À DAVID COPPERFIELD, L'ÉMINENT AUTEUR.

«Mon cher monsieur,

«Des années se sont écoulées depuis qu'il m'a été donné de

contempler chaque jour, de visu, des traits maintenant familiers à

l'imagination d'une portion considérable du monde civilisé.

«Mais, mon cher monsieur, bien que je sois privé (par un concours

de circonstances qui ne dépendent pas de moi) de la société de

l'ami et du compagnon de ma jeunesse, je n'ai pas cessé de le

suivre de la pensée dans l'essor rapide qu'il a pris au haut des

airs. Rien n'a pu m'empêcher, non, pas même l'Océan

_Qui nous sépare en mugissant,_ (Burns.)

de prendre ma part des régals intellectuels qu'il nous a

prodigués.

«Je ne puis donc laisser partir d'ici un homme que nous estimons

et que nous respectons tous deux, mon cher monsieur, sans saisir

cette occasion publique de vous remercier en mon nom et, je ne

crains pas de le dire, au nom de tous les habitants de Port-

Middlebay, au plaisir desquels vous contribuez si puissamment.

«Courage, mon cher monsieur! vous n'êtes pas inconnu ici, votre

talent y est apprécié. Quoique relégués dans une contrée

lointaine, il ne faut pas croire pour cela que nous soyons, comme

le disent nos détracteurs, ni _indifférents_, ni _mélancoliques_,

ni (je puis le dire) des _lourdauds_. Courage, mon cher monsieur!

continuez ce vol d'aigle! Les habitants du Port-Middlebay vous

suivront à travers la nue avec délices, avec plaisir, avec

instruction!

«Et parmi les yeux qui s'élèveront vers vous de cette région du

globe, vous trouverez toujours, tant qu'il jouira de la vie et de

la lumière,

«L'oeil qui appartient à

«WILKINS MICAWBER, _magistrat_.»

En parcourant les autres colonnes du journal, je découvris que

M. Micawber était un de ses correspondants les plus actifs et les

plus estimés. Il y avait de lui une autre lettre relative à la

construction d'un pont. Il y avait aussi l'annonce d'une nouvelle

édition de la collection de ses chefs-d'oeuvre épistolaires en un

joli volume, _considérablement augmentée_, et je crus reconnaître

que l'article en tête des colonnes du journal, en premier Paris,

était également de sa main.

Nous parlâmes souvent de M. Micawber, le soir, avec M. Peggotty,

tant qu'il resta à Londres. Il demeura chez nous tout le temps de

son séjour, qui ne dura pas plus d'un mois. Sa soeur et ma tante

vinrent à Londres, pour le voir. Agnès et moi, nous allâmes lui

dire adieu à bord du navire, quand il s'embarqua; nous ne lui

dirons plus adieu sur la terre.

Mais, avant de quitter l'Angleterre, il alla avec moi à Yarmouth,

pour voir une pierre que j'avais fait placer dans le cimetière, en

souvenir de Ham. Tandis que, sur sa demande, je copiais pour lui

la courte inscription qui y était gravée, je le vis se baisser et

prendre sur la tombe un peu de terre avec une touffe de gazon.

«C'est pour Émilie, me dit-il en le mettant contre son coeur. Je

le lui ai promis, maître Davy.»

David Copperfield - Tome II · 第 50 / 53 题