Non, car, avec ce système, vous vous priveriez de livres cherchés en

vain par vous depuis longtemps et dont vous avez le plus grand besoin;

vous laisseriez échapper les aubaines les plus belles, les plus

inespérées. Encore une fois, rien d'absolu sur terre. Évidemment Jules

Janin a eu raison de mettre en garde les bibliophiles contre les

entraînements auxquels ils sont si tentés de succomber; il a eu raison

de les dissuader d'encombrer leurs rayons de livres qu'ils ne liront

jamais; très justement il conclut qu'«avec cette nécessité de lire

entièrement ce qu'on achète, on y regarde à deux fois avant d'acheter;

on se méfie un peu plus de ce qui est rare et curieux, pour se tenir aux

chefs-d'œuvres honorés de l'assentiment du genre humain[377].» Mais ce

«bon gros critique, comme le remarque si bien M. Jules Le Petit[378],

n'a jamais dû connaître à fond la passion des livres, ni la joie intime

que nous procure l'acquisition d'un volume souhaité, ni le serrement de

cœur qu'on éprouve à voir passer en d'autres mains l'objet qu'on

espérait obtenir».

«Le premier motif qui doit nous pousser à acquérir un ouvrage, dit

encore M. Jules Le Petit[379], c'est le désir de le lire, soit

immédiatement, soit plus tard, dans des moments de loisir. Il arrive

bien souvent, hélas! que ces moments-là ne viennent pas vite ou ne

viennent jamais...»; du moins on a le volume sous la main, on sait qu'il

est là, qu'on peut l'ouvrir, le consulter, le parcourir, et c'est ce

qu'on finit toujours par faire un jour ou l'autre, ne fût-ce qu'un

instant. «Il se passera plusieurs jours et des mois, sans que je les

employe (mes livres), selon l'aveu de Montaigne[380]; ce sera tantost,

dis-je, ou demain, ou quand il me plaira: le temps court et s'en va ce

pendant sans me blesser; car il ne se peult dire combien je me repose et

sejourne en cette consideration, qu'ils sont à mon costé pour me donner

du plaisir à mon heure, et à recognoistre combien ils portent de secours

à ma vie.»

L'essentiel, c'est de ne pas acheter au hasard et au tas, comme ce

monomane[381], ancien notaire devenu maire d'un arrondissement de Paris

et député sous le premier Empire, qui avait fait emplette de plusieurs

centaines de mille de volumes[382], dont il avait rempli trois maisons,

de la cave au grenier. L'important, l'intéressant et l'attrayant, c'est

d'avoir un but, de poursuivre une piste,--c'est d'avoir vos sujets

d'étude préférés et vos auteurs attitrés, et de vous y tenir.

Et alors vous goûterez vraiment et savourerez pleinement vos livres;

vous ferez partie de cette phalange d'hommes heureux dont parle

Balzac[383], de ces collectionneurs, qui,--dussent-ils, dans leur hôtel

ou leur mansarde, ne s'ingénier qu'à réunir des affiches ou aligner des

tabatières,--connaissent les moins précaires et les plus douces joies de

ce monde[384].

CHAPITRE VII

DE L'AMÉNAGEMENT D'UNE BIBLIOTHÈQUE ET DU RANGEMENT DES LIVRES

Comment les livres étaient rangés autrefois.--Conditions d'une bonne

installation pour une bibliothèque: exposition, emplacement, local,

meubles, rayonnages, etc.--Rayonnages fixes,--mobiles;--à

crémaillères,--à clavettes.--Nous manquons de place.--Bibliothèques

tournantes.--Divers modes de rangement et de classement des livres:

classement horizontal, de gauche à droite, par ordre alphabétique de

noms d'auteur; appui-livre;--classement vertical, par ordre de

matières;--classement _ad libitum_: les plus beaux livres ou les plus

aimés sur le devant, par derrière les vilains ou les moins appréciés.

Ainsi que d'anciens documents, notamment d'anciennes images ou gravures,

nous l'apprennent, les livres se plaçaient autrefois à plat, couchés les

uns à la suite des autres, sur des rayons le plus souvent inclinés et

garnis de rebords[385]. En raison de cette disposition, les titres des

volumes étaient inscrits sur les plats, et l'on ne donnait aux dos,

qu'on voyait à peine, aucun ornement. Des clous de cuivre à large tête,

fixés aux quatre coins des plats, préservaient ceux-ci du frottement

contre le bois des rayons.

Le nombre des livres augmentant, on se décida à les placer les uns sur

les autres, et pour cela on dut commencer par supprimer l'inclinaison

des rayons et les rendre tous horizontaux. On cessa alors d'inscrire le

titre sur le plat supérieur, et l'on mit cette inscription en longueur

au dos du volume. Puis, au lieu d'empiler les livres, qui abondaient de

plus en plus, on trouva plus commode de les ranger debout sur la

_queue_, alignés et serrés les uns contre les autres[386]. C'est encore

ainsi qu'on procède.

Dans certaines bibliothèques publiques, à Leyde[387], à la Laurentienne

de Florence, à la cathédrale d'Hereford, etc., les livres étaient

attachés par des chaînettes de fer à leurs rayons ou à leurs pupitres,

de façon qu'on pût les consulter sur place, mais non les emporter. Ces

livres,--_catenati_, enchaînés,--dont les plats étaient en bois revêtu

de peau ou d'étoffe, et garnis de fermoirs et de coins, étaient parfois

très lourds, et l'on montre encore à la Laurentienne un volumineux

recueil manuscrit des épîtres de Cicéron, _Epistolæ ad familiares_, tout

bardé de cuivre, qui, en tombant sur la jambe gauche de Pétrarque, y

engendra une grave maladie et faillit rendre l'amputation

nécessaire[388].

*

* *

Dans son célèbre _Katechismus der Bibliliothekenlehre_, le docteur Jules

Petzholdt, «le vieux maître de la bibliographie allemande[389]», émet, à

propos des bibliothèques publiques, des considérations qui ne sont

malheureusement que trop exactes, et sur lesquelles on ne saurait trop

appeler l'attention:

«On bâtit des écuries pour les chevaux et pour les vaches, et l'on

n'oublie pas de rechercher si l'endroit choisi et les constructions

projetées remplissent les conditions voulues:--pour ces chers animaux,

on ne néglige rien!--Ne serait-il pas équitable de demander que l'on

apporte la même attention et les mêmes soins à la construction de ces

bibliothèques, où des milliers de savants viennent en quelque sorte

puiser la substance de leurs travaux? Espérons que l'on finira par se

persuader, dans un avenir prochain, que de semblables exigences n'ont

rien que de raisonnable[390].»

Bien que nous ne nous occupions que d'une bibliothèque privée et de

modeste étendue, le vœu si légitime de Petzholdt méritait d'être

rappelé, et il convient, toute proportion gardée, d'en tirer profit pour

notre sujet.

De la bonne disposition et du bon ordre de notre bibliothèque dépendent,

en très grande partie, le plaisir et les services que nous tirerons

d'elle: selon une ingénieuse comparaison formulée par Herder[391], une

bibliothèque bien organisée est comme «un capital dont les intérêts

seraient perçus par l'intelligence»; et, bien avant lui, un de nos

premiers bibliographes,--premiers, par droit d'ancienneté et par rang de

mérite,--le savant Gabriel Naudé, nous a prévenus qu'une collection de

livres en désordre ne mérite pas le nom de bibliothèque, qu'une

bibliothèque non rangée, c'est une bibliothèque qui n'existe pas[392].

Bien que vieux de près de trois cents ans, les conseils rassemblés par

lui dans son _Advis pour dresser une bibliothèque_ sont encore pleins

d'utilité et d'à-propos, et nous ne saurions mieux faire que de rappeler

ici ceux qui ont trait à la question dont nous nous occupons, à

l'emplacement et au rangement des livres:

«Pour ce qui est de la situation et de la place où l'on doit bastir ou

choisir un lieu propre pour une bibliothèque, il semble que ce commun

dire:

_Carmina secessum scribentis et otia quærunt,_

nous doive obliger à le prendre dans une partie de la maison plus

reculée du bruit et du tracas, non seulement de ceux de dehors, mais

aussi de la famille et des domestiques, en l'éloignant des rues, de la

cuisine, sale (salle) du commun, et lieux semblables, pour la mettre,

s'il est possible, entre quelque grande court et un beau jardin où elle

ait son jour libre, ses veues bien estendues et agréables, son air pur,

sans infection de marets, cloaques, fumiers, et toute la disposition de

son bastiment si bien conduitte et ordonnée, qu'elle ne participe aucune

disgrace ou incommodité manifeste.

«Or, pour en venir à bout avec plus de plaisir et moins de peine, il

sera toujours à propos de la placer dans des estages du milieu, afin que

la fraischeur de la terre n'engendre point le remugle, qui est une

certaine pourriture qui s'attache insensiblement aux livres; et que les

greniers et chambres d'enhaut servent pour l'empescher d'estre aussi

susceptible des intempéries de l'air, comme sont celles qui pour avoir

leurs couvertures basses ressentent facilement l'incommodité des pluyes,

neiges et grandes chaleurs. Ce que s'il n'est pas autrement facile

d'observer, au moins faut-il prendre garde qu'elles soient élevées de la

hauteur de quatre ou cinq degrez, comme j'ay remarqué que l'estoit

l'Ambroisienne à Milan, et le plus haut exhaussées que l'on pourra, tant

à raison de la beauté que pour obvier aux incommodités susdites: sinon

le lieu se trouvant humide et mal situé, il faudra avoir recours ou à la

natte, ou aux tapisseries pour garnir les murailles, et au poisle ou

bien à la cheminée, dans laquelle on ne bruslera que du bois qui fume

peu, pour l'eschauffer et desseicher pendant l'hyver et les jours des

autres saisons qui seront plus humides.

«Mais il semble que toutes ces difficultez et circonstances ne soient

rien au prix de celles qu'il faut observer pour donner jour et percer

bien à propos une bibliothèque, tant à cause de l'importance qu'il y a

qu'elle soit bien esclairée jusques à ses coins plus éloignez, qu'aussi

pour la diverse nature des vents qui doivent y souffler d'ordinaire, et

qui produisent des effects aussi différents que le sont leurs qualitez

et les lieux où ils passent. Sur quoy je dis que deux choses sont à

observer: la première, que les croisées et fenestres de la bibliothèque

(quand elle sera percée des deux costez) ne se regardent diamétralement,

sinon celles qui donneront jour à quelque table; d'autant que par ce

moyen les jours ne s'esvanoüyssant au dehors, le lieu en demeure

beaucoup mieux esclairé. La seconde, que les principales ouvertures

soient tousjours vers l'Orient, tant à cause du jour que la bibliothèque

en pourra recevoir de bon matin, qu'à l'occasion des vents qui soufflent

de ce costé, lesquels estans chauds et secs de leur nature rendent l'air

grandement tempéré, fortifient les sens, subtilisent les humeurs,

espurent les esprits, conservent nostre bonne disposition, corrigent la

mauvaise, et, pour [tout] dire en un mot, sont très sains et salubres:

où, au contraire, ceux qui soufflent du costé de l'Occident sont plus

fascheux et nuisibles, et les Méridionaux plus dangereux que tous les

autres, parce qu'estans chauds et humides ils disposent toutes choses à

pourriture, grossissent l'air, nourrissent les vers, engendrent la

vermine, fomentent et entretiennent les maladies, et nous disposent à en

recevoir de nouvelles[393]; aussi sont-ils appelez par Hippocrate:

_Austri auditum hebetantes, caliginosi, caput gravantes, pigri,

dissolventes_, parce qu'ils remplissent la teste de certaines vapeurs et

humiditez qui espaississent les esprits, relaschent les nerfs, bouschent

les conduits, offusquent les sens, et nous rendent paresseux et presque

inhabiles à toutes sortes d'actions. C'est pourquoy, au défaut des

premiers, il faudra avoir recours à ceux qui soufflent du Septentrion,

et qui, par le moyen de leurs qualitez froide et seiche, n'engendrent

aucune humidité, et conservent assez bien les livres et papiers[394].»

*

* *

Ainsi, placer la bibliothèque dans l'endroit le moins bruyant de la

maison;--pas trop haut ni trop bas, c'est-à-dire ni dans les greniers ni

dans les sous-sols et rez-de-chaussée;--la bien éclairer: qu'il n'y ait

pas de coins sombres;--qu'elle soit autant que possible exposée à l'est,

ou, à défaut de l'est, au «septentrion»: tels sont les principes

formulés jadis par le sagace Naudé, et qui méritent encore d'être cités

comme base essentielle de l'installation de toute bibliothèque.

A propos de l'exposition septentrionale, si la plupart des bibliographes

se sont rangés à l'opinion de Vitruve et de Naudé, et préfèrent

l'exposition orientale[395], il convient de rappeler cependant que la

première de ces expositions a eu et a encore ses partisans. Louis Savot,

médecin de Louis XIII et auteur d'un traité sur _l'Architecture

française_, «pense qu'une bibliothèque serait mieux placée du côté du

septentrion, parce que l'air du nord étant plus pur, ne peut corrompre

ni altérer le papier et la couverture des livres[396]»; et un

bibliographe moderne, Alkan aîné, estime également que «la disposition

du franc nord est plus favorable aux livres que le midi ou le levant

même... Nous avons, ajoute-t-il, conservé, pendant un quart de siècle,

dans une grande pièce située au nord, chauffée par un simple tuyau

traversant, d'une chambre voisine, toute une bibliothèque, qui n'est

pas, comme l'on sait, sans importance. Pas un volume endommagé[397]!»

Si les meubles ou rayonnages destinés à contenir les livres devaient

être adossés à un mur portant des traces persistantes d'humidité, il

serait nécessaire de supprimer au préalable cette source de danger, et

pour cela on pourrait recourir au procédé indiqué par M. Jules

Cousin[398]. «Il consiste à donner au mur plusieurs couches d'huile

bouillante, et à le recouvrir ensuite de feuilles de plomb laminé, que

l'on fixe avec de petits clous. On peut alors, sans inconvénient, en

approcher les rayons. Ce procédé, un peu dispendieux sans doute, est

très sûr, et il serait opportun de l'employer lorsqu'on a de grandes

surfaces atteintes par l'humidité.»

L'humidité d'ailleurs est la grande ennemie des livres, et l'on ne

saurait prendre contre elle trop de précautions. Si solide et si sec que

soit le parquet de la pièce où ils sont renfermés, les

volumes,--notamment ceux «du bas», c'est-à-dire appartenant à l'infime

rangée de la bibliothèque,--ne devront jamais y reposer directement:

cette rangée doit, comme les autres, posséder son rayon particulier,

élevé d'au moins dix ou quinze centimètres au-dessus du parquet. Ils ne

devront pas non plus toucher le mur contre lequel s'appuient leurs

supports ou rayons, si indemne d'humidité que paraisse ce mur: il faut,

comme nous le verrons surtout en parlant de l'entretien des livres[399],

que l'air circule librement autour d'eux, qu'ils puissent en quelque

sorte respirer à l'aise.

*

* *

Si les meubles propres à renfermer les livres peuvent différer selon

l'emplacement qu'ils occupent et le degré de fortune de leur

propriétaire, il est néanmoins certaines règles qu'il convient de ne pas

oublier.

D'abord, c'est que, comme nous le disions il y a un instant, «les

livres, et surtout les reliures, ont besoin d'air. Un livre est un être

vivant, il faut qu'il respire. Je suis convaincu par expérience, écrit

Jules Richard[400], qu'à la longue un volume relié s'abîme moins sur un

rayon que dans un meuble hermétiquement fermé. Nos ancêtres, qui

joignaient la prudence à la connaissance des choses, mettaient souvent

des portes à leurs armoires-bibliothèques, mais elles étaient

grillagées. Aujourd'hui les vrais amateurs ont des armoires ouvertes...»

Donc, pas de meubles fermés, pas de portes à vos rayonnages. En plus des

avantages ci-dessus énumérés, cette suppression vous vaudra double

profit: économie d'argent dans la fabrication du meuble, économie de

temps dans la recherche et le maniement de vos livres.

Faites-le, ce meuble, aussi pratique, partant aussi simple que possible,

un _rayonnage_ encore une fois[401], c'est-à-dire des montants destinés

à supporter des tablettes ou rayons, avec, dans le bas, une plinthe pas

trop élevée, et, dans le haut, une corniche qui ne mange pas trop de

place;--car c'est la place qui, généralement et à Paris surtout, manque

le plus dans nos appartements modernes.

On fabrique actuellement des sortes de rayonnages entièrement en métal,

en tôle vernissée ou émaillée, qui présentent de grandes garanties

contre les risques d'incendie, et rendent beaucoup plus faciles le

démontage, le transport, ainsi que le nettoyage et tous les soins de

propreté d'une bibliothèque.

Mais ne nous occupons que des systèmes plus en usage et courants, des

meubles en bois, destinés à un cabinet de travail ou à une chambre

d'étudiant.

Le chêne, le noyer, l'acajou, le palissandre, le poirier noirci, qui

imite si bien l'ébène, sont les essences qui, si votre budget vous le

permet, conviennent le mieux pour les montants, plinthes et corniches de

vos bibliothèques[402]. Pour les tablettes, contrairement à l'avis de

Peignot, employez un bois moins dur, aussi bien pour ne pas donner un

poids inutile à votre meuble qu'afin de vous épargner un non moins

inutile surcroît de dépense: le pin ou le pitchpin, passé en couleur, de

façon à s'harmoniser avec les montants, et garni, sur le côté extérieur,

d'une baguette de même essence qu'eux, suffira très bien et vous

satisfera pleinement.

Si vos humbles ressources vous contraignent à la plus stricte économie,

laissez de côté le chêne et autres bois compacts et coûteux, et

n'employez, pour toute votre bibliothèque,--vous ne vous en trouverez

pas plus mal,--pour les tablettes, aussi bien que pour les montants, la

plinthe et la corniche ou simple saillie, que des bois résineux, ennemis

des insectes, et de prix modique: pin, pitchpin, mélèze, etc., auxquels

vous ferez donner la teinte qu'il vous plaira.

Qu'il n'y ait jamais guère plus d'un mètre d'intervalle entre vos

montants; en d'autres termes, que vos tablettes n'aient jamais plus de 1

mètre à 1 m. 30 de longueur: avec une portée plus grande, elles

risqueraient de fléchir sous le poids des livres[403]. Leur largeur sera

naturellement subordonnée à la profondeur de votre bibliothèque,

c'est-à-dire que cette largeur variera selon que vous vous proposez

d'avoir ou de n'avoir pas plusieurs rangées de livres les unes derrière

les autres. Avec une seule rangée, vous pourriez donner à vos tablettes

un peu plus de la largeur de vos plus grands volumes, de vos in-4, par

exemple (0 m. 23), soit 25 centimètres. Pour l'épaisseur, 2 centimètres

sont suffisants.

Il est important que la face antérieure des montants ne déborde pas sur

les tablettes, qu'elle en laisse bien les deux extrémités à découvert,

de façon à ne pas cacher les livres placés à ces extrémités, et à

permettre de prendre et de remettre ces volumes aisément, sans risque de

les froisser et endommager.

*

* *

Comment adapter les tablettes aux montants? Et d'abord, faut-il qu'elles

soient fixes ou mobiles?

Les livres devant être, ainsi que nous l'expliquerons plus loin, rangés

selon leur hauteur ou format, il n'y aurait guère d'inconvénients, comme

le constatent MM. Albert Maire et Guyot-Daubès[404], à ce que les

tablettes fussent établies à demeure, c'est-à-dire fixées directement

aux montants au moyen de mortaises, ou, _ce qui vaudrait moins_, à cause

des inégalités et saillies intérieures qui en résulteraient, posées sur

des tasseaux cloués à ces montants. En tout cas, il serait prudent de

clouer par l'extérieur et de bien s'assurer qu'aucune extrémité de clou

ne dépasse à l'intérieur et ne peut érafler les volumes.

Mais, malgré l'opinion des deux bibliographes précités, les tablettes

mobiles sont généralement préférées aux tablettes fixes[405]; elles

offrent d'ailleurs certains incontestables avantages, en cas de

déménagement, par exemple[406], ou de simple changement de place. Donc,

ces tablettes ou rayons mobiles, par quoi les soutenir et comment les

manœuvrer?

Le système des crémaillères a été longtemps en honneur et est encore

communément employé. On sait en quoi il consiste. A l'intérieur des deux

montants d'une bibliothèque ou de toute travée de bibliothèque, sur le

bord antérieur et sur le bord postérieur de chacun de ces montants, sont

fixées de longues bandes de bois taillées en dents de scie et placées

autant que possible de telle sorte que les dents de ces crémaillères

soient exactement en face les unes des autres. On prend des tasseaux,

sorte de languettes de bois dont les bouts sont coupés en biseau, et on

les encastre deux par deux, à la hauteur que l'on désire, dans les crans

de ces crémaillères, en ayant soin que ces crans se correspondent, se

trouvent bien vis-à-vis, sur le même plan horizontal. S'il en était

différemment, si l'un des tasseaux était plus bas ou plus haut que

l'autre, la tablette qu'on y poserait suivrait évidemment cette

inclinaison et pencherait d'un côté ou de l'autre.

Outre que la pose et la stabilité des tasseaux sont souvent contrariées

par le perpétuel jeu du bois, nous retrouvons, avec ce système, le même

inconvénient, voire un inconvénient pire, que dans le système de tout à

l'heure, où les tasseaux étaient cloués aux montants, puisque à la

saillie des tasseaux s'ajoute maintenant celle des quatre crémaillères

intérieures, de toute cette quantité de crans et de dents de scie,

d'aspérités disposées à souhait pour rayer et déchirer les couvertures

des volumes placés dans leur voisinage, c'est-à-dire aux extrémités de

chaque rayon. Aussi ferez-vous bien, si vous employez ce mode de

support, d'appliquer à ces extrémités, contre chaque couple de

crémaillère, une feuille de carton assez épais, destinée à protéger le

livre menacé.

Le système des clavettes ou pitons, que nous allons maintenant examiner,

est, sans comparaison, de beaucoup préférable à celui des crémaillères.

Au lieu d'être munis, sur chacun de leurs bords intérieurs, de cette

longue bande de bois taillée en dents de scie, les deux montants de la

bibliothèque sont à demi percés, en cette même place, d'une suite de

petits trous, également espacés de trois en trois centimètres, et dans

lesquels on introduit des clavettes ou pitons en fer ou en cuivre[407].

C'est sur la tête de ces clavettes, qui est aplatie et offre une surface

saillante d'environ un centimètre et demi carré, que les rayons de la

bibliothèque viennent s'appuyer. Il faut quatre clavettes pour chaque

rayon, deux de chaque côté, comme il fallait tout à l'heure quatre crans

de crémaillère, deux par tasseau; et, de même qu'on devait avoir grand

soin de choisir ces quatre crans bien en face les uns des autres, il est

indispensable que les quatre trous destinés à recevoir les clavettes

correspondent exactement, soient bien sur le même plan horizontal.

Quoique l'épaisseur de la tête des clavettes soit relativement minime et

ne dépasse guère trois ou quatre millimètres, il est bon, afin

d'empêcher la clavette d'accrocher ou d'écorner la tête des livres, de

ménager dans l'épaisseur du rayon, à ses deux extrémités, quatre

échancrures où viendront librement s'emboîter les têtes des quatre

clavettes: le rayon n'en sera que plus solidement assis, et toute

aspérité, toute saillie, sera supprimée. On remplace même parfois les

clavettes métalliques par des clavettes de bois, auxquelles

naturellement on donne plus d'épaisseur et plus de longueur, des espèces

de _tenons_, auxquels correspondent des _mortaises_ pratiquées deux à

deux aux extrémités des rayons. C'est le système employé, et

probablement depuis longtemps, dans certaines sections de la

Laurentienne de Florence: il est moins élégant que le précédent, plus

primitif, mais je ne le crois pas plus solide ni même plus économique.

On a cherché, dans ces derniers temps, à supprimer ou amoindrir le plus

possible la difficulté que présente le changement de place (abaissement

ou exhaussement) d'un rayon chargé de livres, que ce rayon soit appuyé

sur des tasseaux ou supporté par des clavettes. Plusieurs systèmes ont

été imaginés dans cette intention. M. le docteur Staender, directeur de

la bibliothèque royale et universitaire de Breslau, est notamment

l'inventeur d'un rayon «muni à ses deux extrémités de pitons en métal

montés sur tourillons mobiles. Ces pitons pénètrent dans des trous

carrés percés dans les montants de chaque travée. On peut aussi

remplacer, à l'une des extrémités du rayon, les pitons mobiles par des

pitons fixes[408].»

*

* *

Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir · 第 10 / 34 段