc natus est ex stirpe Regia,
Flos ascendens de Jesse gremio;
Illi honor et benedictio
Qui nos replet tanta leticia.
Laudes, etc.
Sic induit se carne hominis,
Ut per carnem, carnem redimeret,
Sic amorem demonstrans servulis,
Quos creavit ne ipsos perderet.
O miranda Regis clemencia!
Qui non parcens corpori proprio,
Se obtulit diro supplicio,
Nostra sanans cruore vicia.
Laudes, etc.
RONDEL.
A trompeur, trompeur et demy;
Tel qu'on seme convient cuillir;
Se mestier voy partout courir,
Chascun y joue, et moy aussi.
Dy je bien de ce que je dy?
De tel pain souppe fault servir.
A trompeur, etc.
Tel qu'on seme, etc.
Et qui n'a pas langaige en lui,
Pour parler selon son desir,
Ung truchement lui fault querir
Ainsi, ou par là, ou par cy.
A trompeur, etc.
RONDEL.
Baillez lui la massue,
A cellui qui cuide estre
Plus subtil que son maistre,
Et sans raison l'argue;
Ou il sera beste mue,
Quant on l'envoyera pestre.
Baillez, etc.
A cellui, etc.
Quoy qu'il regibe, ou rue,
Si sault par la fenestre,
Comme s'il vint de nestre,
Sera chose esperdue.
Baillez, etc.
RONDEL.
_Ubi supra_,
N'en parlons plus
Des tours cornulz,
_Et cetera;
Non est cura_,
De telz abus.
_Ubi_, etc.
N'en, etc.
_Mala jura_
Sont suspendus,
Ou deffendus,
_Et reliqua.
Ubi_, etc.
RONDEL.
Il vit en bonne esperance,
Puisqu'il est vestu de gris,
Qu'il aura, à son advis,
Encore sa desirance;
Combien qu'il soit hors de France,
Par deca le mont Senis,
Il vit, etc.
Puisqu'il, etc.
Perdu a sa contenance,
Et tous ses jeux et ses ris,
Gaigner lui fault Paradis.
Par force de paciance.
Il vit, etc.
RONDEL.
_Noti me tangere_
Faulte de serviteurs,
Car bonté de seigneurs
Ne les scet _frangere_.
Il vous fault _regere_
En craintes et rigueurs.
_Noli me_, etc.
Faulte de, etc.
De hault _erigere_
Trop tost en grans faveurs,
Ce ne sont que foleurs
Bien m'en puis _plangere.
Noli me_, etc.
RONDEL.
(Orléans à Maistre Estienne le Gout.)
Maistre Estienne le Gout nominatif,
Nouvellement, par maniere optative,
Si a voulu faire copulative;
Mais failli a en son cas genitif.
Il avait mis six ducatz en datif,
Pour mieulx avoir s'amie vocative.
Maistre, etc.
Nouvellement, etc.
Quant rencontré a un accusatif,
Qui sa robbe lui a fait ablative;
De fenestre assez superlative,
A fait ung sault portant coups en passif.
Maistre, etc.
RONDEL.
Responce de Maistre Estienne le Gout.)
Monseigneur tres supellatif,
Pour respondre au narratif
De vostre briefve expositive;
Elle fut premier vocative,
Par le moyen du genitif.
Les six ducatz sont nombratif,
Mais quant au fait du possessif,
La chose est ung peu neutrative.
Monseigneur, etc.
Pour respondre, etc.
Et quant au dangier du passif,
J'ay saufconduit prerogatif,
Par quoy mectray paine soubtive
D'accorder, sus la negative,
L'adjectif et le substantif.
Monseigneur, etc.
RONDEL.
Pres là, briquet aux pendantes oreilles,
Tu sces que c'est de deduit de gibier,
Au derrenier tu auras ton loyer,
Et puis seras viande pour corneilles.
Tu ne fais pas miracles, mais merveilles,
Et as aide pour te bien enseigner.
Pres là, briquet, etc.
Tu sces, etc.
A toute heure diligemment traveilles,
Et en chasse vaulx autant qu'un limier,
Tu amaines au tiltre de levrier
Toutes bestes, et noires, et vermeilles.
Près là briquet, etc.
RONDEL.
Or s'y joue qui vouldra;
Qui me change, je le change;
Nul ne le tiengne chose estrange,
D'avoir selon qu'il fera;
Quant par sa faulte fera,
Gré ne dessert, ne louange.
Or s'y joue, etc.
Qui me, etc.
Puisque advisé on l'en a.
Et à raison ne se range,
S'apres s'elle se revange,
Le tort à qui demourra?
Or s'y joue, etc.
RONDEL.
(Orléans à Alençon.)
En la vigne jusqu'au peschier
Estes bouté, mon filz tres chier,
Dont, par ma foy, suis tres joyeulx,
Quant de rimer vous voy songneux,
Et vous en voulez empeschier?
Soit au lever, ou au couchier,
Ou quant vous devez chevauchier,
Esbatez vous pour le mieulx.
En la vigne, etc.
Estes bouté, etc.
Se Desplaisir vous vient serchier,
Pour de lui tost vous despeschier,
Sans estre merencolieux,
Grant bien vous fera, se m'aid Dieux,
Passez y temps sans plus preschier.
En la vigne, etc.
RONDEL.
(Responce d'Alençon.)
Le vigneron fut atrapé,
Quant il fut trouvé en la vigne,
Trop mieulx que poisson à la ligne,
Ne que rat au lardon hapé;
D'un trait d'ueil fut prins et frapé,
Par celle qui pas ne forligne.
Le vigneron, etc,
Quant il fut, etc.
A peine lui fut eschappé,
Le povre compaignon qui pigne,
Tres mal pigne des dents d'un pigne,
Ainsi surprins et agrapé.
Le vigneron, etc.
RONDEL.
Quant je fus prins ou pavillon
De ma Dame tres gente et belle,
Je me brulay à la chandelle,
Ainsi que fait le papillon.
Je rougiz comme vermeillon,
Aussi flambant qu'une estincelle.
Quand je fus, etc.
De ma Dame, etc.
Si j'eusse esté esmerillon,
Ou que j'eusse eu aussi bonne elle,
Je me feusse gardé de celle
Qui me bailla de l'aguillon.
Quant je fus, etc.
CHANCON.
_Satis, satis, plus quam salis_,
N'en avez vous encore assez?
Par Dieu, vous en serez lassez
Des folies _quas amatis.
Cum sensibus ebetatis_,
Soctes gens vous les amassez.
_Satis, satis_, etc.
N'en avez, etc.
Et pour ce, _si me credatis_,
Oubliez tous les temps passez,
Et voz meschans pensers cassez,
_Dolendo de perpetratis.
Salis, satis_, etc.
CHANCON.
Mon cueur plus ne volera,
Il est enchaperonné,
Nonchaloir l'a ordonné,
Qui ja piaca le m'osta.
Confort depuis ne lui a
Cure, n'atirer donné.
Mon cueur, etc
Il est, etc.
Se sa gorge gectera?
Je ne scay, car gouverné
Ne l'ay, mais abandonné;
Soit com avenir pourra.
Mon cueur, etc.
CHANCON.
_Non temptabis_, tien te coy,
Regard plain d'atrayement,
_Vade retro_ tellement
Que point n'aproches de moy.
_Probavi te_, sur ma foy,
Je crains ton assotement.
_Non_, etc.
Regard, etc.
_Ecce_ la raison pourquoy,
Tu resveilles trop souvent
_Corda_, bien congnois comment
Presches l'amoureuse loy.
_Non temptabis_, etc.
CHANCON.
Chascun dit qu'estes bonne et belle,
Mais mon ueil jugier n'e saura,
Car lignage m'avuglera,
Qui maintendra vostre querelle;
Quant on parle de damoiselle
Qui à largesse de biens a.
Chascun dit, etc.
Mais mon, etc.
A nostre assemblée nouvelle,
Verray ce qu'il m'en semblera,
Et, s'ainsi est, bien me plaira;
Or prenons que vous soyez telle.
Chascun dit, etc.
CHANCON.
Gardez vous de _mergo_
Trompeur faulx et rusez,
Qui les gens abusez
Mainteffoiz _a tergo_.
En tous lieux où _pergo_,
Fort estes accusez.
Gardez vous, etc.
Trompeur, etc.
Mercy dit: _abstergo_
Les faultes dont usez,
Mais que les refusez;
Avisez vous _ergo_.
Gardez vous, etc.
RONDEL.
Encore lui fait il grant bien
De veoir celle qu'a tant amée,
A celui qui cueur et pensée
Avoit en elle, comme tien.
Combien qu'il n'y aye plus rien,
Et qu'autre la lui ait ostée.
Encore lui, etc.
De veoir, etc.
En regardant son doulx maintien,
Et son fait qui moult lui agrée,
S'il la peut tenir embrassée,
Il pense que une foiz fut sien
Encore lui, etc.
CHANCON.
Quant n'ont assez fait dodo,
Ces petitz enfanchonnés,
Ilz portent soubz leurs bonnés
Visaiges pleins de bobo.
C'est pitié s'ilz font jojo
Trop matin, les doulcinés.
Quant n'ont, etc.
Ces petitz, etc.
Mieux amassent à gogo
Gesir sur molz coissinés,
Car ilz sont tant poupinés,
Helas! che, guoguo, guoguo.
Quant n'ont, etc.
RONDEL.
Avugle et assourdy,
De tous poins en nonchaloir,
Je ne puis ouir, ne veoir
Chose dont soye esjouy.
Se desplaisant, ou marry,
Tout m'est ung, pour dire veoir.
Avugle, etc.
De tous, etc.
Es escolles fu nourry
D'amours, pensant mieux valoir;
Quant plus y cuiday savoir,
Plus m'y trouvay rassoty.
Avugle, etc.
RONDEL.
_Procul a nobis_
Soient ces trompeurs,
_Dantur_ aux flateurs
_Verba pro verbis,
Sicut pax vobis_,
Et tendent ailleurs.
_Procul_, etc.
Soient ces, etc.
_Non semel sicul bis_,
Et des foiz plusieurs,
Sont loups ravisseurs
Soubz peaulx de brebiz.
_Procul_, etc.
RONDEL.
J'estraine de bien loing m'amie,
De cueur, de corps et quanque j'ay,
En bon an lui souhaideray
Joye, santé et bonne vie.
Mais que ne m'estraine d'oublie,
Ne plus ne moins que la feray.
J'estraine, etc.
De cueur, etc.
Mon cueur de chapel de soussie,
Ce jour de l'an, estreneray;
Et à elle presenteray
Des fleurs de ne m'oubliez mie.
J'estraine, etc.
RONDEL.
Faulcette confite
En plaisant parler,
Laissez la aler,
Car je la despite.
Ce n'est que redite
De tant l'esprouver.
Faulcette, etc.
En plaisant, etc.
Et quant on s'acquicte
Plus de l'amender,
Pis la voy ouvrer,
C'est chose maudicte.
Faulcette, etc.
RONDEL.
Parlant ouvertement
Des faiz du Dieu d'amours,
N'a il d'estranges tours
En son commandement?
Ouil, certainement,
Qui dira le rebours?
Parlant, etc.
Des faiz, etc.
S'on faisoit loyaument
Enqueste par les cours,
On orroit tous les jours
Qu'on s'en plaint grandement.
Parlant, etc.
RONDEL.
Il fauldroit faire l'arquemie,
Qui vouldroit forgier faulceté
Tant qu'elle devint loyaulté,
Quant en malice est endurcie.
C'est rompre sa teste en folie,
Et temps perdre en oysiveté.
Il fauldroit, etc.
Qui vouldroit, etc.
Plus avant qu'on y estudie,
Et moins y congnoist on seurté,
Car de faire de mal, bonté,
L'un à l'autre trop contrarie.
Il fauldroit, etc.
RONDEL.
Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz
En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye;
Pour ce, parler de beaulté n'oseroye,
Pour le present, comme j'ay fait jadiz.
Par cueur retiens ce que j'en ay apris,
Car plus ne scay lire ou livre de joye,
Tant sont, etc.
En nonchaloir, etc.
Chascun diroit qu'entre les rassotiz,
Comme aveugle des couleurs jugeroye,
Taire m'en vueil, rien n'y voy, Dieu y voye!
Plaisans regars n'ont plus en moy logis.
Tant sont, etc.
RONDEL.
En changeant mes appetiz,
Je suis tout saoul de blanc pain,
Et de menger meurs de fain
D'un fres et nouveau pain bis.
A mon gré, ce pain faitis,
C'est ung morceau souverain.
En changeant, etc.
Je suis tout, etc.
S'il en fust à mon devis,
Plus tost anuyt que demain
J'en eusse mon vouloir plain,
Car grant desir m'en est pris.
En changeant, etc.
RONDEL.
(Maistre Jehan Caillau)
Tant sont les yeulx de mon cueur endormiz
En nonchaloir, qu'ouvrir ne les pourroye;
Pour ce, parler de beaulté n'oseroye
Pour le present, comme j'ay fait jadiz;
Joye et soulaz ne sont plus mes amis,
Chose ne voy de quoy je me resjoye,
Tant sont, etc.
En nonchaloir, etc.
Je suis mouillé, et retrait, et remis,
Morne et pensif, trop plus que ne souloye,
J'y voy trouble, car es yeulx ay la taye,
Et n'y congnois le blanc d'avec le bis,
Tant sont, etc.
RONDEL.
(Fredet.)
Pour mectre à fin la grant doleur
Que par trop amer je reçoy,
Secourez moy;
Las! ou autrement, sur ma foy,
Mes jours n'auront pas grant longueur.
Car si tres tourmenté je suis,
De tant d'ennuys
Qui sans cesser me courent seure,
Que je n'ays bons jours, bonnes nuys;
Et si ne puis
Trouver, fors vous, qui me sequeure.
Aidez à vostre serviteur,
Qui est mieulx pris que par le doy,
Ou mort me voy,
Se ne montrez brief, savez quoy?
Que vous ayez mon fait à cueur.
Pour mectre, etc.
RONDEL.
Helas! me tuerez vous?
Pour Dieu retraiez cest ueil
Qui d'un amoureux acueil
M'occit, se ne suis rescous.
Je tiens vostre cueur si doulx,
Que me rens tout à son vueil.
Helas! etc.
Pour Dieu, etc.
De quoy vous peut mon courrous
Valoir? ne servir mon dueil?
Quant humblement, sans orgueil,
Je requier mercy à tous.
Helas, etc.
RONDEL.
(Responce d'Orleans à Fredet.)
Pour mectre à fin vostre doleur,
Où pour le present je vous voy,
Descouvrez moy
Tout vostre fait, car, sur ma foy,
Je vous secourray de bon cueur;
Plus avant offrir ne vous puis,
Fors que je suis
Prest de vous aider à toute heure,
A vous bouter hors des ennuys
Que, jours et nuys,
Dictes qu'avec vous font demeure.
Quant vous tenez mon serviteur,
Et vostre doleur apparcoy,
Montrer au doy
On me devroit, se tenir quoy
Vouloye, comme faint seigneur.
Pour mectre, etc.
RONDEL.
Ung cueur, ung vueil, une plaisance,
Ung desir, ung consentement,
Ung reconfort, ung pensement,
Fermez en loyalle fiance,
Dieu que bonne en est l'accointance!
Tenir la doit on chierement.
Ung cueur, etc.
Ung desir, etc.
Contre Dangier et sa puissance.
Qui les het trop mortelement,
Gardons les bien et saigement;
N'est ce toute nostre chevance?
Ung cueur, etc.
RONDEL.
Pour ce que plaisance est morte,
Ce May suis vestu de noir,
C'est grant pitié de veoir
Mon cueur, qui s'en desconforte.
Je m'abille de la sorte
Que doy, pour faire devoir.
Pour ce que, etc.
Ce May, etc.
Le temps ces nouvelles porte,
Qui ne veult deduit avoir,
Mais par force de plouvoir,
Fait des champs clorre la porte.
Pour ce que, etc.
RONDEL.
Cueur, à qui prendrez vous conseil?
A nul ne povez descouvrir
Le tres angoisseux desplaisir
Qui vous tient en paine et traveil.
Je tiens qu'il n'a soubz le souleil,
De vous plus parfait vray martire.
Cueur, a qui, etc.
A nul, etc.
Au moins faictes vostre apareil
De bien vous faire ensevellir,
Ce n'est que mort d'ainsi languir,
En tel martire nompareil.
Cueur, à qui, etc.
RONDEL.
A Dieu! qu'il m'anuye,
Helas! qu'est ce cy?
Demourray ainsi
En merencolie?
Qui que chante, ou rie,
J'ay tousjours soussy.
A Dieu, etc.
Helas! qu'est ce, etc.
Penser me guerrie,
Et fortune aussi,
Tellement, et si
Fort que hé ma vie.
A Dieu, etc.
RONDEL.
Dedens mon livre de pensée,
J'ay trouvé escripvant mon cueur,
La vraye histoire de doleur,
De lermes toute enluminée;
En deffassent la tres amée
Ymage de plaisant doulceur.
Dedens mon, etc.
J'ay trouvé, etc.
Helas! où l'a mon cueur trouvée?
Les grosses goutes de sueur
Lui saillent, de peine et labeur
Qu'il y prent, et nuit, et journée.
Dedens, etc.
RONDEL.
Ci pris, ci mis,
Trop fort me lie
Merencolie,
De pis en pis,
Quant me tient pris
En sa baillie.
Ci pris, etc.
Trop fort, etc.
Se hors soussis
Je ne m'alie
A chiere lie,
Vivant languis.
Ci pris, etc.
RONDEL.
En regardant ces belles fleurs
Que le temps nouveau d'amours prie,
Chascune d'elle s'ajolie,
Et farde de plaisans couleurs;
Tant embasmées sont de odeurs
Qu'il n'est cueur qui ne rajeunie.
En regardant, etc.
Que le temps, etc.
Les oyseaulx deviennent danseurs
Dessus mainte branche fleurie,
Et font joyeuse chanterie,
De contres, des chans et teneurs.
En regardant, etc.
RONDEL.
Et de cela, quoy?
Se soussy m'assault,
A mon cueur n'en chault,
N'aussi peu à moy;
Comme j'appercoy,
Courroux riens n'y vault.
Et de cela, etc.
Se soussy, etc.
Par luy je reçoy
Souvent froit et chault,
Puisqu'estre ainsi fault,
Remede n'y voy.
Et de cela, etc.
RONDEL.
Oncques feu ne fut sans fumée,
Ne doloreux cueurs sans pensée,
Ne reconfort sans esperance,
Ne joyeulx regart sans plaisance,
Ne beau soleil qu'apres nuée.
J'ay tost ma sentence donnée,
De plus sachant soit amendée,
J'en dy selon ma congnoissance.
Oncques feu, etc.
Ne doloreux, etc.
Esbatement n'est sans risée,
Souspir sans chose regretée,
Souhait sans ardant desirance,
Doubte sans muer contenance,
C'est chose de vray esprouvée.
Oncques feu, etc.
RONDEL.
Et de cela, quoy?
En ce temps nouveau,
Soit ou laid, ou beau,
Il m'en chault bien poy;
Je demourray quoy
En ma vieille peau.
Et de cela, etc.
Plusieurs, comme voy,
Ont des pois au veau;
Je mectray mon seau
Qu'ainsi je le croy.
Et de cela, etc.
RONDEL.
Chantez ce que vous pensez,
Monstrant joyeuse maniere.
Ne la vendez pas si chiere,
Trop en vis la despensez.
Or sus, tost vous avancez,
Laissez coustume estrangiere.
Chantez ce que, etc.
Monstrant, etc.
Tous noz menuz pourpensez
Descouvrons, à lye chiere,
L'un à l'autre, sans priere;
J'acheveray, commencez.
Chantez, etc.
RONDEL.
Le trouveray je jamais?
Ung loyal cueur joint au mien,
A qui je soye tout sien,
Sans departir desormais.
D'en deviser par souhais,
Souvent m'y esbas, et bien.
Le trouveray, etc.
Ung loyal, etc.
Autant vault se je m'en tais,
Car certainement je tien
Qu'il ne s'en fera ja rien;
En toute chose a ung mais.
Le trouveray, etc.
RONDEL.
Gens qui cuident estre si saiges
Qu'ilz pensent plusieurs abestir,
Si bien ne se sauront couvrir
Qu'on n'aperçoive leurs couraiges;
Payer leur fauldra les usaiges
De leurs becz jaunes, sans faillir.
Gens qui, etc.
Qu'ilz pensent, etc.
On scet par anciens ouvraiges,
Dequel mestier scevent servir;
Melusine n'en peut mentir,
Elle les cognoist aux visaiges.
Gens qui, etc.
RONDEL.
Il me pleust bien,
Se tour il a,
Quan me monstra
Que estoit tout mien;
Par son maintien
Tost me gaigna.
Il me, etc.
Se tour, etc.
Sans dire rien,
Mon cueur pensa,
Et ordonna,
Qu'il seroit sien.
Il me, etc.
RONDEL.
Quant j'ay ouy le tabourin
Sonner, pour s'en aler au May,
En mon lit fait n'en ay effray,
Ne levé mon chief du coissin;
En disant: il est trop matin,
Ung peu je me rendormiray.
Quant j'ay, etc.
Sonner, pour, etc.
Jeunes gens partent leur butin,
De nonchaloir m'accointeray,
A lui je m'abutineray,
Trouvé l'ay plus prouchain voisin.
Quant j'ay, etc.
RONDEL.
En mon cueur cheoit,
Et là devinoye,
Comme je pensoye,
Qu'ainsi m'avendroit.
Fol tant qu'il reçoit,
Ne croit rien qu'il voye.
En mon, etc.
Et là, etc.
Sotye seroit,
Se plus y musoye;
Ma teste romperoye,
Soit ou tort, ou droit.
En mon, etc.
RONDEL.
Le premier jour du mois de May,
De tanne et de vert perdu,
Las! j'ay trouvé mon cueur vestu,
Dieu scet en quel piteux array!
Tantost demandé je lui ay,
Dont estoit cest habit venu?
Le premier, etc.
De tanne, etc.
Il m'a respondu, bien le scay,
Mais par ma foy ne sera cogneu;
Desplaisance m'en a pourveu,
Sa livrée je porteray.
Le premier, etc.
RONDEL.
Le monde est ennuyé de moy,
Et moy pareillement de lui;
Je ne congnois rien aujourdui
Dont il me chaille que bien poy.
Dont quanque devant mes yeulx voy,
Puis nommer anuy sur anuy.
Le monde, etc.
Et moy, etc.
Chierement se vent bonne foy,
A bon marché n'en a nulluy;
Et pour ce, se je suis cellui
Qui m'en plains, j'ay raison pourquoy.
Le monde, etc.
RONDEL
De riens ne sert à cueur en desplaisance,
Chanter, dancer, n'aucun esbatement,
Il lui souffit de povoir seulement
Tousjours penser en sa male meschance;
Quant il congnoist qu'en hasart gist sa chance,
Et desir n'est à son commandement.
De riens ne sert, etc.
Chanter, dancer, etc.
S'on rit, pleurer lui est d'acoustumance;
S'il peut, à part se met le plus souvent.
Afin qu'à nul ne tiengne parlement;
Pour le guerir ja mire ne s'avance.
De riens ne sert, etc.
RONDEL.
Vous y fiez vous?
En mondain espoir,
S'il scet decevoir,
Demander à tous.
Son actrait est doulx,
Pour gens mieulx avoir.
Vous y, etc.
En mondain, etc.
De joye, ou courroux,
Soing, ou nonchaloir,
Veult, à son vouloir,
Tenir les deux boux.
Vous y, etc.
RONDEL.
Fiez vous y,
A qui?
En quoy?
Comme je voy,
Riens n'est sans sy;
Ce monde cy
A sy
Pou foy.
Fiez, etc.
A, etc.
Plus je n'en dy,
N'escry,
Pourquoy?
Chascun j'en croy;
S'il est ainsy,
Fiez, etc.
RONDEL.
Vengence de mes yeulx
Puisse mon cueur avoir,
Ilz lui font recevoir
Trop de maulx en mains lieux.
Amours, le Roy des Dieux,
Faictes vostre devoir.
Vengence, etc,
Puisse mon, etc.
Se jamais plus sont tieulx,
Encontre mon vouloir,
Sur eulx, et main, et soir,
Crieray jusques aux cieulx.
Vengence, etc.
RONDEL.
De legier pleure à qui la lippe pent;
Ne demandez jamais comment lui va,
Laissez l'en paix, il se confortera,
Ou en son fait mectra appoinctement.
A son umbre se combactra souvent,
Et puis son frein rungier lui convendra.
De legier, etc.
Ne demandez, etc.
S'en parle à lui, il en est mal content;
Cheminée, au derrain trouvera,
Par où passer sa fumée pourra;
Ainsi avient le plus communement.
De legier, etc.
RONDEL.
Espoir ne me fist oncques bien,
Souvent me ment pour me complaire,
Et assez promet sans riens faire,
Dont à lui peu tenu me tien;
En ses ditz ne me fie en rien,
Se Dieu m'aist, je ne m'en puis taire.
Espoir ne, etc.
Souvent me, etc.
Quant reconfort requerir lui vien,
Et cuide qu'il le doye faire,
Tousjours me respont au contraire,
Et me hare reffus son chien.
Espoir ne, etc.
RONDEL.
Dont viens tu maintenant, souspir,
Aportes tu nulles nouvelles?
Dieu doint qu'ilz puissent estre telles
Que voulentiers les doye ouir.
S'ilz viennent de devers Desir,
Ilz ne sont que bonnes et belles.
Dont viens, etc.
Aportes tu, etc.
Mais s'ilz sourdent de Desplaisir,
J'ayme mieulx que tu les me celes,
Assez et trop j'en ay de telles;
Ne dy riens que pour m'esjouir.
Dont viens, etc.
RONDEL.
C'est par vous seulement, Fiance,
Qu'ainsi je me trouve deceu;
Car, se par avant l'eusse sceu,
Bien y eusse mis pourveance.
Au fort, quant je suis en la dance,
Puisqu'il est trait, il sera beu.
C'est par vous, etc.
Qu'ainsi je, etc.
Je doy bien hair l'acointance
Du premier jour que vous ay veu,
Car prins m'avez au despourveu;
Nul n'est trahy qu'en esperance.
C'est par, etc.
RONDEL.
Ou pis, ou mieulx,
Mon cueur aura,
Plus ne sera
En soussy tieulx;
Par Dieu, des cieulx
Chemin prendra.
Ou pis, etc.
Mon cueur, etc.
En aucuns lieux,
Fortune, or ca,
On vous verra
Plus cler aux yeulx.
Ou pis, etc.
RONDEL.
Par vous, regart, sergent d'amours,
Sont arrestés les povres cueurs,
Souvent en plaisirs et doulceurs,
Et mainteffoiz tout au rebours;
Devant les amoureuses cours,
Les officiers et gouverneurs.
Par vous, etc.
Sont arrestés, etc.
Et adjournez à trop briefz jours,
Pour leur porter plus de rigueurs,
Comme subgiez et serviteurs,
Endurent mains estranges tours.
Par vous, etc.
RONDEL.
S'en mes mains une foiz vous tiens,
Pas ne m'eschapperez, Plaisance,
Ja Fortune n'aura puissance
Que n'aye ma part de voz biens;
En despit de Dueil et des siens,
Qui me tourmentent de penance.
S'en mes, etc.
Pas ne, etc.
Doy je tousjours, sans avoir riens,
Languir en ma dure grevance?
Nennil, promis m'a Esperance
Que serez de tous poins des miens.
S'en mes, etc.
RONDEL.
Payés selon vostre deserte
Puissiez vous estre! faulx trompeurs,
Au derrenier des cabuseurs
Sera la malice deserte.
D'entre deux meures, une verte
Vous fault servir, pour voz labeurs.
Payés selon, etc.
Puissiez vous, etc.