forme, la position des vergeures, des pontuseaux et de la marque
d'eau[173] après le pliage de la feuille, pouvait aider facilement à la
détermination du format du volume. Selon le nombre de fois que la
feuille était pliée sur elle-même, la marque d'eau se trouvait ou au
milieu du feuillet, ou au fond, ou au sommet, etc.; les vergeures et les
pontuseaux étaient horizontaux ou perpendiculaires.
Voici la liste des formats les plus usités, avec leur nombre de
feuillets et de pages et la position de leurs pontuseaux; celle de leurs
vergeures est naturellement toujours en sens inverse de celle-ci,
puisque vergeures et pontuseaux se coupent à angles droits:
L'_in-plano_, appelé aussi format _atlas_ ou _atlantique_, c'est la
feuille non pliée, en _feuillet_, comprenant par conséquent deux pages,
recto et verso: ici la position des pontuseaux dépend du sens dans
lequel on regarde la feuille;
L'_in-folio_ a la feuille pliée en 2 et contient 4 pages: ses pontuseaux
sont perpendiculaires;
L'_in-quarto_ ou _in-quatre_ (in-4)[174] a la feuille pliée en 4 et
contient 8 pages: ses pontuseaux sont horizontaux;
L'_in-octavo_ ou _in-huit_ (in-8) a la feuille pliée en 8 et contient 16
pages: ses pontuseaux sont perpendiculaires;
L'_in-douze_ (in-12) a la feuille pliée en 12 et contient 24 pages: ses
pontuseaux sont horizontaux;
L'_in-seize_ (in-16) a la feuille pliée en 16 et contient 32 pages: ses
pontuseaux sont horizontaux;
L'_in-dix-huit_ (in-18) a la feuille pliée en 18 et contient 36 pages:
ses pontuseaux sont perpendiculaires;
L'_in-vingt-quatre_ (in-24) a la feuille pliée en 24 et contient 48
pages: ses pontuseaux sont perpendiculaires ou horizontaux[175];
L'_in-trente-deux_ (in-32) a la feuille pliée en 32 et contient 64
pages: ses pontuseaux sont perpendiculaires;
Etc., etc.
Mais, pour savoir la dimension d'une quelconque de ces pages, d'une page
in-8, par exemple, il est nécessaire de connaître d'abord, comme nous le
disions tout à l'heure, la dimension de la feuille qui a été pliée et a
fourni les 16 pages de cet in-8. Il est évident que plus cette feuille
sera grande, plus ces pages le seront.
C'est précisément ce que l'épithète _jésus_, _raisin_, _cavalier_, etc.,
nous apprend. Ainsi le papier jésus ayant 0 m. 55 de haut sur 0 m. 70 de
long, nous pouvons, grâce à ces chiffres, parvenir à nous faire une idée
exacte de l'in-8 jésus et en calculer la dimension.
Mais, dans le papier mécanique, fabriqué en bandes, _continu_, puis
sectionné à volonté, ces termes provenant des anciens papiers à la
forme: jésus, raisin, cavalier, colombier, etc., n'ont plus de raison
d'être, plus de sens: il n'y a plus de forme d'abord; il n'y a plus de
monogramme du Christ, plus de grappe de raisin, plus de cavalier, de
colombe, etc., en filigrane dans la pâte du papier; rien n'en fait plus
reconnaître à première vue l'espèce et les dimensions[176]. Il serait
donc bien plus logique, plus clair et plus simple de désigner
présentement les formats par leurs dimensions réelles, exprimées en
centimètres ou millimètres[177]; au lieu d'in-8 jésus, de dire 0 m. 175
sur 0 m. 275, ou par abréviation, 175 × 275; au lieu d'in-18 jésus, 0 m.
117 sur 0 m. 183 (117 × 183).
D'autant plus qu'avec le système bâtard actuellement en usage, on arrive
à des résultats singuliers: un volume de format in-4, par exemple, se
trouve être plus petit qu'un volume de format in-8, un in-8 plus petit
qu'un in-12, etc. (in-4 écu = 0,20 × 0,26; in-8 colombier = 0,225 ×
0,315; in-8 écu = 0,13 × 0,20; in-12 jésus = 0,138 × 0,233; etc.).
Convenons donc d'attribuer, dans la suite de cette étude et pour la
clarté de notre texte, une signification nette et précise aux termes que
nous emploierons, des dimensions certaines et invariables aux formats
que nous mentionnerons.
L'in-4 sera pour nous de l'in-4 _cavalier_ et aura pour dimension 0,23 ×
0,31;
L'in-8, de l'in-8 _cavalier_ = 0,155 × 0,23;
L'in-18, de l'in-18 _jésus_ = 0,117 × 0,183. Comme le fait observer M.
Émile Bosquet[178], cet in-18 est synonyme d'in-16 Hachette et d'in-12
Charpentier.
Enfin l'in-32 sera de l'in-32 _jésus_ = 0,088 × 0,138.
Voici d'ailleurs, pour faciliter toute recherche et prévenir toute
éventualité, le tableau des principaux formats des principales sortes de
papier employées en librairie, avec leurs dimensions exprimées en
mesures métriques[179]:
FORMATS Colombier Grand jésus Jésus Raisin
0,63 ×0,90 0,56 ×0,76 0,55 ×0,70 0,50 ×0,65
In-folio 0,45 ×0,63 0,38 ×0,56 0,35 ×0,55 0,325×0,50
In-quarto 0,315×0,45 0,28 ×0,38 0,275×0,35 0,25 ×0,325
In-octavo 0,225×0,315 0,19 ×0,28 0,175×0,275 0,162×0,25
In-douze 0,158×0,30 0,14 ×0,253 0,138×0,233 0,125×0,217
In-seize 0,158×0,225 0,14 ×0,19 0,138×0,175 0,125×0,162
In-dix-huit 0,15 ×0,21 0,127×0,187 0,117×0,183 0,108×0,166
In-vingt-quatre 0,105×0,225 0,093×0,19 0,092×0,175 0,083×0,162
In-trente-deux 0,113×0,158 0,095×0,14 0,088×0,138 0,081×0,125
FORMATS Cavalier Carré Écu Couronne
0,46 ×0,62 0,45 ×0,56 0,40 ×0,52 0,37 ×0,47
In-folio 0,31 ×0,46 0,28 ×0,45 0,26 ×0,40 0,235×0,37
In-quarto 0,23 ×0,31 0,225×0,28 0,20 ×0,26 0,185×0,235
In-octavo 0,155×0,23 0,14 ×0,225 0,13 ×0,20 0,118×0,185
In-douze 0,115×0,207 0,113×0,187 0,10 ×0,173 0,09 ×0,157
In-seize 0,115×0,155 0,113×0,14 0,10 ×0,13 0,09 ×0,118
In-dix-huit 0,103×0,153 0,09 ×0,15 0,066×0,133 0,078×0,123
In-vingt-quatre 0,077×0,155 0,075×0,14 0,067×0,13 0,062×0,118
In-trente-deux 0,078×0,115 0,07 ×0,113 0,065×0,10 0,059×0,09
*
* *
Chaque première page d'une feuille porte, dans sa partie inférieure de
droite, sous la dernière ligne ou _ligne de queue_, un chiffre, dit
_signature_, qui indique le numéro de cette feuille. La ligne où se
trouve ce chiffre se nomme _ligne de pied_, par opposition à la _ligne
de tête_, qui est la ligne du sommet de la page, au-dessus même de la
première ligne de texte, et où se trouve le numéro de cette page, le
_folio_. La ligne de tête et la ligne de queue, blanches dans presque
toute leur longueur, sont formées chacune par une pièce de fonte,
appelée _garniture_ ou _lingot_, de 12 points d'épaisseur. D'autres
pièces de fonte, les _cadrats_, servent, dans la composition
typographique, à terminer les lignes de texte incomplètes et à isoler
les mots disposés en titre; d'autres encore, plus petites et de forme
cubique, les _cadratins_, forment les blancs qui précèdent les alinéas.
Ajoutons que, pour séparer les mots entre eux et les lignes entre elles,
on se sert de petites lames de métal moins hautes que les lettres et
portant le nom d'_espace_ (_une_ espace).
Au lieu de chiffres, on employait autrefois comme signatures les lettres
de l'alphabet: A, B, C, D..., et l'on mettait, en outre, au-dessous de
la dernière ligne de chaque feuille, à droite, le premier mot de la
feuille suivante, toujours afin de faciliter le classement des feuilles,
l'_assemblage_. Ce premier mot, ainsi placé en vedette au bas de la
dernière page, s'appelait la _réclame_. On a fini par la supprimer,
considérant qu'elle faisait double emploi avec la signature.
La signature permet, ou plutôt devrait permettre, de déterminer
facilement le format d'un livre.
Puisque nous savons, par exemple, que l'in-4 a sa feuille pliée de façon
à donner 8 pages, il est clair que la deuxième feuille commencera à la
page 9 (8 + 1) et que c'est au bas de cette page 9 que figurera la
signature 2. Le chiffre 3 se trouvera de même au bas de la page 17 (8 +
8 + 1); le 4, au bas de la page 25 (8 + 8 + 8 + 1); etc.
De même, l'in-8 comprenant 16 pages, la signature 2 se trouvera au bas
de la page 17 (16 + 1); la signature 3, au bas de la page 33 (16 + 16 +
1); le 4, page 49; etc.
Mais les feuilles destinées à fournir beaucoup de pages, à fournir, pour
préciser, des formats plus petits que l'in-8, ne se plieraient pas
aisément en un aussi grand nombre de fois, surtout si le papier était un
peu fort, on le comprend de reste; elles renfleraient, gondoleraient,
auraient trop gros dos, et se prêteraient difficilement au brochage ou à
la reliure[180]. Parfois même l'_imposition_[181], permettant, après le
tirage, de plier la feuille dans l'ordre numérique des pages, ne
pourrait pas s'effectuer. On sectionne donc ces feuilles, on les partage
en _cahiers_, _cartons_[182] ou _encarts_, qui tous nécessairement
portent aussi une signature, afin qu'on puisse les classer et assembler,
d'où une nouvelle cause de confusion, pour la détermination du format.
Chaque feuille d'un volume in-12, par exemple (24 pages), au lieu d'être
entière, pourra se composer de deux cahiers, l'un in-8 (16 pages) et
l'autre in-4 (8 pages), recevant chacun une signature. Chaque feuille
d'un volume in-18 (36 pages) pourra se faire en deux cahiers, l'un in-12
(24 pages) et l'autre in-6 (12 pages);--ou bien en trois cahiers de 12
pages chacun et ayant tous les trois leur signature propre. Souvent même
ces encarts sont encore plus compliqués[183].
Voici le tableau des signatures des vingt premières feuilles pour les
principaux formats modernes[184]:
FOLIOS DES PAGES SIGNÉES
C'EST-A-DIRE FOLIOS DE LA PREMIÈRE PAGE DE CHAQUE FEUILLE OU DE
CHAQUE CAHIER DANS LES FORMATS
SIGNATURES In-folio In-4 In-8 In-12 (24 pp.)
(4 pp.) (8 pp.) (16 pp.) En 1 En 2 cahiers
cahier (16 et 8 pp.)
A ou 1 1 1 1 1 1
B -- 2 5 9 17 25 17
C -- 3 9 17 33 49 25
D -- 4 13 25 49 73 41
E -- 5 17 33 65 97 49
F -- 6 21 41 81 121 65
G -- 7 25 49 97 145 73
H -- 8 29 57 113 169 89
I -- 9 33 65 129 193 97
K -- 10 37 73 145 217 113
L -- 11 41 81 161 241 121
M -- 12 45 89 177 265 137
N -- 13 49 97 193 289 145
O -- 14 53 105 209 313 161
P -- 15 57 113 225 337 169
Q -- 16 61 121 241 361 185
R -- 17 65 129 257 385 193
S -- 18 69 137 273 409 209
T -- 19 73 145 289 433 217
V -- 20 77 153 305 457 233
SIGNATURES In-16 (32 pp.) In-18 (36 pp.) In-32
(64 pp.)
En 1 En 2 En 1 En 2 En 3 En 4
cahier cahiers cahier cahiers cahiers cahiers
dit in-16 (16 pp. (24 et (12 pp. (16 pp.
roulé chacun) 12 pp.) chacun) chacun)
A ou 1 1 1 1 1 1 1
B -- 2 33 17 37 25 13 17
C -- 3 65 33 73 37 25 33
D -- 4 97 49 109 61 37 49
E -- 5 129 65 145 73 49 65
F -- 6 161 81 181 97 61 81
G -- 7 193 97 217 109 73 97
H -- 8 225 113 253 133 85 113
I -- 9 257 129 289 145 97 129
K -- 10 289 145 325 169 109 145
L -- 11 321 161 361 181 121 161
M -- 12 353 177 397 205 133 177
N -- 13 385 193 433 217 145 193
O -- 14 417 209 469 241 157 209
P -- 15 449 225 505 253 169 225
Q -- 16 481 241 541 277 181 241
R -- 17 513 257 577 289 193 257
S -- 18 545 273 613 313 205 273
T -- 19 577 289 649 325 217 289
V -- 20 609 305 685 349 229 305
*
* *
D'après les détails qui précèdent, et que nous aurions pu développer et
compléter davantage, on voit combien cette question des formats est
ardue et compliquée, combien elle est embarrassante. C'est au point que
nombre d'éditeurs et de libraires, tantôt par ignorance, tantôt même
pour ne pas dérouter le public et l'induire en erreur en lui annonçant
la vérité, attribuent à leurs livres d'inexactes désignations de format.
Les bibliographes modernes ont fréquemment protesté et ne cessent de
protester contre ces usages et ces termes surannés. Le docteur Graesel
écrit dans son _Manuel de bibliothéconomie_[185]:
«Depuis que, grâce à l'emploi de la machine, on est arrivé à donner au
papier des dimensions considérables, les dénominations traditionnelles
employées jusqu'ici ont perdu leur raison d'être, une feuille repliée
trois ou quatre fois pouvant encore produire un format correspondant,
comme dimensions, à ce qu'on appelait jadis un in-folio, aussi a-t-on
reconnu partout la nécessité d'adopter, pour déterminer les formats, des
règles fixes et invariables, et avec d'autant plus de raison que les
papiers varient de grandeur suivant les régions et, dans la même région,
suivant les fabriques. Toutefois, les différents pays n'ont pu encore
arriver à s'entendre, ce qui serait pourtant très désirable, sur les
mesures conventionnelles à adopter... En France, l'ordonnance
ministérielle du 4 mai 1878 a tranché la question en ce qui concerne les
bibliothèques universitaires, en établissant les désignations suivantes:
1º _Grand format_ (comprenant tous les volumes dépassant 35
centimètres); 2º _Moyen format_ (comprenant les volumes hauts de 25 à 35
centimètres); 3º _Petit format_ (comprenant les volumes au-dessous de 25
centimètres).»
Voici d'ailleurs le passage textuel de cette circulaire ministérielle à
laquelle il vient d'être fait allusion, et à laquelle aussi nous nous
référerons souvent:
«Il est inutile de préciser ici les moyens de déterminer chaque format.
A l'époque où le papier était fabriqué selon des règles de dimension qui
variaient peu, on reconnaissait le format en comptant les pages de la
feuille d'impression. Les désignations d'in-folio, in-quarto, in-octavo,
représentaient alors une hauteur fixe. Il n'en est plus de même
aujourd'hui que les feuilles d'impression sont de dimensions très
différentes, et que certains in-octavo deviennent plus grands qu'un
in-folio du XVIe siècle. L'indication actuelle a donc perdu son ancienne
signification, car elle ne répond pas toujours à l'indication de la
hauteur du livre; elle doit être abandonnée pour les désignations
suivantes, répondant aux dimensions réelles:
«1º _Grand format_ (comprenant tous les volumes dépassant 35
centimètres);
«2º _Moyen format_ (comprenant les volumes hauts de 25 à 35
centimètres);
«3º _Petit format_ (comprenant les volumes au-dessous de 25
centimètres[186])».
Au lieu de trois formats, la Bibliothèque nationale en a adopté cinq:
1º Grand in-folio (comprenant tous les volumes dépassant 45
centimètres);
2º In-folio (comprenant tous les volumes hauts de 45 à 31 centimètres);
3º In-4 (comprenant tous les volumes hauts de 31 à 25 centimètres);
4º In-8 (comprenant tous les volumes hauts de 25 centimètres à 95
millimètres);
5º Les _nains_ (comprenant tous les volumes au-dessous de 95
millimètres).
«Il serait à désirer, dit très justement M. Édouard Rouveyre, qu'à
l'avenir les libraires annonçassent, sur leurs catalogues, la hauteur et
la largeur des livres en centimètres, indépendamment de la désignation
du format, qui jouerait ici un rôle secondaire[187].»
C'est ce que font, ainsi que nous l'avons déjà remarqué et comme nous le
rappellerons, en parlant des catalogues et des fiches[188], les
partisans de la _Classification décimale_.
*
* *
Depuis les débuts de l'imprimerie, les formats les plus appréciés du
public semblent avoir été toujours en décroissant.
L'in-folio et l'in-4 étaient, sauf exceptions, les formats des premiers
livres, des incunables[189], et, malgré les admirables petits in-8
d'Alde Manuce et de Sébastien Gryphe, les savants du XVIe siècle
tenaient en mépris tous les volumes qui n'avaient pas les plus grandes
dimensions[190]. On jugeait alors en quelque sorte de la valeur d'un
ouvrage d'après son ampleur et sa taille.
Scaliger, au dire du passionné érudit Adrien Baillet (1649-1706),
«raille Drusius pour la petitesse de ses livres; et J. Morel, l'un des
plus grands imprimeurs de son temps, se plaignait au savant Puteanus,
rival de Juste Lipse, que ses livres étaient trop petits pour la vente,
et que les chalands n'en voulaient pas[191]».
Les livres de format inférieur à l'in-4, les in-8 ou in-12, étaient
surtout alors des livres de piété, des «livres d'heures».
Il est juste cependant de reconnaître que l'in-8, dont l'origine est
généralement attribuée à Alde Manuce,--l'inventeur de la lettre
_italique_, dite aussi et par suite _aldine_, qu'une légende affirme
avoir été exactement copiée sur l'écriture de Pétrarque[192],--avait
rencontré bon accueil à l'étranger. Ces volumes qu'on pouvait glisser
dans la poche et emporter aisément, qui contenaient autant de matière
que les in-4 et coûtaient moins cher, avaient trouvé de nombreux
partisans. Alde Manuce reçut même du sénat de Venise une récompense pour
avoir créé ou vulgarisé l'in-8: on lui octroya, en 1502, le privilège
d'employer seul ce format pendant une période de dix années, ce qui
n'empêcha pas les imitations et la concurrence de se produire[193].
Au XVIIe siècle, et en dépit du succès des elzeviers, les gros et grands
volumes étaient encore les plus appréciés. «Leurs formats et leurs
caractères (des elzeviers) étaient trop petits», remarque très justement
M. Henri Bouchot[194].
Nous voyons au XVIIIe siècle le format in-4 employé de préférence par
les imprimeurs de Hollande, même pour les recueils de poésies, que nous
imprimons à présent, au contraire, en volumes de menues et coquettes
dimensions, en in-18 ou in-24[195].
Mais l'in-8 ne tarda pas à triompher, et il n'est pas de bibliographe de
la première moitié du XIXe siècle qui ne le prône et ne le recommande.
L'érudit et consciencieux Gabriel Peignot insiste maintes fois notamment
sur les mérites de l'in-8.
«Nous citons de préférence les éditions in-8, écrit-il dans son _Manuel
du bibliophile_[196], parce que ce format, tenant le milieu entre les
plus grands et les plus petits, nous paraît le plus décent, le plus
convenable, le plus propre à former une bibliothèque qui présente un
aspect régulier; d'ailleurs, l'in-8 est ordinairement imprimé en
caractères assez forts pour ne point fatiguer les vues faibles.»
Et ailleurs[197]:
«Si un amateur ne voulait posséder qu'une collection choisie de 300
volumes, je lui conseillerais de tâcher de la former entièrement
d'ouvrages de même format, et de prendre l'in-8[198].»
Ludovic Lalanne[199] patronne également le format in-8, «auquel on
revient toujours», déclare-t-il.
Le format employé et vulgarisé, à partir de 1838, par l'éditeur Gervais
Charpentier, et connu sous le nom de _format Charpentier_[200],--c'est
un in-18 jésus ayant pour dimensions 0,117 × 0,183,--est actuellement le
plus répandu, pour les ouvrages de littérature du moins, et il nous
paraît tout à fait digne de sa vogue, il mérite toutes nos préférences.
En voici les motifs.
Le malheur veut que la plupart des liseurs assidus, des plus constants
amis des livres, deviennent myopes, parfois même longtemps avant la
vieillesse. Il leur faut tenir à la main, à proximité de leurs yeux, le
volume qu'ils lisent; si, au lieu de le tenir, ils le posent devant eux
sur une table, cela les contraint à pencher la tête, souvent très bas,
selon leur degré de myopie: d'où une congestion plus ou moins rapide.
C'est donc d'ordinaire et presque forcément _livre en main_ qu'ils
lisent: il est donc bon, il est donc indispensable que ce volume ne soit
pas trop lourd; l'in-18, moins grand que l'in-8, pèse moins que lui,
avec un nombre de pages égal et de même pâte de papier, et, par
conséquent, fatigue moins la main.
Considérons, en outre, que nos appartements modernes, dans les grandes
villes, à Paris principalement, sont exigus, et que la place nous y est
parcimonieusement mesurée: l'in-18 est moins encombrant que l'in-8, et,
sous un format plus restreint, contient ou peut contenir autant de
matière. Il n'y a souvent que les marges qui diffèrent. Cela est si vrai
que plusieurs éditeurs, après avoir fait paraître un ouvrage en in-8, le
publient en in-18 sans changer la _justification_, c'est-à-dire la
«longueur des lignes» (Littré) et en se servant de la même composition.
Exemple: la maison Calmann Lévy et nombre de ses volumes:
_Correspondance_ de Mérimée, de Doudan, de Balzac, etc., etc. Ces
volumes sont mis en vente d'abord en in-8 à 7 fr. 50; puis, lorsque
cette vente est épuisée, les clichés provenant des mêmes empreintes[201]
de ces mêmes volumes in-8 servent à tirer les in-18, cotés 3 fr. 50: ce
système a le triple avantage de contraindre les personnes pressées de
lire un de ces volumes à le payer 7 fr. 50 au lieu de 3 fr. 50,
d'augmenter de cette différence les bénéfices de l'éditeur, et aussi de
permettre aux amateurs de _grands papiers_ de satisfaire leur goût.
D'autres motifs militent encore en faveur du format in-18 et le font de
plus en plus préférer à l'in-8[202]: l'in-18, de dimensions moindres que
l'in-8, coûte moins cher de reliure; il se met plus commodément dans la
poche; etc.
Il va sans dire que certains ouvrages d'étendue considérable, comme les
encyclopédies et dictionnaires; d'autres, moins développés que ceux-ci,
mais ayant néanmoins des dimensions qui obligeraient à les composer en
trop menus caractères, ou à les sectionner en deux volumes, ce qu'on
tient parfois expressément à éviter; d'autres encore, accompagnés
d'illustrations ou de planches, de tableaux synoptiques, etc., exigent
un format plus grand que l'in-18.
Il va de soi également que nous ne répudions pas les formats qui se
rapprochent de très près du format Charpentier, celui, par exemple, de
l'ancienne petite collection Lefèvre (0,105 × 0,166), et de l'ancienne
«Librairie nouvelle» de Bourdilliat (mêmes dimensions), de la «Nouvelle
Bibliothèque classique» de Jouaust (0,113 × 0,18), etc.
Quant aux in-32 jésus (0,88 × 0,138), aux in-36, etc., à tous ces
volumes qui d'une façon générale et en termes vulgaires, sont moins
longs que la main, ils sont trop peu pratiques, offrent de trop nombreux
inconvénients pour être recommandés.
D'abord l'impression y est presque toujours et forcément microscopique.
Ensuite ces petits volumes s'accommodent mal de la reliure: les pages
n'ayant pas assez de marge intérieure, de _fond_, ni assez de jeu, ni
assez de poids, ils s'ouvrent mal, quand ils sont reliés: on ne peut
quasi plus s'en servir. Les travailleurs, qui,--au risque de scandaliser
et d'indigner MM. les bibliophiles et bibliotaphes,--ont parfois besoin
d'inscrire quelque annotation sur les marges de leurs livres, ne peuvent
le faire avec ces «éditions diamant»: la place manque. Elles n'ont leur
utilité que pour les ouvrages qu'on désire emporter avec soi, les
vade-mecum qu'on tient à avoir toujours dans sa poche, afin de les
consulter ou de les relire à volonté, tels que certains manuels, guides,
indicateurs, etc., ou des chefs-d'œuvre comme les _Fables_ de La
Fontaine, les _Odes_ d'Horace, les _Satires_ de Regnier, le _Théâtre_ de
Molière ou de Racine, etc.
A ce propos, le sagace Mouravit fait, d'après Bollioud-Mermet,
dit-il[203], la remarque suivante sur le choix des formats et leur
parfaite convenance, leur mise en harmonie avec l'ouvrage que le volume
renferme: «Les recherches savantes de l'érudition se trouvent à l'aise
dans l'in-folio; la pensée du philosophe, le récit de l'historien,
demandent la majestueuse gravité de l'in-quarto ou de l'in-octavo; le
poète, les esprits humoristes, se plaisent dans le charmant in-douze,
l'in-dix-huit si coquet, le gracieux in-trente-deux; un livre de
prédilection empruntera les sveltes proportions de ces minces
formats[204]».
M. Émile Leclerc résume ainsi, de son côté, l'emploi des formats:
«L'in-plano n'est guère employé que pour les affiches, les placards, les
textes destinés à accompagner les planches, les tables chronologiques,
les tableaux synoptiques, les imprimés administratifs et autres ouvrages
du même genre, certains travaux de ville.
«L'in-folio est réservé pour les impressions de luxe, pour les ouvrages
de recherches, que l'on consulte parfois, mais dont on ne se sert pas
habituellement.
«L'in-4, très usité autrefois, s'emploie pour les dictionnaires,
mémoires, rapports, ouvrages scientifiques et ceux contenant des
tableaux ou des opérations exigeant une grande justification.
«L'in-8 joint l'élégance à la beauté, l'usage en est fort commode, et il
figure agréablement dans une bibliothèque. C'est le format préféré des
lecteurs en général et des bibliophiles en particulier[205]. Il convient
à toutes sortes d'ouvrages; il tient le milieu pour les dimensions et
pour les caractères entre tous les autres formats: c'est le type le plus
répandu.
«L'in-12 est généralement adopté pour les classiques, les romans et
autres ouvrages usuels, qui en rendent l'emploi assez commun. Quoique
format dit bâtard, il est assez agréable d'aspect; il tient le milieu
entre l'in-8 et l'in-16.
«L'in-16 s'emploie pour les livres d'instruction et de récréation.
«L'in-18, d'usage fréquent, est surtout le format des romans.
«La double couronne en in-16 remplace le jésus en in-18, la grandeur du
volume est la même et l'impression des quarts, demis et trois quarts [de
feuille] se fait sans perte de papier[206].»