P. 59, l. 10: departement.--_Ms. A 8_: departir. Fº 290.
P. 59, l. 19: en littière.--_Ms. A 8_: en l’estrier.
P. 59, l. 26: com.--_Ms. A 8_: quel.
P. 60, l. 12: puissedi.--_Ms. A 8_: depuis.
P. 60, l. 13: lisent.--_Ms. A 8_: faisoient.
P. 60, l. 23: paisieulement.--_Ms. A 8_: paisiblement.
P. 60, l. 25: molesté.--_Ms. A 8_: molester.
P. 60, l. 26 à 28: Adonc.... prince.--_Ms. B 6_: Quant le roy de
Navarre seut que le prinche avoit accort et congiet de passer parmy
le royaulme d’Arragon, sy se party de Tudielle, où il estoit, messire
Martin de le Kare en sa compaignie, et s’en vint ou val de Sorye devers
le prinche. Fº 709.
P. 60, l. 25: nul au pays.--_Ms. A 8_: à nul du pais.
P. 61, l. 1: il voloient.--_Ms. A 8_: il vouloit.
P. 61, l. 8: les hos.--_Ms. A 8_: l’ost.
P. 61, l. 9: rapassèrent.--_Ms. A 8_: passèrent.
P. 61, l. 21 et 22: li un de l’autre.--_Ms. A 8_: les uns des autres.
P. 61, l. 24: senescaudies.--_Ms. A 8_: seneschaucies.
P. 61, l. 26: princeté.--_Ms. A 8_: princauté.--_Le ms. B 6 ajoute_:
et s’en vinrent logier en Aginois et en Angoulesmois et là se
rasamblèrent. Fº 710.
P. 61, l. 29: jasoit.--_Ms. A 8_: ja fust.
P. 62, l. 3: retournés.--_Ms. A 8_: revenus.
P. 62, l. 8: rechief.--_Le ms. A 8 ajoute_: nouvelles.
P. 62, l. 12: chapitainne.--_Le ms. A 17 ajoute_: monseigneur Sevestre
Eudes. Fº 354 vº.
P. 62, l. 12: Hernaulz.--_Mss. A 7, 8_: Ernoul.--_Ms. A 17_: Arnoul.
P. 62, l. 13: Yons.--_Ms. A 17_: Eons.
§ =592=. Apriès ce que.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, fu tretiés li
mariaiges entre monsigneur Lion, duch de Clarense, fil au roy Edouwart
d’Engleterre et à le roynne et la fille à monsigneur Galeas, signeur de
Melans, qu’il avoit de madamme Blanche, serour au comte Amé de Savoie,
liquel mariaiges se fist et confremma, et se parti messires Lions,
dus de Clarense, d’Engleterre moult estoffeement et en grant arroy,
à bien mil chevaux. Si estoit ses compains en ce voiaige ungs grans
banerés d’Engleterre et riches homs durement, que on noummoit messire
Edouwart le Despenssier. Si tint li dessus dis dus ses Pasques en le
bonne ville d’Abeville, qui estoit au roy son père, et puis s’em parti
et cevauça tant par ses journées qu’il vint à Paris, où li roys Charles
de Franche estoit, et li dus de Berri, li dus de Bourgoigne, si frère,
li dus Loeis de Bourbon et li comtes de Savoie ossi, et rechurent le
dit monsigneur Lion et festiièrent grandement; et li dounna li rois
Carles de Franche grans dons et biaux jeuiaux et à tous ses chevaliers
ossi. Puis s’en partirent et chevauchièrent parmy Bourgoingne, et puis
entrèrent en la comté de Savoie. Si rechupt li dis comtes à Cambery
monsigneur Lion d’Engleterre et ses gens moult grandement, et les
festia et honnoura durement, enssi que bien le savoit faire; puis s’em
partirent et passèrent outre en Lombardie, et estoient de bonne ville
en bonne ville trop grandement festiiet et honnouret. Si acompaignoit
le dit monsigneur Lion li gentilx comtes de Savoie et l’amena à Melans.
Là fu il grandement festiiés de monsigneur Galeas et de monsigneur
Bernabo. Si espousa la ditte damme, le lundi apriès le jour de la
Trenité, l’an de grace mil trois cens et soissante huit, en le bonne
cité de Melans. Fº 149 vº.
.... En ce tamps, se delivrèrent de leurs prisons des Englès, par
finance paiiant, messires Bertrans de Claiequin, li Bèghes de
Vellaines, messires Oliviers de Mauni et tout li autre, et se traissent
tantost deviers le roy Henry et li aidièrent à faire la gerre. Li rois
Henris eut tantost grans gens. Fº 167 vº.
P. 62, l. 20: prisonniers.--_Le ms. A 17 ajoute_: ce vaillant
chevalier. Fº 254 vº.
P. 62, l. 25: goges.--_Ms. A 8_: gogues. Fº 290 vº.--_Ms. B 4_: gages.
P. 62, l. 31: en vo prison.--_Ms. A 8_: en voz prisons.
P. 63, l. 7: voloit.--_Ms. A 8_: vouloient.
P. 63, l. 9: et.--_Mss. B 4, A 7, 8_: en.
P. 63, l. 12: retenons.--_Ms. A 8_: retenions.
P. 63, l. 13: paiiés.--_Le ms. A 17 ajoute_: sans detri.
P. 63, l. 17: mies mains.--_Ms. A 8_: ja moins. Fº 291.
P. 63, l. 18: se repenti.--_Le ms. A 17 ajoute_: car jamais neust
cuidié quil eust eu couraige ne puissance de paier si grant somme. Fº
355.
P. 63, l. 23: couvenence.--_Le ms. B 6 ajoute_: mais messire Thomas de
Felleton, messire Robert Canolle, messire Simon de Burlé, messire Hues
de Hostinghes, messire d’Aghorisses et li chevalier englès, qui avoient
esté pris en Espaigne du conte dan Telle, sy comme chi dessus est dit,
en recordoient si grant bien que li prinche s’y acorda legierement. Fº
712.
P. 63, l. 32: qu’il eut.--_Le ms. A 17 ajoute_: du pape.
P. 64, l. 4 à 6: qui seoit.... Naples.--_Ms. A 8_: où le dit duc estoit
à siège devant la ville de Tarrascon qui se tenoit pour la ville de
Naples. Fº 291.
P. 64, l. 10: Melans.--_Ms. A 8_: Milan.
P. 64, l. 22: reviaus.--_Ms. A 8_: revel.
P. 64, l. 22: de danses, de caroles.--_Ms. A 8_: et dances de carolles.
§ =593=. Vous avés.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, estoient les
Compaignes si grandes et si fortes, qui revenues estoient d’Espaingne,
esparsez ou royaumme de Franche, qu’il chevauchoient et aloient quel
part qu’il volloient, sans contredit. Dont touttes mannierres de gens
dou dit royaumme estoient tous esmervilliez; et en fu celle année la
feste dou Lendi, dallés Saint Denis, toutte perdue. Si en murmuroient
signeur, comte, baron, chevalier, escuier, marchant et bourgois des
bonnes villes et citez dou royaumme de France. Et disoient li plus que
li prinches de Galles et ses conssaux les y envoieoient pour fouller
et susmettre le pays; et ewissent adonc plus chier li aucun à avoir
guerre ouverte au prinche et as Englès, que donc que tellez mannières
de gens pilleurs et robeurs leur fesissent gerre. Toutteffois, il en
desplaisoit durement au roy de Franche, car ses royaummes en estoit
trop malement pressez et foullez. Si traita deviers monsigneur le
captal de Beus et deviers monsigneur Olivier de Clichon, et les retint
à une grant somme de gens d’armez pour chevauchier et resister contre
ces gens d’armes Compaignes. Si estoient encorres dallés le roy de
Franche et à ses saudeez pluisseur chevalier et escuier d’Acquittainne,
et le servoient contre ces Compaingnes; mès, non obstant ce que li
roys de France ewist des bonnes cappittainnes assés de Giane et de
Bretaingne, si estoient ces Compaignes si fort, que on ne les enduroit
à combattre; car c’estoient gens de petite valleur, mès dur et bon
combatant estoient, et ne desiroient ces gens riens que le bataille
pour yaulx aventurer. Fº 149 vº.
P. 65, l. 4: convens se portoit.--_Ms. A 8_: couvenancié l’avoit. Fº
291.
P. 65, l. 11: six mil.--_Ms. A 17_: huit mille. Fº 355 vº.
P. 65, l. 19: Lamit.--_Le ms. A 17 ajoute_: Maleterre, Breton.
P. 65, l. 29 et 30: n’euissent cure ou.--_Ms. A 8_: s’ilz eussent
voulu. Fº 291 vº.
P. 65, l. 29: enventurer.--_Ms. A 8_: aventurer.
P. 66, l. 9: sus se.--_Mss. A 7, 8_: sur sa.
P. 66, l. 11: Compagnes.--_Ms. A 8_: compaignons.
P. 66, l. 18: ne fu noient resjoïs.--_Ms. A 17_: fut moult durement
courrocié.
P. 66, l. 19: euist.--_Ms. A 8_: eust eu.
P. 66, l. 20: ailleurs.--_Le ms. A 17 ajoute_: car depuis lui fut il
moult contraire. Fº 356.
§ =594=. Entrues que ces Compagnes.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés bien
oy recorder tout le biau voiaige que li prinches de Galles fist en
Espaingne, et coumment, par puissance, il remist le roy dan Piere en
possession de tout le royaumme de Castille et des appendanches. Si
devés savoir que ceste emprise li cousta trop grossement, et s’endepta
enviers pluisseurs chevaliers et escuiers, qui n’en furent mies trop
bien paiiet; mès il estoit si gentils et si nobles de couraige,
que tout chil qui avoient à faire à lui s’en contentoient bien, et
si estoit si amés et si doubtés de touttes gens d’armes que nulx
ne l’osoit courouchier bonnement. Or avint que, apriès le revenue
d’Espaingne, se il avoit tenut grant estat, noble et plentiveux en
avant, encorres ne le veult il de riens amenrir, mès acroistre en tous
kas, de tenir chevaliers et escuiers grant fuisson, et faire grans frès
et grans despens. Avoecq tout chou, si offisciier faisoient les levées
si grandes et les provisions, et tout au title dou prinche, que cil de
Poito, de Saintonge, de le Rocelle, de Roherge, de Quersin et de la
ducé d’Acquittainne s’en tenoient à trop persé et foulé; car on leur
prendoit leurs vins, leurs bleds, leurs avainnes, leurs bestes, sans
compte et sans paiement. Et disoient li offisciier: «C’est tout pour
monsigneur le prinche.» Dont les povres gens n’en avoient autre cose.
Encorres avoecq tout chou, li prinches et ses conssaux avoient mis et
semés parmy toutte le ducé d’Acquitainne, de chief en cor, senescaux,
bailleux, mayeurs, tresoriers, vigiers, sergans et tous autres
officiers, de purs Englès; et n’estoit nulx de le nation des pays,
frans ne villains, qui y ewist offisce, ne pewist venir à offisce, fors
les gens dou prinche. Et li pluisseur de ces Englès tenoient le peuple
en si grant vieuté que nuls ne s’osoit drechier ne lever contre yaux,
de cose que il fesissent ne desissent; mès vivoient li plus des gens en
grant subjection. Che fu uns membres pour quoy li prinches et ses gens
furent durement enhay, et murmuroient et disoient li pluisseur: «Nous
avons ressort en le court dou roy de Franche; si nous plainderons des
griefs que on nous fait.» Mès quant ces plaintes et parolles venoient
en place, et les gens le prinche les ooient, il respondoient tantost
moult ireusement: «Dou resort et dou apel de Franche est il noiens, car
monsigneur tient ce pays quittement et liegement, si comme li rois
d’Engleterre tient son royaumme.» Telz responsces en avoient des Englès
cilz et celles qui en parloient. Si leur couvenoit souffrir, car nuls
ne leur en fesist droit, se il s’en fuissent plaint.
Bien en venoit la congnissanche au prinche, que les vois dou pays
d’Acquittainne estoient telles; mès il n’en faisoit nul compte, et
disoit que c’estoit follie et ygnoranche de ceux qui y penssoient,
car il n’avoient autre resort que en se court ou celle dou roy
d’Engleterre, son père, mès ceste ne volloit il mies excepter, dont
pluisseurs gens furent pugny et corrigiet en la duché d’Acquitaine,
qui parloient dou ressort. Avoecq tout che, li prinches se contentoit
trop mal des comtes, des viscomtes, des barons et des chevaliers de
sa terre, qui hantoient le court de Franche. Et li aucun seigneur
d’Acquittainne le faisoient pour tant, si comme j’en fui enfourmés
adonc, que li estas et li affaire dou prinche leur estoit trop mués
d’umelités en orgueil; car, quant li baron et li chevalier de Poito,
de Saintonge, de Limozin, de Quersin, de Pierregorth, de Roherge et de
Bigorre venoient en l’ostel dou prinche, on n’en faisoit nul compte, et
foiblement y estoient il recheu et appellé. Et quant il venoient en le
court dou roy de Franche, il estoient liement et bellement requeilliet
dou roy et de ses gens, et c’est tout chou que gens d’armes demandent,
et especialment chil des marches de Gascoingne; car il ne puevent ammer
ung seigneur, se il n’est drois compains et amis entre yaux et se il
ne les requeille, chacun seloncq son estat, liement. Toutteffois, si
comme je vous ai ja dit, li prinches se contentoit trop mal sus ciaux
qui le court dou roi de Franche poursuiwoient, et par especial sour
le seigneur de Labreth et le comte d’Ermignach, son oncle; car chil
doy seigneur estoient le plus dou temps toudis sejournans à Paris
ou dallés le roy, où qu’il fuist. Et de ce que li sires de Labreth
estoit nouvellement alloiiés et mariés en Franche à madammoiselle
Ysabiel de Bourbon, sereur au dit duc de Bourbon et à le roynne de
Franche, desplaisoit bien au prince, et disoit que, sans son consseil
et son congiet, il s’estoit là mariés, ce que faire ne pooit. Enssi
se coummenchièrent petit à petit les haynnes à descouvrir entre le
prinche et le seigneur de Labreth, et pour plus plainement recorder ent
le verité, si comme je fui enfourmés, pourquoy le seigneur de Labreth
enhay premierement le prinche et son consseil, je le vous diray.
Vous avés bien oy recorder chy dessus en l’istoire que, quant
li prinches fu de premiers meus d’aller en Espaingne, et qu’il
regardoit quelx gens et quelx carge il enmenroit avoecq lui pour plus
honnerablement parfurnir son voiaige, entre les autres priières et
requestes qu’il fist à ses barons et à ses chevaliers, il demanda une
fois au signeur de Labreth, par grant avis, à quelle somme de gens il
le poroit servir en ce voiaige. Li sires de Labreth li respondi adonc
liement que il le serviroit à bien mil lanches. Chilx services pleut
grandement au prinche, et dist au signeur de Labrech: «Je les retiens
thous.» Or avint de celle retenue chou que je vous diray. Ung grant
temps apriès, quant li prinches eut envoiiet monsigneur Jehan Camdos
deviers les Compaingnes et qu’il en fu revenus, et qu’il eut dit au
prinche quel quantité de gens d’armes et de combatans des Compaingnes
il aroit, li prinches et ses conssaux regardèrent à ses besoingnes que
il ne pooit mies si desnuer son pays de gens d’armes que fuisson n’en y
demourast pour garder le pays, se il besongnoit, et que mieux valloit
que il menast touttez les Compaingnes qu’il en laiast nul derrière; et
ou cas qu’il aroit touttez les Compaingnes et grant plantet d’Englès et
de barons, il n’aroit que faire de tant de Gascons. Si contremanda au
signeur de Labreth le plus grant partie de ses gens, en disant ensi:
«Sire de Labreth, je vous remerchy grandement de vostre bel serviche,
et tant qu’à ceste fois, nous nos deporterons bien d’une partie de
vos gens. Nous avons regardé et consideré nostres besoingnes: si n’en
vollons en che voiaige que deux cens lanches; mès prendés et eslisiés
lesquelx que vous vollés, et les autres laissiés leur faire ailleurs
leur prouffit.»
Quant li sires de Labreth oy ces nouvelles, si fu tous penssieus et
courouchiés, et retint les messaiges dou prinche, tant qu’il se fu
conssilliés; et quant il respondi, il rescripsi enssi: «Monsigneur, je
sui tous esmervilliés de ce qu’à present m’avés escript et segnefiiet
que je donne huit cens lanches congiet, lesquelles, à vostre requeste
et coummandement, j’ai ja de grant tamps retenu, et leur ai fait
brisier pluisseurs biaus voiaiges qu’il ewissent pris et eu, se il
n’esperaissent à aller en vostre service en Espaingne: pour quoy,
monsigneur, je ne les saroie eslire, ne poroie desevrer les uns des
autres, car il me sont tout un. Si vous plaise assavoir que ja vous
n’arés les ungs sans les autres, car, se vous m’avés, vous les arés
tous; autrement, je ne me saroie ne poroie honnerablement escuzer
enviers yaux.» Telle fu la substance de la responsce que li sires de
Labreth fist adonc au prinche: de coy li prinches fu tous merancolieux
et un tamps enfellonné sus le dit signeur de Labreth, et en dubt y
estre priès mal pris au signeur de Labreth, le terme pendant que on
sejournoit à Bourdiaux sus l’emprise de ce voiaige d’Espaigne; mès li
comtes d’Ermignach amoiena les besoingnes, et rafrenna le prinche et
apaisa son nepveult le signeur de Labreth, et fu ou voiaige d’Espaigne,
mès che fu tous des darreniers, et n’y eut que deux cens armures de
fier. Depuis le revenue d’Espaigne, il n’aloit ne venoit point en le
cour dou dit prinche, de quoy li Englès disoient qu’il le faisoit
par presumtion et qu’il estoit trop grandement orguilleus. Enssi
demorèrent les haynnes ens ès coers de ces deux seigneurs, qui puisedi
s’espanirent, si comme vous orés recorder assés prochainnement en
l’istoire.
Entre les estas des seigneurs terriiens estoit cilz dou prinche grans
et estoffés, et ossi de madamme la princhesse sa femme et mout liex et
moult joyeux estoit leurs hostels et mout renoummés partout. Or avoit
adonc li prinches de Galles un canchillier dallés lui et tout mestre de
son consseil, sage homme durement et de grant advis, que on appelloit
l’evesque de Bade en Engleterre. Li prinches et li estoient souvent en
secret et en requoy, et parloient des besoingnes de le princhipauté
et coumment en hounneur on les poroit parmaintenir. Si regarda chils
evesques de Bade que li voiaiges d’Espaingne avoit durement afoibli le
mise et le tresor dou prinche; si conseilla enssi au dit prinche que
ce seroit bon que uns fouages fust eslevés en la ducé d’Acquittainne,
à durer une qantité d’ans, et prendre sour chacun feu par an un demy
florin, tant que ses hostelz seroit rencraissiés en or et en argent, et
qu’il aroit paiiet les debtes qu’il avoit faitez pour cause dou voiaige
d’Espaigne. Chilx conssaux pleut moult bien au prinche et veut qu’il
fuist remoustret à tout son pays, afin qu’il em pewist avoir responsce.
Si trestos que messires Jehans Camdos entendi et senti que on volloit
parlementer sour cel estat, il prist congiet au prinche pour aller en
Constentin jeuer et esbattre à Saint Sauveur, dont il estoit sirez,
afin que de ce fouage et de ce parlement il ne fust noient demandés ne
encouppés. Li prinche ce congiet li acorda assés lentement. Toutteffois
il l’eut et se parti de Bourdiaux et de Poito et s’en vint à Saint
Sauveur le Viscomte en Normendie, et là se tint ung grant temps et tous
ses hostelz. Entroes fu pourcachiés et parlementés chils fouaiges à
durer grans ans en Acquittainne. Fºs 449 vº à 151.
_Ms. B 6_: Or parlerons du prinche de Galles. Sy comme vous avés chi
dessus oy recorder, quant il fu retournés d’Espaigne, il fut moult
endebtés; car ou dit voiage il avoit esté à grans frais, et mal l’en
avoit acquitet le roy dan Piètre: pour lesquelles choses il estoit
moult merancolieulx, car son estat ne volloit il point amenrir,
mais toudis acroistre; et se paiast vollentiers toutes manières de
gens, d’armes et de Compaignes, mais qu’il euist largement de quoy,
siques sus cel estat il fist et assambla pluiseurs fois ses gens, et
parlementoit en pluiseurs lieus en Acquitaine pour savoir comment il
s’en pouroit chevir et desduire.
En che tamps, avoit le prinche canchelier et mestre [ung] consillier
englès qui estoit prelas et evesque de Bade. Chils luy consilla de
eslever une taille en son pais d’Acquitaine à paier par an chascun
feu demy florin et le riche porter le povre. Quant ceste ayde vint
à la congnoissanche des prelas et des barons de Gascongne, sy leur
tourna à grant contraire, et en respondirent ly pluiseurs que ja en
leur terre ne courroit. Sy se detria ceste cose ung grant tamps, et se
dissimulèrent aulcun signeur de Gascongne qui estoient ja entré en le
indignation du prinche pour che qu’il ne voloient point laissier courir
celle taille en leurs terres. Et s’en vinrent ly pluiseurs en Franche,
tels que le conte d’Erminac, le sire de Labreth, ses nepveus, le conte
de Pieregorth, le conte de Comminges, le visconte de Quarmaing, messire
Bertran de Tharide, le sire de Labarde et pluiseurs aultres, et eurent
secrès traitiés et parlemens au roy de Franche et au duc d’Ango, et se
volloient du tout tourner franchois et relenquir le prinche.
Le roy, qui estoit plains de grant sens naturel, s’en dissimuloit. Ossy
d’autre part il leur faisoit grant chière, mais pas à ce commenchement
ne les volloit requellier, ne yauls oster de l’homage du prinche; car
il sentoit encorres les Compaignes qui tout estoient Englès et Gascons,
espars en son royalme, qui ly pouroient porter trop grant damaige.
Et son frère le duc de Berry et son cousin le conte d’Alenchon et le
daulfin d’Auvergne et pluiseurs haulx barons de Franche [estoient]
encores hostaigiers en Engleterre. Sy les volloit tous ravoir, et ja
estoit revenus le duc de Bourbon et estoit quite de sa foy, et ossy
Guis de Blois par l’acort du roy d’Engleterre; et ossy estoit le
conte Guis de Saint Pol; mais chils n’avoit point congiet, mais le
pape Urbain V l’avoit dispensé de sa foy, pour tant que le dit conte
monstroit pluiseurs articles qu’il trouvoit en verité pour luy en
confondant les Englès. Sy demorèrent et vaquèrent ches choses ung grant
tamps. Et fu le mariage fait à Paris de madame Ysabiel de Bourbon,
seur au duc de Bourbon, et du signeur de Labreth, et tout che traita
le conte d’Ermignac son oncle; de quoy le prinche de Galles s’en tint
mal content sur le sire de Labreth de che qu’il estoit sans son sceu
alyés en Franche, et ossy sur le conte d’Erminac et sus chiaulx [qui]
hantoient et frequentoient le court de Franche, et en faisoit leur
terres et leurs pays et leurs gens tenir en plus grant subjection. Ensy
se commença le guerre entre le prinche et ches seigneurs dessus nommés,
mais toudis parseveroit le dit prinche et volloit avoir che servaige.
Quant messire Jehan Candos, qui fu très loyaulx chevaliers, vey la
manière de cheste ordenanche, afin qu’il ne fust demandés, [il] prist
congiet au prinche de aller viseter ses terres de Saint Sauveur le
Visconte en Constentin, et y ala et là se tint plus d’un an. Et toudis
procedoit le prinche par l’ennort de son consail en che servaige,
et bien ly acordoient les pais que je vous nommeray: prumiers
Poito, Saintonge, le Rocelle, Agenois, Roergue, Quersin, Limosin et
tout Bourdelois; et volloient que le prinche l’euist cinq ans tant
seulement, et par ensy il devoit tenir ses monnoies fermes et estables
sept ans. Et commenchoient ja ches gens payer cascun feu demy florin,
et se portoit le fort le foible. Ausy le prinche le volloit avoir
eslevée sur les eglises, mais chil respondoient qu’il estoient frans
et exent de toutes sousides et que, se de forche les constraindoit,
il en appelleroient en le court de Romme, siques le prinche, qui ne
les volloit mies tenir en pais que il ne paiaissent otant que les
aultres, en estoit en grant mautalent sur yaulx, et eult consail de
envoier à court de Rome devers le pape, ensy qu’il fist; et envoia
monsigneur Guichart d’Angle, monsigneur Guillame de Seris et maistre
Jehan Briffault, de le Rocelle, pour empetrer ches servaiges et aultres
choses qu’il avoient à besoigner. Et firent chil dessus dit che
voiage et vinrent à Romme, et se remonstrèrent au pape et firent leur
suplication et en parlèrent au pape; mais il le trouvèrent moult dur et
rebelle à leur opinions.
En che voiaige dessus dit faisant, les coses s’aprochèrent, syques le
duc de Berry et le conte d’Alençon furent recreut ung an de revenir en
Franche, et au chief de l’an retourneroient en Engleterre; mais oncques
depuis ny ralèrent, car la guerre se renouvella entre Franchois et
Englès, sy comme vous orés recorder. Fºs 719 à 723.
P. 66, l. 21: Entrues.--_Ms. A 8_: Pendant que. Fº 291 vº.
P. 66, l. 28: crestiennetet.--_Ms. A 8_: crestienté.
P. 66, l. 28: s’acomparoit.--_Ms. A 8_: s’appartenoit.
P. 67, l. 10: espaiiés.--_Ms. A 8_: appaisiez. Fº 292.
P. 67, l. 11: devoit.--_Le ms. A 8 ajoute_: et avoit.
P. 67, l. 14: parmi tant.--_Ms. A 8_: parmi ce.
P. 67, l. 18: Commignes.--_Ms. A 8_: Comminges.
P. 67, l. 24: souside.--_Ms. A 8_: subside.
P. 68, l. 1: touchoit.--_Ms. A 8_: appartenoit.
P. 68, l. 22: voloient.--_Ms. A 8_: devoient.
P. 69, l. 30: porter.--_Ms. A 8_: porte.
§ =595=. Le plus grant partie.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, estoit li
dessus dis roys Henris li escachiés afuis, si comme vous avés oy, ens
ou royaumme d’Arragon, durement courouchiés et tourblés sus le prinche
et son pays; et c’estoit une raisons, car il l’avoient mis jus et
arrierre de grant signourie et de grant noblèce. Si avoit aucuns gens
guerieurs et amis, et acqueroit encorres tous les jours pour gueriier
le duce d’Acquittainne, le terre dou prinche, et ossi les terres des
signeurs de Giane qui avoecques le prinche estoient en ce voiaige et
qui ce destourbier li avoient porté. Si ewist vollentiers veu li dis
roys Henris que li jonnes comtes d’Auçoirre, de Franche, qui uns grans
gueriieres estoit et bien amés de gens d’armes, se fust bouté en ceste
guerre avoecq lui et fuist entrés en Acquittainne, au lés deviers
Poito, et ars et courut le pays. Mès quant li connissance en vint au
roy Carle de Franche que li comtes d’Auçoirre estoit priiés moult
aigrement des ungs et des autres pour entrer en le terre dou prinche,
si ne le veut mies conssentir; et le deffendi à son chevalier le comte
d’Auchoire qu’il ne fuist telx ne si hardis, sus à perdre tout chou
qu’il tenoit ou pooit tenir ou royaumme de Franche, qu’il se mesist en
ceste chevauchie. Et pour estre plus asseurs dou dit comte, il le fist
adonc prisounier ens ou castiel dou Louvre dedens Paris, et le fist
garder bien et songneusement: che fu environ le Nostre Damme my aoust
mil trois cens soissante et sept. Fº 149.
P. 70, l. 6 et 7: tourbler et à reveler.--_Ms. A 8_: troubler et à
rebeller. Fº 292 vº.
P. 70, l. 11: d’Arragon.--_Le ms. B 6 ajoute_: à tout quatre mil
combatans. Fº 711.
P. 70, l. 14: trois mil.--_Mss. A 20 à 22_: quatre mille.
P. 70, l. 16: en saudées.--_Ms. A 8_: soudoiers.
P. 70, l. 18: tourna.--_Ms. A 8_: rendi.
P. 70, l. 22: joians.--_Ms. A 8_: joyeux.
P. 70, l. 26: ouvrirent.--_Ms. A 8_: rendirent.
P. 71, l. 9: rench.--_Ms. A 8_: rens.
P. 71, l. 11: par quel condition que ce soit.--_Ms. A 8_: par quelque
manière que ce soit. Fº 293.
P. 71, l. 18: et.--_Ms. A 8_: ou.
§ =596=. Quant la ville.--_Ms. d’Amiens_: Li roys Henris eut tantost
grans gens, que d’Arragon, que de Franche et de Castille ossi, qui se
retournèrent viers lui, et s’en vint mettre le siège devant Toullete,
et mout le constraindirent. Chil de Toulete envoiièrent au secours
deviers le roy damp Pierre qui se tenoit en le marche de Seville. Li
roys dans Pierres, quant il sceut ces nouvelles, queilla grant gens, et
estoient bien quarante mil, que Juis, que Sarrasins, dont il en avoit
assés, et s’en venoit pour lever le siège de Toullete. Fº 167 vº.
_Ms. B 6_: Si trestost que messire Bertran de Claiquin sceut quel
chose il devoit paiier, il paia et se delivra parmy l’aidde du duc
d’Angou qui y rendy painne et qui luy presta le plus grant partie de
l’argent. Sy s’en vint le dit messire Bertran en Castille devers le roy
Henry qui seoit devant une chité apellée Toullette. Se fu le roy Henry
moult joieulx de la venue messire Bertran et li rendy son offise de
connestablerie de toute Espaigne, comment que elle ly fuist encore à
conquerre.
Le roy dan Piètre, qui se tenoit en le marche de Seville, avoit bien
entendu que son frère le bastart Henry estoit efforchiement entrés
ou roialme de Castille, et avoit ja fait tourner à luy grant plenté
des hommes du pays et tenoit le siège devant Toullette. Sique, pour
resister à luy et remedier à ches besoignes, le roy dan Piètre
avoit fait ung grant mandement et espesial de toutes gens là où il
les pouroit avoir. Sy en avoit pluiseurs mandés et priiet qui pas
n’estoient venuz, mais s’estoient allés devers le roy Henry. Le roy dan
Piètre, pour estre plus fors et pour lever le siège de Toulete, avoit
proprement envoiet querir gens d’armes ou royalme de Grenade, et fait
certaine composition au roy de Grenade qui ly avoit envoiet dix mil
Turs. Si povoit avoir le dit roy dan Piètre en toute son armée quarante
mille hommes. Sy se party le dit roy de Seville, et chevauchèrent
devers le chité de Toulette, et povoit avoir de l’un à l’autre dix
journées. Fºs 712 et 713.
P. 72, l. 8: deux mil.--_Mss. A 15 à 17_: trois mille. _Ms. A 17_, fº
357 vº.
P. 72, l. 19: le roy Henry.--_Mss. A 7, 8_: son frère, le bastart. Fº
288 vº.
P. 72, l. 21: et estoit tenus tout le temps.--_Ms. A 8_: où il estoit
petitement amez et doubtez. Fº 293.
P. 73, l. 14: segur.--_Ms. A 8_: seur.
§ =597=. Li rois dan Piètres.--_Ms. d’Amiens_: Ces nouvelles vinrent en
l’ost dou roy Henry. Tantost, par le consseil de monsigneur Bertran,
on laissa au siège le moitiet de l’ost, et li autre partirent et
chevaucièrent trois journées contre le roy damp Pierre, qui de ce ne se
dounnoit garde, et le trouvèrent, li et ses gens, tous despourvueus. Si
le combatirent tantost, pourvueu qu’il estoient, et le desconfirent,
et y furent mort le plus grant partie de ses gens, et li remanans
s’enfuirent. Fº 167 vº.
_Ms. B 6_: Les nouvelles vinrent au roy Henry et à monsigneur Bertran,
qui estoient devant Toullette, comment le roy dan Piètre s’en venoit
pour lever le siège. Osy tost que il seurent la verité, messire Bertran
y pourvey et dist au roy Henry: «Sire, prendez à election toute la
fleur de vos gens et en laissiés une partie pour tenir le siège, et
alés radement contre vos ennemis; et se vous poés tant faire que vous
les trouvés sur les camps, sy les combatés, en quel estat qu’ilz
soient, car de chy les atendre et de les combatre par ordenanche,
selonc che que il sont grant foison, je n’y voy riens de bien pour
vous.» Che consail fu tenus. Adonc on eslisy, par bon advis, tous les
milleurs combatans que il eult, et furent environ sept mille. Et sy en
demora cinq mille devant Toullette, en le garde du conte Sanse. Sy se
party le roy Henry à toutes ses gens, et chevauchoient coiement, et
avoit ses espies devant qui raportoient de jour et de nuit le conduite
de ses ennemis. Et tant firent que, à quatre journées près de Toulette,
le roy Henry et messire Bertran entendirent que le roy dan Piètre
chevauchoit, luy et ses gens, sans ordonnanche et moult espars. Fºs 713
et 714.
P. 73, l. 29 et 30: en istance de ce que.--_Ms. A 7_: en istance de ce.
Fº 289.--_Ces mots manquent dans le manuscrit A 8._
P. 74, l. 1: neuf.--_Ms. A 8_: sept. Fº 293 vº.
P. 74, l. 13 et 14: car.... enfourmé.--_Ms. A 8_: car, dist il, nous
sommes enfourmez.
P. 74, l. 18: que tout.--_Ms. A 8_: et si.
P. 75, l. 1: sus une ajournée.--_Ms. A 8_: sur un adjourner.
P. 75, l. 4: Montueil.--_Ms. A 8_: Nentueil.
P. 75, l. 8: Evous.--_Ms. A 8_: Et vindrent.
P. 75, l. 23: très.--_Ms. A 8_: dès.
P. 75, l. 32 et p. 76, l. 1: Non pourquant.--_Ms. A 8_: Combien que.
P. 76, l. 17 et 18: pour yaux et de meschief.--_Ms. A 8_: pourveus.
§ =598=. P. 76, l. 26: Yons.--_Ms. A 17_: Yvons. Fº 359.
P. 76, l. 28: Saint Pol.--_Le ms. A 17 ajoute_: monseigneur Olivier
et monseigneur Hervé, monseigneur Eon et Alain de Mauny, frères,
monseigneur Eustace de la Houssoie, monseigneur Robert de Guité, Helot
du Taillay et plusieurs autres bons chevaliers et escuiers que je ne
puis mie tous nommer. Fº 359.
P. 76, l. 29: Talay.--_Ms. A 8_: Calay. Fº 294.
P. 77, l. 6: lisent.--_Ms. A 8_: furent.
P. 77, l. 9: apertises.--_Le ms. A 8 ajoute_: d’armes.
P. 77, l. 21: perdoient.--_Ms. A 8_: espardoient.
P. 77, l. 21: desconfisoient.--_Les mss. B 4 et A 7 ajoutent_: car tous
s’esbahissoient. Fº 292.
P. 77, l. 25: en ce castiel.--_Ms. A 8_: là retrais. Fº 294 vº.
P. 78, l. 2: estoient.--_Les mss. B 4 et A 7, 8 ajoutent_: et qui le
pais point ne congnissoient. Fº 292.
P. 78, l. 14 et 15: à fous et à mons.--_Ms. A 8_: à fort et à mort.
P. 78, l. 18: vingt quatre mil.--_Mss. A 15 à 17_: trente mille.--_Ms.
A 17_, fº 360.
P. 78, l. 20: refuites.--_Ms. A 8_: refuges.
§ =599=. Apriès le grande.--_Ms. d’Amiens_: Et ilz meysmes (don Pèdre)
se bouta en un castiel qui estoit priès de là, que on appelle Montuel.
Tantost on mist le siège devant, et estoit si priès gardés de jour
et de nuit, qu’uns oizellés n’en partesist point sans congiet. Chils
castiaux n’estoit point pourvueus pour tenir. Li roys dant Pierre, qui
se veoit en ce parti, n’estoit point aise; si vot yssir de nuit, lui
douzime, et li enventurer, enssi qu’il fist. Celle nuit faisoit le
get messires li Bèghes de Vellainne; si le trouva et ses compaignons.
Si furent tout pris, et les enmena li dis Bèghes en son logeis.
Ces nouvelles vinrent au roy Henry, qui s’arma et fist armer ses
compaignons, et vint là, et la premierre parole qu’il dist fu telle:
«Où est li fils de pute Juis, qui s’appelle roys de Castille?» Adonc
respondi li roys dans Pierre et dist: «Mès tu y es fils de pute, car je
suis fils le bon roy Alphons.» Adonc le prist et embraça et le jetta
desoubs lui. Là estoit li viscomtes de Rokebertin qui le retourna par
le piet et le mist desoubs. Adonc bouta li roys Henris à son frère une
espée ou ventre, et là le tua et un escuier englès ossi. Enssi fu sa
guerre afinée, et reconcquist tout le royaumme d’Espaingne, car chacuns
se tourna deviers li, si tost c’on seut le mort le roy dam Pierre. Fº
167 vº.
_Ms. B 6_: Quant le roy Henry sceut que le roy dan Piètre estoit là
entrés en che castiel, sy en fu moult joieulx. Et ordonna toutes ses
gens de logier là environ et de faire grant gait de nuit et de jour par
quoy il ne leur puist escapper, car c’estoit son entente que jamais de
là ne partiroit sy l’aroit, comment qu’il fust. Ensy furent là quatre
jours. Le roy dan Piètre, qui se veoit enclos en chelle forterèche,
qui petitement estoit pourveue, car de tous vivres il n’i avoit point
pour quinze jours dont il estoit moult esbahis, eult imagynacions et
consauls comment il poroit user et partir de là sauve sa vie. Sy m’a
samblé, ensy que je fus adonc ynformés, que le sire de Mantuiel luy
impetra adonc ung apointement fait devers ung grant baron de l’ost qui
faisoit le gait à son tour. Et le devoit chilz baron, luy treizime,
mettre hors de tout peril parmy soissante mille florins qu’il devoit
avoir. Sur che conduit et ordenanche s’y aseura bien le roy dan Piètre,
faire ly couvenoit, car il estoit si astrains que plus ne se pooit
tenir. Et se party et toute ses gens, environ heure de minuit, du dit
castiel.
Celle propre nuit faisoit le gait le Bèghes de Vellaines, je ne dich
mie que che fust chilz sus quelles asseuranches il se mettoit hors,
car il l’euist trahyt, mais che fu chil qui le prist à l’yssue du
castiel. Et furent tout chil pris qui avecques luy estoient, et les
envoia le dit Bèghes en son logis comme ses prisonniers. Sy n’eurent
gaires là estet quant le roy Henry, bien acompaigniez à torses et
falos, entra en la loge et en le cambre où son frère le roy dan Piètre
estoit, et entrant yreusement il demanda: «Où est le filz de pute Juis
qui s’appelle roy de Castille?» Le roy dan Piètre, qui oy le vois de
son frère et entendit ces parolles, senty bien qu’il estoit mors, mais
nul compte n’en fist; et respondy en hault à son frère le bastart, en
soy tirant devers luy et en faisant chière de lion: «Mais tu ies filz
de pute, car je suis du sanc du bon roy Alphons.» Et à ches mos, il
l’embracha et le reversa sur une amborde, que on dist en Franche ung
lit de matelas de soie, et le jetta desous luy; et traist ung coutiel
et l’euist ochis sans faulte, quant le visconte de Rockebertin se
traist avant et le prist par le piet de derière et le reversa d’autre
part sus le lit jus du bastart Henry. Adonc en eult qui ly bouta au roy
dan Piètre une espée ou ventre tout outre le corps. Ensy morut le roy
dan Piètre. Fºs 716 à 718.
P. 78, l. 28: assamblés.--_Ms. A 8_: assemblées. Fº 294 vº.
P. 79, l. 2: disent.--_Ms. A 8_: disoient.
P. 79, l. 5: afaire.--_Ms. A 8_: gouvernement.
P. 79, l. 10: esté.--_Le ms. A 8 ajoute_: de tous vivres.
P. 79, l. 15: oiselés.--_Ms. A 8_: oyseau.
P. 79, l. 20 et 21: tamainte.--_Ms. A 8_: grant. Fº 295.
P. 80, l. 10: sarons.--_Ms. A 8_: sachons.
P. 80, l. 10 et 11: ceminent.--_Ms. A 8_: viennent.
P. 80, l. 11 et 12: jamais vitaillier.--_Ms. A 8_: gens batailleurs.
P. 80, l. 16: est çou.--_Ms. A 7_: estez-vous. Fº 290 vº.--_Ms. A 8_:
es tu.
P. 80, l. 22: frère.--_Le ms. A 8 ajoute_: le bastart.
P. 80, l. 24: nommés vous.--_Le ms. A 8 ajoute_: et vous rendez.
P. 81, l. 10: depuis.--_Le ms. A 8 ajoute_: acertenez et.
P. 81, l. 22: pute juis.--_Ms. A 8_: putain juif.
P. 81, l. 29: matelas.--_Ms. A 8_: materas.
P. 82, l. 2: escerpe.--_Ms. A 8_: escharpe.
P. 82, l. 4: cil.--_Ms. A 8_: ses gens.
P. 82, l. 12: Yon.--_Ms. A 17_: Yvon. Fº 360 vº.
§ =600=. Ensi fina.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, fu ochis li
Arceprestres, qui s’appelloit messires Renaux, de qui vous avez oy
parler en l’istoire chy dessus, qui estoit assez bons chevaliers et
amis au royaumme de Franche; car il avoit la damme de Castielvillain
à espeuse et estoit compères dou duc de Bourgoingne. Si fu ochis par
guerre d’amis et de haynne li dis Arceprestres sour les camps, assés
priès de le cité de Mascon sus le Sone, dont li rois de Franche et li
dus de Bourgoingne furent moult courouciet.
En ce tamps, fu conssilliés li roys de Franche qu’il mandast monsigneur
Jehan de Montfort, duc de Bretaingne, qu’il venist relever la duché de
Bretaigne, enssi qu’il appertenoit, et en fesist hoummaige et feaulté
à lui. Si y envoiea li dis roys ses lettrez, et ses messaigez. Quant
li dus de Bretaingne entendi chou, si s’en conssilla as barons et as
chevaliers de Bretaingne. Si trouva en consseil que voirement estoit
il tenus dou faire, car, sus cel estat et par ce couvent qu’il l’avoit
juret et proummis au roy et à tous chiaux de Bretaingne, l’avoit on
mis en possession paisiule de la dite duché; et autrement, s’il ne le
faisoit, il n’en pooit joïr, ne avoir l’amour des Bretons entirement:
siques li dus de Bretaingne vint adonc en France assés envis en grant
arroy et noble, et fist hoummaige au roy de Franche et le recongnut à
tenir en fief de lui, present les pers et les barons de Franche, qui à
chou furent appiellet. Et rechupt li roys de Franche le dit duc moult
bellement et moult liement, enssi que bien le savoit faire. Si fu li
dis dus environ cinq jours à Paris, puis prist congiet au roy et s’em
parti, et s’en revint arrierre en Bretaingne droit à Vennes, là où
madamme sa femme se tenoit, fille à madame la princesse d’Acquittainne.
Vous avés bien chy dessus oy coumment li dus de Clarense fu mariés en
Lombardie à le fille monsigneur Galeas, liquelx dus, assés tost appriès
son mariaige, trespassa de ce siècle: dont ses gens furent moult
esmervilliet, car il estoit jonnes chevaliers, fors et appers durement;
si suppeçonnèrent que on ne l’ewist empuisonnet. Et em fist guerre
moult grande et moult forte li dis sires Despenssiers as signeurs de
Melans et à leurs gens, par le comfort d’aucuns chevaliers et escuiers
et archiers d’Engleterre, qu’il avoit avoecq lui, et tint par le
guerre les signeurs de Melans mout court, et rua par pluisseurs fois
ses gens sus. Et y fu pris, dou costé les signeurs de Melans, li sires
de Montegny Saint Christoffle en Haynnau, et ossi messires Aimeris
de Namur, fils bastars au comte Guillaumme de Namur. Et fissent là li
Englès une guerre moult honnerable pour yaux, et reboutèrent pluisseurs
foix les Lombars et lors aidans. Touttesfois, messires Galeas envoiea
le corps enbapsmé de monsigneur Lion, duc de Clarense, par un evesque,
arrierre en Engleterre: là fu il enseveli. Si demoura de ce duc de
Clarense une fille qu’il eut de sa premierre femme, la comtesse de
Duluestre, qui clammoit grant part à l’iretaige d’Irlande, et fu ceste
fille mariée au jonne conte de le Marce en Engleterre.
En ce tamps, faisoit guerre messires Carles de Behaingne, emperères de
Romme, as seigneurs de Melans, pour le cause de l’Eglise, car li dessus
dit signeur estoient assés rebellez au pappe Urbain Ve, qui se tenoit
adonc à Romme. Si en couvint le gentil roy Piere de Cippre ensonniier,
qui estoit adonc à Bouloingne le Crasse, et mist acort entre l’Eglise
et les seigneurs de Melans. Ossi li sirez Despenssiers s’apaisa à
yaus, parmy tant qu’il s’escuzèrent de le mort le duc de Clarense,
et jurèrent que par yaux ne par leur couppe il n’estoit mies mors.
Or parlerons dou prinche de Gallez et des merveilles qui avinrent en
Acquittainne, dont il estoit sirez, et recorderons, au plus justement
que nous porons, coumment et pourquoy il fu gueriiés et reperdi tous
les pays et les senescaudies qui li estoient dounnées et acordées par
le traitiet de le pais, si comme il est chi dessus contenut sus l’an
mil trois cens soissante et ung, et coumment ossi il s’em parti et s’en
revint arrière en Engleterre. Fº 150.
P. 82, l. 17: se gaboient li Espagnol de lui.--_Le ms. A 29 ajoute_:
quant il le veoyent ainsi mort estendu sur la terre. Au quart jour,
il fut enterré en l’atre de l’eglise de Montueil. Quant le seigneur
de Montueil sceut que le roy don Piètre estoit pris et tous ses
compagnons, car il s’en doutoit pour le grant rumour qu’il avoit ouy
tantost après qu’il s’estoit parti de la place, et puis lui fut dit
comment il estoit mors, dont il eut grant douleur au coer, si s’appensa
que l’endemain il traicteroit pour appoincter deviers le roy Henri,
comme il fist.
P. 82, l. 20 et 21: s’espardirent.--_Ms. A 8_: s’espandirent. Fº 295 vº.
P. 82, l. 22 et 23: reconforté.--_Ms. A 8_: tous resjouis.
P. 82, l. 39: se.--_Ms. A 8_: son.
P. 83, l. 2: pays.--_Ms. B 6_: Et ossy firent tous chilz d’Espaigne,
de Castille, de Corduan, de Gallise, de Luxebonne, de Seville, et luy
firent tous foyaulté et hommaige. Fº 718.
P. 83, l. 15: florins.--_Ms. A 8_: frans.
P. 83, l. 25: d’Engleterre.--_Le ms. B 6 ajoute_: duc de Clarense. Fº
719.
P. 83, l. 28: Melans.--_Ms. A 8_: Millan.
P. 83, l. 29 et 30: ses compains.--_Ms. A 8_: son compaingnon.
P. 84, l. 1: ensonnia.--_Ms. A 8_: enforma.
§ =601=. Vous avés.--_Ms. d’Amiens_: Ou pourcach et ou parlement de
ce fouaige que li prinches volloit aleuer en la duché d’Acquittainne,
en l’ayde de son noble estat à parmaintenir et paiier chiaux à qui il
avoit acrut ou voiaige d’Espaingne, furent appellet tout li noble,
comte, viscomte, baron, chevalier et bourgois des bones villes, et
ossi tout li prelat d’Acquittainne, c’estoit bien raison. Si en y eult
pluisseurs parlemens à Bourdiaux, en Anghouloime et en Niorth, car il
venoit as pluisseurs moult à dur et à contraire d’eslever tel cose en
leur pays, et sambloit as barons et as chevaliers par especial que li
peuples en seroit trop grevés, et qu’il estoit assés pressés en autre
mannierre des grans levées que li offisciier dou prinche faisoient sus
les petittes gens. Non obstant chou, li evesques de Bade, qui estoit
moult sages et très agus en ses parolles, proposoit que il n’estoit
nulle terre si paisieule, ne où li commun peuple ewist si bel ne si
bon demourer, qu’il avoient en la terre dou prinche; car il n’estoient
gueriiet ne herriiet de nul homme dou monde, mès porté et deporté,
cremu et doubté de touttes gens, et especialment de leurs voisins.
Que vous feroie je lonch recort? Tant fu proposé et parlementé que tout
Poito, Saintonge, le Rocelle, Roherge, Quersin et Bigorre acordèrent
au prinche à paiier ce fouage, et chacun feu par an, le tierme de cinq
ans, demy franch, et li prinches devoit tenir estable, sans muer, ses
monnoies sept ans. Quant ces nouvelles vinrent en le terre dou comte
d’Ermignach, dou signeur de Labreth, dou comte de Pierregorth, dou
comte de Laille, dou comte de Comminges, dou viscomte de Quarmaing, dou
signeur de la Barde et de pluisseurs autres signeurs des marches de
Gascoingne, si dissent tout couvertement que ja ne s’i accorderoient,
ne que chilx fouaiges ne cour[r]oit en leur pays. Adonc li prinches
et ses conssaux proposèrent à rencontre et dissent que si feroient.
Li dessus dit seigneur lissent responscez au prinche, et fondèrent et
fourmèrent apiaux pour plaidier et venir en le cambre de parlement à
Paris. Li prinches respondi que de ce ne couvenoit nulle part apeller
fors en sa court, et qu’il n’avoient nulle souverainneté.
En ces variations et detriemens vinrent li dessus dit signeur de
Gascoingne à Paris deviers le roy Carle, et se plaindirent dou
grief que li prinches leur volloit faire en leurs terres. Li roys
de France, à che premier, leur respondi que ce pesoit li que nulle
disense se boutoit entre le prinche de Galles, son nepveult, et qu’il
n’y pooit mettre consseil ne remède, car il avoient bonne pès, li
rois Edouwars, ses frères, et ilz et leurs royaummes: si le volloit,
se il plaisoit à Dieu, tenir entirement et parfaitement, enssi que
juret et proummis l’avoit, et li roys ses pères. Dont respondirent li
baron de Gascoingne, qui volloient faire partie contre le prinche,
et dissent: «Chiers sires et nobles roys, nous tenons et advons
tousjours tenus que, quant li pais fu confremmée entre vous et le roy
d’Engleterre, vous ne quittastes oncques le resort de touttes les
terres d’Acquittainne, mais le retenistez et reservastes; et ossi
il n’estoit mies, ne n’est encorres, de nul roy de Franche en le
puissanche ne ordounnanche, dou dounner ne dou quitter: de ce sommes
nous bien privilegiiet. Pour tant, sire, se vous vollés à nous entendre
et recepvoir nostre apel, et mander le prinche que il viegne à cest
apel sus les griés qu’il nous fait, vous nous adrecherés de justice et
de raison. Et, se nous partons de vostre court où nous tenons nostre
resort, che ne sera pas en le deffaulte de nous, mès de la vostre, se
nous querons ailleurs qui de ce nous aide et adrèce.» Adonc respondi
li roys de Franche: «Je m’en consseilleray.» Chilx conssaux dou roy
fu moult lons, et toudis demouroient et sejournoient chil signeur de
Gascoingne à Paris, pourssuiwans le roy et le consseil.... Fº 151.
.... En ce tamps, estoit revenus d’Engleterre en Franche li comtes
Guis de Saint Pol et de Lini, qui tant haieoit lez Englès qu’il n’en
pooit nul bien dire, et vist vollentiers, pour soy contrevenger de
aucuns contraires et anois qu’il li avoient fais, que li gerre fust
renouvellée entre le roy de Franche et le roy Englès, et le conssilloit
et enortoit le roy tempre et tart ce qu’il pooit. Et disoit que li
royaummes d’Engleterre n’estoit que ungs petis pays ens ou regart
dou royaumme de France; car il l’avoit pluisseurs fois chevauciet
de chief an qor, et adviset et consideret très bien et ossi toutte
leur puissanche, et que, de quatre ou cinq provinsses que il y a ou
royaumme de Franche, la meneur est plus rendable et plus grosse de
chités, de villes, de castiaux, de chevaliers et d’escuiers que li cors
d’Engleterre ne soit, et que mout s’esmervilloit et estoit esmervilliés
coumment il pooient avoir eu, de tamps passet, le forche et le concquès
qu’il avoient: siques ces parollez et pluisseurs autres dont li rois
estoit tutés et consilliés, tant dou dit comte de Saint Pol que de
pluisseurs qui point n’amoient les Englès, resvilloient le dit roy de
Franche; souvent, une heure y entendoit vollentiers, et une autre heure
s’empassoit assés briefment. Fº 152.
P. 85, l. 13: nuit et jour.--_Ms. A 8_: tous les jours.
P. 86, l. 1: revenus.--_Ms. B 6_: Et ja estoit revenus (d’Engleterre)
le duc de Bourbon et estoit quite de sa foy, et ossy Guis de Blois,
par l’acort du roy d’Engleterre. Et ossy estoit le conte Guis de Saint
Pol, mais chilz n’avoit point congiet. Mais le pape Urbain Ve l’avoit
dispensé de sa foy, pour tant que le dit conte moustroit pluiseurs
articles qu’il trouvoit en verité pour luy, en confondant les Englès.
Fº 721.
P. 86, l. 3: soutilleté.--_Ms. A 8_: soubtiveté.
P. 86, l. 4: demener.--_Ms. A 8_: devisier.
P. 86, l. 9: de.--_Le ms. A 8 ajoute_: grant.
P. 86, l. 26: condescendre.--_Ms. A 8_: contendre.
P. 87, l. 3 et 4: vivement.--_Ms. A 8_: plainement.
§ =602=. Edouwars.--_Ms. d’Amiens_: Se li (au roi de France) disoient
li aucun signeur de Franche et li plus especial de son consseil, et
li moustroient et declaroient par pluisseurs poins de le chartre de
le pais, que li rois d’Engleterre ne li prinches de Galles n’avoient
en riens tenu cest article de le pais qui faisoit mention qu’il
devoient faire wuidier touttes mannierres de gens d’armes et de
Compaignes dou royaumme de Franche, quant il jurèrent, devant la
chité de Cartres et depuis à Calais, le pès, mès les y tenoient et
envoieoient encorres tous les jours, et guerioient couvertement le
royaumme; et avoient pieur guerre assés que donc que il l’euissent
toutte ouverte as Englès, car il ne savoient de qui il estoient
gueriiet, et si estoient pris, pilliet et robet de tous costés. Dont,
sus cel estat, li roys de Franche en avoit envoiiet en Engleterre
par pluisseurs fois son consseil, le comte de Tancarville une heure,
et puis l’autre, monsigneur Bouchigau, son marescal, et aucuns grans
clers en droit avoecq yaux, pour remoustrer au roy englès et à son
consseil coumment li cartre de le pais parloit, et que il gardast le
sierement qu’il avoit juret. Li roys Edouwars respondoit à chou et
disoit que, se li royaummez de France estoit gueriiés, ce ne pooit il
amender, mès mout l’empesoit, et que si marescal et chil qui de par
lui y avoient estet estaubli, estoient allet, tantost apriès le pais
faitte, de ville en ville et de fort en fort, et coummandé à chiaux
qui les tenoient, qu’il wuidaissent et partesissent, et que en avant
il n’avoient nulle cause de gueriier, car il estoit bonne pais entre
lui et le roy de Franche. Dont, se sus ce coummandement il y estoient
demouret ou parti et depuis revenu, il ne pooit mies les ennemis dou
royaumme de Franche bouter hors ne yaux guerrier, car il estoit assés
ensonniiés de garder sa terre et ses frontières et de tenir en pès.
Telles ou pareilles estoient les responses que li roys englès faisoit
et proposoit au roy de Franche et à son conseil, quant il venoit en
Engleterre, lesquelles responsces ne souffissoient mies bien au roy de
Franche et à son consseil. Et emparloient souvent, en yaux complaindant
des griefs que ces malles gens nommés Compaignes leur faisoient, au
roy, li dit signeur, duc, comte, baron et chevalier, pour le cause de
leur peuple qui estoit contournez en grant tribulation et misère. Et
en avoit li dis roys grant pité et compation, et vollentiers l’ewist
plus tost amendé qu’il ne fist, et mis remède; mès il sentoit encorres
hostagiiers en Engleterre, pour le redemption dou roy son père,
pluisseurs grans signeurs de son royaumme et de son sancq, son frère
le ducq de Berri, le duc de Bourbon, le comte d’Alençon, le comte de
Halcourt, le comte de Porsiien et pluisseurs autres grans barons. Si
lez voloit tout ravoir ou em partie, ainschois qu’il resmeuist le
guerre... Fº 152.
§ =603=. Entre les aultres.--_Ms. d’Amiens_: Liquelx roys eult mainte
ymagination et maint pourpos, ainschois que il se volsist mettre ne
bouter en le querelle des Gascons, qui mout le pressoient que li
prinches fust mandés sus lez griefs qu’il volloit faire en leurs
terres, et en eut li roys pluisseurs consultations avoecq deus ou
trois des plus especials qu’il ewist. Et fist lire par pluisseurs foix
à grant loisir les cartres de le pais, et les examina et avisa bien
mot à mot, et clause à clause; et y trouva voirement, si comme je fui
adonc enfourmés, que il n’avoit mies quittet le resort des terres qui
estoient delivrées et rendues au roy d’Engleterre, et pluisseur grant
article, dont ses conssaulx proposoit et enfourmoit le roy, que li
Englès avoient mal tenu: lesques articles je ne voeil mies encorres
declarer, mès em parleray, quant temps et lieux venra, et ossi des
deffensces que li roys d’Engleterre mettoit à l’encontre... Fº 151.
A ce donc se tenoit en la langhe d’Ock, et estoit tenus ung grant
temps en avant, li dus d’Angho, frères dou roy de Franche, une fois
à Thoulouse, puis à Carcasonne, à Biauqaire ou à Montpellier, en
très grant arroy et noble, et la duçoise sa femme avoecq lui, fille
qui fu à monsigneur Carlon de Blois. Et acroissoit toudis, de jour
en jour, li estat dou dit duc en honneur et en prosperité, et tenoit
auques le court sannable à l’ostel dou dit prinche, et estoit si
plains et si remplis d’or, d’argent et de rices jeuiaux, que c’estoit
merveilles à pensser. Et avoit de loncq tamps assamblé et amasset si
très grant tresor que sans nombre, dont il en avoit mis une partie
ens ou fort castiel de Rokemore, qui siet sus le Rosne et à deux
lieuwes d’Avignon. Si vous di que li dus d’Ango ne pooit nullement
amer, ne ne fist oncques, les Englès ne lor affaire, mès les haioit
de tout son corraige, et mettoit et rendoit grant painne à ce que li
guerre renouvellast entre le roy son frère et yaux. Si avoit atrais et
atraioit encorres tous les jours touttes mannierres de gens d’armes,
especiaulment capittainnes des Compaingnes, pour lui renforchier et
afoiblir le prinche et lez Englès. Si avoit ratrait Petit Mescin, Jake
de Bray, Perrot de Savoie, Ammenion de Lortighe et pluisseurs autres
bons guerieurs, dont il peusse estre bien servis et aidiés, et qui
estoient souverain des routtez, et leur dounnoit et proumetoit grans
dons et proufis à faire, et leur faisoit tous les jours. D’autre part,
li roys de Franche se maintenoit en cas pareil, et avoit ossi retrais
deviers lui et fès ses amis de pluisseurs, par dons et par largèces,
car il supposoit bien qu’il en aroit à faire.... Fº 152.
En ce tamps, avinrent deux grans joies au roy Carle de Franche. La
premierre si fu que madamme la roynne, sa femme, ajut d’un biau fil
qui eut à nom Carles: dont tous li royaummes de Franche fu grandement
resjoïs. Assés tost apriès, ajut la serour de la ditte roynne de
Franche d’un biau fil, madamme Ysabiel de Bourbon, femme au droit
signeur de Labreth; et eult à nom cilz filx Carle contre le roy de
Franche: che fu la seconde joie dou roy, tant amoit il l’afinité et
l’alianche au dessus dit signeur de Labreth. De le nativité le jone
Carle de Franche fu li royaummes de chief en cor si resjoïs que on
ne le vous poroit dire ne declarer, et s’en rengroissa grandement li
corraiges des royaux et ossi de touttes mannierres de gens. Che fu par
uns avens, devant Noel, l’an mil trois cens soissante et huit... Fº 153.
§ =604=. Tant fu li rois.--_Ms. d’Amiens_: Touttefois, li roys de
France s’aresta adonc sus les poins dou certain article qui touchoit au
ressort, et rechupt et tint à bon l’appiel dou signeur de Labreth et
de tous les autres signeurs de Gascoingne, et dist qu’il feroit partie
avoecq yaux à l’encontre dou prinche, se il ne volloit obeir à raison.
Et fist li dis roys fourmer et escripre lettres moult bien dittées et
ordounnées et, ainschois qu’elles fuissent seellées, bien examinées. Si
furent ces lettres baillies et delivrées à ung chevalier de Biausse,
qui se noummoit messire Chaponnet de Chaponval, et à ung autre clerch
de droit ossi. Si cevaucièrent tant par leurs journées qu’il entrèrent
en Poito, et vinrent en Angouloime où li prinches se tenoit adonc. Si
fissent leur messaige bien et deuement au prinche de par le roy de
France, et li baillièrent les lettres qu’il apportoient. Fº 151 vº.
§ =606=. Quant li princes.--_Ms. d’Amiens_: Si trestost que li prinches
les eult, il les ouvri et les lisi. Si perchupt coumment il estoit
mandés et adjournés à estre à Paris à l’encontre dou comte d’Ermignach,
dou signeur de Labreth, dou comte de Pierregorth, dou comte de
Commingnes, dou viscomte de Quarmaing, dou comte de Laille, dou
viscomte de Murendon, dou signeur de la Barde, dou signeur de Taride,
dou signeur de Picornet et de pluisseurs autres, qui tout s’estoient
boutet en l’apiel. Si fu trop durement esmervilliés et sancmeuchonnés
et aïrés sus chiaux qui telles lettres li avoient aportées, et fremi et
rougi tout d’aïr, et se tut ungs grans [tamps], regardans les messaiges
par grant fellonnie, car, avant les lettres veutes, il ne quidast mies
qu’il fust homs au monde qui l’osast courouchier. Et eut, je vous di,
en present tamainte dure pensée sus le clercq et le chevalier, que
pour yaux faire tranchier les testes tantost et sans delay; mès il se
rafrenna, et dist, quant il eut ung grant tamps penssé et busiiet:
«Je yray voirement à Paris, mès che sera le bachinet en le teste et
soissante mil hommes en me compaingnie.»
Che ne fait mies à demander se li prinches de Galles et d’Acquittainne
fu grandement tourblés en couraige et fort courouchiés, quant soi se
vei semonre et adjourner ou nom de ses subgés en estraingne court, ilz
qui se tenoit et presumoit ungs des grans dou monde et à qui le plus
droite gens d’armes et touttes mannierres de gueriieurs obeyssoient.
Toutteffois, il respondi adonc enssi comme chy dessus est dit. Lors
fissent ses gens partir et yssir de sa cambre et de sa presence le
chevalier et le clerc dessus noummet, qui n’estoient mies à leur
aise, car nulx ne les accompagna à leur hostel, et sentirent bien
qu’il avoient bien durement courouchiet le prinche. Si se fuissent
vollentiers tantost parti, mès il leur fu dit que point ne partesissent
jusquez à tant que il aroient responsce du prince. Si obeirent et
sejournèrent en Angouloime quatre jours, sans point yssir de leur
hostel. Au cinqime jour, il leur fu dit qu’il pooient bien partir,
se il volloient, car il avoient bien fait leur messaige, et que li
prinches n’y responderoit autrement qu’il avoit respondu. Sur chou il
se partirent, et prissent leur chemin pour venir viers Toulouse et
pour yssir de la princhipauté au plus tost qu’il pewissent, car il n’y
estoient mies trop bien asseur. Enssi qu’il chevauchoient tout leur
chemin à grant esploit, il furent rencontré et aresté dou senescal
d’Aghinois, monsigneur Guillaumme le Monne, et pris et menet em prison
à Pennes en Aginois. Ces nouvelles s’espandirent tantost et vinrent en
Franche, car li varlet des dessus dit n’eurent nul empeschement, mès
cheminèrent tant qu’il se trouvèrent à Paris, et recordèrent à tous
ceux qui leur demandèrent de leurs mestres, coumment il leur estoit.
Quant li roys de Franche en seut le verité et la responsce dou prinche,
il n’en fu mies mains penssieux. Toutteffois, il s’en porta et passa
adonc au plus bellement qu’il peut, et n’en fist nul grant samblant...
Fºs 151 vº et 152.
§ =607=. De ceste response.--_Ms. d’Amiens_: En ce meysme tamps et
en celle meysme sepmainne, estoit revenus à Paris messire Guis de
Blois qui adonc estoit encorres escuiers, mès il fu fais celle année
chevaliers en Prusse et y leva bannierre. Si estoit revenus, si comme
dessus est dit, d’Engleterre quittes de se foy, car il avoit esté
ostagiiers pour le roy de Franche et sejourné pour ceste cause en
Engleterre six ans ou environ. Si regardèrent adonc chil qui dallés
lui estoient et qui le gouvrenoient, doy escuier, Hues de Villers et
Jehans de Leglisuelle, qu’il perdoit son tamps; si traitièrent par
deviers le consseil dou roy englès, sus se delivranche, avoecques le
consseil et l’avis d’un sage baron de Franche, monsigneur Carle de
Montmorensi, qui se boutta sagement ou traitiet et fist tant qu’il
fu delivrez et quittes ossi de sa foy et de sa prison enviers le dit
roy englès, parmy deux mil frans qu’il paiia. Et li dis messires
Guis de Blois rendi, quitta et ahireta le roy englès de le comté de
Soissons qui estoit adonc ses hiretages. En ces traitiés et pourkas à
faire, aida grandement et mist pluiseurs painnes et conssaux li sires
de Couchi qui tendoit et tiroit à avoir la ditte comté de Soissons,
ensi qu’il eut, en escange d’autre terre et revenue dont il estoit
assignés sour les coffres dou dit roy englès, de par madamme Ysabiel
sa femme, fille au dit roy englès que li jonnes sires de Couchy avoit
nouvellement pris par mariaige: ceste est la cause pourquoy il parvint
premierement à le comté de Soissons. Or revenons à le matère dou
prinche qui estoit adonc en Espaingne. Fº 149.
P. 99, l. 27: selonch che.--_Le ms. A 8 ajoute_: grandement. Fº 299 vº.
P. 100, l. 5: Guillaumes.--_Ms. A 8_: Jehan. Fº 300.
P. 100, l. 29: de ce.--_Ms. A 8_: parmy ce.
P. 100, l. 30 et 31: pareçons.--_Ms. A 8_: pactions et couvenances.
P. 101, l. 3: l’ostagerie.--_Ms. A 8_: l’ostage.
P. 101, l. 14: Guillaummes Wikam.--_Ms. A 8_: messire Guillaume.
P. 101, l. 16: offices.--_Le ms. A 8 ajoute_: de chancellerie.
P. 101, l. 17: vaghièrent.--_Ms. A 8_: furent vacans.
P. 101, l. 23: messages.--_Ms. A 8_: messagiers.
P. 102, l. 3: que amiable à se composition.--_Ms. A 8_: qu’il lui feust
courtois et aimable à sa composicion.
P. 102, l. 4: l’euist.--_Ms. A 8_: eust le dit eveschié.
P. 102, l. 14: en Engleterre.--_Ms. B 6_: Se fu le conte daufin
d’Auvergne mis à finanche, et paia trente mille frans, et le comte de
Poursien dix mille, et tout li aultres hostaigiers des chités et bonnes
villes de Franche furent espars parmi Engleterre et tenus en diverses
prisons. Fº 727.
§ =608=. Vous devés savoir.--_Ms. d’Amiens_: Vous avés chy dessus
bien oy recorder coumment li prinches de Galles fu ajournés à venir
en le cambre de parlement à Paris à l’encontre dou comte d’Ermignach,
dou seigneur de Labreth, dou comte de Pierregorth, dou comte de
Comminges, dou viscomte de Quarmaing et de pluisseurs grans signeurs
de Gascoingne, à oïr droit et le declaration de l’apel qu’il avoient
fourmé contre lui, sus les griefs qu’il volloit faire en leurs terres.
Si sachiés que de cel adjour li prinches fu durement courouchiés et
le prist en grant despit, et dist bien que la cose ne demourroit mies
enssi. Non obstant ce, toudis procedoit il dou fouaige que il volloit
eslever, et li avoient chil de Poito, de Saintonge, de le Rocelle,
de Roherge, de Querzin et de Limosin acordet; car il n’en pooient ne
n’osoient ad present autre cose faire, tant estoit leurs pays raempli
d’Englès, offisciers au prinche, et ossi touttes ces terres dessus
noummées sont moult enclinnes et obeissans à celui qu’il tiennent
pour leur naturel seigneur, et adonc il y tenoient le prinche et nul
autre... Fº 152 vº, col. 1.
Si vous di que adonc avoit ung senescal en Roherge, qui s’appeloit
messire Thummas de Welkefare, chevalier englès, et se tenoit li di
senescaux à Villenove d’Aghinois. D’autre part, sus le frontière dou
pays estoient li viscomtes de Quarmaing, ungs mout appers chevaliers,
li sires de la Barde, li sires de Taride et li sires de Picornet.
Chil dit signeur et chevalier, qui s’estoient mis et bouteit en
l’apiel avoecq les autres, avoient pris en grant despit le prise de
monsigneur Caponnet de Caponval et de son compaignon. Si s’avisèrent
qu’il feroient embusce sus les gens dou prinche et en atraperoient
ossi aucuns. Si seurent par espies que messires Thumas de Welkefare
devoit chevauchier deviers Rodais, ensi qu’il fist, à gens d’armes,
pour entendre à le forterèche et rafreschir de tout chou que il y
besongnoit. Si tost qu’il seurent ces nouvelles, il se queillièrent,
et furent bien trois cens lanches, et se missent sus leur embusce par
où li chevaliers englès devoit passer. Enssi que monsigneur Thummas
de Welkefare et se routte chevauchoient, et pooient estre environ
soissante lanches et deux cens archiers, que brighans, ceste embusche
leur sailli au devant, les lanches abaissies, en escriant et disant:
«Vous n’en yrés mies ensi.» Lors se ferirent ens de plains eslais, et
en y eut de premier encontre pluisseurs abatus, d’un lés et d’autre.
Là se deffendirent Englès de leur costé au mieux qu’il peurent, et se
combatirent vassaument; mès finablement, il ne peurent durer, car li
Franchois estoient grant fuisson et tout pourvueu de leur fait. Si
furent li Englès desconfis, et à grant meschief se sauva li senescaus
de Roherge messires Thummas de Welkefare, et s’en vint par force de bon
courssier à Montalben et se bouta ens ou fort, et ses gens furent tous
espars, et se sauvèrent chil qui sauver se peurent.
Ces nouvelles vinrent au prinche, qui se tenoit en le cité de
Angouloime, et n’estoit mies trop bien hetiés, coumment li sires de
Pincornet, li viscomtes de Quarmaing et li sires de la Barde avoient
rencontré son senescal de Roherge et desconfit et cachiet jusques à
Montalben. Si en fu li prinches durement courouchiés, mès amender ne le
peut, tant qu’à ceste fois.
Adonc estoit li dus d’Angho à Thoulouse, mès il se tenoit encorres
tous quois, fors tant qu’il traitoit et faisoit traitier toudis as
cappittainnes des Compaingnes, que il les pewist avoir à son acort,
enssi qu’il en eult pluisseurs, enssi comme vous orés chi apriès. Ossi
d’autre part, deviers le prinche estoient revenu messires Thumas de
Felleton, messires d’Agohrises, messires Hues de Hastingues, messires
Richars Tanton, messires Gaillars Vighier et chil qui avoient estet
pris en Espaingne en l’avant garde dou duc de Lancastre, si comme il
est chi dessus dit et contenu en l’istoire, et s’estoient ranchounnet
et delivret, li ung par mise de deniers, li autre par escange. Ossi,
dou costé des Franchois, se delivrèrent de prison et finèrent au
mieux qu’ils peurent, messires Ernouls d’Audrehen, messires Jehans de
Noefville, li Bèghes de Vellainnes, li Alemans de Saint Venant et li
chevalier et escuier de Franche qui avoient estet pris à le bataille
de Nasares. Et fu ranchounnés messires Bertrans de Claiequin deviers
monsigneur Jehan Camdos, qui estoit ses mestres, à cent mil frans. Bien
les paiia li di messires Bertrans en biaux florins tous appareilliez...
Fºs 152 vº et 153.
Quant li prinches de Galles vit et entendi que c’estoit à certes, que
on le guerioit enssi de tous costés et que li Franchois se mettoient
en painne de li tollir son pays, si s’avisa quil se deffenderoit, mais
il n’estoit mies em point de chevaucher. Si envoia tantost deviers
monsigneur Jehan Camdos, qui se tenoit à Saint Sauveur le Viscomte, en
lui segnefiant et mandant que il retournast tantost. Quant messires
Jehans Camdos oy ces nouvelles, si ne li plaisurent pas trop bien,
car trop le deshetoit et anuioit la guerre renouvellée, et sorti et
dist tantost que grans maux en venroient. Nonpourquant, il se hasta
au plus tost qu’il peult, et s’en vint en Anghouloime deviers le
prinche, qui le vit mout vollentiers. Assés tost apriès le revenue
de monsigneur Jehan Camdos, fist li prinches ung grant mandement de
chevaliers et d’escuiers d’Acquittainne, de chiaux quil tenoit à avoir
le comfort. A son mandement vinrent li captaux de Beus, li doy frère
de Pumiers, messires Jehans et messires Elies, car messires Aimmenons
de Pummiers s’estoit partis et disoit que il s’en yroit outre mer
aventurer en estraingnes terres, et que point de celle guerre ne se
volloit ensonniier, ne franchois, ne englès. Si y vinrent encorres li
sires de Partenay, messires Aimmeris de Tarse, li sires de le Ware,
englès, messires James d’Audelée, senescaux de Poitou; et les envoiea
li prinches en le marche de Toulouse yaux tenir à Montalben, pour
deffendre le pays contre les Franchois qui là se tenoient.
Quant messires Jehans Camdos et li captaux, qui estoient chief et
souverain de ceste cevaucie, furent venu à Montalben, et li chevalier
dessus noummez, assés tost apriès leur revinrent messires Loeis de
Halcourt, messires Rammons de Moroel, messires Loeis de Melval, troy
grant baron et de grant affaire; si fissent à Montalben une bonne
garnison, et coummenchièrent à chevaucher ou pays thoulouzain et à
faire mout de dammaiges. Adonc estoient les terres en grant variement,
car un jour estoient franchois et l’autre, englès; ne point de
estableté n’y avoit, fors li plus fors tenoit le plache: quant plus
fors revenoit, il reconcqueroit chou qui avoit estet concquis.
A ce donc avoit ung senescal en Roherge, bon chevalier durement, qui
se noummoit messire Thummas de Wettevale, et tenoit une fortrèche à
quatorze lieuwes de Montpellier, que on appelloit la Millau, sus les
mettes de Roherge et de Limozin. Si sachiés qu’il se tint en le ditte
fortrèche moult vaillamment, si comme vous orés chy apriès, et tout
chil qui avoecques lui estoient. Fº 154 vº.
P. 102, l. 18: l’ajour.--_Ms. A 8_: l’ajournement. Fº 300 vº.
P. 102, l. 23: Compagnes.--_Le ms. B 6 ajoute_: telz que Naudons de
Bagherant, le bourch de Bretuel, le bourch Camus, le bourch de Lespare,
Lami, Espiote, Hanequin Franchois, messire Robert Brickés, Cressuelle,
messire Robiers Ceni, messire Perducas de Labreth, messire Garsis de
Castiel, messire Gaillart Vighier, Bernart de le Salle, Bernart de
Wesc, Hortigo et pluisseur aultre. Fº 728.
P. 102, l. 26: temprement.--_Ms. A 8_: brief.
P. 102, l. 27: faire.--_Les mss. B 4 et A 7 ajoutent_: et les
ensonnieroit. Fº 298.--_Ms. A 8_: et les embesongneroit. Fº 300 vº.
P. 102, l. 28: joiant.--_Ms. A 8_: joieux.
P. 102, l. 29: d’enfle.--_Ms. A 8_: d’enfleure.
P. 103, l. 4: ydropisse.--_Ms. A 8_: ydropisie.
P. 105, l. 7: Montpesier.--_Ms. A 8_: Montpellier. Fº 301.
§ =609=. Li rois de France.--_Ms. d’Amiens_: En ce tamps, estoit li
roys de Franche en grant branle pour gueriier le roy d’Engleterre, car
li roys englès li requeroit fortement qu’il se delivrast de parpaiier
le redemption dou roy son père, et que trop y metoit au paiier, ou
autrement il li feroit guerre; car, seloncq le teneur de le pais, on
devoit avoir tout paiiet dedens trois ans, et encorres y avoit seize
cens mil frans de Franche à paiier. Enssi estoient les grongnes de l’un
à l’autre: li roys englès courouchiés et dur emfourmez sour le roy
de Franche, pour tant qu’il ne se delivroit point de paiier la somme
des deniers où tenus il estoit, et qu’il avoit consenti que sez filx
li prinches de Galles estoit adjournés de ses soubjès em parlement à
Paris, et consenti encorres qu’il li faisoient guerre, et si avoient
cil leur retour en Franche et dalés le roy; et li roys Franchois,
d’autre part, ossi courouciez et dur enfourmés sour le roy englès,
pour tant qu’il soustenoit et comfortoit lez Compaignes, si comme on
disoit, et les envoieoit en Franche, et qu’il volloit tenir la duché
d’Acquittainne sans resort, qui estoit grandement ou prejudisce dou
royaumme et hors de le vollenté de touttes gens residans en celui
pays. Si n’en pooit longement estre ne demourer, que guerre ne se
remeuist entre ces deux rois, mès li rois de Franche ne le volloit mies
recoummenchier, se il ne savoit bien coumment: si s’estoit pourvueus de
loing temps, tout bellement et tout sagement, d’avoir atrais et acquis
à lui tous ses voisins, le duc Aubert, bail de Haynnau, et les signeurs
de celui pays, ossi le duc de Braibant et les signeurs de celle terre,
le comte de Clèves, l’evesque de Liège, l’evesque de Miés, l’evesque
de Verdun, le duc de Loerainne, le duc de Bar, le comte de Montbliar,
le comte de Genève, le comte de Savoie et touttes ses gens, le signeur
de Roussellon et les gentils hommes de la duché de Prouvenche et de la
comté de Venisin, ossi le comte de Fois et touttes ses gens, le roy
d’Arragon et touttes ses gens, et tous les marcissans environneement
autour de son royaumme. Et sentoit encorres bien que pluisseurs
signeurs, comte, baron, chevalier et escuier de la duché d’Acquittaine,
se retouroient deviers lui, se la guerre estoit renouvellée, et mout de
villes, de chités et de castiaux de la ditte duché, qui point n’amoient
les Englez. Et par especial, il avoit tous les coers des gentils hommes
de Bretaingne, qui moult li pooient valloir, car il savoient bien que
li dus de Bretaigne estoit plus englès que franchois; mès, là où ses
pays vorroit estre pour lui, dou corps ne de le haynne dou dit ducq
ne faisoit il mies grant compte. Avoecq touttes ces coses, li rois
Carles s’estoit trop fort arestés à savoir se cil de Pontieu vorroient
estre de son acort; il trouva que oil moult vollentiers, car il ne
pooient ainmer les Englès. Che plaisy grandement au roy de Franche
et traita enviers chiaux de Abbeville tout secretement et bellement,
et leur proummist et jura, là où il se vorroient rendre deviers lui,
que jammais ne les metteroit hors dou demainne dou royaumme, et les
tenroit en plus grant francise et liberté que chiaux de Paris. Enssi se
composèrent ces besoingnes... Fº 153.