EXPLORATION DES RIVIÈRES SANGHA ET N'GOKO DANS LE CONGO FRANÇAIS

Au mois de décembre 1889, M. Cholet, administrateur colonial, recevait à

Brazzaville l'ordre d'aller faire un voyage d'exploration dans la

rivière Sangha, affluent du Congo.

J'étais alors à Comba, sur le point de rentrer en France, quand je reçus

de M. Cholet une lettre dans laquelle il me demandait de l'accompagner

dans ce voyage, et de pousser une reconnaissance vers Manyanga, en me

rendant à Brazzaville.

Malgré mon vif désir de revoir les miens que j'avais quittés depuis près

de quatre ans, cette proposition me souriait tant, j'étais si sûr de

réussir avec un chef,--je devrais dire un ami--si énergique et si

vaillant, que je me hâtais d'accepter.

Je quittai Comba le 6 janvier. Le 10 j'étais à Manyanga et le 22 à

Brazzaville.

Des retards imprévus, un accident survenu à l'un de nos bateaux, dans la

tempête du 9 janvier, les préparatifs d'un voyage dont on ne pouvait

connaître la durée, ne permirent à l'expédition de quitter Brazzaville

que le 19 février.

Ce jour-là, nous serrions avec effusion la main de MM. Gaillard et

Thiriet, et, accompagnés de leurs voeux de succès, nous commencions

notre voyage qui devait durer quatre mois.

Pendant quatre mois, nous devions vivre à bord d'une chaloupe à vapeur

de 9 mètres de long sur deux de large, et partager cet espace si

restreint avec les 9 hommes qui composaient notre équipage, et auxquels

nous adjoignîmes, quelques jours plus tard, trois indigènes Bafourous

qui devaient nous servir de guides et d'interprètes.

Après un court séjour à Lizzanga, poste situé au confluent de l'Oubangui

et du Congo, et à Bonga, ancien poste de l'ouest africain, à

l'embouchure de la Sangha, actuellement occupé par une factorerie

française, nous partions à l'aventure dans cette rivière Sangha--citée

par Jacques de Brazza, relevée pendant quelques milles par M. le

capitaine de frégate Rouvier en 1886--par conséquent inconnue, mais

soupçonnée devoir être un centre commercial des plus importants.

La Sangha, qui remonte constamment au nord, est large d'au moins 1

kilomètre pendant la plus grande partie de son cours. Elle est encombrée

d'îles et de bancs de sable; ses rives sont peu élevées. Les villages,

dans la partie basse, ne sont point situés sur les rives, mais assez

loin dans l'intérieur, sur des ruisselets ou marigots, que les indigènes

remontent en pirogues, au milieu d'un fouillis presque inextricable

d'arbres renversés, de lianes et d'herbes assez épaisses pour ne laisser

à leurs embarcations que la place strictement nécessaire à leur passage.

Ce besoin de se mettre à l'abri et de profiter des défenses que la

nature leur a généreusement fournies, a été suggéré aux indigènes par

les fréquentes incursions de leurs peu loyaux voisins, les gens de

Bouga, d'Irebou et de Vigombé, qui plusieurs fois sont venus brûler les

villages, détruire les plantations, et faire des razzias d'hommes et de

troupeaux.

Ces indigènes sont d'un naturel paisible, beaucoup plus commerçants que

guerriers, et nous n'avons jamais eu à nous plaindre de nos rapports

avec eux.

A peine avions-nous dépassé le point atteint par M. Bouvier, que nous

nous crûmes arrivés au terme de notre exploration.

A un tournant de la rivière, nous la vîmes complètement barrée par des

masses noirâtres, que nous primes de loin pour un long banc de roches.

Heureusement la crainte était plus grande que le mal, et, cette fois

encore, notre pavillon devait flotter plus haut, sur cette terre

d'Afrique, où tant de hardis et dévoués pionniers sont morts, victimes

du devoir et jalons précieux d'une civilisation que la France tiendra à

honneur de porter toujours plus loin.

Quand nous fûmes plus rapprochés de ces prétendus écueils, le bruit de

l'hélice et de la machine les réveillèrent tout à coup. C'était un

troupeau d'hippopotames, faisant la sieste sur les bancs de sable, au

beau soleil de midi.

Un millier de ces pachydermes, surpris dans leur sommeil par des

visiteurs inconnus, montrèrent plus d'étonnement que de crainte, et la

prudence seule nous empêcha de leur envoyer quelques balles: car mis en

fureur ils eussent bientôt fait de chavirer notre frêle embarcation.

Peu à peu ils se décidèrent à nous céder la place, et nous pûmes enfin

doubler ce bancs de roches vivantes.

Quelques jours plus tard, notre bateau mouillé à la rive, je partis en

pirogue pour en chasser une troupe moins nombreuse, que nous avions vue

à notre passage, et je fus assez heureux pour en tuer un d'une taille

des plus respectables.

Notre équipage fut ravi de cette aubaine, car le noir, friand de tout ce

qui se mange, est surtout gourmand de viande, et, quand il peut s'en

procurer, il préfère se rendre malade que d'en perdre un morceau.

Le soir, de grandes claies avaient été établies, du bois coupé, la bête

dépecée, et nos hommes, accroupis autour des feux, surveillaient la

viande qui fumait lentement, en racontant leurs éternelles histoires, où

la femme, cette cause de toute querelle--chez eux--joue toujours le plus

grand rôle.

Peu à peu les villages se rapprochèrent du bord de la rivière, sur les

limites du pays des Bousindés et dans celui des Basanghas.

Chez ces derniers, les villages sont même presque tous construits dans

des îles.

Les habitants sont toujours en pirogues, leurs plantations étant situées

sur la terre ferme et, en général, peu éloignées des rives.

Partout nous reçûmes un accueil des plus empressés.

C'était à qui nous apporterait des vivres et objets de toute sorte pour

recevoir en échange nos tissus, perles et boutons en porcelaine bleue ou

blanche, qui avaient un succès étonnant.

Tous les chefs de village se hâtaient de venir à notre rencontre, et,

désireux d'entrer en relations commerciales directes avec les Européens,

afin de ne plus être exploités par leurs intermédiaires, nous

demandaient de venir fonder des postes chez eux.

Nous leur expliquions alors le but de notre visite; nous leur lisions le

traité qui devait nous engager réciproquement, et, confiants dans notre

bonne foi, ils apposaient avec joie sur le papier un paraphe plus ou

moins quelconque qui devait représenter leur signature.

Une fois cependant, au village Gaukassa, le chef Mangoundou, remarquable

par sa corpulence, qui n'a d'égale que sa bêtise, refusa de signer le

traité, bien qu'enchanté des bons rapports qu'il savait devoir en

résulter.

Pour lui, toucher la plume était fétiche, et rien ne put le décider à

signer, persuadé que s'il le faisait il ne tarderait pas à mourir; et il

fallut que son frère, plus intelligent et moins peureux que lui, le

remplaçât en cette affaire.

Quelques jours plus tard, nous arrivions au village Ouosso, qui devait

être le terme de notre voyage dans la Sangha.

Il nous fut en effet impossible de monter plus haut, l'état des eaux ne

permettant pas même à notre légère embarcation de franchir les nombreux

bancs de sable qui semblaient se multiplier à mesure que nous avancions.

Force fut donc de nous arrêter.

Ouosso est un grand village, bâti dans une île complètement découverte,

où nous avons rencontré les plus belles et les plus grandes

constructions qu'il nous ait été donné de voir en Afrique.

La case du chef Minganga ne mesure pas moins de quarante mètres de

longueur sur vingt-cinq mètres de largeur et sept à huit de hauteur.

Deux portes s'ouvrent aux deux extrémités; les bas-côtés sont disposés

en forme de loges dans toute la longueur de la case.

Chacune de ces loges est habitée par un ou plusieurs membres de la

famille du chef qui, lors de notre passage, possédait à lui seul

soixante-trois femmes.

Au milieu de cette grande case s'en élève une autre plus petite, dont la

ressemblance avec les baraques de saltimbanques m'a vivement frappé.

Tout cela est sculpté, peint, agrémenté de dessins de toutes sortes, de

couleurs assez variées, et ne rappelle en rien les ignobles huttes de

certaines peuplades qui ne sauraient vivre, paraît-il, sans vermine et

sans fumier.

[Illustration: La navigation du «Ballay» sur la Sangha.]

Deux jours après notre arrivée à Ouosso, nous étions les meilleurs amis

du chef Minganga et de son frère Mondobéka, avec lesquels nous eûmes de

longues conférences.

Minganga est un chef influent et respecté bien qu'il soit le plus grand

ivrogne qu'on puisse voir. Son village est le centre d'un commerce

d'ivoire considérable. Malheureusement ce commerce est accaparé par les

gens de Bouga et de Bolobo, qui viennent en pirogues acheter l'ivoire

dans ces parages, pour aller le revendre sur le Congo, d'où il prend, en

majeure partie, la route de l'État indépendant.

Il est donc à souhaiter qu'on établisse le plus tôt possible des postes

en ce pays, de façon que les commerçants puissent traiter directement

avec les Barangas et profiter du gain que, jusqu'à ce jour, ont fait sur

eux tous les traitants auxquels ils sont forcés de s'adresser.

Une industrie qui paraît primer toutes les autres au village Ouosso est

la fabrication de bracelets en cuivre qui servent presque exclusivement

de monnaie d'échange.

Minganga, ayant à sa solde plusieurs forgerons, les emploie à ce travail

qui doit être pour lui la source d'un assez beau revenu.

[Illustration: LE CONGO FRANÇAIS.--1. L'équipage du «Ballay».--2.

Intérieur du village de Bassangha.]

C'est avec les barrettes de laiton que les Européens leur vendent que

les indigènes fabriquent ces bracelets.

Pour cela, ils fondent dans un creuset en terre une assez grande

quantité de ces barrettes, font un moule dans le sable au moyen d'une

baguette qu'ils y appliquent et en retirent aussi délicatement que

possible, puis coupent le métal dans cette rainure qui peut avoir

environ 60 centimètres de longueur.

[Illustration: 1. La Sangha barrée par les hippopotames.--2. Chasse à

l'éléphant.--3. Dépeçage et séchage de la viande.--4. Décapitation de

l'éléphant.]

Évidemment, le métal ainsi fondu est plein de bavures, mais, à force de

le marteler, les ouvriers arrivent à obtenir une tige parfaitement

polie, pointue à ses extrémités allant en grossissant graduellement

jusqu'en son milieu.

Il ne leur reste plus alors qu'à rouler cette tige en trois tours

environ pour terminer leur travail.

D'autres industries occupent d'autres ouvriers du grand chef. Les uns

fabriquent des pagaies pour la flotte de pirogues qui entoure le

village; les autres vont chercher le vin de palme dont Minganga est si

friand et dont il boit de telles quantités qu'il est dans un état

d'ivresse absolue pendant les trois quarts de la journée.

Ceux que ces travaux n'emploient pas s'en vont de temps à autre à la

pêche ou à la chasse, pendant que les ménagères, portant leurs enfants

attachés sur le dos, vaquent aux soins intérieurs ou s'en vont

travailler dans les plantations.

Pauvres ménagères! leur vie ne me fait pas l'effet d'avoir beaucoup

d'attraits, et leur sort est certainement des moins enviables. A part

quelque sultane favorite, toutes travaillent comme des bêtes de somme,

sans penser sans doute à la veille ni au lendemain, sans manifestation

extérieure de peine ou de plaisir. Mais qu'importe!

[Illustration: Type de guerrier.]

Ignorant un autre genre de vie que celui qu'elles mènent, elles vivent

comme ont vécu leurs mères, comme vivront leurs filles, si la

civilisation ne vient pas, en leur créant d'autres besoins, leur relever

le moral et leur développer l'intelligence.

Les gamins du village, négrillons de trois à dix ans, alléchés par les

petits cadeaux de perles, boutons, clous dorés, que nous leur donnions,

devinrent bientôt très familiers.

Un jour, voulant sans doute nous remercier de nos attentions délicates à

leur endroit, ils dansèrent devant nous la danse des enfants.

Nous voilà donc, assis sous une paillote, entourés d'une foule énorme

admirant ce jeune corps de ballet.

Les danseurs, rangés sur une seule ligne, sans jupes de gaze ni

falbalas, sautant d'un pied sur l'autre, bien en mesure, et avec autant

de bruit que possible, chantent un refrain plus ou moins monotone,

alterné de quelques couplets hurlés par le plus brillant soprano de la

troupe.

A chaque couplet ils accompagnent leur chant du bruit que font leurs

mains frappées sur le haut de leurs cuisses, ce qui produit, tant pour

l'ouïe que pour la vue, le plus singulier effet.

Je ne dirai pas que cette danse soit le divertissement le plus moral

qu'on puisse rêver pour des enfants, mais on a tant prêché inutilement

chez nous contre la valse qui--paraît-il--n'est pas morale, que l'on

peut bien laisser de jeunes sauvages danser à leur guise leurs pas

accoutumés.

Le dimanche 4 mai, après une tentative infructueuse pour continuer notre

voyage dans la Sangha, nous nous décidâmes à explorer la N'Goko, un de

ses affluents dérivé droite, qui paraissait se diriger plus à l'ouest.

Cette rivière, le plus important tributaire de la Sangha, coule d'un

cours assez rapide entre des rives généralement élevées et distantes

d'environ deux cents mètres.

Ce n'est plus le pays uniformément plat, les rives sablonneuses et

basses de la Sangha. Les rochers succèdent au sable et les montagnes aux

plaines. Quelques-unes de ces collines atteignent jusqu'à trois et

quatre cents mètres d'élévation et leur chaîne paraît suivre une ligne

sensiblement parallèle au cours de la rivière.

De temps en temps on rencontre sur les bords de petites plaines

herbeuses et marécageuses, séjour favori des hippopotames et rendez-vous

des éléphants, boeufs, antilopes et autres animaux qui peuplent ces

solitudes.

Car, à l'exception de trois villages, dépendant du chef Minganga et

situés dans des îles du bas de la rivière, le pays, jusqu'au point

extrême que nous avons pu atteindre, est complètement inhabité.

Mais quel merveilleux pays de chasse pour des amateurs moins pressés que

nous de mener à bonne fin la tâche qui nous avait été confiée!

[Illustration: Types de femme et d'enfant.]

Le 13 mai, vers onze heures, après qu'un énorme caïman eût donné la

chasse à notre chaloupe pendant deux ou trois minutes, nous aperçûmes un

troupeau d'éléphants, surpris dans une île, qui se mettait à la nage

pour regagner la terre terme.

L'un de ces animaux, plus rapproché de nous que les autres, devint notre

point de mire, et, au moment où il essayait en vain de remonter à la

rive, une balle le frappant derrière l'oreille lui traversa la cervelle

et le renversa foudroyé dans la rivière.

[Illustration: LE CONGO FRANÇAIS.--Une caravane de porteurs d'ivoire.]

Nous eûmes toutes les peines du monde à le sortir de l'eau, pour lui

couper la tête et prendre les défenses, qui malheureusement ne pesaient

chacune qu'environ douze kilogrammes.

Deux jours après, au même endroit, nous donnions la chasse à deux autres

éléphants qui, criblés de balles, se réfugièrent dans l'île. Nous nous

mîmes à leur poursuite.

Les arbres, le sentier, les herbes où nous passions étaient couverts de

sang, et nos vêtements blancs, au bout de quelques instants, étaient

devenus complètement rouges.

Par intervalles nous rencontrions un grand espace où l'herbe était

foulée et comme écrasée et où des arbustes jonchaient la terre,

violemment arrachés; là, les énormes pachydermes avaient dû, dans leur

fuite, s'arrêter un instant ou tomber de lassitude et de faiblesse

occasionnées par la douleur et la perte de sang; de grandes flaques en

effet se voyaient piétinées et ayant éclaboussé les herbes tout autour;

puis la fuite reprenait reconnaissable à de larges trouées dans la

végétation, formant des zig-zags, des allées et venues au hasard.

Évidemment les éléphants avaient été sérieusement blessés et cette idée

activait l'ardeur de notre poursuite.

En dehors, en effet, du plaisir et des émotions que procure cette sorte

de chasse, on y trouverait certainement un grand intérêt à cause des

défenses de l'animal qui, suivant son âge et la qualité de l'ivoire qui

les forme, sont quelquefois d'un très grand prix.

[Illustration: Réception dans une case, à Ouosso.]

Chemin faisant nous nous rappelions toutes les histoires de chasses

d'éléphants que nous avions lues ou dont nous avions entendu parler et

des visions d'animaux blessés nous traversaient la tête, qui devenus

furieux par la poursuite se retournaient contre les chasseurs, les

foulant aux pieds, les saisissant avec leur trompe, les lançant en l'air

et les déchirant avec leurs défenses.

Mais nous en fûmes ici quittes pour la vision, nos blessés s'étaient

cette fois pour tout de bon enfuis, se dérobant à nos poursuites, si

bien que, lassés enfin et fatigués de notre course, nous les

abandonnâmes sans chercher à les rejoindre.

Ce fut à regret, bien entendu, mais en définitive nous n'étions pas

venus pour chasser, et cet agréable passe-temps nous retardait sans

profit pour nos recherches et pour notre voyage. D'ailleurs,

l'observation nous montra que les eaux paraissaient baisser et

menaçaient de nous fermer la voie du retour; les vivres, par l'absence

de villages, devenaient impossibles à se procurer,--car la viande seule

ne suffit pas--aussi nous décidâmes-nous, bien à regret toutefois, à

revenir sur nos pas.

Le jeudi 15 mai, nous commencions notre descente et abandonnions ce pays

où j'espère bien retourner un jour poursuivre l'oeuvre commencée.

Entraînés par le courant rapide de la rivière, nous étions de retour au

village Ouosso dans la soirée du 19.

Enfin, après avoir encore tenté inutilement de remonter la Sangha, nous

partîmes le 25 mai pour revenir à Brazzaville, laissant dans ce pays des

indigènes heureux de nous avoir vus et nous faisant promettre de revenir

bientôt.

Le 11 juin, après une navigation fort difficile dans le Congo, nous

arrivâmes à Brazzaville, où nous fûmes reçus avec toute l'amabilité et

l'affectueuse obligeance que nous devions attendre des bons amis que

nous y avions laissés.

Quatre mois après nous étions de retour en France, après plus de quatre

ans d'absence.

Puisse un nouvel effort, auquel je m'associerai encore avec joie, nous

ouvrir définitivement un pays dont nous n'avons fait qu'entrevoir les

richesses, et qui me paraît la route la plus sûre ouverte à un vaste

champ d'exploration dans le nord!

R. Pottier.

[Illustration: LE CONGO FRANÇAIS--Arrivée au village d'Ouosso.]

[Illustration.]

L'Illustration, No. 2503, 14 février 1891 · 第 2 / 19 题