Coquille 0,44 × 0,56 La _coquille_, dont les dimensions

étaient autrefois 0,4 × 0,54, ne diffère

plus guère aujourd'hui du _carré_ qu'en

ce qu'elle est glacée et souvent

quadrillée, et, comme telle,

exclusivement consacrée aux travaux

commerciaux: factures, lettres, etc.,

ce qu'en termes de métier on appelle

_ouvrages de ville_, _bibelots_ ou

_bilboquets_. (Cf. E. Boutmy,

_Dictionn. de l'argot des typogr._,

p. 60.)

Écu 0,40 × 0,52 L'_écu_, la _couronne_, la _tellière_,

le _pot_, et la _cloche_ servent à

l'impression de documents administratifs

Couronne 0,36 × 0,46 et commerciaux, et à la confection de

cahiers et registres. L'_écu_ s'emploie

Tellière (le ou aussi pour certains labeurs: livres

la) ou papier de distributions de prix, albums,

ministre 0,33 × 0,44 almanachs, etc. La _couronne_ est

également utilisée pour l'impression des

Pot ou papier livres: dans ce cas, son format est un

écolier 0,31 × 0,40 peu plus grand (0,37 × 0,47) que quand

elle est destinée aux cahiers et aux

Cloche 0,29 × 0,39 registres. La _double tellière_ sert

aussi à l'impression des livres; elle

donne naissance au format dit in-16

elzev. (0,113 × 0,18).

*

* *

Bien que nous considérions le livre surtout au point de vue pratique,

comme instrument d'étude et outil de travail, il convient de dire

quelques mots des _papiers de luxe_, d'en définir les principales

variétés tout au moins.

On appelle papier _vergé_ celui qui laisse apercevoir par transparence

les empreintes des fils métalliques formant le fond du moule où il a été

fabriqué, comme nous l'avons expliqué plus haut. Nous rappelons que les

empreintes les plus rapprochées sont nommées _vergeures_, et que les

plus espacées, perpendiculaires aux premières, sont les _pontuseaux_.

Il existe du _faux vergé_, c'est-à-dire du papier vergé fabriqué non à

la forme, mais à la machine. On l'obtient en faisant passer la pâte

encore fraîche entre des cylindres à cannelures imitant vergeures et

pontuseaux (c'est-à-dire transversales pour les vergeures et circulaires

pour les pontuseaux), et où sont même au besoin gravées des marques

d'eau.

Le papier _de Hollande_ est, en dépit de son nom, un papier d'invention

et de fabrication absolument françaises. Ce sont de nos ancêtres

appartenant à la religion réformée, qui, obligés de s'enfuir à

l'étranger, après la révocation de l'édit de Nantes, portèrent leur

industrie et leurs procédés aux Pays-Bas, et, de là, nous expédièrent

leurs produits. Lorsqu'il est de bonne qualité, de pur fil, le papier de

Hollande, d'ordinaire vergé, est résistant, ferme, sonore,--sonnant,

comme on dit,--et de très bel aspect. De l'avis de certains

bibliophiles, il a ou il aurait parfois, quand il est trop collé sans

doute, l'inconvénient de ne pas très bien prendre l'encre, et de donner

accidentellement aux impressions une apparence un peu terne et grisâtre.

Le papier _Whatman_[148] ressemble au papier de Hollande, mais il est

toujours dépourvu de vergeures. Comme le hollande, il est grené, très

ferme et très solide. On l'emploie beaucoup pour le dessin linéaire et

le lavis[149].

Le _vélin_, ainsi nommé parce qu'il a la transparence et l'aspect de

l'ancien vélin véritable, provenant de la peau de jeunes veaux, est un

papier sans grain, très uni, lisse et satiné, excellent pour le tirage

des vignettes. D'une façon générale, tout papier fabriqué à la forme et

dépourvu de grains et de vergeures est qualifié de _vélin_.

Le papier _de Chine_ se fabrique avec l'écorce du bambou. Il a une

teinte grise ou jaunâtre, un aspect «sale», plus ou moins prononcé. Cela

vient de ce que sa fabrication s'effectue en plein air. Il est, en

outre, très mince, très léger et inconsistant. «Le papier de Chine...

doit sa réputation, non pas à sa propre beauté, mais bien à ses

affinités particulières avec l'encre d'impression[150]. Son tissu lisse

et mou tout ensemble est plus apte qu'aucun autre à recevoir un beau

tirage... L'impression y vient avec une incomparable netteté. Les livres

imprimés en petit texte gagnent particulièrement à être tirés sur

chine[151].» Ce papier est très sensible à l'humidité: aussi est-il bon

de le faire encoller aussitôt après l'impression. Le papier de Chine

sert non seulement pour certaines éditions de luxe, mais aussi pour les

reports lithographiques. La feuille de Chine, convenablement encollée au

préalable, et portant le texte, croquis ou dessin à transporter, à

_reporter_ sur la pierre, est appliquée sur celle-ci, et soumise à une

forte pression: un simple mouillage suffit alors pour qu'elle laisse sur

la pierre ce texte ou ce croquis,--le _report_.

Le papier _du Japon_ est un superbe papier blanc ou légèrement teinté en

jaune, soyeux, satiné, nacré, à la fois transparent et épais, qui

absorbe l'encre très facilement et fait on ne peut mieux ressortir les

tons des dessins. Il provient de l'écorce d'arbrisseaux de la flore

japonaise, tels que le _midzumatu_ (_Edgeworthia papyrifera_), dont les

fibres sont molles, souples, longues et solides; le _kozokodzou_

(_Broussonetia papyrifera_), fibres grosses, longues et solides; le

_gampi_ (_Wickstræmia canescens_), aux filaments très délicats: le

papier fourni par ce dernier arbuste est particulièrement fin, souple et

lisse[152].

On appelle aujourd'hui _papier parchemin_, _parchemin végétal_ ou _faux

parchemin_ un papier sans colle, trempé très peu de temps dans une

solution d'acide sulfurique, opération qui lui donne une transparence

jaunâtre, rappelant le vrai parchemin[153]. On utilise fréquemment le

papier parchemin comme couverture de volumes.

Mentionnons encore, en dehors des papiers de luxe:

Le papier _serpente_, papier très mince et sans colle, qui sert

principalement à protéger les gravures contre le maculage;

Le papier _pelure d'oignon_, ou simplement _pelure_, qui est aussi un

papier très mince, très léger et non collé, et s'emploie notamment pour

les copies de lettres; une certaine espèce de papier pelure collé est

utilisée comme papier à lettre économique: par sa légèreté, elle permet

d'éviter les surtaxes postales[154];

Le papier _joseph_ (du nom de son inventeur Joseph Montgolfier), ou

papier _de soie_, qui est blanc, fin, très souple et soyeux: on

l'emploie, comme le serpente, pour protéger les gravures, et aussi pour

envelopper de menus objets fragiles, des bijoux, etc.;

Le papier _végétal_ ou papier _à calquer_, papier très fin et

transparent, fait de filasse de chanvre ou de lin non blanchie;

Le papier _porcelaine_, papier recouvert d'une couche de blanc opaque

mélangé à de la colle de peau. Ce blanc était autrefois du blanc de

céruse: pour éviter les empoisonnements, on se sert aujourd'hui de

sulfate de baryte[155].

Les papiers _bulle_ sont des papiers teintés, en jaune le plus souvent,

et généralement de qualité inférieure.

Le _carton_ se fabrique soit par la superposition et la compression de

plusieurs feuilles de papier, soit par la même méthode que le papier

ordinaire, mais avec une pâte moins épurée, composée de déchets plus

grossiers. La première sorte est dite _carton de collage_, la seconde

_carton de moulage_[156].

Le carton anglais, connu sous le nom de _bristol_ ou _bristol anglais_,

«n'est, quelle que soit son épaisseur, qu'une feuille de papier faite à

la cuve avec les plus belles espèces de chiffons, auxquelles on ajoute

une proportion assez considérable de kaolin[157].»

Le _bristol français_, au contraire, est obtenu par superposition: c'est

un carton de collage de feuilles blanches laminées avec soin[158].

*

* *

Tous les papiers (les papiers de fabrication moderne), selon une juste

remarque du _Mémorial de la librairie française_[159], «sont plus ou

moins sujets à changer de couleur; cette altération ne consiste pour la

plupart qu'en un brunissement qui affecte d'abord les extrémités du

papier et gagne peu à peu l'intérieur; parfois aussi elle est uniforme.

Dans ce dernier cas, le papier lui-même est altéré, tandis que, dans le

premier, il n'y a qu'intervention d'agents extérieurs, tels qu'une

atmosphère ambiante chargée de produits, en combustion, de gaz

d'éclairage. Les acides et oxydants produisent l'altération par action

directe sur les fibres du papier, ou, si ce dernier contient de

l'amidon, la combinaison de ces acides avec cet hydrate de carbone amène

une rapide détérioration de couleur. En un mot, l'altération de la

couleur des papiers ordinaires à la cellulose est relative à la quantité

de résine qu'ils contiennent, ou, plus généralement, à la résine et aux

procédés de fixation de cette dernière dans le collage.»

Préoccupés de se procurer des papiers de teinte moins variable et de

constitution plus durable, les imprimeurs ont imaginé maints procédés

d'examen et de contrôle des papiers, et voici les conseils que donne à

ce sujet _l'Intermédiaire des imprimeurs_[160]:

«Un papier contenant du bois mécanique est fort reconnaissable à simple

vue, il suffit de le regarder par réflexion: on aperçoit des fibres plus

brillantes que les autres et non feutrées; elles ont une longueur

variant de 3 à 5 millimètres, suivant leur finesse: c'est du bois râpé

de tremble. Le sapin est moins brillant et plus difficile à distinguer,

et les réactifs sont souvent indispensables pour en déceler la présence.

Le réactif le plus simple est une dissolution de 10 grammes de sulfate

d'aniline dans 250 grammes d'eau distillée. Une goutte de ce liquide sur

la feuille de papier produit une coloration jaune orange d'autant plus

prononcée qu'elle contient plus de bois mécanique ou râpé, tremble ou

sapin.

«Les papiers contenant du bisulfite ou bois chimique sont à longues

fibres qu'il est facile de distinguer à la déchirure lente; ce succédané

est solide, mais devient cassant lorsqu'il n'a pas été blanchi ou bien

débarrassé de l'acide sulfureux provenant de son traitement. Il est

cependant bien inférieur au chiffon et manque de souplesse.

«Enfin, comme essai de résistance, on peut faire la petite expérience

pratique suivante: mettre dans sa poche de côté différents types de

papier à essayer, les laisser quelques jours exposés au frottement de

l'habit. Alors examinez-les aux plis. Les bons papiers de chiffon seront

intacts, tandis que les autres à succédanés seront en lambeaux. On saura

alors de quel côté porter son choix. Quant à la transparence, c'est une

grande erreur de croire que c'est une qualité. Ce fondu ou épais (_sic_)

n'est obtenu qu'au détriment de la solidité.»

Dans une publication spéciale et particulièrement compétente, la _Revue

biblio-iconographique_, M. Pierre Dauze a traité récemment cette

question, «capitale pour les livres, du papier d'imprimerie, et il

affirme que, étant donnés les papiers employés par les éditeurs pour

leurs tirages ordinaires, _on ne trouvera plus, dans cinquante ans, que

les vestiges des impressions faites de nos jours_[161]. Il se demande

même si les papiers dits de luxe, papiers de fil, de Chine, du Japon,

sur lesquels on tire un certain nombre d'exemplaires de quelques livres,

dureront plus que les autres. L'ancien papier du Japon, fabriqué à la

main, uniquement avec des matières végétales, ne se fabrique plus, et

les éditeurs fabriquent» (font fabriquer plutôt) «un japon par des

méthodes mécaniques où l'élément minéral intervient. Or, ces sortes-là

sont susceptibles de se piquer. Quant au papier de Chine, il se pique

aisément et contamine les autres papiers; seulement, il n'est pas

rebelle au lavage comme le papier du Japon. Le seul papier qui puisse

inspirer une sécurité absolue, c'est le papier de fil sur lequel on

imprimait ces éditions d'incunables, qui nous sont parvenues aussi

fraîches, aussi nettes que si elles sortaient des mains de l'imprimeur.

En sera-t-il de même du papier de fil produit de nos jours? M. Pierre

Dauze suspecte fort l'emploi irréfléchi de substances chimiques ou

minérales de nature à introduire des ferments de décomposition

prématurée, et il signale, dans des exemplaires tirés sur papier de

Hollande, des taches de rouille qui proviennent évidemment de l'emploi

du fer dans lesdits papiers.

«L'auteur ne voit qu'un remède: c'est d'exiger des éditeurs qu'ils

n'emploient à l'avenir que des papiers _analysés_; d'obliger»

(c'est-à-dire de rendre obligatoire) «l'emploi des matières premières

exclusivement végétales, et une fabrication pure de toute substance

susceptible de compromettre ou d'abréger la conservation; de proposer

aux Sociétés de bibliophiles parisiennes de nommer un ou plusieurs

délégués qui feront une enquête auprès des savants professionnels, etc.

Cette commission analysera les papiers de luxe employés couramment et

rejettera ceux qui n'ont pas les qualités requises. Les éditeurs, ainsi

avertis, s'empresseront, pour gagner la confiance des bibliophiles,

d'imprimer sur ces papiers favorisés. Les mauvais papiers dits de luxe

ne se fabriqueraient plus faute d'acheteurs, et feraient place à des

papiers de bon aloi[162].»

Comme conclusion, on ne lira pas non plus sans intérêt ni profit les

renseignements suivants, extraits d'un rapport de la Société

d'encouragement aux arts et à l'industrie de Londres, sur la question

qui nous occupe, les causes de détérioration de plus en plus nombreuses

des papiers modernes:

«Les publications imprimées sur papier de dernière qualité ne servent

guère plus de douze à treize mois; les éditions à bon marché sur papier

ordinaire sont complètement détériorées au bout d'une quarantaine

d'années.

«A quoi cela tient-il? Au blanchiment du papier et à ses procédés

actifs. Les fabricants de papier abusent des agents chimiques à l'action

violente qui brûlent le peu de fibres contenues dans la pâte. On

pourrait leur adresser les mêmes reproches qu'à nos blanchisseurs, qui

brûlent notre linge pour le blanchir plus vite. Il faudrait blanchir le

papier comme le linge, avec lenteur, modération, prudence.

«Outre cet inconvénient, un autre, non moindre, réside dans les

détériorations obtenues par la désagrégation et l'altération des

couleurs. La désagrégation résulte des altérations produites dans les

fibres du papier sous l'effet d'actions chimiques ultérieures. La pâte

de bois, de plus en plus employée comme matière première, est obtenue

chimiquement; elle se dévore elle-même dans les réactions multiples,

mais d'un effet sûr et rapide.

«Quant à l'altération des couleurs, caractérisée généralement par le

brunissement, elle est la résultante de l'action de l'air ambiant: les

livres exposés souvent à la lumière du gaz brunissent rapidement. Mais

ce qui surtout détériore la couleur du papier, c'est le collage à la

résine où cette dernière domine; alors que normalement cette colle ne

devrait contenir que 2 pour 100 de résine, cette proportion est presque

décuplée; or, plus il y a de résine, plus vite brunit le papier.

«Les fabricants ajoutent aussi beaucoup de _charge_ dans le papier: on

appelle ainsi les substances minérales, à la tête desquelles on peut

placer le kaolin. Quand le papier contient plus de 10 pour 100 de

charge, les fibres ont de la peine à retenir cette matière inerte; pour

obtenir cette force, on augmente le collage, mais on n'arrive ainsi qu'à

produire une résistance factice. Dès que le papier est séché et qu'il a

été un peu manipulé, il perd vite la cohésion qu'il semblait

posséder[163].»

CHAPITRE III

LE FORMAT

Ce qu'on entend par _format_.--Ce que signifient les mots _tome_,

_volume_, _exemplaire_, _tirage_, _édition_, _édition princeps_,

_incunables_, etc.--Il serait préférable de désigner les formats par

leurs dimensions métriques, et non plus par les termes archaïques:

jésus, raisin, écu, etc., et in-octavo ou in-huit, in-douze, in-seize,

etc.--Confusion des formats.--Dimensions métriques des principaux

formats des livres.--Imposition.--_Signatures_ et _réclames_.--Tableau

des signatures.--Formats de classements adoptés par les bibliothèques

universitaires: grand, moyen, petit;--par la Bibliothèque

nationale.--Formats des premiers livres.--Formats les plus appréciés par

les lecteurs.--Le plus commode et le meilleur des formats.--Concordance

des formats avec les matières traitées dans les livres.

Nous venons, en parlant du papier, de traiter du fond et de la base du

livre: nous allons nous occuper à présent de son format; nous

examinerons ensuite l'impression.

On appelle _format_ d'un livre la dimension de ce livre, «dimension

déterminée par le nombre de pages que renferme chaque feuille[164]». On

comprend, en effet, que plus la feuille renfermera de pages

(c'est-à-dire plus elle sera pliée sur elle-même), plus ces pages seront

restreintes en hauteur et en largeur, plus par conséquent le volume sera

petit; et inversement, moins la feuille renfermera de pages

(c'est-à-dire moins elle aura été pliée), plus sera étendue la surface

de chacune de ces pages, plus grand par suite sera le volume. Quant à

l'épaisseur, c'est-à-dire au nombre de feuilles que le volume contient,

il n'en est pas question, elle n'entre pas en ligne de compte dans la

détermination du format: celui-ci ne dépend encore une fois que de la

superficie et n'indique que la hauteur et la largeur du volume.

On confond souvent les expressions _tome_ et _volume_. Le _tome_ (τόμος,

section) est une partie d'un ouvrage, une division, plus ou moins

rationnelle, faite par l'auteur lui-même, division analogue à celle de

l'ouvrage en livres, sections, chapitres, etc. Le _volume_ (du latin

_volumen_) indique une division matérielle dépendant uniquement de la

reliure ou du brochage. Le plus souvent la division par volumes concorde

avec la division par tomes; cependant, il n'est pas rare de trouver deux

tomes reliés en un volume; il est très rare, au contraire, qu'il faille

plusieurs volumes pour contenir un seul tome. On peut donc dire, d'une

façon générale, qu'un volume peut renfermer plusieurs tomes, mais qu'un

tome ne fait presque jamais plusieurs volumes. Enfin un volume peut

former à lui seul un ouvrage indépendant et complet; un tome, jamais, en

réalité; il fait toujours partie d'un ouvrage: «il n'y a tome que s'il y

a division», selon l'expression de Littré[165].

«Un volume relié ou broché de peu d'épaisseur» est une _plaquette_

(Littré), et «un petit ouvrage de peu de feuilles et qui n'est que

broché» est une _brochure_ (id.). _Pièce_ est synonyme de brochure[166].

Mais où finissent la brochure et la plaquette, et où commence le volume?

Il n'y a aucune règle précise à cet égard. «A la Bibliothèque nationale

on considère comme _pièces_ toutes les impressions qui ont moins de 49

pages[167].» M. Albert Maire dit qu'«une _brochure_ est un ouvrage qui

n'atteint pas 100 pages; au-dessous et jusqu'à 50 pages, elle peut se

nommer une _plaquette_[168]». D'autres appellent plaquette tout in-8 ou

in-12 ne dépassant pas 100 pages.

Quant au mot _exemplaire_, il désigne un ouvrage complet, abstraction

faite du nombre de pages aussi bien que du nombre de volumes et de tomes

qu'il comporte; il s'applique à «l'unité de tirage» d'un ouvrage, d'une

gravure, etc. Une bibliothèque, par exemple, possède trois exemplaires

du _Théâtre_ de Racine: l'un en un volume, l'autre en deux volumes, le

troisième exemplaire en quatre volumes. Un éditeur fait tirer tel roman

à 2 000 exemplaires; un libraire expédie 6 000 exemplaires de son

catalogue; etc.

On confond également volontiers les mots _tirage_ et _édition_, dans le

cas où ils signifient tous les deux le résultat de l'action d'imprimer,

de tirer un volume. Il y a cependant une différence entre eux. Les

tirages, effectués successivement, n'impliquent aucune idée de

corrections ni de modifications quelconques du texte; un exemplaire du

premier tirage d'un volume est identique à un exemplaire du deuxième, du

troisième, du dixième tirage de ce même volume. Ces tirages ont tous été

faits, à intervalles de temps plus ou moins éloignés, sur les mêmes

clichés[169], et ils ne se différencient que par l'usure de ces clichés:

un exemplaire du dixième tirage aura nécessairement ses caractères

typographiques moins nets qu'un exemplaire du premier tirage, surtout si

chacun de ces tirages comprend un grand nombre d'exemplaires.

Le mot _édition_ laisse entendre, au contraire, que l'ouvrage a été

revu, remanié, recomposé typographiquement. Une page quelconque, la page

20, par exemple, de la première édition d'un ouvrage peut ne pas être la

même que la page correspondante de la neuvième ou de la dixième édition

de cet ouvrage; tandis que, comme nous venons de le dire, la page 20

d'un exemplaire du premier tirage est «textuellement» identique à la

page 20 d'un exemplaire du neuvième ou du dixième tirage.

Déterminer, même approximativement, d'après le numéro de l'édition ou du

tirage, le nombre d'exemplaires d'un livre tirés et mis en vente est

chose impossible. Là non plus il n'y a aucune règle. Une édition peut

aussi bien se composer de 200 exemplaires que de 2 000, de 10 000, etc.

Plusieurs des romans de M. Émile Zola et de M. Alphonse Daudet, par

exemple, se sont tirés du premier coup, pour la mise en vente, ce qu'on

nomme le _départ_, à plus de 100 000 exemplaires. C'est afin

d'introduire un peu d'ordre et de clarté dans ce genre d'opérations que

certains éditeurs, au lieu d'inscrire sur la couverture et le titre des

volumes le chiffre de l'édition: deuxième édition, troisième édition,

quatrième édition..., ce qui ne dit rien du tout, les numérotent par

mille: deuxième mille, troisième mille, quatrième mille...

En général cependant, on peut dire que les ouvrages dont la vente ne

paraît pas assurée ou semble devoir être très restreinte,--un recueil de

poésies signé d'un nom inconnu, je suppose,--ne sont pas actuellement

tirés à plus de 500 exemplaires. Un roman, signé d'un débutant, se

tirera à 1 000 ou 1 500 exemplaires; si ce roman s'adresse à la jeunesse

et peut se vendre comme livre d'étrennes ou de prix, le premier tirage

pourra monter jusqu'à 5 000 exemplaires, voire davantage. C'est

également à ce chiffre, à 5 000 exemplaires, que se tirent d'ordinaire

les ouvrages classiques dont la vente paraît certaine[170].

Les premiers livres imprimés, les _incunables_[171], avaient des tirages

relativement minimes, qui ne dépassaient guère 300 exemplaires.

On appelle _édition princeps_ la première édition d'un ouvrage,

spécialement d'un ouvrage ancien: pour les auteurs modernes, on se sert

du terme _édition originale_.

Une édition est dite _définitive_ ou _ne varietur_ quand le texte en a

été revu par l'auteur ou par ses ayants droit, et déclaré par eux

désormais arrêté et invariable.

*

* *

Ces définitions terminées, revenons au format.

De ce que nous avons dit de la fabrication actuelle du papier,

fabrication mécanique sur la toile sans fin, et non plus uniquement à la

forme, il résulte que les papiers d'aujourd'hui n'ont plus de dimensions

régulièrement et fixement délimitées. Il convient d'observer aussi tout

d'abord que ces expressions: in-octavo, in-douze, in-seize, in-dix-huit,

etc., s'appliquant exclusivement au mode de _pliage_ de la feuille

(in-octavo signifie que la feuille a été pliée de façon à former 8

feuillets[172] ou 16 pages; in-douze, de façon à former 12 feuillets ou

24 pages; in-seize, de façon à former 16 feuillets ou 32 pages; etc.),

sans indiquer les dimensions premières de cette feuille, ne signifient

pour ainsi dire rien. Elles n'ont et ne peuvent avoir un sens précis

qu'à condition d'être suivies de la désignation catégorique du papier,

du nom du format des feuilles: in-octavo _jésus_, in-douze _raisin_,

in-seize _cavalier_, etc., nom qu'on omet cependant très souvent dans le

langage usuel.

Une bibliothèque L'art d'acheter les livres, de les classer, de les conserver et de s'en servir · 第 3 / 34 段