M. Edwards montrera lui-même un peu plus tard que les régions du corps

de diverses annélides sédentaires se comportent, à cet égard, comme les

régions du corps des crustacés; mais il établit d'ores et déjà que

l'accroissement du nombre des segments du corps, l'accroissement

proprement dit des annélides et leur reproduction agame, ne sont que

deux formes à peine différentes d'un même phénomène; que les diverses

régions du corps des crustacés correspondent aux nouveaux individus qui

se séparent pour mener une vie indépendante chez les annélides, et

peuvent être, en conséquence, considérées comme autant d'individualités

distinctes.

Comme les Crustacés, les Annélides des types les plus divers se

ressemblent pendant les premières périodes de leur développement; cette

remarquable coïncidence dans la marche des phénomènes génésiques chez

deux types aussi différents inspire à M. Edwards les réflexions

suivantes:

«Les affinités zoologiques sont proportionnelles à la durée d'un certain

parallélisme dans la marche des phénomènes génésiques chez les divers

animaux; de sorte que les êtres en voie de formation cesseraient de se

ressembler d'autant plus tôt qu'ils appartiennent à des groupes

distinctifs d'un rang plus élevé dans le système de nos classifications

naturelles, et que les caractères essentiels, dominateurs, de chacune de

ces divisions résideraient, non pas dans quelques particularités de

formes organiques permanentes chez les adultes, mais dans l'existence

plus ou moins prolongée d'une constitution primitive commune, du moins

en apparence[86].»

Nous voilà bien loin des principes de Cuvier, qui exigeait que tous les

caractères employés dans les classifications fussent des caractères

définitifs; le rôle de l'embryogénie dans les classifications est

désormais tracé; les animaux qui présentent les mêmes formes larvaires

sont désormais reconnus comme parents, et, si cette parenté est encore

considérée comme une parenté idéale, il est évident qu'il n'y aura rien

à changer à la formule qui vient d'être trouvée le jour où il faudra

reconnaître que la parenté doit être entendue dans le sens véritable du

mot. Serres, en France, et les philosophes de la nature, en Allemagne,

avaient énoncé une proposition analogue lorsqu'ils disaient: «Tous les

animaux supérieurs traversent, lorsqu'ils se développent, des formes

analogues à celles qui demeurent permanentes chez les animaux

inférieurs.» La formule nouvelle est plus large et plus exacte, et le

progrès dans la science ne consiste-t-il pas presque toujours à

substituer à une idée partiellement vraie une idée plus générale qui

l'explique et la comprend? La formule des philosophes de la nature

supposait un type unique de développement; celle de M. Milne Edwards

comprend tout aussi bien la proposition des savants allemands que celle

de Von Baër, qui avait établi l'existence de plusieurs types de

développement; M. Milne Edwards a sur Von Baër l'avantage de ne pas

limiter le nombre des types de développement et de permettre

l'intervention des caractères embryogéniques à tous les degrés de la

classification, comme on a plusieurs fois tenté de le faire depuis peu.

Déjà, du reste, l'embryogénie avait rendu à la classification

d'importants services; grâce à elle, Thompson venait de démontrer que

les cirrhipèdes, classés par Cuvier parmi les mollusques, par Latreille

parmi les annélides, institués en groupe spécial par de Blainville,

étaient de véritables crustacés[87], et Nordmann avait prouvé que les

lernées, universellement considérés comme des vers, appartenaient aussi

à ce même groupe des crustacés[88]. Bien souvent, les phases du

développement ont depuis révélé une parenté inattendue entre des êtres

fort différents à l'état adulte, et les naturalistes ont pris dans les

indications de ce genre une telle confiance que le danger est maintenant

de prendre d'apparentes similitudes pour une réelle identité dans les

formes larvaires.

En résumé, malgré ces modifications successives de l'idée qu'on peut se

faire d'un crustacé, la théorie définitive de M. Milne Edwards peut

s'énoncer ainsi: tous les crustacés sont construits sur un type commun;

leur corps est composé d'anneaux en même nombre, formés eux-mêmes de

parties identiques; les divers crustacés ne diffèrent entre eux que par

des modifications de forme des anneaux de leur corps ou des parties qui

les composent; en général, dans l'individu, ces modifications

n'apparaissent qu'à une période plus ou moins avancée du développement

embryogénique, de sorte que la plupart des crustacés, notamment ceux qui

appartiennent à un même groupe, commencent par se ressembler et

diffèrent ensuite de plus en plus à mesure qu'avance leur développement.

Les anneaux du corps se forment successivement; mais cette formation

peut être lente ou plus ou moins rapide et l'éclosion avoir lieu à une

période quelconque de cette formation. Chacune des régions du corps se

comporte, au point de vue de la multiplication des anneaux, comme un

organisme indépendant.

Ces propositions pourraient s'étendre à tous les animaux articulés; il

semble donc y avoir un archétype des arthropodes, comme il y a un

archétype des vertébrés, mais ces archétypes sont différents, et

l'existence de plusieurs types organiques, proclamée par Cuvier, semble

confirmée. Cependant, comme le fait remarquer M. Milne Edwards, les

propositions si simples qui permettent de définir l'archétype des

arthropodes sont, pour la plupart, le fruit d'une heureuse application à

l'étude des crustacés de la méthode employée par Geoffroy Saint-Hilaire

pour l'étude des vertébrés. «La théorie des analogues, dit-il[89],

devenue célèbre par les travaux de son auteur, M. Geoffroy

Saint-Hilaire, et par la tendance nouvelle qu'elle a imprimée à

l'anatomie comparée, aplanit, comme on le voit, la plupart des

difficultés qu'avait présentées jusqu'ici l'étude du squelette

tégumentaire des crustacés; et si l'utilité de l'application à

l'entomologie des vues philosophiques formant la base de cette doctrine

n'était déjà démontrée par les recherches de MM. Savigny, Audouin, etc.,

on pourrait en donner comme preuve la simplicité des corollaires qui

résument les causes des différences innombrables offertes par le

squelette tégumentaire des crustacés.»

* * * * *

L'hypothèse de l'unité de plan de composition restreinte à l'étendue de

chacun des embranchements du règne animal permettait de rattacher d'une

manière assez satisfaisante à une cause commune les ressemblances qu'on

observe entre les animaux; n'était-il pas possible de rattacher de même

à un principe unique les différences innombrables qu'ils présentent? Dès

1827, M. H. Milne Edwards en avait indiqué le moyen dans ses articles du

_Dictionnaire classique d'histoire naturelle_. Non seulement il

formulait alors une loi dont les applications sont devenues depuis

chaque jour plus importantes, mais il indiquait le premier, d'une façon

précise, une assimilation imprévue entre les lois de l'économie

politique et celles de la physiologie générale; il ouvrait ainsi une

voie qui est justement celle où s'est engagée depuis Darwin, et qui

devait conduire à des résultats inespérés. La causé de la diversité des

animaux, c'est, pour M. Milne Edwards, la division du _travail

physiologique_ entre leurs éléments constituants; pour Darwin l'origine

des espèces doit être cherchée dans la concurrence que crée

l'_accroissement de la population animale_ et dans le succès des _mieux

outillés_, dans la _sélection naturelle_ qui en est la conséquence; or

les économistes considèrent précisément la division du travail le moyen

le plus sûr de soutenir la concurrence; aussi, loin de perdre sa valeur

par l'avènement de la doctrine de Darwin, peut-on dire que la doctrine

de M. Milne Edwards n'a fait qu'en recevoir une force et une portée plus

grandes. D'autre part, la division du travail suppose l'_association_,

principe dont nous avons vu Dugès faire, à son tour, l'application

incomplète au règne animal, en 1831, et dont nous avons essayé, dans

notre livre _Les colonies animales et la formation des organismes_, de

faire ressortir toute l'importance, au point de vue de l'évolution et de

la complication graduelle des êtres vivants, de la détermination des

lois qui ont présidé à la formation des types organiques, de

l'explication des phénomènes embryogéniques, et de la formation même de

ce que nous nommons l'_individualité_. Ainsi le parallèle se poursuit,

et, chaque fois qu'une application nouvelle des lois de l'économie

politique est faite à la morphologie, elle se montre féconde en

résultats. Il est évident que tout le côté de la question qui touche à

la façon dont se sont réalisés les quatre grands modes de distribution

des parties caractéristiques, des quatre types organiques de Cuvier,

côté que nous avons plus particulièrement traité dans _Les colonies

animales_, ne pouvait exister, si l'on se plaçait dans l'hypothèse de

types organiques réalisés d'emblée et modifiés seulement dans le détail:

or c'est là le point de vue de Dugès et de M. Milne Edwards. Sans doute

l'un et l'autre de ces savants ont déjà entre les mains, en partie

découverts par eux-mêmes, un certain nombre de faits pouvant permettre

d'établir une théorie du mode de formation des types organiques; ils

acceptent néanmoins, comme Cuvier, comme Geoffroy Saint-Hilaire, comme

le fera plus tard Richard Owen, l'hypothèse que les types organiques

sont l'œuvre immédiate du Créateur, et c'est seulement à ces types _déjà

réalisés_ qu'ils commencent à appliquer la théorie de la division du

travail physiologique; voici dans quels termes:

«Dans certains animaux, dit en 1827 M. Milne Edwards[90], le corps

présente partout des caractères identiques et ne paraît renfermer aucun

organe distinct... Les polypes d'eau douce présentent une structure de

ce genre... Le corps de ces animaux peut être comparé à un atelier où

chaque ouvrier serait employé à l'exécution de travaux semblables et où

par conséquent leur nombre influerait sur la somme, mais non sur la

nature du résultat. Aussi l'expérience a-t-elle démontré qu'en divisant

un de ces êtres on ne change pas sa manière d'agir; chaque fragment

continue de vivre comme auparavant et peut former un nouvel animal...

Lorsqu'au contraire la vie commence à se manifester par des phénomènes

plus compliqués et que le résultat final produit par le jeu des

différentes parties du corps devient plus parfait, certains organes

offrent un mode de structure particulier et cessent alors d'agir à la

manière du tout. La vie de l'individu, au lieu d'être la somme d'un

nombre plus ou moins grand d'éléments de même nature, résulte de

l'ensemble d'actes essentiellement différents et produits par des

organes distincts. Les diverses parties de l'économie animale concourent

toutes au même but, mais chacune d'une manière qui lui est propre, et

plus les facultés de l'être sont nombreuses et développées, plus la

diversité de structure et la division du travail qui en est la suite

sont poussées loin.»

Et M. Milne Edwards précise plus tard sa pensée en écrivant[91]:

«Le principe suivi par la nature dans le perfectionnement des êtres est

le même que celui si bien développé par les économistes modernes, et,

dans ses œuvres aussi bien que dans les produits de l'art, on voit les

avantages immenses de la division du travail.»

Ces principes de la division du travail, M. Milne Edwards les applique

successivement aux différents systèmes d'organes et tout d'abord aux

téguments.

«La surface extérieure du corps, de même que les parties situées plus

profondément, présentent une série de modifications dont la clef nous

est donnée par le principe dont nous venons de parler. Ainsi que nous

l'avons déjà dit, elle est d'abord semblable au reste du parenchyme,

mais bientôt elle acquiert des propriétés différentes et constitue une

membrane distincte dont la face interne donne attache à tous les organes

actifs de la locomotion et dont la superficie est le siège des sens, de

la respiration et de plusieurs autres fonctions.

«Dans les classes plus élevées, la faculté de percevoir la lumière se

localise davantage et devient en même temps plus parfaite; il en est de

même des sens de l'ouïe et de l'odorat; mais l'enveloppe générale sert

encore comme organe du mouvement et du tact, en même temps qu'elle

détermine la forme du corps et protège les organes internes de

l'influence nuisible des agents extérieurs. Enfin, vers le sommet de la

série des animaux, cette division du travail est portée encore plus

loin; un système particulier, destiné spécialement à la défense des

parties molles aussi bien qu'aux fonctions locomotrices, se montre dans

l'économie, et la membrane tégumentaire, au lieu de servir à des usages

si divers, n'est plus appelée qu'à agir comme organe du tact, à

s'opposer à l'évaporation des liquides renfermés dans le corps et à

remplir un petit nombre d'autres fonctions.»

Dans ce passage, le principe de la division du travail est appliqué non

pas à des individualités distinctes, d'abord indépendantes et identiques

entre elles, qui se partagent les rôles, mais à des masses homogènes,

sans individualité propre, qui se décomposent en parties hétérogènes,

aptes chacune à un ouvrage particulier. Il n'y a aucune filiation,

aucune relation entre les cas où la division du travail est peu avancée

et ceux où elle l'est davantage, car il n'est évidemment pas dans

l'esprit de l'auteur d'établir une relation généalogique quelconque

entre le squelette intérieur des vertébrés dont il est question, en

dernier lieu, et le squelette extérieur des articulés. Le principe de la

division du travail est donc ici plutôt la constatation d'un ensemble de

faits, une sorte de _loi métaphysique_, que l'indication d'un _procédé_

réellement employé, d'un acte vraiment effectué pour passer d'un état

simple à un état plus complexe.

Dans l'emploi qu'en fait par la suite M. Milne Edwards, ce caractère ne

saurait disparaître, car une division du travail s'effectuant, sous

l'action de causes extérieures déterminables, entre des individus

d'abord identiques et indépendants, se modifiant et se solidarisant sous

l'empire de ces causes, impliquerait nécessairement une transformation

graduelle des formes vivantes; toutefois ses propositions énoncées dans

un sens métaphorique peuvent être de plus en plus facilement prises dans

un sens absolu. Telles sont celles qui concernent le système

nerveux[92]: «En étudiant dans la longue série des animaux articulés les

parties au moyen desquelles ces êtres perçoivent les impressions, on y

remarque une suite de modifications analogues à celles que nous avons

déjà signalées en traitant de l'appareil tégumentaire et des organes de

la vie organique. Le système nerveux se présente d'abord sous la forme

d'un cordon qui s'étend dans toute la longueur du corps; chacune de ses

parties agit alors à la manière du tout, et, lorsqu'on divise l'animal

en plusieurs tronçons, chacun d'eux continue à sentir et à se mouvoir

comme il le faisait lorsque le corps était entier. Un degré de plus dans

la division du travail amène la localisation de la faculté de percevoir

la sensation, et de plusieurs autres actes, dans des parties déterminées

de ce système, dont l'existence devient alors nécessaire à l'intégrité

des fonctions auxquelles l'appareil en entier préside. Enfin, chez des

animaux plus parfaits, la sensibilité devient plus particulièrement

l'apanage de certaines fibres médullaires; la faculté de produire les

mouvements sous l'empire de la volonté se concentre en quelque sorte

dans d'autres fibres du même système; celle d'exciter l'action de ces

diverses parties se localise également dans certains points de

l'appareil nerveux, et celle de coordonner les mouvements est exercée

par d'autres instruments. En un mot, toutes les parties de l'appareil

sensitif finissent par concourir d'une manière différente à la

production des phénomènes dont l'ensemble résultait d'abord de l'action

de chacune d'elles.»

C'est encore le même point de vue que lorsqu'il s'agissait des

téguments; mais les applications morphologiques apparaissent, quoique

implicitement, lorsque, après avoir étudié les modifications diverses du

système nerveux des crustacés, M. Edwards les résume toutes dans cette

loi conforme à la _loi de centralisation_, par laquelle Serres

représentait les modifications successives que subit le système nerveux

des insectes, pendant leur développement[93].

«Le système nerveux des crustacés se compose toujours de noyaux

médullaires dont le nombre normal est égal à celui des membres, et

toutes les modifications qu'on y rencontre, soit à des époques diverses

de l'incubation, soit dans différentes espèces de la série, dépendent

principalement des rapprochements plus ou moins complets de ces noyaux,

agglomérations qui s'opèrent des côtés vers la ligne médiane, en même

temps que dans la direction longitudinale, mais peuvent tenir aussi en

partie à un arrêt de développement dans un certain nombre de ces

noyaux.»

Le rapprochement entre les faits révélés par l'anatomie comparée et ceux

que fournit l'embryogénie d'un individu donné implique déjà la

possibilité que les divers états du système nerveux aient pu être tirés

d'un état primitif où tous les ganglions étaient identiques entre eux,

et c'est bien l'idée qui se dégage lorsque, cessant de considérer des

tissus ou des organes, M. Edwards arrive à dire des segments des corps

eux-mêmes[94]:

«D'après ce que nous avons dit, au commencement de ce chapitre,

relativement à la marche suivie par la nature dans le perfectionnement

des êtres, on pourrait s'attendre à trouver, à l'extrémité inférieure de

la série formée par les animaux dont nous nous occupons ici, des espèces

dont tous les anneaux constituants du corps seraient identiques entre

eux tant par leur forme et leur structure que par leurs fonctions, puis

à les voir devenir de plus en plus disparates et servir chacun à des

usages particuliers. C'est, en effet, ce que l'on remarque lorsqu'on

compare entre eux les divers crustacés; mais ces animaux ne nous offrent

d'exemple, ni de cette extrême uniformité, ni de ce maximum de

complication.»

La division du travail peut donc porter sur les segments tout entiers

comme sur les organes et les tissus; elle est alors nécessairement

suivie d'une sorte de consécration morphologique résultant de

modifications plus ou moins étendues dans la forme de ces segments.

Mais, pour M. Edwards, ces segments ne sont pas, comme pour Dugès, des

individualités distinctes; ce sont, on s'en souvient, de simples parties

du corps dont un nombre déterminé et constant est nécessaire pour

constituer le crustacé; malgré la segmentation de son corps, le crustacé

est indivisible comme le vertébré. C'est encore l'idée que se font des

animaux segmentés un grand nombre de naturalistes, et, au point de vue

du transformisme, cette idée suffit, nous l'avons vu, pour supprimer le

problème de l'origine des types organiques et obliger d'avoir recours,

afin d'expliquer chacun d'eux, à un acte créateur spécial.

* * * * *

Dans les travaux relatifs aux articulés comme dans ceux relatifs aux

vertébrés, nous avons déjà fait remarquer que la méthode d'investigation

de Geoffroy Saint-Hilaire est employée à définir d'une manière plus

rigoureuse, plus exacte, plus complète, les grands embranchements de

Cuvier, à déterminer les limites des modifications dont ils sont

susceptibles et à chercher la loi de ces modifications. Le principe des

connexions est jusqu'ici appliqué surtout aux pièces solides et permet

de ramener leur disposition à un même type; il est tout aussi fécond

lorsqu'on veut en faire application aux organes internes, aux parties

molles.

Cuvier avait fait du système nerveux la base de la distribution

méthodique des animaux; M. Émile Blanchard s'attache à déterminer toutes

les modifications dont il est susceptible dans un même embranchement et

à préciser l'importance des caractères qu'il peut fournir à la

classification. Il démontre que chez les insectes il est construit sur

un type constant; que durant la métamorphose il éprouve, en général, une

concentration plus ou moins considérable; que cette concentration

s'effectue suivant des lois déterminées, de sorte qu'on peut trouver

«dans le degré de centralisation des noyaux médullaires des caractères

de famille ayant une persistance des plus remarquables[95]».

Ses recherches sur les connexions du système nerveux l'amènent à de

remarquables déterminations d'organes; il démontre, par exemple, que les

antennes, absentes, en apparence, chez les Arachnides, sont en réalité

représentées chez ces animaux par les petites pinces des scorpions et

les crochets à venin des araignées, seuls appendices qui reçoivent leurs

nerfs du cerveau, comme les antennes des insectes et des crustacés. Par

des études sur la bouche des insectes diptères, M. Blanchard avait déjà

complété les travaux de Savigny; tandis que M. de Lacaze-Duthiers, se

livrant à l'étude des appendices compliqués qui se trouvent à

l'extrémité postérieure de l'abdomen de ces animaux, arrivait à

démontrer que chez tous ces animaux l'armure génitale femelle était,

tout aussi bien que la bouche, construite sur un plan unique[96]; que

les pièces multiples qui les composent résultaient uniquement du

développement et des modifications de forme des parties solides d'un

zoonite.

Ainsi, chez les arthropodes adultes, et notamment chez les plus élevés,

de nombreux travaux permettent de ramener à un même plan les aspects si

divers de l'organisation. Dans la classe entière des insectes, le nombre

des segments du corps reste constant; il en est de même du nombre des

régions du corps et des appendices affectés à une fonction déterminée.

Chez les arachnides, le nombre total des segments du corps est déjà

moins fixe; il est très variable chez les myriapodes, dont la tête

présente cependant une composition constante; enfin, s'il présente une

certaine fixité chez les crustacés supérieurs, on constate chez ces

derniers une grande variabilité dans la constitution des diverses

régions du corps et le nombre des appendices servant à des usages

analogues; d'autre part, les segments du corps ne poussent pas toujours

simultanément, et cela seul suffirait à jeter quelque doute sur la

prétendue immobilité du type, pour faire supposer que, si cette

immuabilité existe réellement dans certains groupes, elle a été acquise

et doit encore être considérée comme un _résultat_ et non comme un _fait

primordial_.

* * * * *

L'étude des vers annelés, si bien faite par Savigny, M. Audouin, Milne

Edwards et M. de Quatrefages, peut déjà servir à montrer que, chez ces

animaux, il n'y a de constant que l'organisation du segment, le nombre

de ceux-ci pouvant varier dans les plus larges proportions, de sorte

qu'on ne saurait ici concevoir rien de semblable à un archétype, et,

lorsqu'on descend des vers annelés à ceux où la structure segmentaire

est indistincte, c'est bien autre chose: il résulte des patientes et

habiles recherches de M. Blanchard sur les vers intestinaux, de celles

de M. de Quatrefages sur les Planaires, que les traits essentiels

attribués par Cuvier à l'animal articulé s'effacent et disparaissent;

cependant l'idée de type est tellement tenace qu'on fait l'impossible

pour faire rentrer ces animaux dans une règle à laquelle ils échappent

de toutes façons.

* * * * *

La philosophie zoologique avant Darwin · 第 20 / 30 段