Là encore, une modification légère, une retouche de peu d'importance

suffit pour rendre toute sa valeur à une théorie qui semblait sur le

point de succomber, et, qu'on le remarque, des théories successives qui

ont été présentées jusqu'ici relativement aux phénomènes que nous

étudions, aucune, quoi qu'il en semble, ne doit disparaître: toutes

viennent se ranger comme des chapitres spéciaux, des corollaires

importants d'une théorie plus générale qu'elles complètent et qui leur

donne à son tour plus d'intérêt. Il est exact, en effet, que la

nécessité où se trouvent non seulement les éléments anatomiques, mais

encore les organismes qu'ils constituent, de se diviser en

individualités distinctes lorsqu'ils ont acquis un certain

développement, détermine l'existence de deux modes de reproduction, l'un

qui exige la fécondation, l'autre qui ne l'exige pas. L'ensemble des

phénomènes de reproduction qui sont les plus généraux et qui n'exigent

pas la fécondation peut être désigné sous le nom choisi par M. Owen de

_métagenèse_. Lorsque des espèces vivantes combinent à divers degrés ces

deux modes de reproduction, qui peuvent être indépendants, il y a, comme

le dit M. Van Beneden, _digenèse_. Si les individus qui se forment sans

fécondation préalable ont pour point de départ un élément plus ou moins

semblable à un œuf, il y a _parthénogenèse_ au sens absolu de ce mot.

Lorsque les divers individus issus d'un œuf fécondé ont à remplir des

fonctions différentes, lorsqu'il y a entre eux une division du travail

physiologique nécessaire à la conservation de l'espèce, ils revêtent des

formes différentes; le _polymorphisme_ accomplit, comme le veut M.

Leuckart, son œuvre de complication, dont un cas particulier est ce

qu'on a appelé la _génération alternante_. Il est également vrai, comme

le pense M. Steenstrup, que la génération alternante peut avoir pour

effet de constituer par voie agame des individus qui jouent le rôle de

_nourrices_ par rapport à ceux qui sont produits par voie sexuée et qui

sont réellement leurs frères.

Mais la métagenèse peut encore avoir une autre conséquence importante

sur laquelle M. de Quatrefages a particulièrement insisté[123]. Grâce à

elle, un œuf unique ne produit pas un seul individu; il en produit un

nombre plus ou moins grand, parfois illimité, et sa puissance prolifique

se trouve ainsi multipliée dans une proportion considérable; l'œuf

engendre non pas un organisme, mais toute une génération d'organismes;

cet engendrement d'une génération tout entière est ce que le savant

professeur du Muséum appelle une _généagénèse_. La généagénèse est

particulièrement précieuse pour les animaux inférieurs, doués d'une

faible résistance vitale, pour les parasites qui ont à courir mille

dangers avant d'arriver à l'hôte dans lequel ils doivent vivre, et

c'est, en effet, chez tout ce menu peuple du règne animal qu'elle se

rencontre. Mais tout en montrant l'importance, en quelque sorte

pratique, de la généagénèse, M. de Quatrefages ne la considère pas, tant

s'en faut, comme un phénomène isolé, particulier seulement à certains

organismes. Tout d'abord, la raison d'être de la _généagénèse_ est la

même que celle de la _métamorphose_, aussi ces deux phénomènes

peuvent-ils venir se compliquer réciproquement et se pénétrer au point

qu'il est impossible de dire où finit l'un et où commence l'autre. De

même que la généagénèse, la métamorphose se rattache à une augmentation

de la puissance prolifique de chaque individu; une telle augmentation

peut, en effet, être obtenue soit en multipliant le nombre des

organismes qu'un seul œuf peut produire, soit en multipliant le nombre

des œufs que chaque femelle peut pondre. Mais, comme le corps des

femelles ne peut grossir indéfiniment, un accroissement du nombre des

œufs ne peut être obtenu qu'à la condition que le volume de ces œufs se

réduise. Tout œuf contient deux catégories de matériaux, ceux à l'aide

desquels l'embryon se constitue, ceux à l'aide desquels il se nourrit;

ces derniers sont évidemment les moins importants, c'est sur ceux que

portera la réduction. D'autre part, aucun animal n'arrive à son complet

développement sans avoir subi un grand nombre de métamorphoses, qu'il

accomplit, en général, dans l'œuf chez les animaux supérieurs; lorsque

les matériaux nutritifs accumulés dans l'œuf ne sont plus en quantité

suffisante pour amener l'embryon au terme de son évolution, l'embryon

éclot avant d'avoir revêtu sa forme définitive; il recherche lui-même le

supplément de nourriture qui lui est nécessaire pour assurer la suite de

son évolution et continue hors de l'œuf les transformations qu'il aurait

dû éprouver sous ses enveloppes. Les larves des insectes ne sont, en

conséquence, que des embryons nés avant terme, devenus capables de

subsister par eux-mêmes et continuant librement leur évolution. Chez les

animaux supérieurs, l'accroissement du corps de l'animal et ses

métamorphoses marchent de pair, ne sont pour ainsi dire que le même

phénomène, au lieu de s'accomplir successivement comme chez les insectes

et beaucoup d'autres animaux inférieurs; mais les métamorphoses n'en

subsistent pas moins; le phénomène demeure le même chez les insectes et

chez les vertébrés; la seule différence que l'on constate entre eux

porte seulement sur l'époque de la vie où s'accomplissent les

changements les plus apparents.

Ici se manifeste entre les métamorphoses et le généagénèse un lien

nouveau, qui cette fois n'est plus téléologique, mais bien

essentiellement morphologique. Maintes fois, dans ses travaux, M. de

Quatrefages a eu à comparer le mode de croissance des vers annelés avec

le mode de croissance des colonies de polypes hydraires; les nouveaux

anneaux d'une annélide se forment exactement de la même façon que les

nouveaux polypes dans une colonie d'hydraires. Il est manifeste que chez

les annélides la formation des nouveaux anneaux fait essentiellement

partie des phénomènes d'accroissement du corps de l'animal et que ces

phénomènes sont, à leur tour, en partie comparables aux phénomènes de

l'accroissement du corps chez les animaux supérieurs, tels que les

mammifères. La formation des colonies de polypes est donc ramenée à un

phénomène bien plus connu, tout à fait vulgaire, l'accroissement du

corps; il n'y a de particulier à ces colonies que leur forme

arborescente.

Mais, chez les annélides, la formation des nouveaux anneaux aboutit

souvent à la constitution d'individus autonomes, qui ne sont eux-mêmes

qu'un résultat de l'accroissement de l'organisme dont il se détache; la

même chose a lieu dans les colonies de polypes et conduit à la formation

de nouvelles colonies: c'est le phénomène de la _digenèse_.

L'accroissement, chez les animaux supérieurs, se complique toujours de

métamorphoses; il en est de même chez les vers annelés; aussi le nouvel

individu qui se forme peut-il différer notablement de son parent; c'est

le cas des autolytes et des syllis; c'est aussi exactement le cas des

salpes agrégées par rapport aux salpes solitaires, de méduses par

rapport aux hydres, et de tous les cas où il y a _génération

alternante_.

«Ainsi, dit M. de Quatrefages[124], toute génération agame se rattache à

l'accroissement proprement dit. Ce phénomène se manifeste tantôt par

l'_augmentation de volume des parties_, tantôt par la _multiplication de

ces mêmes parties_. Or, dans ce dernier cas, il arrive souvent que

chaque partie surajoutée réunit un ensemble qui en fait presque un

individu. Chez les Annélides, par exemple, dans la plus grande étendue

du corps, chaque anneau possède son centre nerveux, son appareil

locomoteur, son système vasculaire, sa grande poche digestive, ses

organes reproducteurs, le tout semblable à ce qui existe dans l'anneau

qui précède et dans celui qui suit. Un pas de plus, et chaque anneau

pourra se suffire à lui-même. Il ne lui manque, à vrai dire, qu'une

bouche et des organes de sens. Dans les syllis, les myrianes, les naïs,

cette bouche s'ouvre, ces organes naissent sur un anneau spécial, il est

vrai, mais qui se forme exactement comme les autres. Tous les anneaux

placés en arrière de cette tête accidentelle lui obéissent. Une

individualité nouvelle s'est formée, et cette individualité a son

origine dans un ensemble de phénomènes qui ne diffèrent en rien de ceux

de l'_accroissement_ tels qu'on les observe dans la classe entière.

Entre ces phénomènes et la gemmation de l'hydre, celle du strobile,

telle que l'a observée M. Desor, ou la segmentation du même être telle

que l'a décrite M. Sars, il n'y a évidemment aucune distinction

fondamentale. La forme seule des espèces, les lois de leur accroissement

individuel suffisent pour expliquer les différences apparentes. Ainsi

l'on passe de la simple croissance des mammifères au bourgeonnement par

des nuances insensibles; et tout nous ramène à cette importante

conclusion que le bourgeonnement et par conséquent la reproduction agame

ne sont, au fond, qu'un _phénomène d'accroissement_.»

Ainsi, pour M. de Quatrefages, le corps d'un mammifère, l'ensemble des

individus qui sont issus de l'œuf d'une syllis, d'une myriane, d'une

naïs, la réunion des polypes qui forment une colonie et des méduses qui

s'en détachent sont choses équivalentes.

«Une fois placé à ce point de vue, poursuit-il, nous comprenons très

bien pourquoi la génération agame ne saurait être indéfinie. Dans tout

animal, l'accroissement a des limites fixées d'avance. Si le

bourgeonnement n'est qu'une forme de l'accroissement, il doit forcément

avoir un terme. Il ne peut donc suffire à perpétuer l'espèce. Dès lors,

l'intervention d'un autre mode de génération devient une nécessité à

laquelle ne saurait échapper aucune espèce animale.»

Ainsi se trouve justifié le retour périodique de la reproduction sexuée,

ainsi se trouvent en même temps rapprochés, sans qu'il soit besoin

d'aucune hypothèse, les faits qui avaient conduit Richard Owen à

attribuer aux éléments spermatiques un pouvoir fécondateur limité. Comme

Cuvier, comme Dugès, et par des motifs autrement puissants, M. de

Quatrefages assimile les colonies que forment si fréquemment les animaux

inférieurs à ce que nous nommons l'individu chez les animaux supérieurs;

mais, de même que Dugès avait donné à l'idée de Cuvier une importance

toute nouvelle en montrant ses applications à l'anatomie comparée, M. de

Quatrefages donne à son tour une valeur inattendue à la théorie de Dugès

par la féconde application qu'il en fait aux plus compliqués des

phénomènes de reproduction.

* * * * *

M. Henri Milne Edwards s'est proposé de constituer, comme Richard Owen,

une théorie tout à fait générale des phénomènes de reproduction, dans

laquelle il cherche à établir un parallélisme absolu entre les

phénomènes de la génération alternante et les procédés ordinaires de la

génération sexuée. Pour l'illustre doyen de la Faculté des sciences de

Paris, les phénomènes que présentent, dans leur développement, les

salpes et les méduses, loin d'être une exception, sont, au contraire, la

règle générale. Tout animal commence par être une simple vésicule, ayant

qualité d'être vivant et qu'on peut appeler le _protoblaste_. Le

protoblaste est le plus souvent contenu dans l'œuf, c'est la vésicule

germinative; il y termine généralement sa courte existence, mais il peut

aussi mener une vie indépendante: tel est le cas de l'embryon cilié des

distomes. Avant de mourir ou de disparaître, le protoblaste produit par

bourgeonnement un organisme plus compliqué, le _métazoaire_: c'est le

polype hydraire dans le cas des méduses, la salpe solitaire chez les

tuniciers, le blastoderme chez les vertébrés; le métazoaire n'a, lui

aussi, en général, qu'une existence temporaire: il disparaît

ordinairement comme le protoblaste et comme lui produit, avant de

mourir, l'animal définitif, l'animal chargé de perpétuer l'espèce, par

voie de génération sexuée, le _typozoaire_. Les protoblastes peuvent se

multiplier sous leur forme simple et produire, en conséquence, un ou

plusieurs métazoaires; les métazoaires peuvent produire plusieurs

typozoaires ou n'en produire qu'un seul avec lequel ils se confondent

quelquefois; c'est dans cette aptitude plus ou moins grande à la

reproduction présentée par les termes successifs de cette série, que

sont dues les différences observées dans le développement des animaux.

On cesse donc de s'étonner d'un phénomène qui est absolument général.

* * * * *

En comparant entre elles les diverses théories que nous venons d'exposer

et qui toutes ont pour but de donner une explication des mêmes

phénomènes, on sera sans doute étonné de voir combien sont différentes

les tendances de leurs auteurs. Pour un physicien, le point de départ de

toute théorie est un phénomène simple, dont on a rigoureusement établi

les conditions déterminantes et les lois, dont on poursuit les

modifications diverses à travers des circonstances de plus en plus

compliquées; sur ce point tous les physiciens sont d'accord, et nous

pourrions ajouter que les physiciens sont eux-mêmes d'accord, sur le but

poursuivi par toute théorie, avec les chimistes et les astronomes. En un

mot, pour tous les savants qui cultivent les sciences physiques,

expliquer un phénomène complexe, c'est montrer comment il se rattache à

un autre phénomène très simple, connu dans tous ses détails, quand on le

dégage des circonstances accessoires qui interviennent pour le modifier.

Tous les phénomènes astronomiques sont ainsi rattachés au phénomène

simple de l'attraction des corps, et l'astronomie tout entière n'est que

le développement de cette loi: _Les corps s'attirent proportionnellement

au produit de leur masse et en raison inverse du carré de leur

distance_. Tous les phénomènes de l'acoustique et de l'optique sont

ramenés de même au mouvement du pendule; l'optique et l'acoustique

théoriques sont le développement des équations du mouvement vibratoire.

Les transformations diverses de la chaleur sont toutes ramenées à un

phénomène simple, réchauffement d'un corps en mouvement brusquement

arrêté dans sa course, et la théorie mécanique de la chaleur est le

développement de l'équation qui établit l'équivalence entre la quantité

de mouvement disparu et la quantité de chaleur produite. Tous les

phénomènes électrodynamiques se ramènent encore à l'attraction d'un

élément de courant sur un élément de courant, et l'électrodynamique est

le développement d'une équation aussi simple que les précédentes. Ainsi,

nous ne saurions trop le répéter, dans toutes les branches des sciences

physiques, les savants sont absolument d'accord sur la signification du

mot _expliquer_; pour chaque catégorie de phénomènes, ils remontent de

proche en proche à un phénomène simple, dont ils déterminent

expérimentalement les lois, et ils cherchent comment ce phénomène se

modifiera dans toutes les conditions précises que l'on pourra imaginer.

C'est là la méthode des sciences expérimentales, et le plus beau titre

de gloire des Bichat et des Claude Bernard est surtout d'avoir montré

que cette méthode pouvait être appliquée dans toute sa rigueur à la

physiologie, à la condition de remonter jusqu'aux propriétés

fondamentales des éléments anatomiques.

Les naturalistes paraissent au contraire se faire les idées les plus

diverses de ce qu'ils appellent une explication; ils semblent,

lorsqu'ils établissent une théorie, poursuivre les buts les plus

différents. Steenstrup, dans sa théorie des générations alternantes, M.

de Quatrefages, dans une partie de sa théorie de la généagénèse,

cherchent avant tout à déterminer la fin des phénomènes qu'ils exposent,

et sont en cela les disciples de Cuvier qui n'admettait, en histoire

naturelle, d'autres explications que celles qui résultent de

l'application du principe des causes finales. Leuckart, en exposant sa

théorie du polymorphisme, Van Beneden, en développant ses idées sur la

digenèse, constatent simplement que des phénomènes que l'on croyait

exceptionnels se retrouvent dans un beaucoup plus grand nombre de

groupes organiques qu'on ne l'avait pensé; ils rattachent ces phénomènes

à d'autres plus simples et plus généraux, mais qui sont cependant

limités à une partie du règne animal et demeurent mystérieux; Richard

Owen se borne à chercher une hypothèse qui pourrait relier entre eux

deux catégories de phénomènes considérées comme distinctes; M. de

Quatrefages, dans une autre partie de sa théorie, et M. Milne Edwards

démontrent qu'un ensemble de phénomènes donnés comme propres à certains

organismes se retrouvent plus ou moins modifiés dans le règne animal

tout entier; mais ils prennent les phénomènes observés chez les

vertébrés supérieurs comme des termes de comparaison et y ramènent ceux

que présentent les organismes inférieurs: ce sont les phénomènes si

complexes de la génération sexuée, les phénomènes plus complexes encore

du développement embryogénique chez les animaux supérieurs qui leur

servent de point de départ, et c'est avec eux qu'ils cherchent à

comparer les phénomènes observés chez les animaux inférieurs; la marche

suivie par les deux illustres naturalistes français est donc exactement

inverse de celle que suivent les physiciens. Ces divergences sont une

conséquence pour ainsi dire inévitable de ce fait qu'en histoire

naturelle l'homme, se proposant d'apprendre à connaître des êtres plus

ou moins semblables à lui, s'est pris lui-même comme le modèle le plus

parfait des êtres organisés. Il a recherché chez les animaux des

organes, des fonctions, des actes analogues aux siens et, croyant se

connaître lui-même, s'attribuant d'ailleurs une origine divine, a été

conduit à considérer comme des explications toutes les analogies qu'il

apercevait entre lui-même et les êtres dont il faisait l'objet de ses

études. Dans l'hypothèse de la fixité des espèces, cette façon de poser

le problème de la nature était d'ailleurs peut-être la plus rationnelle.

Dans l'hypothèse de la descendance, le problème est au contraire

renversé et la méthode d'explication ramenée à la méthode des sciences

expérimentales. L'homme n'est plus le modèle sur lequel tout est

construit, auquel tout doit être ramené; c'est au contraire l'être à

expliquer, le dernier terme auquel la théorie doit aboutir, la plus

compliquée des énigmes dont elle doit donner la solution. Les

explications ne doivent plus être de simples comparaisons, de simples

généralisations; elles doivent établir entre les divers phénomènes des

relations de cause à effet. En ce qui concerne spécialement les

phénomènes compris sous les noms de génération alternante, de digénèse,

de généagénèse, de parthénogenèse, ils ne peuvent être vraiment

expliqués qu'en partant des propriétés reproductrices des êtres les plus

simples; leur explication étant une fois trouvée, se posera ensuite la

question de savoir dans quelle mesure ils peuvent, à leur tour, servir à

expliquer les phénomènes de développement qu'on observe chez les animaux

supérieurs et chez l'homme.

Mais il n'était possible de remplir un tel programme qu'à la condition

d'avoir au préalable réduit l'être vivant en ses éléments, d'avoir

déterminé les caractères, les propriétés, les facultés des êtres vivants

les plus simples, problème préliminaire, dont la théorie cellulaire que

nous devons maintenant faire connaître a, sans aucun doute, beaucoup

avancé la solution.

CHAPITRE XVIII

LA THÉORIE CELLULAIRE ET LA CONSTITUTION DE L'INDIVIDU

Pixel: les membranes.--Bichat: les tissus; leurs propriétés

générales.--Dujardin: le sarcode.--Schleiden: les cellules

végétales.--Schwann: extension aux animaux de la théorie

cellulaire.--Prévost et Dumas: la segmentation du vitellus de

l'œuf.--Recherches relatives à l'origine des cellules ou éléments

anatomiques de l'organisme; signification de l'œuf.--Définition de la

cellule; le protoplasme et les plastides.--Constitution des individus

les plus simples.--Colonies animales; nombreuses transitions entre les

colonies et les individus d'ordre supérieur.--Isidore

Geoffroy-St-Hilaire: la vie coloniale signe d'infériorité.--M. de

Lacaze-Duthiers: opposition entre les invertébrés et les

vertébrés.--Théorie générale de l'individualité animale.

Dans les écrits des philosophes, des naturalistes et des médecins, on

voit souvent revenir, jusqu'au commencement du XIXe siècle, les mots de

substance vivante, de molécules organiques, de matière animée,

d'organes, de tissus; mais nulle part ces expressions ne reçoivent de

définition précise. Chez les animaux supérieurs, on distingue de la

chair, de la graisse, des os, des nerfs, des tendons, des vaisseaux, des

membranes; mais de quoi sont faits la chair, la graisse, les os, les

nerfs, les tendons, les vaisseaux, les membranes? Les connaissances sur

ce point ne vont pas au delà de la notion de la fibre avec laquelle les

muscles et les nerfs ont familiarisé les anatomistes.

Un médecin éminent, Pinel, cherchant à appliquer aux maladies les

méthodes de classification des naturalistes, fut conduit à rattacher les

caractères et la marche des diverses sortes d'inflammation à la nature

des membranes qui en étaient le siège et à mettre ainsi en relief

l'intérêt qu'il y avait pour la médecine à connaître d'une façon précise

le mode de constitution de ces membranes et, par extension, celle des

diverses parties du corps. Ce fut le problème que chercha à résoudre

Bichat dans sa _Dissertation sur les membranes et leurs rapports

généraux d'organisation_ (1798), dans son _Traité des membranes_ (1800),

et surtout dans son _Anatomie générale_ (1801), qui parut un an

seulement avant sa mort. Dans le premier de ces ouvrages, le jeune

anatomiste précise les ressemblances et les différences qui existent

entre les membranes que l'on observe dans les diverses parties du corps,

montre plus nettement qu'on ne l'avait fait avant lui que des membranes

de même nature peuvent se trouver dans les parties les plus différentes

de l'organisme, et fonde leur classification sur leur conformation

extérieure, leur structure et leurs fonctions. Trois ans après, la

méthode qu'il avait suivie dans ce travail était étendue à l'ensemble

des systèmes organiques: il consacrait son anatomie générale à étudier

isolément «et à présenter avec tous leurs attributs chacun des systèmes

simples qui, par leurs combinaisons diverses, forment nos organes.» Il

ramenait la physiologie, la pathologie, la thérapeutique, à la

connaissance exacte des propriétés de ces «systèmes simples», considérés

dans leur état naturel. L'anatomie générale devenait ainsi une science

nouvelle à laquelle on a donné depuis le nom d'_histologie_.

«Tous les animaux, dit-il[125], sont un assemblage de divers organes,

qui exécutent chacun une fonction, concourent, chacun à sa manière, à la

conservation du tout. Ce sont autant de machines particulières dans la

machine générale qui constitue l'individu. Or ces machines particulières

sont elles-mêmes formées par plusieurs tissus de nature très différente

et qui forment véritablement les éléments de ces organes. La chimie a

ses corps simples, qui forment par les combinaisons diverses dont ils

sont susceptibles les corps composés: tels sont le calorique, la

lumière, l'hydrogène, l'oxygène, le carbone, l'azote, le phosphore, etc.

De même, l'anatomie a ses tissus simples qui par leurs combinaisons

quatre à quatre, six à six, huit à huit, etc., forment les organes. Ces

tissus sont:

1° Le cellulaire.

2° Le nerveux de la vie animale.

3° Le nerveux de la vie organique.

4° L'artériel.

5° Le veineux.

6° Celui des exhalants.

7° Celui des absorbants et de leurs glandes.

8° L'osseux.

9° Le médullaire.

10° Le cartilagineux.

11° Le fibreux.

12° Le fibro-cartilagineux.

13° Le musculaire de la vie animale.

14° Le musculaire de la vie organique.

15° Le muqueux.

16° Le séreux,

17° Le synovial.

18° Le glanduleux.

19° Le dermoïde.

20° L'épidermoïde.

21° Le pileux.

«Voilà les véritables éléments organisés de nos parties. Quelles que

soient celles où ils se rencontrent, leur nature est constamment la

même, comme en chimie les corps simples ne varient point, quels que

soient les composés qu'ils concourent à former.»

La philosophie zoologique avant Darwin · 第 24 / 30 段