LA MODE

La toilette de la jeune fille, pour les fêtes du soir, diffère très

essentiellement de celle des jeunes femmes, surtout depuis quelques

années, la note simple s'affirmant de plus en plus, et la jeunesse se

faisant gloire de revenir à la «sainte mousseline», et à «la robe

légère, d'une entière blancheur», parure de leurs aïeules.

De la gaze de l'Inde, du crêpe, du tulle: telles sont les étoffes

consacrées. Parfois de la faille ou du crêpe de Chine, le tout très

sobrement garni, jamais la véritable robe lourde, d'étoffe somptueuse,

apanage des jeunes femmes et dont les premières tiennent place dans la

corbeille de noces.

Je ne parle, bien entendu, que des jeunes filles au-dessous de vingt

ans. C'est-à-dire jusqu'à vingt-deux ou vingt-trois ans, les années de

rajeunissement auxquelles a droit toute fille à marier s'effaçant,

naturellement, de son acte de naissance. Passé cet âge, l'indécision

devenant impossible, filles ou femmes s'habillent de même et toute

distinction devient superflue.

La robe de jeune fille, donc, presque droite, selon la mode actuelle,

est la plus modeste du monde. J'entends d'apparence, car la moindre robe

de bal, pour une jeune fille élégante, coûte aujourd'hui cinq ou six

cents francs. C'est-à-dire ce que leurs grand'mères payaient pour leurs

plus riches toilettes!... La jupe est unie, froncée à la ceinture et

faite de voiles superposés; ou bien drapée, au-dessus de l'ourlet, par

des noeuds de rubans. Quelques touffes de fleurs rattrapant l'étoffe

sont encore admises. Mais alors des fleurs très «jeunes», comme la

primevère, l'églantier, le myosotis, la bruyère, le muguet, le lilas

blanc, la marguerite ou le bouton de roses. Quant au corsage il se fait

«à la Vierge», de même tissu avec grande ceinture nouée et manche

bouillonnée; ou tout plat, en satin, avec gorgerette et manche assorties

à la jupe. Dans les cheveux un simple ruban ou une touffe fleurie, selon

que le corsage est ornementé.

Mais, pour le corsage même, point de guirlandes, ni de traînes, ni de

demi-guirlandes. Des piquets aux épaules, un bouquet à la ceinture, une

branche sur le côté, enchâssée dans les neiges de la gorgerette, rien de

plus. La coiffure, des plus sobres, presque une coiffure de matin, afin

de laisser au visage toute sa jeunesse. En aucun cas, aucun bijou, sauf,

aux oreilles, des boutons de perles pas trop gros, aux poignets des

bracelets sans valeur, au cou, des perles très petites: plusieurs rangs,

par exemple, en collier de chien, si l'on est par trop maigre et qu'il

faille, à toute force, rompre la ligne.

Combien préférable, cependant, même quand un peu de sécheresse accentue

les contours, cette absence de tout bijou qui laisse pure et gracieuse

l'harmonieuse tombée des épaules, au-dessous de la nuque, sur laquelle

les légers frissons, un peu dorés, jettent leur ombre claire, illuminant

le satin de la peau bien mieux que les plus éclatantes pierreries. Cela

va si bien à la jeunesse, la simplicité de la parure! Tout ornement

exagéré l'écrase, et lui est une flagrante antithèse, partant ne lui

sied en aucune façon.

D'ailleurs, si la maigreur de la jeune fille est un obstacle à la grâce

du corsage décolleté, cet obstacle s'atténue tout naturellement à la

réduction de l'échancrure qui doit se borner aux limites les plus

chastes. Autant chez une jeune femme l'étalage d'une poitrine

marmoréenne ou de riches épaules semble admis par les plus rigides,

autant chez une jeune fille, qui jusqu'à son mariage doit demeurer en

quelque sorte enveloppée de mystère, il devient une chose choquante et

réprouvée.

Seules, dans un bal blanc, de jeunes rastaquouères oseront exhiber la

«grande peau»; seules aussi elles porteront des robes trop riches, des

bijoux prétentieux, perdant à cette exhibition de somptuosités toute la

distinction native et l'élégance instinctive de leur juvénilité.

Le soir seulement de la signature du contrat de mariage, une jeune fille

du monde revêt, avec la toilette pâle qui fait presque partie de la

corbeille, un corsage plus ornementé et plus décolleté, agrafant à son

cou et à ses oreilles des perles d'une valeur sérieuse, choisies parmi

les cadeaux du fiancé. La toilette de contrat, en effet, moins

essentiellement virginale que la toilette de mariée, est en quelque

sorte la transition entre la toilette de jeune fille et la toilette de

femme. Elle est généralement de couleur rose, le blanc étant réservé

pour le mariage à l'église, le bleu pour la mairie. D'étoffe légère le

plus souvent, telle que le crêpe ou la gaze. Cependant, en hiver,

quelques jeunes filles portent au contrat de la faille, du satin, du

crêpe de Chine ou toutes autres étoffes relativement peu épaisses.

Jamais le velours ni le brocart. Rien de plus gracieux, pour une

fiancée, que de la faille rose, garnie autour des épaules et au bord de

la jupe d'un épais marabout de roses effeuillées. Ou bien des plumes ou

une ruche déchiquetée, qui, moins coûteuses, remplissent presque le même

effet. Des perles au cou. Dans les cheveux un pouff de roses ou une

aigrette nouée de rubans.

Violette.

L'Illustration, No. 2503, 14 février 1891 · 第 3 / 19 题