bibliothèques publiques, vous aurez un registre d'entrée[439] sur lequel
vous inscrirez, en lui donnant un numéro d'ordre, chacun de vos livres,
à mesure qu'ils vous arriveront. Si l'ouvrage se compose de plusieurs
volumes, il est préférable d'attribuer à chacun d'eux un numéro spécial:
tous vos livres auront ainsi en quelque sorte, chacun distinctement, un
état civil, et le dernier numéro porté sur votre registre vous indiquera
le nombre de volumes entrés dans votre bibliothèque, le total de vos
richesses.
Sur les registres ou cahiers du catalogue méthodique, dont il sera
question plus loin, vous ne donnerez, au contraire, qu'un seul numéro à
chaque ouvrage, quelle que soit la quantité de volumes dont il se
compose; et cela se comprend, puisque, là, dans le catalogue méthodique,
chaque ouvrage n'est considéré qu'au point de vue du sujet qu'il traite,
n'est envisagé que dans son ensemble, et ne doit, par conséquent, former
qu'une unité.
Ces inscriptions effectuées, vous transcrivez dans l'angle gauche
supérieur de la fiche le numéro du registre du catalogue méthodique,
ainsi que les lettres ou chiffre indices affectés à la section de ce
catalogue à laquelle cet ouvrage appartient, ce qu'on nomme la _cote_,
comme nous le verrons aussi plus loin. Quant au numéro du registre
d'entrée, au lieu de le porter pareillement en tête de la fiche, vous
l'inscrirez au-dessous du titre et de l'adresse. Voici pourquoi. Un
ouvrage peut se composer de nombreux volumes, qui, s'il est en cours de
publication, par exemple, vous seront adressés successivement; et, comme
vous devez assigner à chacun d'eux un numéro d'ordre, la place ne
tarderait pas à vous manquer pour ces inscriptions: vous seriez arrêté,
quelques centimètres au-dessous du bord supérieur de la fiche, par le
nom de l'auteur, le _mot d'ordre_, qui, comme nous l'avons dit, doit
être écrit en tête et en gros caractères. De plus, les mêmes ouvrages,
quel qu'en soit le nombre d'exemplaires que vous possédez, devant
respectivement figurer sur la même fiche, avec leurs numéros d'entrée,
le chiffre et le format de leur édition, et ce qui caractérise chacune
d'elles ou chaque exemplaire (illustrée, annotée, revue, etc.;--broché,
cartonné, relié, etc.), il est indispensable de réserver pour ces
inscriptions une place suffisante, et, cette place, vous ne pouvez la
trouver qu'au-dessous du mot d'ordre, du titre et de l'adresse. Si elle
venait à vous faire défaut, si votre fiche était complètement
remplie,--ce qui peut arriver, même assez vite, spécialement pour les
publications périodiques, dont vous recevez un ou plusieurs volumes par
année,--vous prendriez une seconde fiche, que vous réuniriez à la
première par le talon, à l'aide de colle, et sur laquelle vous
continueriez vos inscriptions. Ajoutons que numéro d'entrée et cote du
catalogue méthodique doivent figurer sur l'_ex-libris_ de chaque volume,
étiquette ou vignette que vous collerez ou avez déjà collée au verso du
premier plat de la couverture.
Supposons que nous ayons à rédiger la fiche d'un exemplaire broché de
l'_Histoire de Paris_ de Dulaure, composé de quatre volumes, inscrits
sur notre registre d'entrée sous les numéros 3415 à 3418, et, sur le
registre de la section du catalogue méthodique (Histoire: U; Histoire de
France U V1; Paris U V1 Oa.--Classification de Brunet, voir _infra_, pp.
278-281) sous le nº 62; nous libellerons et disposerons ainsi nos
diverses indications sur une des fiches précédemment décrites, une fiche
du système Bonnange:
U V1 Oa
-------
Nº 62
DULAURE (J.-A.)
_Histoire physique, civile et morale de Paris_, 7e édit.
Paris, Librairie des Publications illustrées, 1864. 4 vol. in-8 br.
Nº 3415: Tome 1.
-- 3416: -- 2.
-- 3417: -- 3.
-- 3418: -- 4.
Par abréviation, on pourrait réunir ces quatre derniers numéros et se
contenter d'écrire, après «4 vol. in-8 br.»: Nºs 3415-3418; mais
l'affectation d'un numéro spécial à chaque tome sur la fiche même est
préférable; elle permet de faire suivre cette mention de la désignation
des caractères particuliers à chaque tome comme à chaque ouvrage: relié,
broché, etc., et de donner ainsi encore une fois à tous vos livres, sur
le registre d'entrée aussi bien que sur les fiches, une sorte de
certificat d'identité ou d'état civil.
Pour les tomaisons, employez toujours les chiffres arabes, de préférence
aux chiffres romains, qui occupent trop d'espace et sont une source de
confusion et d'erreurs. (Voir l'Appendice.)
De même, pour la fiche d'un exemplaire du roman d'Alphonse Daudet,
_Sapho_, nous aurions,--la cote du catalogue méthodique étant:
Belles-Lettres: O; Fictions en prose: O IV; Romans: O IV 2; Romans
français: O IV 2 D; et le numéro d'ordre supposé 515:
O IV 2 D
--------
Nº 515
DAUDET (Alphonse).
_Sapho_, mœurs parisiennes.
Paris, Charpentier, 1884. In-18. Cart. brad.
Nº 4841.
Si un ou plusieurs autres exemplaires de ce même roman venaient
s'ajouter à votre bibliothèque, vous inscririez sur la fiche précédente,
au-dessous du Nº 4841, affecté à l'exemplaire que vous possédez déjà,
les numéros d'entrée de vos nouveaux exemplaires, avec les mentions de
rigueur:
Nº 5307: Paris, Flammarion, s. m. In-18. Illustr. Rel. toile.
Nº 6015: Paris, Lemerre, 1895. Pet. in-12. Br.
Pour un journal ou un recueil périodique, nous aurions:
U Journaux I b
--------------
Nº 43
REVUE DES BIBLIOTHÈQUES. Mensuelle. In-8.
Directeurs: Émile Chatelain et Léon Dorez.
Paris, Émile Bouillon, édit.
Nº 5885: 4e année, 1894. Demi-rel. chagr.
-- 7921: 5e -- 1895. --
-- 8518: 6e -- 1896. --
-- 9302: 7e -- 1887. --
-- 9950: 8e -- 1898. --
-- 10217: 9e -- 1899. --
-- 11588: 10e -- 1900. --
Nous rappelons que, pour ces nombreuses inscriptions, une fois la
première fiche remplie, on en prend une seconde, puis, s'il le faut, une
troisième, une quatrième, etc., et on les réunit toutes par leur talon,
qui, grâce à la charnière de toile, laisse indépendante et mobile la
partie supérieure, la fiche proprement dite.
Il arrive très fréquemment que le nom de l'auteur figure, accompagné de
mentions ou de qualités, à la suite du titre de l'ouvrage; il est bon
alors, quoique ce nom soit déjà placé comme mot d'ordre en tête de la
fiche, de le maintenir à son rang dans la transcription du titre.
Souvent même il s'y trouve comme incorporé. Exemples:
CHARTIER (Alain).
_Les O[eu]vres de feu messire Alain Chartier._
Paris, Galliot du Pré, 1529. In-8. Rel. en vélin.
PASCAL (Blaise).
_Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets,
qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers._
Paris, Guillaume Desprez, 1670. In-8. Rel. en parch.
Il ne faut jamais modifier sur les fiches le texte du titre d'un
ouvrage; si ce texte est trop long, s'il semble diffus et chargé de
détails inutiles, et qu'on juge à propos de l'abréger, on indiquera par
des points (trois points suffisent:...) chaque endroit où une
suppression a été opérée.
Si un ouvrage, composé d'un certain nombre de volumes ou de parties, a
mis plusieurs années à paraître, a été, en d'autres termes, imprimé à
des dates différentes, on inscrit sur la fiche les deux dates extrêmes,
c'est-à-dire celle qui est portée sur le titre du premier volume et
celle du dernier, et on les joint par un trait d'union. Ainsi: 1864-1867
indique que l'ouvrage a commencé à paraître ou à être imprimé en 1864
(millésime du premier volume), et qu'il a été terminé en 1867 (millésime
du dernier). On pourrait encore, ce qui vaudrait mieux, ajouter à la
suite de chaque tome l'adresse de ce tome:
Nº 1219: Tome 1. Paris, Hetzel, 1864.
Nº 2502: -- 2. -- -- 1865.
Nº 3909: -- 3. -- -- 1867.
Quand un ouvrage n'a qu'un seul volume, il suffit, comme nous l'avons
fait tout à l'heure (fiches DAUDET, CHARTIER, etc.), d'en indiquer le
format; la mention 1 vol. se trouve sous-entendue.
Pour vos fiches ou cartes, comme pour vos registres, une écriture
droite, du genre de la petite ronde, est de beaucoup préférable à
l'écriture penchée, dite anglaise. L'écriture droite permet de faire
tenir dans un même espace bien plus de texte que l'anglaise, et elle
s'accommode mieux, par suite, avec les colonnes des registres[440].
Écrivez toujours bien lisiblement et, autant que possible, pas trop fin.
Vous pouvez d'ailleurs et vous devez même tracer en plus forts
caractères certaines mentions, telles que le mot d'ordre; en souligner
d'autres: le titre du livre, par exemple; dans certains cas, il vous est
loisible d'incliner légèrement votre écriture, en imitant l'italique:
vous donnerez ainsi à vos fiches toute la clarté désirable et le
meilleur aspect possible.
Les bibliothèques publiques remplacent les ex-libris par des empreintes
à l'encre grasse et indélébile, faites sur le titre des livres au moyen
du timbre même de ces bibliothèques, et elles inscrivent souvent dans le
champ de cette empreinte la cote du livre. Le même cachet est reporté
plus loin à deux endroits: à la dernière page du volume, et à une page
conventionnelle, qui est toujours la même pour chaque bibliothèque: page
97, anciennement page 101, pour la Bibliothèque nationale; page 41 pour
la bibliothèque Sainte-Geneviève; page 99 pour les bibliothèques
universitaires; etc. Si le volume n'atteint pas le chiffre de la page
conventionnelle, après avoir apposé l'empreinte sur le titre et sur la
dernière page, on timbre,--à la Bibliothèque nationale du moins,--la
première page de la deuxième feuille. «La forme du timbre est d'une
grande importance pour ne pas abîmer le livre, écrit le docteur
Graesel[441]; c'est pour cette raison qu'en France, où le timbrage
triple est obligatoire dans toutes les bibliothèques publiques, une
circulaire ministérielle[442] a recommandé d'employer des timbres
oblongs et de faible diamètre, de telle façon qu'on puisse les appliquer
sur les marges des volumes sans risque de couvrir le texte.»
C'est par ces marques indélébiles que les établissements publics
attestent leur propriété et se précautionnent contre les détournements
ou adirements de leurs livres. Afin qu'on puisse aisément reconnaître et
trouver les volumes lorsqu'ils sont en place sur les rayons, la cote, ou
simplement le numéro du registre d'entrée est inscrit sur une étiquette
de papier, en forme de menue rondelle (d'où le nom de _rondage_ donné à
cette opération[443]), que l'on colle au dos de chaque livre[444].
Mais vous, dont les volumes n'ont pas à redouter des mains étrangères et
ne doivent pas sortir de votre cabinet de travail, gardez-vous bien de
souiller et déshonorer de la sorte vos chers trésors: pas de rondelles
sur leurs dos, pas de timbres sur leurs feuilles de garde ou de titre,
pas de cachets gras sur leurs pages, pas d'inscriptions à l'encre, si ce
n'est des dédicaces d'auteurs étalées en belle place sur le recto du
faux titre, un _ex-dono auctoris_ qui spécialise votre exemplaire et en
augmente le prix.
Les aristocratiques amateurs d'autrefois faisaient graver, _pousser_,
leurs armoiries sur les plats de leurs reliures. A défaut de cette
somptueuse marque de propriété, vous avez de très artistiques vignettes
destinées à servir d'_ex-libris_, et vous pouvez encore, pour comble de
précaution et tout comme le président Auguste de Thou[445], faire
pousser vos initiales au bas du dos de vos livres, même de vos simples
bradels.
*
* *
Un grand nombre de difficultés peuvent se présenter dans la rédaction et
le classement des fiches, dans la fixation et la transcription de ce
_mot d'ordre_, dont nous avons parlé tout à l'heure, ce mot à mettre en
tête de la fiche, mot qui déterminera le classement et qu'il faudra
chercher quand on recourra au catalogue. Voici les plus fréquentes de
ces difficultés et leurs solutions.
Les noms précédés de la particule nobiliaire _de_ ou _d'_ rejettent
cette particule après le nom. Ainsi:
Joseph de Maistre s'écrira: MAISTRE (Joseph de);
Mme de Sévigné -- SÉVIGNÉ (Mme de);
Comte d'Houdetot -- HOUDETOT (Comte d');
M.-A.-P. d'Avezac -- AVEZAC (M.-A.-P. d').
Au contraire, les noms précédés de l'article _le_ ou _la_ se classent à
la lettre L:
Jean Le Maire s'écrira: LE MAIRE (Jean);
Jean de la Fontaine -- LA FONTAINE (Jean de);
Duc de la Rochefoucauld -- LA ROCHEFOUCAULD (Duc de).
Et non: MAIRE (Jean Le); FONTAINE (Jean de la); ROCHEFOUCAULD (Duc de
la)[446].
Les noms précédés de la particule nobiliaire _du_ ou _des_ ne rejettent
pas cette particule à la fin et se classent à la lettre D. La raison
qu'on donne pour justifier cette règle, c'est que _du_ étant mis pour
_de le_, _des_ pour _de les_, c'est cet article contracté qui, comme
tout à l'heure l'article simple, doit déterminer le classement.
Joachim du Bellay s'écrira donc: DU BELLAY (Joachim);
Jacques des Barreaux -- DES BARREAUX (Jacques).
Peut-être vaudrait-il mieux adopter une règle uniforme et _mettre
toujours le mot d'ordre au nominatif_. On ne verrait pas alors de ces
anomalies: Henri de Verdier classé à VERDIER (Henri de), et Henri du
Verdier classé à DU VERDIER (Henri)[447].
Les mêmes singularités et contradictions se retrouvent avec les
particules étrangères: _von_, _zum_, _zur_ (allemand); _van_, _ten_,
_ter_, _de_ (hollandais); _da_ (portugais); _o'_, _mc_, _mac_ (irlandais
et écossais); etc. _Von_ se rejette toujours après le nom: MÜLLER
(Johann von); SICKEL (Theodor von). Mais on écrit[448] ZUM BACH (Karl
Ad.[449]), ZUR HELLEN (D. A.); VAN PRAET (J.-B.-B.), VAN DEN BERGH (J.),
TEN BRINCK, DE DENE (Ed.); DA CUNHA (P.); O'BRIEN (Matthew), MAC-KAIN
(D.). MAC-LAURIN (C.), MC-CRADY (J.), M'CRAW (W.)[450]; etc.
D'autres bibliographes classent, au contraire, van Aelbroeck à AELBROECK
(van), van Praet à PRAET (van), et même von Schlegel à SCHLEGEL
(von)[451]; etc.
Ajoutons que, dans les noms allemands, les voyelles surmontées d'un
tréma, _ä_, _ö_, _ü_, sont considérées comme l'équivalent de _æ_, _œ_,
_ue_, de sorte que les noms Hänel, Löwenfeld et Dümmler seront placés
comme s'ils étaient écrits: HAENEL, LOEWENFELD et DUEMMLER. C'est même
sous ces dernières formes, conseille M. Léopold Delisle[452], qu'il sera
bon d'inscrire les noms au sommet des fiches.
Si un nom est composé de plusieurs mots, c'est généralement le premier
mot qui est le mot d'ordre. On écrira donc, et l'on effectuera le
classement en conséquence:
ARNAULD D'ANDILLY, et non ANDILLY (Arnauld d');
LENAIN DE TILLEMONT, -- TILLEMONT (Lenain de);
MALTE-BRUN, -- BRUN (Malte-).
Cependant Poquelin de Molière, François de Salignac de la Mothe-Fénelon,
Arouet de Voltaire, Charles de Secondat de Montesquieu, Caron de
Beaumarchais, etc., se classent à MOLIÈRE, FÉNELON, VOLTAIRE,
MONTESQUIEU, BEAUMARCHAIS, etc., parce que ces noms, universellement
connus, s'imposent comme mots d'ordre; et les fiches seront rédigées
sous cette forme: MOLIÈRE (Poquelin de), FÉNELON (François de Salignac
de la Mothe-), etc.
Les femmes auteurs sont désignées par le nom sous lequel elles ont
publié leurs ouvrages:
DACIER (Anne Lefèvre, femme d'André);
SÉVIGNÉ (Marie de Rabutin-Chantal, marquise de).
Lorsque plusieurs auteurs portent le même nom, on les classe d'après
leurs prénoms: CORNEILLE (Pierre) avant CORNEILLE (Thomas).
Si les prénoms sont les mêmes pour plusieurs homonymes, les qualités,
grades ou professions, joints à ces noms par les auteurs eux-mêmes, ou
ajoutés exceptionnellement par vous, détermineront le classement. DUMAS
(Alexandre) _fils_ se classera alphabétiquement avant DUMAS (Alexandre)
_père_[453]; MARTIN (Henri), archiviste paléographe, conservateur à la
bibliothèque de l'Arsenal, avant MARTIN (Henri), historien, membre de
l'Académie française, et ce dernier avant MARTIN (Henri), professeur,
membre de l'Académie des inscriptions.
Les homonymes dont les prénoms seraient inconnus se classeraient par
ordre chronologique.
Certains personnages, tels que les princes souverains, les papes, divers
prélats et écrivains, etc., n'ont point, à proprement parler, de noms de
famille, et ne sont communément désignés que par leurs prénoms: c'est ce
prénom qui sera le mot d'ordre, «et l'on distinguera, dit M. Léopold
Delisle[454], les homonymes par le nom des États qu'ils ont gouvernés,
des églises qu'ils ont administrées, des localités dont ils sont
originaires. Dans la série des homonymes, les saints passent au premier
rang. Les papes viennent à la place que l'ordre alphabétique assigne au
mot _pape_.» Exemples:
CHARLES VIII, roi de _France_...
CHARLES, duc d'_Orléans_...
PAUL (saint).
PAUL _Diacre_.
PAUL d'_Égine_.
PAUL III, _pape_.
PAUL I, empereur de _Russie_.
PHILIPPE, abbé de _Bonne-Espérance_.
PHILIPPE le Bon, duc de _Bourgogne_.
PHILIPPE II, roi d'_Espagne_.
PHILIPPE III, roi de _France_.
PHILIPPE de _Thessalonique_.
«Pour les personnages qualifiés de _saints_ ou de _bienheureux_, les
mots _saint_ et _bienheureux_ doivent être mis de côté, tandis que ces
mots font partie intégrante des noms de lieu ou d'institution dans la
composition desquels ils sont entrés[455].» On écrira donc:
BENOÎT (saint), _Règle..._
LOUIS (saint), _Enseignements..._
Mais on mettra à la lettre S les articles:
SAINT-BENOÎT-sur-Loire (Abbaye de)...
SAINT-LOUIS (Ordre de)...
SAINT-LOUIS-des-Français, à Rome (Église de)...
On classera aussi «à la lettre S les noms d'hommes tirés d'un nom dans
lequel le mot _Saint_ entre comme partie intégrante[456]». Exemples:
SAINT-FOIX (G.-F. de), _Essais historiques sur Paris..._
SAINT-PIERRE (Bernardin de[457]), _Paul et Virginie..._
SAINT-VICTOR (J.-M. Bins de), _Tableau historique et pittoresque
de Paris..._
Pour les auteurs dont on possède des exemplaires des œuvres complètes,
des œuvres choisies et d'ouvrages séparés, on classe en premier lieu la
fiche relative aux œuvres complètes, inscrites dans l'ordre
chronologique des éditions; puis la fiche concernant les œuvres
choisies, rédigée de même; les fiches relatives aux ouvrages publiés
séparément viennent après, rangées par ordre alphabétique des
titres[458]. Exemples:
CHATEAUBRIAND, _Œuvres complètes..._
CHATEAUBRIAND, _Œuvres choisies..._
CHATEAUBRIAND, _Atala..._
CHATEAUBRIAND, _Martyrs (les)..._
CHATEAUBRIAND, _Natchez (les)..._
Si un auteur a publié plusieurs de ses ouvrages sous des noms
différents, on rédige la _fiche complète_ ou _fiche principale_ avec,
pour mot d'ordre, le nom généralement le plus connu, et l'on met à
chaque autre nom une _fiche de rappel_ ou _de renvoi_. Ainsi Voltaire
(qui est déjà un pseudonyme et représente Arouet) a signé ses écrits de
_cent soixante_ noms différents[459]. Vous cataloguerez toutes ces
publications à VOLTAIRE sous cette forme:
(Cote du catalogue méthodique.)
VOLTAIRE [François-Marie AROUET de]. [Docteur RALPH].
_Candide ou l'Optimisme_, roman traduit de l'allemand du docteur
Ralph...
(Numéro du registre d'entrée.)
(Cote du catalogue méthodique.)
VOLTAIRE [François-Marie AROUET de]. [Docteur AKAKIA].
_Diatribe du docteur Akakia..._
(Numéro du registre d'entrée.)
Et vous mettez à RALPH (Docteur) et à AKAKIA (Docteur) une fiche de
renvoi:
RALPH (docteur).
Voir VOLTAIRE.
Vous pouvez ajouter, à l'angle gauche supérieur de la fiche de renvoi,
la cote du catalogue méthodique inscrite sur la fiche principale, le
plus valant mieux que le moins.
Les premières éditions des _Provinciales_ de Pascal ont paru sous le nom
de Louis de Montalte; vous cataloguerez de la sorte un exemplaire d'une
de ces premières éditions:
PASCAL (Blaise). [MONTALTE (Louis de)].
_Les Provinciales ou les Lettres écrites par Louis de Montalte à un
provincial de ses amis, et aux RR. PP. Jésuites_, 9e édit.
Cologne, Nicolas Schoute, 1685. In-12. Rel. v.
Et à MONTALTE vous placerez une fiche de renvoi:
MONTALTE (Louis de).
Voir PASCAL (Blaise).
Quelques bibliographes font l'inverse, placent la fiche principale au
nom porté sur le titre, soit à MONTALTE dans le dernier exemple, et la
fiche de renvoi à PASCAL; mais la plupart sont d'un avis contraire et
estiment qu'il faut prendre comme mot d'ordre le vrai nom ou le nom le
plus connu. «C'est cette dernière manière de faire qui a été en général
suivie, et avec raison selon nous, dit le docteur Graesel[460], parce
qu'elle est plus conforme à ce grand principe qui veut que tous les
ouvrages d'un même auteur soient autant que possible réunis sous son
vrai nom[461], qu'ils aient paru sous ce vrai nom, sous un nom supposé
ou même sous le voile de l'anonymat.»
De même, s'il s'agit d'un nom traduit, d'une métonomasie:--MÉLANCHTHON,
traduction grecque de l'allemand Schwarzerd (ou Schwartzerde), terre
noire; ŒCOLAMPADE, traduction grecque de l'allemand Hausschein, lumière
de la maison; QUERCETANUS, traduction latine du français Duchesne;
CASTELLANUS, traduction latine du français Duchâtel; etc.,--il faut
prendre pour mot d'ordre le nom traduit, qui est le seul connu, le seul
inscrit sur les titres des œuvres, et l'on mettra, si l'on veut, au nom
véritable et qui ne figure sur aucune œuvre, une fiche de renvoi.
Contrairement à cette règle si rationnelle, la Bibliothèque nationale
porte toujours l'auteur à son nom véritable[462]: c'est comme si, dans
un dictionnaire biographique, il fallait chercher Mélanchthon à
SCHWARZERD ou Œcolampade à HAUSSCHEIN, et, pour cela, d'abord se
rappeler,--ou plutôt savoir, savoir précisément ce que l'on
cherche,--les vrais noms de Mélanchthon et d'Œcolampade. Ajoutons que
c'est aux dictionnaires, à vrai dire, et non aux fiches de catalogues, à
donner ces renseignements d'état civil et d'histoire littéraire.
Pour les ouvrages faits en collaboration, vous rédigez une fiche
complète ou fiche principale, que vous classez au nom du premier des
auteurs, et des fiches de renvoi au nom de l'autre ou des autres.
Exemple:
Fiche principale:
(Cote du
catalogue méthodique.)
ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONPRET.
_Dictionnaire français-grec_, composé sur le plan des meilleurs
dictionnaires français-latins, et enrichi d'une table des noms
irréguliers, d'une table très complète des verbes irréguliers ou
difficiles, et d'un vocabulaire des noms propres.
Paris, Hachette, 1869. In-8. Cart. toile.
(Numéro du
registre d'entrée.)
Première fiche de renvoi:
PLANCHE.
Voir ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONTRET.
Deuxième fiche de renvoi:
DEFAUCONPRET.
Voir ALEXANDRE, PLANCHE et DEFAUCONTRET.
Si vous avez affaire à un ouvrage traduit, vous rédigez de même deux
fiches, l'une--fiche complète ou principale--au nom de l'auteur,
l'autre--fiche de renvoi--au nom du traducteur. Exemple:
Fiche principale:
(Cote du
catalogue méthodique.)
HOFFMANN.
_Contes fantastiques_, trad. par X. Marmier.
Paris, Charpentier, 1869. In-18. Br.
(Numéro du
registre d'entrée.)
Fiche de renvoi:
MARMIER (X.)
Voir HOFFMANN.
De même, les factums et pièces de procédure sont portés au premier nom
inscrit dans l'énoncé du titre (demandeur ou défendeur), avec renvois au
nom de la partie adverse, des avocats, etc. Exemple: _Mémoire pour
Claude VERNEY et Marguerite FOLLEY, sa femme, de La Chapelle, terre de
Luxeuil, défendeurs originaires, contre M. de CLERMONT-TONNERRE, abbé
commendataire de l'abbaye de Luxeuil... demandeur_, et _Louis MONTAGNON,
de Dambenoît, appelé dans la cause_ (au sujet du droit de formariage;
1786. In-4).--La fiche principale doit être portée à VERNEY, et il faut
placer des fiches de renvoi aux autres noms[463].
Les fiches des ouvrages anonymes se classent de plusieurs manières. On
peut les grouper toutes ensemble;--ou bien placer en tête de chaque
lettre celles qui commencent par cette lettre;--ou bien prendre pour mot
d'ordre le substantif principal du titre[464];--ou encore prendre le
premier substantif nominatif du titre: c'est ce dernier système que
préconisent, sauf quelques cas particuliers, MM. Léopold Delisle, Jules
Cousin et Graesel[465], et la plupart des bibliographes. Les
explications fournies par le docteur Graesel à ce sujet sont très
probantes et établissent bien la différence qui existe et doit toujours
être maintenue entre les deux catalogues, l'alphabétique et le
méthodique.