bibliothèque-meuble une hauteur supérieure à celle où peut atteindre la
main, hauteur qui dispense de l'emploi des échelles ou escabeaux et est
actuellement adoptée pour les rayonnages des principales bibliothèques
publiques[409]. Malheureusement, et comme nous l'avons déjà plus d'une
fois noté, nous sommes presque toujours logés très à l'étroit; dans les
grandes villes surtout, la place nous est mesurée avec la plus extrême
parcimonie: d'où la nécessité de n'en pas perdre un brin. La hauteur de
votre bibliothèque dépendra donc de celle de votre appartement et de la
quantité de livres que vous possédez ou avez l'intention d'acquérir.
De même pour la profondeur du meuble. Il vaudrait mille fois mieux sans
nul doute ne pas mettre de livres les uns derrière les autres; mais...
toujours le manque de place! Du moins si vous êtes contraint de doubler
ou même de tripler la profondeur de vos casiers, d'y installer, l'une
derrière l'autre, deux, voire trois rangées d'in-16 ou d'in-18, ayez
soin de les échelonner, de façon que les volumes placés sur le premier
rang ne masquent pas les titres des volumes du second rang et ceux-ci
les titres du troisième. Surélevez d'un ou deux crans, ou d'un ou deux
trous,--selon que votre rayonnage sera à crémaillères ou à
clavettes,--le deuxième rayon et d'autant le troisième. Il va de soi
que, si vous employez le rayonnage à clavettes, vous devrez, pour
pouvoir disposer plusieurs rangs de rayons en profondeur, avoir fait
préalablement adapter, non pas seulement deux bandes de bois sur les
deux bords intérieurs de chacun des montants de votre bibliothèque,
mais, entre ces bandes extrêmes, deux autres bandes, plus ou moins
distantes et pareillement percées de trous, destinés à recevoir les
clavettes _de devant_, supportant les rayons 2 et 3, les rayons du fond,
moins larges que le rayon 1.
Il existe certains petits casiers pivotants, de différentes tailles,
dits _bibliothèques tournantes_, qu'on peut installer à portée de la
main, près de la table ou même sur la table de travail, et qui vous
permettent d'alléger ainsi vos rayons et d'accroître l'espace consacré à
vos livres. On y logera naturellement de préférence les ouvrages dont on
se sert le plus: dictionnaires, annuaires, manuels, etc.
Pour obvier à l'insuffisance de place, M. Gladstone, le célèbre homme
d'État anglais, avait imaginé de disposer sa bibliothèque comme une
bibliothèque publique, de diviser son cabinet de travail par de «petits
murs de livres à hauteur d'appui, perpendiculaires aux grands côtés de
la salle et y marquant de véritables demi-cloisons. Chacun de ces petits
murs à tablettes était accessible de [des] deux côtés, et, par
conséquent, donnait place à deux rangées de volumes présentant chacune
le dos. Ces deux cloisons formaient, en avant des fenêtres, autant de
réduits favorables à la solitude et au travail; elles laissaient le haut
des surfaces disponible pour les tableaux, gravures et objets d'art;
enfin, elles supprimaient l'emploi des échelles ou des marchepieds. M.
Gladstone s'est étendu avec beaucoup de verve sur les avantages de cet
arrangement; il a démontré que, par son système, 18 000 à 20 000 volumes
pouvaient trouver place dans une salle de 10 à 12 mètres de long sur 6
de large, et cela sans lui ôter l'aspect d'un salon ou lui donner celui
d'un magasin de librairie[410].»
Mais tout le monde ne dispose pas d'une salle de 10 à 12 mètres de long
sur 6 de large, et ce procédé, si ingénieux et élégant qu'il soit,
serait inapplicable dans nos étroites petites pièces.
Si vous désirez ne pas laisser tous vos volumes ou documents exposés aux
regards de vos visiteurs, si vous possédez des livres rares, des
incunables, des manuscrits enluminés, que vous tenez à mettre en
réserve[411], à abriter contre les indiscrets et contre la poussière,
faites fermer par des portes à panneaux plus ou moins ouvragés, des
portes à charnières ou à coulisses, la partie inférieure de votre
bibliothèque ou d'une de ses travées seulement. Que les montants en
soient torsés ou cannelés, la corniche enrichie de moulures, si bon vous
semble, soit! mais n'oubliez pas que plus ce meuble sera simple, plus il
facilitera vos recherches, accélérera votre besogne, plus il vous sera
commode.
Surtout, à aucun prix, ne vous servez de ces meubles dits
«fantaisistes», de ces vitrines «galbées», de ces bahuts rocaille et
Pompadour, de ces baroques échafaudages et stupides japonaiseries, où
les rayons s'interrompent brusquement ou s'enchevêtrent les uns dans les
autres: je m'occupe d'une bibliothèque d'homme de lettres ou de
sciences, d'homme d'étude, de travailleur, et non des étagères à
bibelots d'une petite-maîtresse.
*
* *
On peut avoir à mettre en ordre une bibliothèque composée de nombreux
volumes de tous les formats, et qui se trouveraient mêlés ensemble et
amoncelés à terre. Dans ce cas, il faudrait commencer par les trier, et
c'est d'après les formats que ce tri devrait être opéré. On réunirait
donc d'abord tous les in-folio, tous les in-4, les in-8, etc.; on
s'occuperait ensuite de rassembler les volumes appartenant aux mêmes
ouvrages, ce qui se ferait aisément, ces volumes étant reconnaissables,
outre leurs égales dimensions, à la couleur de leur reliure ou à leur
titre.
C'est de même, en suivant l'ordre des formats, et, dans chaque format,
selon l'ordre alphabétique des noms d'auteurs et en allant de gauche à
droite, que les livres doivent être rangés sur les rayons. Vous mettrez
naturellement sur le ou les premiers rayons du bas vos plus grands
volumes, vos in-folio, si vous en possédez une quantité suffisante pour
leur attribuer un rayon, et vos in-4. Si vous n'avez que quelques
in-folio, il serait fâcheux, pour quatre ou cinq volumes de cette
taille, de hausser de plusieurs crans la tablette supérieure à ce
premier rang et de perdre ainsi une place précieuse. Vous joindrez donc
ces quatre ou cinq in-folio à vos deux ou trois _atlantiques_
(in-plano), format qui n'abonde pas non plus d'ordinaire dans une
bibliothèque du genre de la nôtre, et vous les rangerez à part et à
plat, vous les coucherez l'un sur l'autre dans une armoire[412],--dans
cette armoire, par exemple, que vous venez d'installer au bas et comme
en soubassement de vos rayonnages, et que vous aurez eu soin de faire
assez large pour renfermer ces grands livres. Ce rangement horizontal
aura en outre l'avantage de ménager vos atlantiques, généralement peu
épais et par suite peu résistants, qui risqueraient fort de se fatiguer
et de fléchir en restant debout.
Au-dessus des in-4, viendront, toujours par ordre alphabétique de noms
d'auteurs, et en allant toujours de gauche à droite[413], c'est-à-dire
dans le sens de la lecture, les in-8, puis les in-12 et in-18, et enfin,
près de la corniche, les plus petits formats[414].
Au lieu de l'ordre alphabétique, vous pourriez, si vous dressez un
catalogue et tenez un ou plusieurs _registres d'entrée_ de vos livres
(un pour chacun des quatre formats principaux: nous parlerons plus
loin[415] de ces formats et de ces registres), les ranger dans l'ordre
d'inscription. Mais cette méthode, convenable et indispensable aux
bibliothèques publiques, où chaque recherche d'un livre dans les rayons
exige au préalable la recherche du numéro d'inscription de ce livre au
catalogue, numéro reporté sur une étiquette collée au dos de ce même
livre, ne nous semble guère pratique pour une collection particulière et
modeste; et, justement afin de ne pas recourir sans cesse à notre
catalogue, si restreint qu'il soit, nous préférons de beaucoup le
classement par formats et par ordre alphabétique. Vos livres étant ainsi
alignés par rangs de tailles, et ces tailles allant toujours en
diminuant à mesure que les tablettes s'élèvent, la symétrique régularité
de cette disposition plaira d'emblée à la vue et produira le meilleur
effet.
M. Guyot-Daubès blâme cette méthode, et conseille de placer sur les
rayons de hauteur moyenne, en face des yeux, soit à environ 1 m. 65 du
sol, les volumes ayant le plus petit format. «La hauteur moyenne à
laquelle se trouveront les yeux d'une personne se tenant debout près de
la bibliothèque sera d'environ 1 m. 65; c'est donc sur un rayon à peu
près à cette hauteur qu'on devra placer les livres des plus petits
formats: in-12, in-16, in-18. Les titres, généralement peu apparents, du
dos de ces volumes pourront ainsi être lus avec facilité. Sur le rayon
au-dessus, on placera les volumes d'un format un peu plus grand...
Au-dessus se placeront les grands in-8[416];» etc.
Il y a là une singulière inadvertance. La force des caractères d'un
titre de livre, la lisibilité de ce titre, en d'autres termes, ne dépend
nullement du format de ce livre, mais de son épaisseur, de sa largeur de
dos. Un petit in-18 ou un in-32 de 500 pages pourra recevoir une
inscription, faite dans le sens ordinaire, le sens horizontal, bien plus
grosse, bien plus apparente que celle d'un in-8 de 50 pages ou d'une
plaquette in-4 ou in-folio. Dans ce dernier cas même, on est obligé,
faute de place horizontale, d'inscrire le titre verticalement sur le dos
du volume, ce qu'on pourrait faire d'ailleurs aussi pour un petit in-18
ou un in-32; mais ces inscriptions mises _en longueur_ ne sont jamais
bien lisibles ni bien commodes. C'est horizontalement que doivent
s'inscrire les titres au dos des volumes, et, plus ce dos sera large,
plus grosse et plus visible pourra être et sera cette inscription: cela
est de toute évidence, et vous n'avez qu'à le constater sur vos volumes.
Il y a un autre motif pour ne jamais placer au sommet de votre
bibliothèque vos plus grands formats, et c'est notre cher La Fontaine
qui vous l'enseigne dans sa fable _le Gland et la Citrouille_: un livre,
tout comme un gland qui se détache de l'arbre, peut tomber de sa
tablette, et mieux vaut recevoir sur la tête un mignon elzevier ou un
minuscule cazin qu'un énorme potiron.
C'est ici le cas de rappeler qu'il existe un petit appareil très simple
et peu coûteux destiné à retenir les livres à leur place sur les rayons.
L'_appui-livre_ se compose de deux courtes plaques métalliques
perpendiculaires l'une à l'autre: la plaque horizontale se glisse sous
les volumes à soutenir, du côté du vide, et la plaque verticale en
venant butter contre le premier de ces volumes, l'empêche de choir, et
retient ainsi debout et serrés les uns contre les autres les livres de
toute la rangée. Il faut avouer néanmoins que cet appareil n'a guère
d'efficacité que pour les volumes de petit format: les in-4 et les in-8,
les in-18 mêmes, réussissent aisément, par leur poids, à pousser
l'appui-livre, à le faire céder, et le rendent ainsi inutile. On
emploie, dans certaines bibliothèques publiques des États-Unis, un
appui-livre tout à fait primitif et bien plus pratique: «c'est une
simple brique de construction, enveloppée de papier bulle, et dont le
poids suffit à maintenir debout les in-octavo et les in-quarto[417].»
*
* *
La méthode de classement adoptée à la Bibliothèque nationale et dans les
bibliothèques universitaires peut nous servir, sinon de base, du moins
d'indication pour le rangement de nos volumes. Ainsi que nous l'avons
vu[418], les livres sont répartis, d'après leurs formats, à la
Bibliothèque nationale, en cinq catégories, et, dans les bibliothèques
universitaires, en trois seulement. Ces trois catégories, avons-nous
dit, sont les suivantes:
1º _Grand format_ (comprenant tous les volumes dépassant 35
centimètres);
2º _Moyen format_ (comprenant les volumes hauts de 25 à 35 centimètres);
3º _Petit format_ (comprenant les volumes au-dessous de 25 centimètres).
Dans une bibliothèque privée, du genre de celle dont nous nous occupons,
les volumes dépassant 35 centimètres de hauteur sont généralement peu
nombreux; les volumes au-dessus de 25 centimètres sont même bien moins
abondants que ceux du _format Charpentier_ (18 centimètres[419]); ce
sont ces derniers dont on publie le plus aujourd'hui, comme nous l'avons
remarqué en traitant des formats, et qui ont chance de se trouver chez
nous en majorité. Réservons-leur donc la plus large place, et, afin de
la ménager le plus possible, la place, de créer le moins de vide
possible entre nos rayons, au-dessus de nos rangées de livres,
établissons quatre sections[420], au lieu de trois, et espaçons nos
rayons en conséquence:
1º _Très grand format_: volumes in-4 cavalier ou in-4 jésus,
c'est-à-dire volumes d'une hauteur à peu près égale à 31 ou 35
centimètres; les volumes de format supérieur, les quelques in-folio et
les atlantiques, étant, avons-nous dit tout à l'heure[421], rangés à
part, couchés l'un sur l'autre, dans une armoire;
2º _Grand format_: volumes in-8, ou, plus exactement et plus
complètement, volumes supérieurs à l'in-18 jésus et inférieurs à l'in-4
cavalier, c'est-à-dire ayant de 19 à 31 centimètres de hauteur;
3º _Moyen format_: volumes in-18 jésus, ou approximatifs (in-16 raisin,
in-12 carré, etc.), c'est-à-dire ayant environ 18 centimètres de
hauteur;
4º _Petit format_: volumes dont la hauteur est inférieure à 16 ou 17
centimètres (in-24 écu, in-32 jésus, etc.).
Que ce désir, si légitime, d'utiliser le maximum de place dont nous
disposons, ne nous empêche cependant pas de laisser, au-dessus de chaque
rangée de livres, entre la tête de ceux-ci et la tablette supérieure, un
peu d'espace, deux centimètres environ, afin de pouvoir aisément glisser
la main dans cet intervalle, et retirer ou replacer sans difficulté nos
volumes.
Mais comment concilier le classement par formats avec le classement par
matières? Car tout le monde ne peut, à l'exemple, paraît-il, de M. de
Talleyrand, ne garder dans sa bibliothèque que des volumes d'un seul et
même format, ce qui évidemment simplifiait de beaucoup la question et
supprimait toute difficulté. Et ce format, tant affectionné par
l'illustre diplomate, inutile de vous prévenir que c'était l'in-8: vous
vous souvenez de ce que nous avons dit de la vogue de l'in-8 dans toute
la première moitié du XIXe siècle[422]? M. de Talleyrand, assure-t-on,
ne voulait «souffrir» sur ses rayons «que des lignes immenses d'in-8,
tous rangés en bataille comme des grenadiers prussiens[423]».
Vous, qui n'êtes pas aussi exclusif, qui possédez des livres de toutes
dimensions, comment donc ferez-vous pour que le rangement par formats se
concilie avec l'ordre des matières?
La difficulté n'a d'importance, à vrai dire, et selon la remarque de
Tenant de Latour, que pour «les grands établissements publics, où la
confusion d'ailleurs se mettrait trop aisément sans cela. Mais, dans une
bibliothèque de quelques milliers de volumes, où l'on n'est pas obligé,
où il ne serait pas possible d'admettre tous les ouvrages qui se
rattachent à chaque division, où l'on n'admet assez généralement que des
livres plus ou moins utiles ou plus ou moins aimés, là où toute une
matière peut être représentée par cent volumes de formats divers[424],»
il est toujours relativement facile de ranger ces volumes avec
régularité, élégance et commodité.
Si vous tenez absolument, ce qui est du reste très légitime, à classer
ensemble tous vos volumes traitant de la même matière, employez le
_classement vertical_ préconisé par M. Guyot-Daubès. Vous voulez, par
exemple, que tous vos ouvrages sur l'histoire de France se trouvent
réunis. Au-dessus de vos in-4 traitant de ce sujet, placez vos in-8
consacrés à la même question; au-dessus de vos in-8, rangez vos in-12 et
in-18 ayant trait pareillement à notre histoire nationale, et, au-dessus
des in-12 et in-18, les in-24 et in-32 qui s'en occupent aussi. Vous
rangerez de même, à la suite des précédents, les volumes relatifs à la
littérature, à la linguistique, aux beaux-arts, etc. «Par ce moyen, la
bibliothèque conserve son aspect de régularité et de bonne disposition,
toute la place est bien utilisée, et il n'y a pas d'emplacement perdu
par suite de la présence de petits volumes dans des rayons largement
espacés; le _classement vertical_ a donc une importance sur laquelle on
ne saurait trop insister[425].»
Mais, dans chacune de ces catégories: histoire de France, littérature,
linguistique, beaux-arts, etc., n'oubliez pas de ranger toujours vos
volumes par ordre alphabétique de noms d'auteurs, ce qui facilitera de
beaucoup vos recherches, et toujours de gauche à droite sur chaque
rayon, comme nous l'avons dit.
Un autre système de classement, applicable seulement aux bibliothèques
particulières, se trouve mentionné, sinon préconisé, par l'auteur des
_Mémoires d'un bibliophile_. Il est de beaucoup plus simple, et on peut
le dire aussi original que rationnel pour certains lecteurs ou amateurs.
C'est le système employé par M. d'Herbouville, directeur général des
postes de 1815 à 1816, «possesseur d'une magnifique bibliothèque, et
l'un des hommes de France le plus en état de la bien classer[426]». Il
consiste tout bonnement à «mettre les plus beaux livres devant, et les
plus laids derrière[427]».
D'autres amoureux des livres placeront devant, bien à portée de la main,
leurs volumes préférés, ceux qu'ils relisent ou consultent le plus
fréquemment.
Tous ces systèmes ont du bon pour une collection particulière: vous
n'êtes pas et ne pouvez être astreint, dans votre bibliothèque, qui ne
sert qu'à vous seul, au même ordre, à la même rigoureuse méthode, qui
doit régir un établissement public. Le point capital pour vous, ou même
le seul point à retenir, c'est que votre classement vous plaise et que
vous le possédiez jusqu'au bout des doigts, de façon à aller quérir sans
lumière ou les yeux fermés n'importe lequel de vos volumes, c'est qu'il
vérifie et confirme l'excellente règle posée par un bibliophile anonyme:
«Un livre doit être placé dans une bibliothèque de manière à n'être
jamais cherché, mais tout simplement pris[428].»
CHAPITRE VIII
DES CATALOGUES ET DE LA CLASSIFICATION BIBLIOGRAPHIQUE
Différentes sortes de catalogues.--Catalogue alphabétique ou par noms
d'auteurs.--Emploi des fiches.--_Ex-libris._--Timbrage et _rondage_ des
volumes.--Détermination du _mot d'ordre_ et classement des fiches:
nombreux cas douteux et principales difficultés.
Catalogue méthodique ou systématique, c'est-à-dire par ordre de
matières.--Classification de J.-Ch. Brunet.--Autres systèmes de
classification bibliographique.--Classification décimale de M. Dewey.
«On ne jouit vraiment de ses livres qu'à la condition de les classer, de
les garder et de les cataloguer,» a prétendu l'académicien
Cuvillier-Fleury[429]. Et Jules Richard affirme de son côté que, dès
qu'un «bibliophile amateur a commencé sa collection..., il lui faut tout
de suite un catalogue; il le lui faut absolument; car il n'y a pas de
vrai bibliophile ni de bibliothèque bien classée sans catalogue[430]».
Sans être aussi certain de la rigoureuse et inflexible nécessité de
cette condition, du moins pour une modeste bibliothèque comme la nôtre,
occupons-nous donc le plus succinctement possible, et si complexe, si
rébarbative et ingrate que soit la matière, du catalogage des livres et
de leur classification.
Les livres peuvent se classer et se cataloguer soit par noms d'auteurs:
c'est le catalogue _alphabétique_ ou _onomastique_;--soit d'après les
titres des ouvrages, c'est-à-dire par ordre de matières: c'est le
catalogue _méthodique_, nommé aussi _systématique_ ou
_idéologique_;--soit selon la place que les volumes occupent sur les
rayons: c'est le catalogue _topographique_, appelé par les Allemands
_Lokal-Katalog_[431]. On peut aussi les classer d'après leurs dates de
publication ou d'impression, et l'on a le catalogue _chronologique_; ou
d'après leurs lieux d'impression, ce qui donne le catalogue
_géographique_: ces deux dernières sortes de catalogues sont presque
exclusivement réservées aux incunables, et nous ne nous occuperons que
des deux premières, du catalogue alphabétique et du catalogue
méthodique.
Le catalogue alphabétique, écrit M. Albert Maire[432], «est le plus
important des catalogues d'une bibliothèque, celui qui est consulté sous
toutes ses formes et à tous les instants». Le catalogue méthodique ne
lui cède guère en utilité et mérite, et rend aussi les plus grands
services. Avez-vous à chercher le titre d'un livre dont vous connaissez
le nom de l'auteur, vous le trouvez sans difficulté avec le catalogue
alphabétique; mais si vous ne connaissez pas ce nom, ou encore si vous
voulez vous rendre compte du nombre d'ouvrages publiés sur une matière,
c'est au catalogue méthodique qu'il faut recourir. Tous deux sont donc,
et à peu près au même degré, d'un usage essentiel dans les bibliothèques
publiques et les grandes collections.
Un principe tout d'abord: ne vous servez pas de registres pour
cataloguer vos volumes, mais de fiches ou cartes[433], faites en bon
papier épais, de 8 ou 10 centimètres de large sur 12 ou 14 de haut, et
que vous rangerez, par ordre alphabétique, dans une longue boîte en
bois[434], ou, si vos livres, et par conséquent vos fiches, sont en
petit nombre, simplement en fort carton. En tête de chaque lettre, il
est bon de placer une fiche, dite _vedette_, plus haute que les autres
et de couleur différente, portant à son sommet mention de cette lettre.
Si votre bibliothèque comprend beaucoup de volumes, quatre ou cinq mille
au moins, il sera préférable d'employer des fiches articulées, qui se
classent dans des boîtes en chêne, traversées dans toute leur longueur
par une vis sans fin. Ces fiches, échancrées à leur partie inférieure ou
talon[435], se placent à cheval sur la vis sans fin. Chaque talon est
réuni, par une articulation en toile, au corps de la fiche, à la fiche
proprement dite, ce qui donne à celle-ci une grande mobilité, et rend
les recherches des plus faciles. Chaque talon possède en outre, à droite
et à gauche, un petit rebord en saillie qui vient s'engager dans une
rainure tracée dans les parois latérales de la boîte. Le talon de la
fiche étant ainsi, grâce à ce rebord, plus large que la boîte, il faut
le diriger obliquement pour l'y faire entrer; lorsqu'il est en place, la
fiche se trouve comme fixée, par sa partie inférieure, son talon, dans
la boîte, et ne peut en être retirée verticalement. Il n'y a plus qu'à
manœuvrer la vis au moyen d'une clef spéciale, qu'on ôte à volonté, pour
faire avancer un écrou qui serre et immobilise les talons de toutes les
fiches et, par suite, empêche celles-ci de se déplacer ou d'être
enlevées. Mais chacune d'elles, grâce à l'articulation de toile, peut se
mouvoir en avant et en arrière, osciller sur son talon, et par
conséquent être aisément consultée. Veut-on extraire de la boîte ou y
insérer une ou plusieurs fiches? Il suffit de desserrer la vis. Cet
ingénieux système de fiches et de boîtes, d'usage fréquent dans les
bibliothèques publiques, porte le nom de son inventeur, M. Ferdinand
Bonnange[436].
Sur chaque fiche on inscrit:
1º Le nom et le ou les prénoms de l'auteur: c'est ce nom qui devient le
_mot d'ordre_ de la fiche, c'est-à-dire qui en détermine le classement:
aussi doit-il être écrit en tête et en gros caractères, bien détaché de
la suite de l'inscription;
2º Le titre (autant que possible complet) du livre, et, s'il y a lieu,
le chiffre de l'édition;
3º L'_adresse_, c'est-à-dire le lieu de publication, le nom de
l'éditeur[437] et la date de publication ou millésime;
4º L'indication du nombre de volumes, du format,--beaucoup y ajoutent le
nombre de pages,--et de l'état matériel du ou des volumes de chaque
ouvrage[438]: brochés, reliés, non rognés, dorés sur tranches, etc. Ces
dernières indications se mettent toujours en abrégé: _br._, _r._ ou
_rel._, _n. r._, _d. s. tr._ (Voir à l'Appendice: ABRÉVIATIONS.) Si le
titre ne mentionne pas la date de l'édition, on inscrit sur la fiche _s.
d._ (sans date) ou _s. m._ (sans millésime), et si le lieu de
publication n'y figure pas non plus, on le constate de cette façon: _s.
l. n. d._ (sans lieu ni date) ou _s. l. n. m._ (sans lieu ni millésime).