livres, et qui, pour écrire leurs lettres, coupent les marges des
feuillets en ne laissant que le texte, ils arrachent même les feuilles
de garde pour en user ou en abuser. Ce genre de sacrilège devrait être
défendu sous peine d'anathème.
«Enfin, il sied à l'honnêteté des écoliers de se laver les mains en
sortant du réfectoire, afin que leurs doigts graisseux ne tachent point
le sinet du livre ou le feuillet qu'ils tournent. De plus, que l'enfant
larmoyant n'admire point les miniatures des lettres capitales, de peur
qu'il ne pollue le parchemin de ses mains humides, car il touche de
suite à ce qu'il voit.
«Que désormais les laïcs, qui regardent indifféremment un livre renversé
comme s'il était ouvert devant eux dans son sens naturel, soient
complètement indignes de tout commerce avec les livres. Que le clerc
couvert de cendres, tout puant de son pot-au-feu, ait soin de ne pas
toucher, sans s'être lavé, aux feuillets des livres; mais que celui qui
vit sans tache ait la garde des livres précieux[656].
«La propreté des mains, à moins qu'elles ne soient galeuses ou couvertes
de pustules--stigmates de la cléricature,--convient aussi bien aux
écoliers qu'aux livres. Toutes les fois que l'on remarque un défaut dans
un livre, il faut y porter remède au plus tôt, car rien ne grandit plus
vite qu'une déchirure, et la fracture qui est négligée un moment ne se
répare dans la suite qu'avec dépens.
«Quant aux armoires bien fabriquées où les livres peuvent être conservés
en toute sûreté sans craindre aucun dommage, le très doux Moïse nous en
instruit au trente et unième chapitre du Deutéronome: _Prenez ce livre_,
dit-il, _et mettez-le à côté de l'arche d'alliance du Seigneur votre
Dieu_[657]. O lieu délicieux et convenable pour une bibliothèque que
cette arche faite du bois de l'impérissable Setim, et recouverte d'or de
tous côtés! Mais le Sauveur défend aussi, par son propre exemple, toute
négligence inconvenante dans le maniement des livres, comme on peut le
lire dans le quatrième chapitre de saint Luc[658]. En effet, lorsqu'il
eut lu, dans le livre qui lui était offert, les paroles prophétiques
écrites sur lui-même, il ne le rendit au ministre qu'après l'avoir fermé
de ses mains sacrées. Que, par cette conduite, les étudiants apprennent
plus clairement à soigner les livres, qui, dans quelque cas que ce soit,
ne doivent point être négligés[659].»
*
* *
Comme suite à ces prescriptions d'un des plus anciens et des plus
illustres amis des livres, il ne messied pas de placer ici les
recommandations d'un bibliographe moderne, de l'Américain Harold Klett.
Elles résument, d'une façon parfois un peu trop humoristique et
fantaisiste, toutes les précautions à prendre pour consulter un livre,
et le docteur Graesel déclare qu'il voudrait les «voir affichées dans
tous les bureaux de prêt» des bibliothèques publiques[660].
L'article d'Harold Klett a paru dans _the Library Journal_ de
New-York[661], sous le titre de _Don't_, «Ce qu'on ne doit pas faire».
En voici la traduction[662]:
«Ne pas lire au lit;
«Ne pas faire d'annotations marginales, à moins qu'on ne soit un
Coleridge;
«Ne pas faire de cornes à ses livres;
«Ne pas couper avec négligence les livres neufs;
«Ne pas griffonner votre intéressant et précieux autographe sur les
pages de titre;
«Ne pas faire mettre à un livre d'un dollar une reliure de cinq
dollars;
«Ne pas mouiller le bout de ses doigts pour tourner plus facilement
les feuillets;
«Ne pas lire en mangeant;
«Ne pas confier des livres précieux à de mauvais relieurs;
«Ne pas couper ses livres avec les doigts;
«Ne pas laisser ses livres à l'abandon et sans les fermer;
«Ne pas laisser tomber sur ses livres la cendre des cigares;
«Ce qui vaut mieux, ne pas fumer en lisant: cela fait mal aux yeux;
«Ne pas enlever les vieilles gravures des livres;
«Ne pas poser vos livres sur le _rebord d'avant_[663] (c'est-à-dire
sur la gouttière,--comme on le fait souvent, lorsqu'on est en train de
lire, et que, momentanément interrompu dans cette lecture, au lieu de
prendre la peine de fermer le volume après y avoir laissé une marque,
on le place debout sur la tranche de devant, sur la gouttière écartée
et béante);
«Ne pas faire sécher des feuilles (de plantes) dans les livres;
«Ne pas placer de rayons (de bibliothèque) au-dessus des becs de gaz;
«Ne pas tenir les livres par les plats de la couverture[664];
«Ne pas éternuer sur les pages;
«Ne pas arracher les feuillets de garde;
«Ne pas acheter des livres dépourvus de valeur;
«Ne pas nettoyer ses livres avec des linges sales;
«Ne pas loger ses livres dans des buffets, des commodes ni des
armoires: ils ont besoin d'air;
«Ne pas faire relier ensemble deux livres différents;
«_Dans aucun cas_, n'enlever ni les planches ni les cartes des livres;
«Ne pas couper les livres avec des épingles à cheveux;
«Ne pas faire relier de livres en cuir de Russie[665];
«Ne pas employer les livres pour caler des chaises et des tables
boiteuses;
«Ne pas lancer les livres sur les chats ou sur la tête des enfants;
«Ne pas briser le dos des livres en les ouvrant entièrement et de
force;
«Ne pas lire les livres reliés trop près du feu ou du poêle, ni en
hamac ou en bateau;
«Ne pas laisser les livres prendre de l'humidité;
«Ne pas oublier ces conseils.»
«On peut encore ajouter à cette liste, dit M. E.-D. Grand[666], la
recommandation de toutes les bibliothèques publiques:
«Ne pas poser les livres ouverts les uns sur les autres, et ne pas
écrire en appuyant le papier sur les pages.»
«Tous les préceptes du _Library Journal_, conclut le même bibliographe,
sont d'accord avec les principes de la raison, et il n'y aurait lieu de
faire d'objection qu'au sujet de l'exclusion qui frappe le cuir de
Russie dans les reliures et qui ne semble pas plus justifiée que les
reproches de La Bruyère au maroquin.»
Plusieurs de ces avis et prohibitions ont besoin d'être discutés ou
développés et appuyés d'exemples.
La question de la lecture au lit ou à table nous amène à envisager
d'abord quels sont les moments de la journée les plus convenables pour
lire.
Tous les médecins sont d'accord pour déclarer que lire en mangeant est
une pernicieuse habitude; et ce n'est pas d'hier que la remarque est
faite.
«Quand, après le repas, les chapelains de saint Louis lui offraient de
lui lire quelqu'un de ses livres favoris: «Non, disait-il avec un
sourire, il n'est si bon livre qui vaille après manger une
causerie[667].»
«Nous sommes tous portés, quand nous sommes seuls, observe _l'Hygiène
moderne_[668], à lire en mangeant, soit que nous déjeunions, soit que
nous dînions, et c'est là une habitude extrêmement mauvaise et qui doit
être condamnée, surtout si, pour ne pas perdre de temps, on continue à
table une étude ou un travail commencé.
«Si vous lisez, que ce soit quelque chose d'amusant.
«L'habitude commune de lire à déjeuner le journal du matin n'est pas
absolument préjudiciable; elle fournit des sujets de conversation et ne
fatigue pas trop le cerveau; mais si l'on nous demandait notre avis,
nous conseillerions de ne rien lire du tout pendant les repas.
«La digestion se fait toujours mieux quand l'esprit est libre de toute
préoccupation, et que les processus naturels s'accomplissent sans être
entravés par le travail de la pensée.
«Il est extrêmement sain de dîner en compagnie de personnes gaies. Le
stimulant qui est ainsi donné à l'activité nerveuse agit puissamment et
efficacement sur la digestion.
«Tout au contraire, une personne qui est ennuyée, fatiguée ou excitée,
ne peut digérer d'une façon satisfaisante.»
Jean Darche, dans son _Essai sur la lecture_[669], estime, d'une façon
générale, que le temps le plus favorable pour lire, c'est le matin, en
se levant, et le soir avant de se coucher. Tel était aussi l'avis
d'Erasme[670].
Quant à la lecture au lit, si elle est dangereuse pour les livres, qu'on
ne peut, en effet, dans la position horizontale, tenir aisément ouverts
et qu'on risque d'endommager, elle n'est qu'incommode pour les lecteurs
et ne les menace d'aucun péril direct. Outre les paresseux à qui elle
peut convenir, elle est d'un grand secours pour les malades, et ne
mérite pas l'ostracisme impitoyable prononcé contre elle par Harold
Klett, en tête de ses _Don't_.
Néanmoins, suivant les conseils de plusieurs médecins spécialistes, on
ne doit pas lire continûment des heures entières, et il est bon
d'interrompre fréquemment ses lectures pour promener les regards à
travers la fenêtre, ou, si la vue est bornée par un mur très rapproché,
pour les porter en haut, vers le ciel,--le meilleur moyen de reposer les
yeux étant de regarder au loin. Il est bon également de quitter son
livre pour prendre des notes, pour réfléchir, ou, mieux encore, se lever
de son siège, marcher et circuler quelque peu dans l'appartement ou la
pièce[671].
La défense faite par Harold Klett de corner les feuillets d'un livre en
guise de signet s'explique tout naturellement, puisque cette corne
casserait le papier et y laisserait un pli ineffaçable. Pour marquer
l'endroit où vous vous arrêtez dans votre lecture, à défaut de ruban
attaché à la tranchefile, servez-vous d'une languette de papier, que
vous glisserez entre les pages.
Humecter son doigt pour tourner les feuillets d'un livre est, il faut
l'avouer, un procédé bien commode et bien tentant. Lorsque, debout
devant une boîte de bouquiniste ou le comptoir d'un libraire, vous
parcourez un volume et vous trouvez arrêté par deux feuillets qui, en
dépit de vos essais réitérés et de toutes vos insistances, s'obstinent à
ne pas se décoller, que faire? Le doigt, le doigt mouillé, semble tout
indiqué.
Et, cependant, voyez ce dont vous avertit le doyen de notre Faculté de
médecine, M. le docteur Brouardel, des plus autorisés en l'espèce:
«Parmi les causes de propagation de la tuberculose, il faut noter
l'habitude trop répandue de s'aider d'un doigt préalablement humecté de
salive pour feuilleter un livre, un dossier, des papiers
quelconques,--jusqu'aux plus crasseux billets de banque! Si «la moitié»
du personnel des instituteurs primaires de Paris est phtisique, elle le
doit, pour une bonne part, à cette pratique malpropre et funeste. Ceci,
on le voit d'ailleurs faire tous les jours, non pas seulement dans
l'enseignement, mais dans les bureaux, les offices ministériels, etc.
Les élèves, les employés, les clercs font ce qu'ils voient faire; ils
emportent ensuite partout, dans leur carrière administrative ou dans
leur vie d'hommes d'affaires, l'habitude de ces immenses dangers.
«Le tuberculeux dépose innocemment sur les feuilles de papier des
bacilles que l'homme sain y ramasse et porte inconsciemment à sa bouche:
il suffit d'un malade pour empoisonner toute une bibliothèque, tous les
cartons d'une étude ou d'un bureau!
«Les professeurs, pères de famille, maîtres de pension, instituteurs ou
autres personnes chargées de surveiller la jeunesse studieuse, feront
bien de ne pas perdre de vue ce danger.
«Un avis pourrait même être affiché dans les bibliothèques et salles de
lecture pour mettre le public en garde contre cette fâcheuse
habitude[672].»
Les preuves abondent de la réalité de ce péril, de la fréquence de cette
contagion, et nous n'avons, pour en fournir, que l'embarras du choix.
Dernièrement, à Kharkow, chef-lieu de gouvernement de la Russie
méridionale, «une véritable épidémie de tuberculose s'était abattue sur
les employés de la municipalité, surtout sur ceux spécialement affectés
aux archives. Émus de cet état de choses, les médecins soumirent ces
archives à des analyses bactériologiques et micrographiques, et
constatèrent bientôt que les bacilles de Koch y pullulaient. L'enquête
établit que l'employé préposé très longtemps auparavant aux archives,
tuberculeux à la dernière période, avait la mauvaise habitude de se
mouiller le doigt avec de la salive pour feuilleter et compulser les
pièces. Il avait ainsi contaminé les archives soumises à sa garde; les
bacilles, avec le temps, s'y étaient développés et avaient créé un
véritable foyer de tuberculose qui avait infecté les employés. Que ceci
serve de leçon aux personnes qui ont la mauvaise habitude de ne pouvoir
feuilleter un livre sans l'intervention de la salive. Avis aussi à
celles qui empruntent des livres aux cabinets de lecture, livres prêtés
en grand nombre aux malades de toute sorte[673].»
*
* *
La prohibition des annotations marginales formulée par Harold Klett dans
le susdit article _Don't_, s'explique et se justifie d'elle-même,
lorsqu'il s'agit des livres d'une bibliothèque publique: si chaque
lecteur s'avisait de mentionner, sur chaque ouvrage qu'il emprunte, ses
impressions ou remarques personnelles, les marges des plus grands
in-folio n'y suffiraient pas, et les volumes seraient dans un étrange
état.
Mais, si l'on considère une bibliothèque privée, et c'est notre cas, la
même restriction doit-elle être maintenue? En d'autres termes,
avons-nous tort ou raison de souligner des passages ou d'inscrire des
notes sur des livres qui nous appartiennent et ne sont qu'à nous?
Dans son _Traité élémentaire de bibliographie_, Sylvestre Boulard a
vivement combattu cette habitude.
«Ces soulignures sont des taches qui font du tort à la vente de
l'ouvrage, écrit-il[674]... Ces notes ne sont que des taches
désagréables pour la plus grande partie des acquéreurs.»
Maître Boulard était, sinon orfèvre, du moins libraire et expert en
librairie; on ne s'en aperçoit que trop ici. Est-ce que nous recherchons
et collectionnons des livres pour en trafiquer? Est-ce que notre
bibliothèque a été formée par nous peu à peu, amoureusement et
pieusement, pour être ensuite cédée à bon prix, avec beaux bénéfices, et
avons-nous à nous préoccuper de cette vente avant ou après décès?
Nullement. Nos livres sont notre bien, et il s'agit d'en jouir à notre
convenance et d'en profiter de notre mieux. Ce sont des instruments que
nous avons certes le devoir de soigner et de ménager, mais que nous
avons aussi le droit de rectifier et de compléter; ou plutôt ce sont des
collaborateurs, des compagnons, que nous nous plaisons à consulter[675],
mais dont nous ne sommes pas tenus d'adopter sans réplique tous les
avis, avec lesquels nous avons licence de douter et d'objecter, que nous
contrôlons, reprenons et amendons au besoin.
Le lecteur qui veut mettre à profit, savourer et conserver le fruit de
ses lectures, doit forcément marquer de quelque signe les passages qui
le frappent le plus, inscrire dans la marge, de côté, en tête ou en
pied, au crayon,--le crayon suffit, la plume prendrait trop de temps, et
le papier peut boire d'ailleurs,--telle remarque, telle critique, qui
vous vient à l'esprit, ou telle comparaison que cet endroit vous
suggère. Il n'est pas question ici, bien entendu, de ces annotations ou
exclamations dont certains commentateurs surchargeaient jadis les bas de
pages des ouvrages classiques: «Beau!» «Superbe!» «Admirable!»
«Sublime!» etc., de ce qu'on pourrait appeler «les notes bêtes»; ce ne
sont que «les notes utiles» que nous approuvons et conseillons, les
rectifications d'abord, puis les rapprochements et analogies de forme ou
de fond, les objections, etc. De cette façon et dans ce sens, c'est un
charme que d'annoter ses livres, et, pour le connaître et l'apprécier,
ce charme, ainsi que nous en avertit l'érudit et judicieux Gustave
Brunet[676], «il faut l'avoir goûté».
Je sais qu'il y a des livres si beaux, si splendidement édités, qu'on
n'ose appuyer le crayon sur leurs pages et altérer la blancheur de leurs
marges; ceux-ci, regardez-les, contemplez-les, admirez-les; mais ayez
quelque autre édition de ces ouvrages, une édition moins luxueuse et
plus abordable, avec qui vous puissiez converser et discuter. Ou bien
encore, et pour tout concilier, inscrivez vos notes, non dans les
marges, mais sur une fiche simple ou double, avec renvois aux pages, et
placez ensuite cette fiche en tête ou à la fin du volume. Mais nombre de
travailleurs et de liseurs préféreront toujours se servir des marges.
Il n'est guère de véritable ami des livres et des Lettres qui ne l'ait
commise, cette profanation, qui n'ait perpétré ce prétendu crime
d'annotation, et ne se soit livré, involontairement ou de parti pris, à
cette muette mais délectable et très profitable causerie. Racine
chargeait de gloses certains de ses volumes, Voltaire pareillement; et
le président de Thou, si soucieux cependant de la beauté et de
l'intégrité de ses livres; et l'évêque Huet, «de tous les hommes, celui
qui a peut-être le plus lu[677]»; et La Monnoye, Mirabeau, Morellet,
Naigeon, Alfieri, Dulaure, Letronne, l'astronome Lalande, le poète
Lebrun-Pindare, Paul-Louis Courier, Boissonade, Éloi Johanneau, Charles
Nodier, Jacques-Charles Brunet, etc., etc., sans compter ce «Jamet le
jeune, qui, au dire de Nodier précisément, doit sa célébrité parmi les
bibliophiles aux notes dont il aimait à couvrir les gardes, les
frontispices et les marges de ses livres[678]». Quant au marquis de
Paulmy, c'était exclusivement sur les feuillets de garde qu'il
inscrivait ses annotations, notamment l'analyse critique qu'il avait
coutume de faire de chacun des ouvrages entrant dans sa bibliothèque,
et, «tout grand seigneur qu'il était, ses notices n'en sont pas plus
bêtes; elles doublent même la valeur vénale de l'exemplaire, au lieu de
la diminuer[679]».
Oui, la meilleure manière de prouver à nos livres tout le cas que nous
faisons d'eux et toute l'affection que nous leur portons, c'est, non de
les considérer comme «sacrés», à la façon des Cantiques de Lefranc de
Pompignan[680]; mais bien, au contraire, de les fréquenter et compulser
le plus possible, de les traiter en camarades et confidents, avec
lesquels on aime à deviser et discuter, à se rappeler, conférer et
s'épancher.
* * * * *
En terminant, pour prendre congé du lecteur et le laisser sur ce qu'on
nomme la bonne bouche, adressons à ces chers livres, comme un dernier
salut et un suprême hommage, cet hymne de gratitude, d'amour et de
glorification, composé à leur los:
«Livres, don précieux, par qui existe le commerce intime des âmes dès ce
monde, trésor impérissable, si doux à acquérir, si facile à conserver,
soutien de l'âme fatiguée, consolation pour les mauvais jours, moyen
sublime d'obtenir pour nous-mêmes et de répandre sur nos frères la joie
sereine, la vérité, l'amour, «la chose la meilleure qui soit en nous!»
puissiez-vous être l'objet d'une affection véritable et digne de vous!
Puisse le culte de l'intelligence renaître et se conserver pur! Puisse
la soif des grandes choses ramener la foule dédaigneuse, qui s'éloigne,
vers vous, source féconde d'où s'épanchent la lumière qui grandit
toujours et la vie qui ne finit pas[681].»
APPENDICE
I.--ABRÉVIATIONS
A propos des incunables (chap. III, pp. 70-71, note 171), nous avons dit
un mot de certaines abréviations nommées les unes _sigles_, les autres
_notes tironiennes_. Nombre de ces anciennes marques, initiales, lettres
enclavées, signes et formules brachygraphiques[682], sont encore usités
fréquemment, et il n'est pas inutile de les connaître. Exemples: IHS ou
I. H. S., Jhesus Christus ou Jesus Hominum Salvator;--INRI ou I. N. R.
I., Jesus Nazareus Rex Judæorum;--X, XRS, Χρ, Christus, Χριστός;--D. M.,
Dîs manibus ou Deo magno;--D. O. M., Deo optimo maximo;--M. P., Maximus
pontifex;--S. P. Q. R., Senatus populusque romanus;--S., saint;--SS.,
saints, ou sanctissimus;--TH. ou Θ, la mort, ou décédé (de
θάνατος);--etc.
Quantité de termes du langage courant ou de cérémonie sont très souvent
représentés par leurs abréviatifs: M., monsieur;--MM., messieurs;--Mmes,
mesdames;--Mlles, mesdemoiselles;--Mgr., Monseigneur;--S. A., Son
Altesse;--LL. AA. RR., Leurs Altesses Royales;--S. É., Son Éminence;--S.
E. ou S. Exc., Son Excellence;--S. S., Sa Sainteté;--S. G., Sa
Grandeur;--S. Gr., Sa Grâce;--N. S. P., Notre Saint Père (le
pape);--PP., Pères (de l'Église);--R. P., Révérend Père;--etc.
La grammaire a de nombreuses abréviations spéciales: adj.,
adjectif;--adv., adverbe;--art., article;--pr. ou pron., pronom;--m. ou
masc., masculin;--f. ou fém., féminin;--s. ou sing., singulier;--p., pl.
ou plur., pluriel;--syn., synonyme;--etc.
La géographie a les siennes: N., Nord;--S., Sud;--E., Est;--O.,
Ouest;--N.-N.-E., Nord-Nord-Est;--fl., fleuve;--affl.,
affluent;--confl., confluent;--mont., montagne;--dép. ou dépt.,
département;--arr. ou arrond., arrondissement;--etc.
La chimie a, dans sa nomenclature, toute une série d'abréviatifs, on
pourrait dire de _sigles_: O, oxygène;--Az, azote;--H, hydrogène;--Hg,
mercure (_hydrargyrus_);--Cl, chlore;--S, soufre;--K, potassium
(anciennement kalium, de l'arabe _kaly_ ou _kali_);--AzH³,
ammoniaque;--SO², acide sulfureux;--SO³, acide sulfurique;--etc.
Le système métrique: g. ou gr., gramme;--m., mètre;--hect.,
hectare;--centigr., centigramme;--c., cent. ou centim., centimètre;--c.
ou cent., centime;--f. ou fr., franc;--cmq, cm², centimètre carré;--cmc,
cm³, centimètre cube;--etc.
Les mathématiques, outre les abréviations: cos., cosinus;--log.,
logarithme;--sin., sinus;--tg. ou tang., tangente;--C. Q. F. D., ce
qu'il fallait démontrer;--etc., ont de nombreux signes brachygraphiques:
+ plus; − moins; × multiplié par; ÷ divisé par; = égal; > plus grand; <
plus petit; ∞ infini; ∫ somme; etc.
De même pour la musique, la botanique, l'astronomie, la météorologie, la
médecine, la pharmacie, etc., toutes les branches du savoir humain.
Nous nous sommes borné, dans la liste suivante, aux abréviations
concernant spécialement l'objet de notre livre, aux abréviations
bibliographiques.
Nous ferons à leur sujet, aussi bien d'ailleurs qu'au sujet des
abréviations en général, quelques observations:
1º Afin que les abréviations ne pussent être confondues les unes avec
les autres, il serait bon de ne pas les exagérer jusqu'à représenter un
mot par sa lettre initiale seulement, quand cette initiale est celle
d'un autre mot fréquemment employé, et par cela même pouvant être
abrégé. Malheureusement, il n'y a pas de règles fixes, et les libraires
écrivent aussi bien _f._ que _fasc._ pour _fascicule_; _f._ que _form._
pour _format_; _p._ pour _page_, aussi bien que pour _papier_, _petit_,
_peigne_ (tranches peigne)[683], etc. L'habitude, la pratique et aussi
le sens de la phrase aideront à débrouiller ces confusions[684].
2º En revanche, typographiquement et théoriquement, la suppression de la
lettre finale toute seule est condamnée comme inutile: «les abréviations
d'une lettre ne sont pas acceptées» (LECLERC, _loc. cit._, p. 158); et
cela se conçoit, puisque cette lettre finale est remplacée par un point,
c'est-à-dire par un signe occupant une place équivalente à celle de la
lettre enlevée. Ainsi on n'écrira pas, ou plutôt on ne devrait pas
écrire, _pag._ pour _page_, mais _p._; _tom._ pour _tome_, mais _t._;
_librair.-édit._ pour _libraire-éditeur_, mais _libr.-édit._ Cependant,
on rencontre fréquemment des abréviations de ce genre; il en est même
qui sont incontestablement admises, comme _loc. cit._, pour _loco
citato_, au lieu de _l. cit._ ou _l. c._ C'est que ces simples lettres:
_l._ (pour _loco_), _p._ (pour _page_), _t._ (pour _tome_), etc.,
semblant insuffisantes et incompréhensibles, on a jugé utile d'en
laisser plusieurs devant elles, de moins écourter le mot, et, comme on
ne doit régulièrement s'arrêter qu'après une consonne (_loc._, pag.,
tom., etc.), seule, la voyelle finale s'est trouvée retranchée.