«En choisissant, dit-il, comme mot d'ordre, à l'exclusion de tout autre,

celui qui indique le mieux quel est le sujet traité dans l'ouvrage, on

arriverait promptement à confondre le catalogue alphabétique des noms

d'auteurs avec le catalogue alphabétique des matières (catalogue

méthodique), bien qu'ils diffèrent l'un de l'autre du tout au tout... Le

catalogue alphabétique (des noms d'auteurs) n'est pas fait pour qu'on

puisse y rechercher les livres dont on ne connaît que vaguement le

titre, quand on ne l'a pas oublié tout à fait: dans ce cas, en effet, et

pourvu qu'on se souvienne du sujet de l'ouvrage que l'on désire, il sera

toujours possible de le retrouver au catalogue méthodique[466].»

Supposons un ouvrage anonyme intitulé _Manuel de bibliographie_; le mot

capital, le mot typique de ce titre est «Bibliographie», et c'est à la

lettre B qu'on est de prime abord tenté de classer la fiche. Mais, au

lieu de ce titre très simple, supposez celui-ci: _Manuel de

bibliographie, bibliotechnie, typographie et reliure_; vous avez là

quatre mots typiques, quatre mots d'ordre par conséquent, et

équitablement il vous faudrait rédiger, pour votre catalogue

alphabétique, quatre fiches complètes de classement. Au lieu de ces

quatre fiches, on n'en fait qu'une en prenant le mot MANUEL pour mot

d'ordre de ce catalogue. Il va sans dire qu'au catalogue de matières, on

classera la fiche complète dans la section de la BIBLIOGRAPHIE, le mot

MANUEL servant encore de mot d'ordre alphabétique, et qu'on mettra des

fiches de renvoi à BIBLIOTECHNIE, TYPOGRAPHIE et RELIURE.

Il arrive fréquemment, pour les livres antérieurs au XIXe siècle, que le

nom de l'auteur n'est pas indiqué sur le titre, mais se trouve soit au

bas de la préface ou de l'épître dédicatoire, soit à la fin du volume,

dans le privilège ou permission d'imprimer. L'ouvrage alors ne doit pas

être considéré comme anonyme. Il faut inscrire sur la fiche le nom de

l'auteur entre crochets et la classer à ce nom.

Si le titre de l'ouvrage ne porte que les initiales du nom de l'auteur,

tâcher d'abord de restituer ce nom dans son entier, et, si l'on y

parvient, inscrire, encore entre crochets, ce nom ou sa partie

manquante, à la suite des initiales, et classer en conséquence.

Exemples:

G. M. [ELZI]: classer à MELZI;

L.-E. J. [LOUIS-ERNEST JEANDIN]: classer à JEANDIN.

_Choix de petits romans de différents genres_, par M. L. M. D. P.

Londres, 1789. 2 vol. in-18.

Ces initiales signifiant: M. le marquis de Paulmy, mettre en tête de la

fiche:

[PAULMY (marquis de)]

et classer à PAULMY.

Si le nom est inconnu, on peut ou considérer l'ouvrage comme anonyme, ou

le classer à la dernière initiale qui figure sur le titre comme nom

d'auteur, ou, au contraire, selon d'autres bibliographes, à la première

initiale; c'est-à-dire que ceux-ci considèrent cette première initiale

comme étant celle du nom de famille de l'auteur, l'autre ou les autres

initiales étant celles de ses prénoms; tandis que ceux-là estiment que

c'est la dernière initiale qui doit être celle du nom. Soit un ouvrage

intitulé _Pensées chrétiennes_, par D. R. T., dont l'auteur est

absolument inconnu; on classera la fiche ou comme celles des ouvrages

anonymes[467], ou à la lettre T, ou à la lettre D[468].

Quelques écrivains, parmi ceux notamment dont les noms de famille sont

très répandus, ont imaginé, pour éviter autant que possible toute

confusion, de joindre, par un tiret ou trait d'union, ce nom à leur

prénom. Louis-Aimé Martin, par exemple, l'éditeur de Bernardin de

Saint-Pierre, signait ses livres: L. Aimé-Martin; de même M. Fernand

Lafargue a signé la plupart de ses romans: Fernand-Lafargue. Il est

nécessaire, dans ce cas, de rédiger deux fiches, l'une--principale--à

MARTIN et à LAFARGUE; l'autre--de renvoi--à AIMÉ-MARTIN et à

FERNAND-LAFARGUE[469].

Les journaux et périodiques se classent, comme les ouvrages anonymes,

soit à part, soit à leur mot d'ordre[470], qui est, nous l'avons vu, le

premier substantif nominatif du titre. Ainsi, au catalogue alphabétique,

_le Magasin pittoresque_ se classera à MAGASIN; _le Moniteur du Sport et

de la Mode_, à MONITEUR; au catalogue méthodique, nous classerions ce

dernier périodique à SPORT (fiche principale) et mettrions à MODE une

fiche de renvoi. Ne craignez pas d'ailleurs de trop multiplier les

fiches de renvoi: «un catalogue bien ordonné ne contient jamais trop de

renvois», dit très bien l'_Instruction générale_, du 4 mai 1878,

relative au service des bibliothèques universitaires[471].

Outre le double catalogage de rigueur, alphabétique et méthodique, il

est d'usage de cataloguer à part les manuscrits, les incunables, les

volumes de grande valeur, tous les joyaux d'une bibliothèque, ce qu'on

appelle à notre Bibliothèque nationale, ainsi que nous l'avons dit déjà,

la _réserve_. Comme il est utile de décrire ces ouvrages en détail, d'en

reproduire même avec exactitude la disposition typographique du titre,

de l'incipit ou du colophon, en signalant les particularités de

l'exemplaire, le format de notre fiche habituelle (8 ou 10 centimètres

sur 12 ou 14) peut être insuffisant pour de tels développements. On se

servira donc, pour ce catalogue spécial, de feuilles de papier plus

grandes (pot, tellière, etc.), qu'on renfermera dans des reliures

mobiles _ad hoc_[472], et l'on rédigera ces descriptions dans le genre

des modèles suivants, empruntés, sauf de légères modifications, à

l'excellent _Manuel du libraire_ de Jacques-Charles Brunet et à son

supplément[473].

CONTENANCES (Les ||) de la Table. || _S. l. n. d._, in-4, de 6 ff.

Le premier feuillet contient le titre, qui commence par une grande L

historiée de Vérard; les deux feuillets suivants sont signés _a_ ii et

_a_ iii. Le reste de la pièce est sans chiffres ni réclames; il n'y a

pas de ponctuation.

Le 10e quatrain, qui finit le verso du 2e f. et commence le 3e, a cinq

vers; c'est-à-dire que le 2e vers se trouve répété en haut du 3e f.,

ce qui constitue une sorte de réclame.

Au verso du 5e f. commence une ballade de 3 strophes octosyllabiques,

plus un quatrain, et à la suite, au bas du recto du 6e f., on lit: _Cy

finissent les contenāces de la table_.[474]

CHRONIQUES DE NORMANDIE.

Les croniques de normendie || nouuellement jmprimees a || Rouen. Au

verso du dernier f., 2e col., on lit: _Cy finissent... nouuellemēt

īprimees a Rou || en pour Pierre regnault libraire de || luniuersite

|| de caē demourāt en froi || de rue a lenseigne saint Pierre (sans

date)_. Pet. in-fol. goth. à 2 col. de 46 lig.

Édition belle et rare, qui doit avoir paru vers 1500. Les feuillets

n'en sont pas chiffrés, mais ils ont des signatures. Les six premiers

ff. contiennent le titre en trois lignes, et surmonté de la marque de

l'imprimeur tirée en rouge, la table des chapitres, et au verso du 6e

f. une figure sur bois, avec le sommaire du texte impr. en gros

caractères. Ce texte commence avec le cahier a, et continue jusqu'au

recto du 5e f. du cahier r, 2e col.; le 6e f. est blanc. Tous ces

cahiers ont chacun 6 feuillets. A la seconde colonne du recto du

feuillet qui suit la signature _O_ ii, se lit cette rubrique: _Cy

apres ensuit vng petit traicte leq̄l parle de la guerre cōtinuee entre

francois et anglois depuis la mort du roy henri II. nōme de

lenclastre_ (sic) _iusques a lannee destreues donnees et accordees en

lā mil cccc. xliiii_[475].

AMBROISE (S.). Sensuyt le Traictie sainct Ambroise || du bien de la

mort. Au rº du 39e f., lig. 6, on lit: [¶] cy finist le liure de

sainct Ambroise du || bien de la mort. _S. l. n. d._ (vers 1510), pet.

in-8, goth., de 39 ff., sign. A.-E., grav. en b. sur le titre[476].

PLAI || SANT Blason, || (Le) de la teste de || Boys. || _S. l. n. d._

(_Lyon, vers 1555_), in-16, de 8 ff. non chiff., de 23 l. à la page,

en lettres rondes, sign. A-B. par 4.

Le vº du titre est blanc.

Pièce fort curieuse, que reproduisent MM. de Montaiglon et de

Rothschild au tome XIII des _Poësies franç._ des XVe et XVIe siècles,

d'après l'exempl. unique, qui est conservé à Aix dans la bibliothèque

Méjanes, nº 30 047, dans un recueil qui contient en outre la _Loittre

de Tenot à Piarrot_, l'_Admonition contre la dissolution des Habitz_,

et _le Franc Archier de Cherré_[477].

LESCARBOT (Marc). Histoire || de la novvelle || France || contenant

les navigations, découvertes, & habi || tations faites par les

François ès Indes Occiden || tales, & Nouvelle-France souz l'avœu &

autho || rité de noz Rois Tres-Chrestiens, & les diverses || fortunes

d'iceux en l'exécution de ces choses, || depuis cent ans jusques à

hui. || En quoy est comprise l'Histoire Morale, Naturele, et Geo ||

graphique de ladite Province: Avec les Tables & || Figures d'icelle.

|| Par Marc Lescarbot Aduocat en Parlement, || Témoin oculaire d'vne

partie des choses ici récitées. || Multa renascentur quæ iam cecidere

cadentque. || _A Paris, || chez Iean Milot, tenant sa boutique sur les

degrez || de la grand' salle du Palais._ || M. DC. IX. || _Avec

Privilége du Roy_ (du 27 novembre 1608), in-8, de XXIV ff. lim. et 444

ff. chiff.; à la page 207 se trouve la: _Figvre dv port de Ganabara av

Brésil_; à la p. 236: _Figvre de la terre nevve. Grande Riviere de

Canada, et côtes de l'Ocean en la Novvelle France_; à la p. 480:

_Figvre de Port Royal en la Novvelle France. Par Marc Lescarbot,

1609._ (_Jan Svvelinck sculp., J. Millot excudit_)[478].

LE SAGE (Alain-René).

Histoire || de Gil Blas || de Santillanne (_sic_). || Par M. Le Sage.

|| Dernière édition, revue et corrigée. || _A Paris._ || _Par les

Libraires associés._ || M. DCC. XLVII. || _Avec Approbation &

Privilége du Roy_, || 4 vol. in-12, fig.

Édition définitive du chef-d'œuvre de Le Sage, publiée l'année même où

il mourut à Boulogne-sur-Mer; elle n'est pas rare, mais jolie et très

recherchée...

Les premières éditions de ce livre célèbre sont moins bonnes, moins

complètes et surtout moins recherchées que celle-ci[479].

Au lieu des titres in-extenso et des remarques qui les accompagnent, il

suffit, pour les fiches ordinaires, d'une rédaction abrégée. Prenons,

par exemple, le dernier ouvrage dont nous venons de donner la fiche

détaillée, nous aurons, pour la fiche du catalogue alphabétique et celle

du catalogue méthodique:

LE SAGE (Alain-René).

_Histoire de Gil Blas de Santillanne_ (sic). Dern. édit. revue et

corrigée.

Paris, Libraires associés, 1747. 4 vol. in-12, fig.

On réduirait de même les autres fiches détaillées, en ne laissant que

les parties essentielles et de rigueur.

*

* *

Le catalogue par ordre de matières, le catalogue méthodique ou

systématique, dont nous allons maintenant nous occuper, forme le pendant

ou comme la contre-partie du catalogue alphabétique. Celui-ci s'emploie

surtout, avons-nous dit, quand on connaît le nom de l'auteur et qu'on

veut trouver le titre d'un livre; celui-là, au contraire, quand on

connaît le titre de l'ouvrage et qu'on désire savoir le nom de l'auteur,

ou encore et surtout lorsqu'on tient à se renseigner sur la quantité

d'ouvrages relatifs à telle ou telle question et mis à la disposition

des lecteurs de telle ou telle bibliothèque.

Le plus simple et le mieux, c'est d'exécuter simultanément les deux

catalogues, de rédiger chaque fiche en double exemplaire[480], et de

classer l'un dans la boîte du catalogue alphabétique, l'autre dans celle

du catalogue méthodique. Les diverses sections de ce dernier seront

séparées par des fiches de couleur, un peu plus hautes que les fiches

ordinaires, des _vedettes_ portant chacune le titre de sa

section;--absolument, ainsi que nous l'avons vu page 221, comme sont

séparées les sections du premier, c'est-à-dire les fiches de chaque

lettre du catalogue alphabétique.

Mais quelles seront-elles, ces sections du catalogue méthodique? Dans

quel ordre les ranger et les grouper, ces fiches? Quel sera le système

de classification générale bibliographique que nous allons appliquer et

suivre?

Il ne s'agit de rien moins ici que de déterminer intégralement tous les

éléments des connaissances humaines, de diviser et subdiviser

logiquement tout ce vaste ensemble, et, rien qu'à l'énoncé du problème,

on en pressent les difficultés, on devine combien la tâche est

compliquée, ardue et épineuse.

«La première chose à faire avant de mettre la main au catalogue

méthodique, écrit M. Jules Cousin[481], c'est de s'être tracé un système

de classement, avec des divisions et subdivisions plus ou moins

nombreuses, suivant l'importance du fonds que l'on a à cataloguer. Si

l'on n'a pas, dès l'abord, fait ce travail préliminaire, si l'on n'a pas

au moins marqué les grandes lignes du plan que l'on s'astreindra à

suivre rigoureusement, on marchera au hasard, et, à la place de l'ordre

et de la clarté, on n'aura que confusion et chaos... Pour montrer le

mieux à faire, il n'y a, croyons-nous, rien de plus sage que d'indiquer

ce qui s'est déjà fait, et d'interroger l'expérience des hommes les plus

compétents.»

Jetons donc un coup d'œil sur les divers essais et systèmes de

classification pratiqués jusqu'ici[482], et voyons ce qu'on en peut

tirer et quel choix on doit faire.

*

* *

Un des plus anciens catalogues bibliographiques qui soient parvenus

jusqu'à nous est celui de la bibliothèque de l'église de Saint-Emmeran

de Ratisbonne; il a été rédigé en 1347 et comprend douze divisions,

consacrées la plupart aux livres saints: 1º _Libri textuum Bibliæ_; 2º

_Diversi expositores super Biblia_; 3º _Doctores_; 4º _Libri

Historiarum_; etc.

Mais ce n'est pas là, à vrai dire, un système bibliographique; pas plus

que ce catalogue publié en 1498 par Alde l'Ancien sur un simple

feuillet, intitulé: _Libri græci impressi_, et contenant quatorze

articles divisés en cinq classes: 1º _Grammatica_; 2º _Poetica_; 3º

_Logica_; 4º _Philosophica_; 5º _Sacra scriptura_.

Le premier classement qu'on peut vraiment considérer comme un système

bibliographique date de cinquante ans plus tard; il est dû au célèbre

médecin suisse Conrad Gesner, qui, dans la deuxième partie de son

ouvrage _Bibliotheca universalis_, imprimé à Zurich de 1545 à 1549,

classa les _Pandectæ_[483], c'est-à-dire tout ce que l'esprit humain

peut embrasser, en vingt et une catégories: 1. _Grammatica_; 2.

_Dialectica_; 3. _Rhetorica_; 4. _Poetica_; 5. _Arithmetica_; 6.

_Geometria_; 7. _Musica_; 8. _Astronomia_; 9. _Astrologia_; 10. _De

Divinatione et Magia_; 11. _Geographia_; 12. _Historia_; 13. _De

diversis Artibus_; 14. _De naturali Philosophia_; 15. _De prima

Philosophia, et Theologia Gentilium_; 16. _De morali Philosophia_; 17.

_De œconomica Philosophia_; 18. _Politica_; 19. _De Jure civili et

pontifico_; 20. _Theologia_ (ce titre devait être celui du 21e livre;

mais la _Médecine_, qui en aurait formé le 20e, n'ayant pas paru, on la

remplaça par la _Théologie_).

Quant à la France, le premier système de classement bibliographique qui

y fut publié remonte à l'année 1587; il a pour auteur Christofle de

Savigny et pour titre _Tableaux accomplis de tous les arts libéraux_. Il

contient seize sections et présente plus d'une analogie avec le système

de Gesner: Grammaire, Rhétorique, Dialectique, Arithmétique, Géométrie,

Optique, Musique, Cosmographie, Astrologie, Géographie, Physique,

Médecine, Éthique, Jurisprudence, Histoire, Théologie. Une nouvelle

édition (Paris, Liber, 1619; in-fol. 37 pp.) comprend deux nouvelles

sections, Poésie et Chronologie, dont la dernière manque à Gesner. «Le

système de Savigny, observe la _Grande Encyclopédie_[484], est le

premier exemple des remaniements que les auteurs de systèmes

bibliographiques firent souvent subir à leurs méthodes, pendant les deux

siècles suivants et même encore au XIXe siècle, malgré les progrès de la

bibliographie et l'expérience des livres et des systèmes de classement.»

Un peu avant l'apparition de l'ouvrage de Christofle de Savigny, en

1583, l'érudit Lacroix du Maine avait présenté à Henri III un curieux et

singulier projet «pour dresser une bibliothèque parfaite et accomplie de

tous points[485]». Ce parangon des bibliothèques devait comprendre dix

mille volumes, renfermés dans «cent buffets..., chacun d'iceux contenant

cent volumes». Le «premier ordre» de ces buffets, du nº 1 au nº 17,

était consacré à la religion; le «second ordre», du nº 18 au nº 41, aux

arts et sciences; le «troisième ordre», du nº 42 au nº 62, à la

description de l'univers; le «quatrième ordre», du nº 63 au nº 72, aux

choses qui concernent le genre humain; le cinquième, aux hommes

illustres en guerre; le sixième, aux ouvrages de Dieu; et le septième,

aux mémoires et mélanges.

Le pieux Jean Mabun, dont nous parle Gabriel Naudé[486], ne trouva rien

de mieux, lui, pour classer ses livres, que de se conformer à

l'avertissement du Psalmiste: _Disciplinam, bonitatem et scientiam doce

me_, et de les partager ainsi en trois classes: Théologie, Morale et

Sciences.

Moins strict, plus expérimenté et plus éclairé, Gabriel Naudé

(1600-1653) estime que le meilleur ordre est le suivant: «Théologie,

Médecine, Jurisprudence, Histoire, Philosophie, Mathématiques,

Humanités, et autres, lesquelles il faut subdiviser chacune en

particulier suivant leurs diverses parties[487],» etc.

A peu près à la même époque, le père jésuite Claude Clément (1594-1642)

publiait, sous son nom latinisé de Claudius Clemens, un ouvrage

intitulé: _Musei, sive bibliothecæ tam privatæ quam publicæ exstructio,

instructio, cura, usus..._ (Lugduni, 1635; in-4), où se trouve un plan

de classement bibliographique comprenant vingt-quatre catégories ou

«armoires[488]»; Ismaël Bouilliau[489] (1605-1696) dressait le célèbre

catalogue de la bibliothèque des de Thou; et un autre membre de la

Société de Jésus, Jean Garnier (1612-1681), auteur du _Systema

bibliothecæ collegii parisiensis Soc. Jes._ (Paris, 1678; in-4),

réduisait à cinq les grandes divisions bibliographiques: Théologie,

Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, Histoire[490].

Plus tard vinrent Gabriel Martin et Prosper Marchand, Guillaume-François

de Bure et son cousin Guillaume de Bure, Née de la Rochelle, d'autres

aussi, qui remanièrent de maintes façons les divisions de ce dernier

système. Remanié encore et complété dans la première moitié du XIXe

siècle par Jacques-Charles Brunet[491], l'auteur du précieux _Manuel du

libraire et de l'amateur de livres_, il finit par prédominer et

s'imposer à la plupart des bibliographes[492].

On peut adresser bien des reproches à cette classification dite de

Brunet: elle ne donne ni à la géographie, ni à l'archéologie, ni à la

bibliographie le rang que ces sciences méritent; elle place la

télégraphie (devenue électrique) dans la même subdivision que la

calligraphie et la sténographie; elle emploie des expressions mal

définies, comme _prolégomènes_ et _paralipomènes_[493], etc.; néanmoins

tous ceux qui s'occupent de livres et de catalogues sont d'accord pour

rendre hommage à cette œuvre[494]. Quant à nous, pour une bibliothèque

comme la nôtre, une bibliothèque privée ne dépassant pas quinze à vingt

mille volumes, c'est plutôt le cadre de classement tracé par M. Léopold

Delisle et dont il sera question ci-après[495], ou encore la

classification décimale, dont nous parlerons également plus loin[496],

que nous choisirions pour la mise en ordre de nos livres; mais le

système de Brunet est si connu, si souvent cité comme le modèle type des

classifications bibliographiques, qu'il s'impose, comme sujet d'étude

tout au moins.

Il était tout naturel que Brunet et ses devanciers plaçassent la

théologie en tête de leur liste. Dans les bibliothèques d'autrefois, au

moyen âge et même encore au XVIIIe siècle, n'était-ce pas la Bible, avec

les commentaires sur les livres saints, les traités de scolastique et de

casuistique, etc., qui occupaient le premier rang et la plus grande

place?

Dans un très beau chapitre, consacré à l'analyse et à l'apologie du

système de Brunet, Gustave Mouravit, énumérant les conditions que doit

remplir une bonne méthode de classement bibliographique, écrit[497]:

«Cette méthode sera à la fois synthétique et analytique: synthétique, en

ce qu'elle présentera dans ses principales divisions les grandes sphères

où se déploie l'activité de la pensée humaine; analytique, en ce qu'elle

offrira, dans ses moindres détails, les produits de cette activité, et

cela en suivant la filiation et l'enchaînement des objets sur lesquels

cette activité s'exerce...

«Ainsi, au sommet des choses, l'homme voit d'abord Dieu, son auteur et

sa fin. Les _matières théologiques_ se grouperont dans une PREMIÈRE

DIVISION.

«Après Dieu, au moment où l'homme se retourne vers le monde, il

rencontre les hommes, ses semblables; alors se révèlent à lui les

grandes notions du droit et du devoir, du juste et de l'injuste. La

_jurisprudence_, qui les approfondit, les formule et en règle

l'application, formera une DEUXIÈME DIVISION.

«Puis l'homme se replie sur lui-même; il veut se connaître et, avec lui,

il veut connaître aussi le monde extérieur, les rapports plus ou moins

étroits qui l'unissent à ce monde, les modifications qu'il éprouve à son

occasion et celles qu'il lui fait éprouver à son tour. C'est là

proprement le domaine _des sciences et des arts_, embrassé dans une

TROISIÈME DIVISION.

«Mais l'intelligence humaine a sa vie propre; en même temps qu'elle

cherche à étendre le champ de ses connaissances, elle essaye de se

traduire au dehors; elle emprunte la forme du langage pour se montrer

elle-même comme une manifestation, le plus souvent d'un type rêvé par

elle et qui réalise plus ou moins _le beau_ en essence. Les études sur

le langage et sur les règles qui doivent présider aux créations de

l'esprit, les œuvres qui naissent sous le souffle de l'intelligence dans

la vision d'un idéal quelconque, tout cet ensemble de connaissances et

de productions littéraires viendra se ranger, sous le titre de

_belles-lettres_, dans une QUATRIÈME DIVISION.

«Enfin, après Dieu, la justice, le monde extérieur, les manifestations

plus ou moins brillantes de la pensée, l'homme veut connaître les

destinées et de cette humanité dont il fait partie, et des choses mêmes

qui l'environnent; il veut savoir les évolutions diverses qu'ont

accomplies tant d'objets de ses spéculations: après la notion, il veut

le fait. Les _sciences historiques_ propres à l'éclairer à cet égard se

réuniront dans une CINQUIÈME DIVISION.

«Comme appendice, la _bibliographie_, qui porte son flambeau

investigateur dans toutes les parties de la science, aura sa place à

part: SIXIÈME DIVISION.

«Et, par une raison d'ordre, et de même qu'on réserve dans un vaste

édifice des appartements pour la conservation des objets qui ne

sauraient commodément trouver place ailleurs, la _polygraphie_ et les

_collections_ formeront la SEPTIÈME ET DERNIÈRE DIVISION.»

Tel est, magnifiquement exposé, le plan du système de classification dit

de Brunet, qu'en raison même de son importance et de son universalité,

nous allons continuer d'examiner, et que nous décrirons, sinon

complètement, du moins dans ses détails principaux.

Ce système comprend cinq grandes divisions ou classes: Théologie,

Jurisprudence, Sciences et Arts, Belles-Lettres, Histoire[498]. Chacune

de ces divisions comporte un nombre de subdivisions plus ou moins

considérable, dont les premières sont indiquées par des _chiffres

romains_.

Voici le tableau synoptique de ces cinq grandes divisions ou classes

avec leurs premières subdivisions. En tête de chaque colonne, nous avons

ajouté une des cinq voyelles, de sorte que les cinq grandes divisions

sont respectivement représentées, selon la méthode suivie à la

Bibliothèque nationale (salle de lecture), par les voyelles A, E, I, O,

U. On évite ainsi, dans la rédaction des fiches, de répéter sur chacune

d'elles la mention de la classe (THÉOLOGIE, JURISPRUDENCE, etc.), et

l'on remplace cette mention par la voyelle correspondante[499]. Ces

voyelles majuscules sont exprimées en caractères gras (on pourrait tout

aussi bien employer des caractères penchés, de l'_italique_) pour ne pas

être confondues avec les majuscules servant, comme nous le verrons tout

à l'heure, d'indices aux troisièmes subdivisions.

TABLEAU SYNOPTIQUE

Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir · 第 13 / 34 段