RUPTURE DU TRAITÉ DE BRÉTIGNY.--_1368, 26 janvier._ LEVÉE D’UN
FOUAGE EN AQUITAINE.--_Mai et juin._ APPEL PORTÉ DEVANT LE ROI DE
FRANCE PAR LES BARONS DE GASCOGNE.--_3 décembre._ NAISSANCE DU
DAUPHIN CHARLES, DEPUIS CHARLES VI.--_1368, fin de décembre, et
1369, janvier._ RÉCEPTION DE L’APPEL DES BARONS DE GASCOGNE ET
CITATION ADRESSÉE AU PRINCE DE GALLES.--_1369, premiers mois._
DÉFAITE DE THOMAS DE WETENHALE, SÉNÉCHAL ANGLAIS DU ROUERGUE,
PRÈS DE MONTAUBAN.--RETOUR DE JEAN CHANDOS EN GUYENNE; SON
ARRIVÉE A MONTAUBAN.--RUPTURE DES NÉGOCIATIONS ET DÉCLARATION DE
GUERRE.--_29 avril._ REDDITION D’ABBEVILLE ET DU PONTIEU AU ROI
DE FRANCE (§§ 601 à 610).
Le prince de Galles lève un fouage[109] dans sa principauté d’Aquitaine
et convoque à cet effet des parlements à Niort, à Angoulême, à
Poitiers, à Bordeaux et à Bergerac. Les seigneurs de Gascogne,
notamment les comtes d’Armagnac[110], de Périgord, de Comminges et
le seigneur d’Albret, s’insurgent contre cette prétention et en
appellent au roi de France[111]. Les personnages les plus influents
de l’entourage de Charles V, notamment Gui de Ligny, comte de
Saint-Pol[112], qui vient de rentrer en France, après avoir été
pendant plusieurs années otage en Angleterre, conseillent de faire
droit à la requête des barons de Gascogne, en s’appuyant sur certaines
stipulations du traité de Brétigny. P. 84 à 87, 319 à 321.
[109] Le prince de Galles était à peine rentré à Bordeaux, au
retour de son expédition d’Espagne, que, vers le milieu de
septembre 1367, il convoqua pour le 2 octobre suivant les trois
ordres de l’Aquitaine, à Saint-Émilion, afin de leur demander
des subsides. On ignore ce qui se passa dans cette assemblée où
beaucoup de députés, notamment ceux des communes du Rouergue,
ne purent se rendre par crainte des Compagnies qui infestaient
alors toutes les routes. Le prince convoqua une seconde fois les
États généraux de sa principauté à Angoulême pour le mois de
janvier 1368, en vue d’obtenir le vote d’un fouage qu’il avait
résolu d’imposer. Le 18 de ce mois, ce parlement, en retour de
concessions nombreuses et importantes, octroya pour cinq ans un
fouage de dix sous par feu au fils aîné du prince de Galles, âgé
de moins de cinq ans; et l’ordonnance, relative à ce fouage, fut
promulguée le 26 janvier 1368 (voyez plus haut, p. XXVII, note
88). Enfin, un troisième parlement réuni à Saintes au mois d’août
suivant, vota un impôt sur les dîmes inféodées, c’est-à-dire
aliénées par l’Eglise et possédées par des laïques, et Guillaume
de Seris fut envoyé à Rome pour obtenir l’adhésion du pape
Urbain V à cet impôt. Par conséquent, les parlements de Niort, de
Poitiers, de Bordeaux et de Bergerac, dont parle Froissart, ne
purent être que des assemblées préparatoires où l’on fit choix
des députés chargés de représenter ces villes aux États généraux
de Saint-Émilion, d’Angoulême et de Saintes. Voyez l’ouvrage
solide et judicieux de M. l’abbé Rouquette, _Le Rouergue sous les
Anglais_, p. 100 à 108.
[110] Invité à adhérer à la levée dans ses seigneuries du fouage
voté par les États d’Angoulême, Jean, comte d’Armagnac et de
Rodez, répondit par un refus formel et fit signifier ce refus
au prince d’Aquitaine par deux chevaliers de sa maison, le
seigneur de Barbasan et Giraud de Jaulin. Outre qu’il invoquait,
en motivant son refus, la nécessité où il était de demander
des subsides à ses vassaux pour payer les dettes contractées,
soit à l’occasion de sa rançon après Launac, soit à la suite
de l’expédition d’Espagne à laquelle il venait de prendre part
sous les ordres du prince, le comte d’Armagnac soutenait que
«nous et nos gens estions frans, ne onques aus roys de France et
d’Angleterre n’avions paié fouage ne aucune subvencion, et que,
pour rien, ne nous metterions en telle servitude.» Toutefois,
c’est seulement après avoir vu ses réclamations réitérées
repoussées par Édouard III comme par le prince son fils que Jean,
dans le courant du mois d’avril 1368, prit le parti de se rendre
à Paris et de demander justice au roi de France. _Ibid._, 144 à
149.
[111] Cet appel fut fait en mai et juin 1368 et coïncida à peu
près avec le mariage d’Arnaud Amanieu, sire d’Albret, neveu du
comte d’Armagnac, avec Marguerite de Bourbon, l’une des sœurs
cadettes de la reine de France, dont le contrat fut passé le
4 mai de cette année (_Arch. Nat._, JJ99, nº 345). Avant de
consentir à recevoir l’appel des seigneurs gascons et surtout
de rendre publique cette résolution, Charles V conclut, le 30
juin, avec le comte d’Armagnac et ses adhérents une convention
secrète par laquelle le roi de France et les barons de Gascogne
contractaient une alliance indissoluble en cas de guerre avec
l’Angleterre, à la seule condition que le roi respecterait les
priviléges des barons et ne lèverait pendant dix ans aucun fouage
extraordinaire sur leurs domaines sans leur consentement (_Bibl.
de l’École des Chartes_, XII, 103; Rouquette, _Le Rouergue sous
les Anglais_, p. 111). Le lendemain 1er juillet, le roi, voulant
récompenser le comte d’Armagnac, chef de cette ligue contre les
Anglais, lui donna les comtés de Bigorre et de Gaure, Montréal,
Mezin, Francescas, Astaffort, Lavardac, Fauguerolles, Cauderon,
Cordes, Castets, Mas-d’Agenais, Lias, Montagnac, Monguilhem, la
moitié de la vicomté de Juilhac, les hommages de Casaubon, de
Poudenas, de Fourcès, de Villeneuve, les appellations et premiers
ressorts de Lectoure (_Ordonn._, VI, 104). Toutes ces seigneuries
étaient encore soumises à la domination anglaise.
[112] Par acte daté de Westminster le 10 février 1367,
Édouard III accorde un permis de séjour en France jusqu’au jour
Saint-Michel prochain venant à Gui, comte de Saint-Pol, otage
en Angleterre, et s’engage à mettre en liberté au dit terme de
Saint-Michel, Waleran et Robert de Saint-Pol, otages au lieu et
place de leur père, quand même celui-ci ne serait pas de retour à
Londres dans le délai fixé (Rymer, III, 819).
Texte de l’une de ces stipulations, dite charte des soumissions, datée
de Calais le 24 octobre 1360[113]. P. 87 à 91, 321, 322.
[113] D’après les légistes de Charles V, le roi de France n’avait
pas, à proprement parler, renoncé à la souveraineté et au
ressort; il en avait seulement suspendu l’usage en subordonnant
sa renonciation définitive à certaines conditions qu’Édouard III
n’avait pas remplies (_Grandes Chroniques_, VI, 254 à 263).
D’après les conseillers de la cour de France, Charles V doit recevoir
l’appel des barons de Gascogne, non-seulement parce qu’Édouard III
a violé plusieurs stipulations du traité de Brétigny, mais encore
parce que les habitants de la principauté, surtout ceux du Poitou,
de la Saintonge, du Limousin, du Rouergue, du Quercy et de l’Aunis,
sont animés au plus haut degré contre les Anglais, le peuple, parce
qu’il est écrasé d’impôts, les gentilshommes du pays, parce que le
prince d’Aquitaine les exclut de tous les emplois au profit de ses
compatriotes et des chevaliers de son entourage. Le duc d’Anjou, qui
réside alors à Toulouse en qualité de lieutenant général dans le
Languedoc, est un des plus ardents à pousser le roi son frère à une
rupture avec l’Angleterre[114].--Charles V fait le meilleur accueil
aux appelants, sans vouloir néanmoins prendre au début un engagement
exprès, et pendant ce temps il sonde les dispositions des habitants
d’Abbeville et du Pontieu.--En 1368, par un avent, naissance de
Charles, fils aîné du roi de France[115], et de Charles d’Albret, fils
du seigneur d’Albret[116]. P. 91 à 93, 322 à 324.
[114] Louis, duc d’Anjou, avait des griefs personnels contre
Édouard III qui l’avait dénoncé comme déloyal et félon lorsque
le second des fils du roi Jean, l’un des otages du traité de
Brétigny, mis en liberté sur parole à la fin de 1363, avait
refusé de revenir en Angleterre. Nommé dans les premiers jours de
novembre 1364 (_Mandements de Charles V_, p. 61, 62) lieutenant
du roi son frère en Languedoc, Louis supportait impatiemment
le voisinage de la domination anglaise. M. l’abbé Rouquette
a retrouvé dans les archives communales de Millau une lettre
de ce prince, adressée aux habitants de cette ville et datée
de Toulouse le 22 décembre 1368, où l’on voit bien l’activité
qu’il déploya pour faire éclater un mouvement insurrectionnel en
Guyenne et surtout dans le Quercy et le Rouergue. _Le Rouergue
sous les Anglais_, p. 118 à 120.
[115] L’enfant, qui devait être un jour Charles VI, naquit en
effet à l’hôtel Saint-Pol le dimanche 3 décembre 1368, premier
jour de l’Avent, et fut baptisé en l’église Saint-Pol le mercredi
6 décembre suivant (_Grandes Chroniques_, VI, 266 à 268).
C’est le jour même de la naissance de son héritier présomptif,
coïncidant avec l’Avent, que Charles V adressa deux lettres dont
il sera fait mention plus loin, l’une aux habitants de Montauban,
l’autre à Gui de Sévérac, chevalier du Rouergue, où pour la
première fois il déclarait publiquement recevoir l’appel des
barons de Gascogne.
[116] Charles d’Albret, l’aîné des trois enfants d’Amanieu, sire
d’Albret et de Marguerite de Bourbon, si l’on place sa naissance
au mois de décembre de cette année, serait venu au monde à huit
mois.
Charles V se décide à recevoir l’appel porté devant le parlement
de Paris contre le prince de Galles par la plupart des barons de
Gascogne[117].--Noms de ces barons.--Un clerc de droit[118] et un
chevalier de Beauce, nommé Caponnet de Caponval[119], vont à Bordeaux
porter au prince une lettre du roi de France. P. 93 à 95, 324.
[117] Le prudent Charles V hésita beaucoup avant de prendre une
détermination qui équivalait à une rupture du traité de Brétigny.
Dans une assemblée tenue le vendredi 30 juin 1368, il consulta son
conseil: trente-sept membres de ce conseil furent d’avis que le roi
devait recevoir les appellations portées par les habitants de la
Guyenne devant le Parlement (_Arch. Nat._, J 293, nºs 16 et 17). Le 28
décembre suivant, Charles V, «pour assurer sa conscience», soumit de
nouveau la question aux délibérations de quarante-huit personnes des
plus notables de son royaume. Il fut décidé, à l’unanimité, que le roi
pouvait et devait user de ses souveraineté et ressort en recevant les
appellations de ses sujets de Guyenne, et ce sous peine de péché mortel
(_Arch. Nat._, J 654, nº 3). Dès le commencement de ce mois, Charles V
avait écrit des lettres aux principales villes et aux seigneurs les
plus marquants du Rouergue et du Quercy, où il revendiquait son
droit de ressort et de souveraineté sur cette province au sujet des
appellations du comte d’Armagnac et du sire d’Albret (J 655, nº 22),
tout en protestant encore qu’il ne voulait point rompre le traité de
Brétigny. L’une de ces lettres, adressée aux habitants de Montauban,
est datée du 3 décembre 1368 (Dom Vaissete, _Hist. de Languedoc_, IV,
338). Par une autre lettre, datée aussi de Paris le 3 décembre 1368,
Charles V notifie à Gui de Sévérac, l’un des principaux seigneurs du
Rouergue, qu’il a reçu l’appel des barons de Gascogne, et l’invite
à faire son devoir «tel comme seigneur doit faire à son seigneur
souverain.» Le 22 décembre suivant, Louis, duc d’Anjou, adresse de
son côté une notification analogue aux principales villes du Rouergue
et notamment à ses «très amez les consouls et habitans de la ville de
Millau.» Rouquette, _Le Rouergue sous les Anglais_, p. 113 à 120.--A
la même date, Charles V avait invité le comte de Flandre à faire
publier par toutes les villes de son comté le fait de l’appel des
barons de Gascogne; mais Louis de Male, qui se trouvait alors à Anvers,
répondit le 20 décembre 1368 par un refus assez sec (Kervyn, _Œuvres de
Froissart_, XVIII, 491).
[118] Bernard Palot, juge criminel de Toulouse.
[119] Ce chevalier s’appelait Jean de Chaponval; Caponnet est
sans doute un surnom. Messire Jean de Chaponval, maître d’hôtel
du régent, fut gratifié en juin 1358 des biens que Jean Rose, le
rebelle de Meaux, possédait au bailliage de Senlis (_Arch. Nat._,
JJ 86, nº 153).
Par cette lettre en date du 15 janvier [1369[120]], le prince est
sommé de se rendre à Paris dans le plus bref délai pour y être jugé en
Chambre des Pairs au sujet de l’appel interjeté et des plaintes portées
contre lui par ses vassaux, tant de la Gascogne que des autres parties
de l’Aquitaine. P. 95, 96, 324.
[120] Les lettres de citation du roi de France furent signifiées
au prince de Galles à Bordeaux sur la fin de l’année 1368 ou
dans les premiers jours de 1369. M. Lacabane a publié le texte
de ces lettres dans son article Charles V du _Dictionnaire de la
Conversation_. Cf. _Bibl. de l’École des Chartes_, XII, 104.
Le prince de Galles entre en fureur en recevant cette sommation: il
répond qu’il ira à Paris, puisqu’il y est ajourné par le roi de France,
mais que ce sera le bassinet en tête et soixante mille hommes en sa
compagnie[121]. Il prétend que le roi Jean, en cédant l’Aquitaine,
a déclaré formellement renoncer à toute espèce de suzeraineté ou de
ressort, et il reproche à Charles V, fils et successeur de Jean,
de violer, en recevant l’appel des barons de Gascogne, l’une des
stipulations du traité de Brétigny.--Après leur départ de Bordeaux,
les deux messagers du roi de France sont arrêtés en Agenais par un
chevalier anglais nommé Guillaume le Moine, sénéchal de ce pays, et
mis en prison à Agen au moment où ils se dirigent vers Toulouse pour y
rendre compte au duc d’Anjou du résultat de leur message. P. 96 à 99,
324, 325.
[121] La chronique rimée du héraut Chandos prête au prince de
Galles une réponse conçue en termes presque identiques:
Lors remanda au roy de France
De volunté hardie et france
Que voluntiers certeynement,
Il iroit à son mandement,
Si Dieux li donnast saunté et vie,
Il et toute sa compaignie,
_Le bacinet armé au chief_,
Pur li defendre de meschief.
Jean, duc de Berry, otage en Angleterre, revient en France à la
faveur d’un congé d’un an qu’il trouve le moyen de prolonger jusqu’à
la déclaration de guerre[122]. Jean, comte de Harcourt, obtient aussi
un congé par l’entremise de son oncle Louis de Harcourt, seigneur
poitevin, qui à ce titre est alors l’un des vassaux du prince
d’Aquitaine, et une maladie dont il est atteint après son retour en
France l’amène à prolonger, comme le duc de Berry, son congé jusqu’à
l’ouverture des hostilités[123]. Moins heureux que ces deux premiers
otages, Gui de Blois, alors jeune écuyer, frère du comte Louis de
Blois, est réduit à racheter sa liberté moyennant la cession au roi
d’Angleterre du comté de Soissons, qu’Édouard III rétrocède à son
gendre le seigneur de Coucy, en échange de quatre mille francs de rente
annuelle à valoir sur la dot assignée à la dame de Coucy[124]. Le comte
Pierre d’Alençon recouvre aussi la liberté moyennant le payement de
trente mille francs[125]. Quant au duc Louis de Bourbon, il se fait
octroyer son élargissement définitif, en versant une somme de vingt
mille francs[126], et en obtenant du pape Urbain V, dont il a les
bonnes grâces, l’évêché de Winchester pour Guillaume Wickam, chapelain
et favori du roi d’Angleterre. P. 99 à 102, 325, 326.
[122] L’acte qui autorise Jean, duc de Berry et d’Auvergne, à
retourner en France et à y séjourner, est daté de Westminster le
1er février 1366; et ce congé, accordé d’abord pour un an, fut
prolongé jusqu’à Pâques 1368 (Rymer, III, 783, 785).
[123] Jean VI, comte de Harcourt et d’Aumale, otage en
Angleterre, passa procuration à Londres le 12 janvier 1365 (n.
st.) pour servir ses fiefs en France, et spécialement en l’évêché
de Poitiers (La Roque, _Additions aux preuves de l’histoire de
la maison de Harcourt_, IV, 1435). Dans le courant de 1367, à la
requête du prince d’Aquitaine et de Galles et «parmy l’entreprise
et pleggerie de nostre cher et feal Loys de Harecourt, vostre
oncle», le comte de Harcourt fut autorisé à se rendre en France
et à y résider pendant quelques mois; mais dès le 1er décembre
de cette année, Édouard III le somma de revenir se constituer
otage à Londres, et cette sommation fut renouvelée le 5 janvier
de l’année suivante (Rymer, III, 837, 840). En cette même année
1368, le 14 octobre, Jean VI se maria à Catherine de Bourbon,
l’une des sœurs cadettes de la reine de France. Louis de
Harcourt, oncle de Jean VI, était vicomte de Châtellerault, et, à
ce titre, comme le dit Froissart, le seigneur le plus important
du Poitou.
[124] Gui de Blois, seigneur de Beaumont en Hainaut, otage
depuis la conclusion du traité de Brétigny, c’est-à-dire depuis
la fin de 1360, ne fut autorisé à repasser sur le continent que
le 8 juillet 1367 (Rymer, III, 830). Le 15 de ce même mois,
par contrat passé à Londres, il céda, ainsi que le raconte
Froissart, son comté de Soissons à Enguerrand, sire de Coucy, en
faveur d’Élisabeth d’Angleterre, dame de Coucy (Anselme, _Hist.
généal._, VI, 97).
[125] Pierre, comte d’Alençon, fut autorisé à se rendre en
France et à y séjourner, en même temps que Jean, duc de Berry et
d’Auvergne, du 1er février 1366 à Pâques 1368 (Rymer, III, 782,
783, 785).
[126] La rançon de Louis II, duc de Bourbonnais, fut fixée
à 40 000 écus, et non à 20 000 francs, comme le rapporte
inexactement Froissart. Le premier payement en fut effectué le
6 décembre 1367; un nouvel à-compte fut porté par Hugues de
Digoine en Angleterre, le 31 mars 1368 (n. st.); et la rançon ne
fut complétement payée qu’à la fin de cette année. Le duc Louis
n’en fut pas moins mis en liberté dès le 22 janvier 1366 (Rymer,
III, 783); le 14 juin de cette année, il était à Moulins (_Arch.
Nat._, P 1460, nºs 1938-74), le 18, à Souvigny, et le 24, à
Montluel (_Arch. de la Côte-d’Or_, B 8552).--C’est pour parfaire
le payement de sa rançon que Louis II, par acte daté de Paris le
16 décembre 1368, engagea à Jean Donat, bourgeois et épicier à
Londres, au prix de 5200 écus d’or, «sa cotte d’escarlate rousée,
ordonnée à vesteure de homme, semée et ouvrée de plusieurs et
divers ouvraiges de grosses perles et rubis baillais et saphirs»
_Arch. Nat._, P 1358, nº 98; _Bibl. de l’École des Chartes_,
XVII, 268 à 272.
Le prince de Galles fait de grands préparatifs de guerre contre le
roi de France et dit qu’il compte bien assister de sa personne à la
fête du Landit; mais il est retenu à Bordeaux par une hydropisie
incurable, et Charles V a trouvé le moyen de se faire exactement
renseigner sur la maladie de son adversaire.--Peu après l’arrestation
des deux messagers qui ont porté au prince la citation du roi de
France, les comtes de Périgord, de Comminges, le vicomte de Caraman et
quelques autres seigneurs d’Aquitaine, ralliés au parti français, se
concertent pour tirer vengeance de cette arrestation. Ils tendent une
embuscade à Thomas de Wetenhale, sénéchal anglais du Rouergue[127],
au moment où celui-ci fait route, avec soixante lances et deux cents
archers, de Villeneuve-d’Agen à Rodez[128]; ils le surprennent à deux
lieues de Montauban, le battent et le forcent à chercher un refuge
derrière les remparts de cette dernière ville. A cette nouvelle,
le prince de Galles, qui réside alors à Angoulême, rappelle de
Saint-Sauveur-le-Vicomte, en basse Normandie, Jean Chandos[129] et
l’envoie tenir garnison à Montauban. Le sénéchal du Rouergue se rend
à Rodez, et met cette ville en état de défense, ainsi que Millau et
Monpazier[130].--Noms des principaux seigneurs gascons, poitevins,
anglais, qui défendent sous Jean Chandos les frontières du Rouergue
contre les comtes d’Armagnac, de Périgord[131], de Comminges, le
vicomte de Caraman et le seigneur d’Albret.--Le duc d’Anjou n’a point
encore pris les armes, car le roi de France, son frère, lui a défendu
de commencer les hostilités sans son ordre exprès. P. 102 à 105, 326 à
330.
[127] Thomas de Wetenhale, cousin du fameux Hugh de Calverly,
avait été nommé sénéchal du Rouergue dans le courant du mois de
mai 1365, en remplacement d’Amanieu du Fossat; il tenait sa cour
à Villefranche (aujourd’hui Villefranche-de-Rouergue, Aveyron),
où résidait également le trésorier du prince d’Aquitaine en
Rouergue. Quoique Froissart fasse vivre le sénéchal du Rouergue
jusqu’à la reddition de Millau au duc d’Anjou, c’est-à-dire
jusqu’au 31 mai 1370, il est certain que Thomas de Wetenhale
mourut dans la seconde moitié du mois de septembre 1369, à la
suite des blessures qu’il avait reçues au combat de Montlaur
(Aveyron, arr. Saint-Affrique, c. Belmont), où il avait été
battu par Jean, comte de Vendôme et de Castres (au mois d’août
précédent, la seigneurie de Castres avait été érigée en comté
par Charles V). Thomas fut enterré à Montlaur, où l’on voit
encore aujourd’hui son tombeau; et le conseil de ville de Millau,
resté fidèle au parti anglais, fit faire au sénéchal un service
solennel dans l’église Notre-Dame de l’Espinasse. _Le Rouergue
sous les Anglais_, p. 73, 129, 156 à 158.
[128] Les historiens du Rouergue ont dit (Gaujal, _Essais
historiques sur le Rouergue_, I, 411) et le savant M. Lacabane
a répété (_Bibl. de l’École des Chartes_, XII, 103 et 104) que,
dès le 17 septembre 1368, Rodez avait expulsé l’administration
anglaise. Les registres des comptes et des délibérations
consulaires, conservés aux Archives municipales de Millau,
contredisent cette assertion. On y voit que la cité de Rodez,
soumise à l’évêque de cette ville, et le bourg de Rodez, relevant
du comte d’Armagnac, adhérèrent à l’appel au roi de France à la
fin de septembre seulement. Un certain Pierre Borda fut alors
chargé de porter à Paris l’acte contenant cette adhésion. Adhérer
à l’appel, c’était reconnaître implicitement la souveraineté
du roi de France; mais la reconnaissance de cette souveraineté
suprême ou du ressort n’entraînait pas la déchéance du souverain
immédiat, c’est-à-dire du prince d’Aquitaine. Malgré cette
reconnaissance, la ville de Rodez, cité et bourg, continua de
rester soumise à la domination anglaise. Cela est tellement
vrai que le 29 septembre, le grand maréchal d’Aquitaine, allant
en ambassade à Rome, passa par Rodez et y reçut des consuls
les présents accoutumés. Rodez ne rompit ouvertement avec le
gouvernement anglais et ne se donna officiellement à la France
qu’à la fin de janvier ou dans les premiers jours de février
1369. Le 27 février seulement, les fleurs de lis furent placées
sur le _Poids_ et la maison commune du bourg. La première place
du Rouergue qui semble avoir secoué ouvertement le joug étranger
est Najac (Aveyron, arr. Villefranche-de-Rouergue). Dès le 5
janvier 1369, Raymond Guerre, bourgeois de Najac, se faisait
donner les droits utiles de la châtellenie, montant à 20 marcs
d’argent par an, ainsi que le droit de basse justice au dit
lieu de Najac, rapportant annuellement 60 sous tournois, en
récompense de son entremise «in et circa veram obedienciam dicti
loci de Najaco erga dominum meum regem atque nos exhibitam et
ostensam.» _Arch. Nat._, JJ 100, nº 537; JJ 102, nº 202.--Mais,
deux ans plus tard, par acte daté d’Albi le 28 février 1371 (n.
st.), le duc d’Anjou, ayant appris que Raymond Guerre s’était
fait valoir aux dépens de ses concitoyens, lui retirait les 20
marcs d’argent dont il vient d’être question pour les assigner à
ceux-ci, «considerantes bonam voluntatem et cordialem dileccionem
quas ipsi consules et habitatores (Najaci) erga dominum meum
et nos, _mortis formidine retrojecta_, habuerunt _et de facto
monstraverunt de primis totius ducatus Aquitanie_, ad obedienciam
regis et nostram veniendo, et ipsum dominum meum suum verum,
directum et naturalem dominum recognoscendo _et inimicos domini
mei et nostros, extunc in dicto loco existentes, debellando et
ab eodem projiciendo_.» JJ 102, nº 101.--Quant à la défaite de
Thomas de Wetenhale près de Montauban, elle n’a pu avoir lieu, si
tant est qu’il faille ajouter quelque foi au récit de Froissart,
qu’au mois de janvier 1369, puisque le sénéchal du Rouergue,
absent de cette province depuis plus de deux ans, n’y rentra
qu’au mois de décembre 1368. La première rencontre eut lieu le
17 janvier au Mont d’Alazac, où Jean d’Armagnac, fils du comte,
tua 400 Anglais, en prit 60, et parmi ces derniers, Pierre de
Gontaut et un neveu du sénéchal de Quercy. _Le Rouergue sous les
Anglais_, p. 121 à 137.
[129] Il importe beaucoup, pour préciser un peu la chronologie
extrêmement vague et confuse de Froissart, d’établir la date au
moins approximative du départ de Jean Chandos pour la Guyenne. Le
connétable d’Aquitaine, vicomte de Saint-Sauveur, était encore en
basse Normandie le 6 octobre 1368, jour où il donna quittance de
15 000 fr. à Gerard de Crepon, vicomte de Valognes (L. Delisle,
_Preuves de l’histoire du château de Saint-Sauveur-le-Vicomte_,
p. 167). Mais il était arrivé en Guyenne dès le mois de décembre
suivant, ainsi que l’atteste l’article de compte suivant: «A
Navarre, roy des heraux de Monseigneur (le roi de Navarre), par
mandement de l’abbé de Cherebourg du XVIIIe jour de decembre
MCCCLXVIII, _pour aller devers messire Jehan Chandos en
Guyenne_.» _Ibid._, p. 148.
[130] Dordogne, arr. Bergerac.
[131] Le 24 novembre 1368, Charles V fit l’avance de 12 000
francs d’or à Taleyrand de Périgord, et, le 28 de ce même mois,
de 40 000 fr. d’or, au comte de Périgord, pour les frais de
la guerre contre le roi d’Angleterre (Delisle, _Mandements de
Charles V_, p. 240 à 242).
Le roi de France met dans ses intérêts plusieurs chefs de Compagnies
qui ont remonté la Loire et sont cantonnés sur les marches de Berry et
d’Auvergne[132]; mais il le fait en grand secret, pour ne pas donner
l’éveil au roi d’Angleterre, qui n’a que peu de forces à Abbeville et
dans le Pontieu, dont Charles V travaille à se remettre en possession.
Pendant ce temps, le comte de Saarbruck et Guillaume de Dormans,
envoyés en ambassade auprès d’Édouard III, font traîner à dessein
les négociations en longueur pendant deux mois[133]. Une fois ses
préparatifs terminés et les hostilités ouvertes en Gascogne, le roi de
France, qui a pris secrètement toutes ses mesures pour se faire livrer
Abbeville, envoie un Breton, l’un de ses valets de cuisine[134], défier
le roi d’Angleterre. Le comte de Saarbruck et Guillaume de Dormans,
au retour de leur mission, rencontrent ce Breton à Douvres et se
hâtent d’autant plus de regagner Boulogne.--Guichard d’Angle, maréchal
d’Aquitaine, envoyé par le prince de Galles à Rome en mission auprès
du pape Urbain V, est informé de l’ouverture des hostilités au moment
où il se dispose à rentrer en France. Il fait route par la Savoie dont
le comte est alors en guerre avec le marquis de Saluces; mais, arrivé
sur les confins de la Bourgogne, il est réduit à prendre un déguisement
de pauvre «chapelain» pour regagner la Guyenne. Jean Ysoré, chevalier
breton, gendre de Guichard d’Angle, ne peut retourner en Bretagne qu’en
promettant de se rallier au parti français; et un autre compagnon de
voyage du maréchal d’Aquitaine, Guillaume de Seris[135], chevalier
poitevin, après être resté plus de cinq ans caché à l’abbaye de Cluny,
finit aussi par se faire Français. P. 106 à 109, 330 à 332.
[132] La plupart de ces chefs de Compagnie étaient Bretons. L’un
d’eux, Alain de Taillecol, surnommé l’abbé de Malepaye, qui prend
le titre d’écuyer du roi dans une quittance datée d’Angers le 2
avril 1366 (n. st.), (Hay du Chastelet, _Hist. de Bertrand du
Guesclin_, p. 341 et 342), occupait alors (_Arch. Nat._, JJ 109,
nº 192) le fort de Breviande, en Sologne (aujourd’hui ferme de la
Ferté-Hubert, Loir-et-Cher, arr. Romorantin, c. Neung).
[133] Par acte daté de Westminster, le 30 octobre 1368,
Édouard III accorda des lettres de sauf-conduit aux comtes de
Tancarville et de Saarbruck, à maître Guillaume de Dormans,
chevalier, et à Jacques le Riche, doyen de Paris, qui se
rendaient en Angleterre avec une escorte de cent chevaux (Rymer,
III, 850). Le 24 décembre suivant, Charles V envoyait encore en
Angleterre un de ses huissiers de salle porter des fromages de
France à sa «très chiere et amee suer la royne d’Angleterre.»
Delisle, _Mandements de Charles V_, p. 245, nº 483.--Le 27
décembre, une somme de mille francs d’or par mois était allouée
au comte de Tancarville pour ses frais de voyage et de séjour en
Angleterre.
[134] Que le roi de France ait fait porter par un de ses valets
de cuisine un défi à son adversaire d’Angleterre, cela est
dépourvu de vraisemblance, et rien n’est plus contraire à tout ce
que l’on sait du caractère de Charles V. Quoi qu’il en soit, les
deux rois se préparèrent ouvertement à la guerre dès les premiers
mois de 1369.
[135] Guillaume de Seris, que la Rochelle avait député vers le
roi de France, à Calais, avec quatre autres bourgeois, le 15 août
1360 (_Chroniques de J. Froissart_, VI, XVII, note 67), institué
avec Jean Chandos, le 20 juillet 1366, gardien des terres et
seigneuries situées en Poitou et Saintonge, et cédées par le
duc d’Orléans à Thomas de Wodestok, l’un des fils d’Édouard III
(Rymer, III, 794), encore fidèle au parti anglais à la date
du 14 juin 1367 (Delpit, _Documents français en Angleterre_,
p. 127), fut gratifié par Charles V, en mai 1371, de 1000
livrées de terre ou de 1000 livres parisis de rente annuelle
et perpétuelle, pour s’être rallié au parti français, «cum
dilectus et fidelis miles et consiliarius noster Guillelmus de
Seris, primus presidens in parlamento nostro Parisiensi, habita
noticia nostri juris et justicie in guerra quam Eduardus Anglie
et princeps Wallie primogenitus suus, cujus erat consiliarius,
nobis noviter suscitarunt, spretis honoribus quibus se gaudebat
attolli et commodis omnibus, et dimissis possessionibus et
bonis suis quibuscumque, mobilibus et immobilibus, que sub
dictorum hostium nostrorum dominio possidebat, ad nos accedens,
nostre se submiserit obediencie, nobis et nostris se offerens
serviturum....» _Arch. Nat._, sect. hist., JJ 102, nº 272.--Douze
jours avant la reddition de la Rochelle, par acte daté de
son château du Bois de Vincennes, le 27 août 1372, le roi de
France donna à Guillaume de Seris, chevalier, son conseiller,
premier président en son Parlement, «pour ce que liberalment
s’est soubmis à nostre obeissance, en cognoissant le droit qui
nous appartient en la duché de Guienne», une maison appelée la
maison de Fessac, sise à la Rochelle et confisquée sur Jean
de Ludent, prêtre anglais et receveur de Saintonge. JJ 103,
nº 237.--Guillaume de Seris, institué premier président du
Parlement, avant le mois de mai 1371, mourut à Lyon au retour
d’un voyage à Rome le 3 octobre 1373, et le Parlement assista en
corps à ses obsèques qui furent célébrées à Paris le 23 novembre
suivant; il est mentionné comme mort dans un mandement en date
du 28 décembre 1374, relatif à un don de 200 francs fait à son
neveu Étienne Poissonart, huissier d’armes de Charles V, «pour
consideration des services que nous fist en son vivant nostre
dit conseiller, oncle du dit Estienne.» Delisle, _Mandements de
Charles V_, p. 564.--En supposant exact pour tout le reste le
récit de Froissart, Guillaume de Seris ne serait donc resté à
l’abbaye de Cluny que deux ans tout au plus, et non cinq ans.
Le valet breton, envoyé par Charles V, arrive à Londres et remet à
destination la lettre de défi du roi de France. Édouard III, après
avoir pris connaissance du message, est transporté de fureur[136]
à tel point que le comte dauphin d’Auvergne, le comte de Porcien,
les seigneurs de Roye et de Maulevrier, qui sont encore otages en
Angleterre, redoutent des représailles sur leurs personnes[137].--Sans
perdre un moment, il envoie quatre cents hommes d’armes, sous les
ordres des seigneurs de Percy, de Nevill, de Carlton et de Guillaume
de Windsor, renforcer la garnison anglaise d’Abbeville[138]; mais
on apprend bientôt que les bourgeois de cette ville, à la suite de
pourparlers secrets avec Charles V, ont ouvert leurs portes à un
corps de six cents lances amené par Gui, comte de Saint-Pol, et Hue
de Châtillon, alors maître des arbalétriers de France[139]. Hue de
Châtillon fait prisonnier Nicolas de Louvain[140], sénéchal du Pontieu,
et les Français occupent Saint-Valery, le Crotoy[141] et Rue. Le comte
de Saint-Pol emporte Pont-Remy après un brillant assaut où son fils
aîné Waleran est fait chevalier.--A la nouvelle de l’occupation du
Pontieu par les Français, Édouard III redouble de fureur; il envoie
dans les villes de l’intérieur de son royaume les bourgeois des
bonnes villes de France, otages du traité de Brétigny, et les soumet
à une captivité plus étroite. Toutefois, il permet au comte dauphin
d’Auvergne[142] de se racheter moyennant trente mille francs, et au
comte de Porcien[143], moyennant dix mille francs. Moins heureux que
ces deux otages, le seigneur de Roye ne recouvra la liberté que plus
tard et par un cas fortuit[144]. P. 109 à 113, 332 à 335.
[136] Le 26 avril 1369, Édouard III renvoya cinquante pipes
de vin que Charles V lui avait fait porter en Angleterre et
présenter par un des officiers de son échansonnerie nommé Jean
Eustache (Rymer, III, 864). Cet envoi de vin, qui put paraître au
roi d’Angleterre une sorte de bravade et de provocation dérisoire
en présence des préparatifs de guerre ouverte que l’on faisait
dès lors de l’autre côté du détroit (Delisle, _Mandements_, p.
255, nº 507), n’aurait-il pas donné lieu à la legende du défi
rapportée plus haut, et le «Johannes Eustachii, pincerna regis
Franciæ», ne serait-il pas le «valet de cuisine breton» dont
parle Froissart?
[137] A la nouvelle des préparatifs maritimes du roi de France,
l’opinion publique, en Angleterre, fut tellement excitée contre
les otages français, qu’Édouard III dut défendre, le 26 avril
1369, de leur faire outrage, menace ou violence (Rymer, III, 864).
[138] Le 9 mars 1369, le roi d’Angleterre donna l’ordre à Henri
Lescrop, gouverneur de Calais, Merck, Oye, Sangate, Hames,
Audruicq, Guines, Ardres, et à Nicolas de Louvain, gouverneur et
sénéchal du Pontieu, en résidence à Abbeville (Rymer, III, 812),
de mettre en bon état de défense les forteresses confiées à leur
garde (_Ibid._, 862).
[139] Le dimanche 29 avril 1369, Abbeville et Rue se rendirent à
Charles V et ouvrirent leurs portes à Hue de Châtillon, maître
des arbalétriers de France. Le comté de Pontieu tout entier
était redevenu français dans la première quinzaine de mai, à
l’exception de Noyelles (auj. Noyelles-sur-Mer, Somme, arr.
Abbeville, c. Nouvion) où les Anglais parvinrent à se maintenir
(_Grandes Chroniques_, VI, 271 et 272). Aussi, la plupart des
priviléges, qui furent alors accordés aux bourgeois d’Abbeville,
en récompense de leur soumission spontanée, sont-ils datés de ce
même mois de mai 1369. _Ordonn._, V, 177. Delisle, _Mandements_,
nºs 541 et 542. _Arch. Nat._, JJ 100, nºs 8, 167, 169, 189, 212,
213, 219, 228, 517.
[140] Nicolas de Louvain avait deux maisons: l’une à Rue, l’autre
à Abbeville «devant les Flos Saint Sepulcre», qui furent toutes
les deux confisquées en mai 1369. _Arch. Nat._, JJ 100, nºs 502,
611.
[141] _Arch. Nat._, JJ 100, nºs 171 à 173.
[142] Au commencement de 1369, Beraud, comte dauphin d’Auvergne,
se racheta moyennant 12 000 nobles d’or, et, par acte daté de
Souvigny, le 4 juillet de cette année, Louis, duc de Bourbon,
comte de Clermont, se porta garant du payement de cette somme.
Rymer, III, 816, 817, 875.
[143] Le payement de la rançon de Jean de Châtillon, comte de
Porcien, n’était pas encore définitivement réglé le 28 octobre
1375. Rymer, III, 1043.
[144] Nous sommes en mesure d’indiquer dès maintenant le cas
fortuit auquel Froissart fait allusion. En 1374, Bertrand du
Guesclin négocia et obtint la mise en liberté de Mathieu II du
nom, seigneur de Roye et de Germigny, otage en Angleterre depuis
1360, à condition que le dit Mathieu donnerait Marie, sa fille
unique, en mariage à Alain de Mauny, neveu à la mode de Bretagne
du connétable de France. Anselme, _Hist. généal._, VIII, 9 et
10.