NOTES ET IMPRESSIONS

Il n'y a que les enfants et les imbéciles qui ne pensent qu'au présent.

Voltaire.

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L'humanité ne peut arriver à la liberté que par une haute culture de

l'esprit et à cette culture que par la liberté.

Jean-Paul Richter.

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Nous devrions apprendre à mépriser ce qui passe par le peu de cas que

nous faisons de ce qui est passé.

G. Tournade.

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On juge mieux les gens d'après le choix de leurs loisirs que d'après

leurs occupations.

Paul Masson.

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L'incognito, fausse modestie des gens de ce petit monde, n'est qu'un

moyen de se faire annoncer davantage.

E. Vivier.

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Nous ne dévorons plus les livres, nous les grignotons; et c'est surtout

la faute de ceux qui nous font la cuisine.

Augustin Filon.

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Il y a, de l'esprit d'une femme à celui d'un homme, la différence du

rose au rouge.

Saint-Fox.

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La «raison du plus fort» est le vrai type de ces maximes que chacun

flétrit et devant lesquelles tout le monde s'incline.

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Il est dans le tempérament du Français de se moquer des femmes et dans

sa destinée d'en être dupe.

G.-M. Valtour.

[Illustration: Buste d'enfant.]

[Illustration: Femme couchée.]

[Illustration: Ariane.]

[Illustration: Minerve (fragment).]

[Illustration: Hercule étouffant entre ses bras le sanglier d'Érymanthe

(fragment).]

[Illustration: Tête d'Auguste.]

[Illustration: NOUVELLES DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES FAITES A

MARTRES-TOLOSANE.--Aspect actuel des fouilles. D'après les photographies

de M. Régnault, membre de la Société archéologique.]

[Illustration: AU CIRQUE D'HIVER 1-5. Les chiens savants.--6. Danseuse

égyptienne.--7. Mort de Cléopâtre.--8. Antoine.--9. Pantomime

anglaise.--10. Départ de Cléopâtre et d'Antoine.]

[Illustration: HISTOIRE DE LA SEMAINE.]

La semaine parlementaire.-Les dernières séances qu'a tenues la Chambre

avant de se séparer pour les vacances du carnaval ont été consacrées à

l'examen de la loi sur le travail des femmes et des enfants dans les

manufactures. Dans cette discussion, qui touche à une question sur

laquelle tout le monde est d'accord, celle de la protection à accorder

aux faibles, on a pu voir combien il était peu aisé de trancher, par des

articles de loi, les difficultés que soulève la réglementation du

travail. Certes, il n'y avait là aucun parti pris puisque on a vu l'un

des orateurs les mieux écoutés de la droite, M. de Mun, apporter le

concours de son éloquence au projet présenté par le parti républicain

dans un intérêt démocratique et social. Mais, si l'entente était

générale quand il s'agissait de poser les principes d'humanité qui

doivent présider à l'organisation d'une société civilisée, certaines

objections, venues des membres de la gauche même, ont montré que, dans

la pratique, l'application de la loi ira souvent à l'encontre de son

but. Empêcher le surmenage, interdire dans certains cas le travail de

nuit, c'est oeuvre de charité, mais n'arrivera-t-il pas souvent que

telle femme, contrainte par la nécessité de nourrir sa famille,

demandera elle-même, comme une faveur, ce travail que la loi juge

excessif pour elle? Il en résultera que ceux-là mêmes pour qui le

parlement vient de légiférer chercheront à tromper les inspecteurs

chargés de la surveillance des manufactures et feront tout leur possible

pour échapper à la protection qu'on leur accorde comme un bienfait.

Quoi qu'il en soit, et par un sentiment qu'en somme on ne saurait

blâmer, la Chambre a voté l'ensemble de la loi par 383 voix contre 74.

--Au Sénat, on a eu une interpellation de M. Fresneau «sur les

usurpations commises par le conseil municipal de Paris.» En réalité,

l'orateur, au lieu de s'en tenir à la question purement municipale, a

fait une longue digression historique qui remontait jusqu'à la

révolution, car aujourd'hui il n'est guère de discussion parlementaire

où l'on ne parle des personnages de la révolution, comme s'ils étaient

revenus au monde pour diriger la politique moderne, en sorte qu'on en

arrive à voter, non pour ou contre le cabinet, mais pour ou contre

Robespierre. Aussi le ministre de l'intérieur a-t-il eu beau jeu pour

répondre à l'interpellation, et quand il a déclaré «qu'il s'en

rapportait au Sénat, pour la conclusion à donner à ce débat dont il ne

comprenait pas tout à fait l'objet», il était assuré du résultat final,

c'est à dire du vote de l'ordre du jour pur et simple qu'acceptait le

gouvernement.

--M. Jules Ferry a été nommé président de la commission des douanes, et

à cette occasion il a prononcé un discours dans lequel il s'est efforcé

de se garder de toute allusion politique. Toutefois ce discours, bien

que purement économique, n'est pas passé et ne pouvait passer inaperçu.

L'ancien président du conseil a joué un rôle politique trop important

pour que l'opinion admette facilement que, rentrant dans la vie

parlementaire, il se renferme strictement dans les questions techniques.

La réunion royaliste de Nîmes.--Depuis quelque temps, les royalistes

avaient annoncé qu'ils allaient organiser à Nîmes une grande réunion

dans laquelle M. le comte d'Haussonville prendrait la parole et

tracerait le programme du parti.

Cette réunion a eu lieu dimanche dernier, 8 février. Il faisait à Nîmes

un temps exceptionnellement mauvais; la neige tombait et le froid était

vif. Malgré cela les délégués des départements étaient venus en grand

nombre, et l'assistance était tellement compacte qu'on avait peine à

pénétrer dans la salle.

M. Roux-Larcy, qui présidait la réunion, a donné la parole à l'orateur

annoncé par ces mots, dont on peut apprécier la portée: «Le titre

principal de M. le comte d'Haussonville à la confiance de cette

assemblée, c'est d'être le confident de celui qui représente la

tradition nationale héréditaire de la France.»

Il est impossible de donner ici même une analyse du long discours

prononcé par M. le comte d'Haussonville, discours destiné à

contrebalancer l'effet produit par les adhésions d'une partie de

l'épiscopat français au gouvernement établi, et à prêcher la résistance.

M. le comte d'Haussonville a exprimé, en terminant, l'espoir que la

France, «lassée des divisions des républicains, écoeurée de leurs

scandales, révolté de leurs injustices, se tournera vers la seule forme

de gouvernement qui ne l'ait jamais trahie ni trompée; et pour cela, a

ajouté l'orateur, il faut attendre et ne pas désarmer, car il n'y a

qu'un seul jour où il soit permis de déposer les armes, c'est au

lendemain de la victoire.»

Il sera curieux de voir si le cardinal Lavigerie jugera devoir répondre

à une déclaration aussi nette et quelle sera sa réponse.

Italie: la crise ministérielle.--Après des négociations assez

laborieuses, M. di Rudini a été chargé par le roi Humbert de constituer

le nouveau ministère, qui a été ainsi composé:

M. di Rudini, président du conseil avec le portefeuille des Affaires

étrangères; M. Nicotera, Intérieur; M. Colombo, Finances; M. Luzzatti,

Trésor; M. Branca, Travaux publics; M. Ferraris, Grâces et Justice;

Villari, Instruction publique; M. Chimirri, Agriculture et Commerce;

général Pelloux, Guerre; M. Saint-Bon est désigné pour la Marine, dont

l'intérim a été confié au président du conseil.

Espagne: les élections générales.--Les élections générales qui ont eu

lieu en Espagne le 1er février étaient faites pour la première fois sous

l'empire de la nouvelle loi instituant le suffrage universel.

La Chambre se compose de 443 députés, élus pour cinq ans. D'après la loi

du 26 juin 1690, le droit de vote est accordé à tous les Espagnols, âgés

de vingt-cinq ans, jouissant de leurs droits civils et ayant deux ans de

résidence dans la même commune. Chaque bulletin ne peut contenir qu'un

nom dans les districts qui n'ont qu'un député, deux dans ceux qui en ont

trois, trois dans ceux qui en ont quatre ou cinq, cinq dans ceux qui en

ont sept et sept dans ceux qui en ont huit.

Sont élus ceux qui ont obtenu le plus de voix, la loi ne fixant pas de

majorité absolue. Il ne peut donc y avoir ballottage que dans le cas où

deux députés auraient obtenu le même nombre de voix dans un district où

l'on ne doit élire qu'un seul député. Dans ces conditions, on comprend

que si les partis d'opposition sont divisés et présentent chacun un

candidat, toute coalition étant impossible, le candidat du gouvernement

obtient facilement la victoire.

Le parti républicain, bien qu'il ait remporté, sur l'ensemble du

territoire, un assez grand nombre de suffrages, n'a réussi à faire

entrer à la Chambre qu'un très petit nombre de représentants. Par la

raison que nous venons de dire, les tentatives de coalition qu'ils ont

essayé de faire sur certains points avec les libéraux ont complètement

échoué. D'ailleurs, M. Sagasta, désireux de réserver l'avenir et de se

montrer, dans ce but, aussi bon monarchiste que M. Canovas del Castillo,

a refusé systématiquement de s'y prêter. Républicains et libéraux ont

donc fait campagne chacun de leur côté. Les premiers y ont sans doute un

peu perdu, mais les seconds y ont gagné; en effet, leur alliance avec

les républicains leur aurait certainement fait perdre, dans plus d'une

circonscription, le bénéfice de cette tolérance officielle à laquelle

ils ont dû la plus grande part de leur succès.

Les élections ont donné, en conséquence, les résultats prévus en faveur

du gouvernement. D'après la proclamation officielle, la Chambre

comprendra 151 membres de l'opposition, parmi lesquels il est peu

d'irréconciliables, et 289 ministériels.

Allemagne.--_Le général Waldersee._--L'empereur d'Allemagne ne perd pas

une occasion d'affirmer la volonté inébranlable de gouverner seul, et,

pour cela, de congédier successivement tous ceux qui peuvent prétendre à

exercer une action sérieuse et personnelle dans la direction des

affaires publiques. On sait avec quel éclat il s'est séparé de son

chancelier; c'est aujourd'hui le tour du chef d'état-major général, le

général de Waldersee.

Par une lettre rendue publique, et d'ailleurs conçue dans les termes les

plus flatteurs et même les plus tendres, Guillaume II a annoncé au

général qu'il était relevé de ses fonctions, et qu'il recevait, en

échange, le commandement du 9e corps d'arme: «Ce commandement, dit

l'empereur qui se plaît souvent à faire intervenir ses sentiments de

famille dans les affaires de l'État, se trouve dans le pays natal de ma

femme bien-aimée. C'est une distinction que je suis heureux de pouvoir

vous conférer.»

Le successeur du général de Waldersee est le général comte Alfred de

Schlieffen, qui, en 1866, était attaché militaire à l'ambassade

d'Allemagne à Paris. Pendant la guerre de 1870, il était le chef

d'état-major de l'armée du grand-duc de Mecklembourg, qui opérait sur la

Loire. En dernier lieu, il était le plus ancien en grade des

quartiers-maîtres généraux, c'est-à-dire le premier des auxiliaires du

comte Waldersee. Il est permis d'en conclure que le remplacement de ce

dernier est motivé par des causes toutes personnelles, car si l'empereur

avait eu en vue un changement de système, il n'aurait pas choisi le

collaborateur immédiat de celui qu'il éloigne de sa personne, en lui

donnant un commandement qui ressemble fort à un exil.

Angleterre et Irlande.--_L'intolérance anglicane._--On accepte

facilement en France, comme chose indiscutable, que l'Angleterre est par

excellence le pays de la liberté et de la tolérance. Malheureusement

pour nos voisins, les faits viennent démontrer de temps à autre que

cette réputation est quelque peu usurpée. En voici une nouvelle preuve.

A une des dernières séances de la Chambre des communies, M. Gladstone a

déposé une proposition tendant à l'abrogation d'une loi d'exception en

vertu de laquelle les postes de lord-lieutenant ou de gouverneur de

l'Irlande et de chancelier du Royaume-Uni sont interdits aux

catholiques. Il fallait l'initiative du «Grand libéral» pour rappeler au

monde que ce dernier vestige de la persécution si longtemps dirigée

contre les catholiques subsistait encore et que par conséquent l'égalité

religieuse commandée par les progrès de l'esprit moderne n'existait pas

en Angleterre. A-t-il suffi au moins que la question fût posée pour

quelle fût tranchée dans le sens libéral, comme on avait le droit de s'y

attendre de la part d'une nation qui, sous ce rapport, se vante de

donner des leçons à toutes les autres? Nullement; le cabinet a combattu

la proposition de M. Gladstone qui a été repoussée par 256 voix contre

223. L'affaire en soi n'a pas grande importance, mais elle est typique

dans un pays où l'on tient des meetings retentissants, pour protester

contre la situation faite aux juifs dans l'empire russe.

Nécrologie.--M. Rozat de Mandres, inspecteur général des Ponts et

Chaussées en retraite.

Rosine Bloch, cantatrice.

Mme Stevens, femme du peintre Alfred Stevens.

M. Georges Perrier, caissier général de la Caisse des Dépôts et

consignations.

L'aéronaute Paul Jovis.

M. l'abbé Laine, officier de la Légion d'honneur, ancien vicaire général

de la grande aumônerie, ancien chapelain des Tuileries.

L'Illustration, No. 2503, 14 février 1891 · 第 4 / 19 题