RESTAURATION DE DON ENRIQUE.--_1367, fin de septembre._ ENTRÉE
DE DON ENRIQUE EN CASTILLE.--_Fin d’octobre._ REDDITION DE
BURGOS.--_1368, fin de janvier._ PRISE DE LÉON.--_1368, avril, à
1369, fin de mars._ SIÉGE DE TOLÈDE.--_1368, 20 novembre._ TRAITÉ
D’ALLIANCE AVEC LE ROI DE FRANCE; RETOUR DE BERTRAND DU GUESCLIN
EN ESPAGNE.--_1369, 14 mars._ BATAILLE DE MONTIEL.--_23 mars._
MORT DE DON PÈDRE.--_4 mai._ BERTRAND DU GUESCLIN CRÉÉ DUC DE
MOLINA (§§ 595 à 600).
Don Enrique prend congé du roi d’Aragon à Valence[91] et entre en
campagne contre don Pèdre à la tête de trois mille cavaliers et de six
mille fantassins. Il occupe successivement Burgos[92], Valladolid, où
le roi de Majorque est fait prisonnier[93], Léon[94]. P. 70, 71, 311 et
312.
[91] Voyez le chapitre précédent, p. XXIV, note 77.
[92] Le 24 septembre 1367, don Enrique était à une lieue de
Huesca, d’où il a daté une lettre adressée à don Pedro Jordan de
Urries, premier maître d’hôtel du roi d’Aragon (Zurita, _Anal._,
lib. IX, cap. LXX, p. 349 vº). Après avoir passé l’Èbre, il
arriva à Calahorra, sur la rive droite de cette rivière, le mardi
28 septembre, veille de saint Michel, et il était déjà maître de
Burgos le 6 novembre suivant, jour où il confirma les priviléges
des habitants de Cordoue (Pellicer, _Mem. de don Fern. de los
Rios_, p. 11).
[93] Ce n’est pas à Valladolid, c’est à Burgos que le mari
de Jeanne, reine de Naples, ancien roi de Majorque, fut fait
prisonnier; il paya ou plutôt sa femme paya pour lui une rançon
de 80 000 doubles. Ayala, 1367, cap. XXXV.
[94] Après la prise de Dueñas, dans la Vieille Castille, don
Enrique vint assiéger Léon dans la seconde quinzaine de janvier
et s’en rendit maître après un siége de quelques jours. Ayala,
1368, cap. I.
Après la reddition de Léon, don Enrique voit la Galice[95] tout entière
se déclarer pour lui ainsi que plusieurs hauts barons que don Pèdre
s’est aliénés par sa cruauté. Il met le siége devant Tolède, au moment
où Bertrand du Guesclin, qui est déjà entré en Aragon après sa campagne
en Provence et devant Tarascon au service du duc d’Anjou, s’avance
à marches forcées pour le venir rejoindre.--Don Pèdre, de son côté,
qui se tient en la marche de Séville et de Portugal, à la première
nouvelle du retour offensif de son adversaire, fait alliance avec
les rois de Grenade, des Béni-Mérin et de Tlemcen, qui lui envoient
vingt mille hommes[96], et parvient à réunir sous ses ordres quarante
mille combattants, tant Chrétiens que Juifs et Sarrasins.--Sur ces
entrefaites[97], Bertrand du Guesclin arrive sous les murs de Tolède et
apporte à l’armée assiégeante un renfort de deux mille soudoyers[98].
P. 71 à 73, 312 et 313.
[95] Dans les premiers mois de 1368, la Galice, contrairement
à l’assertion de Froissart, dominée par don Fernand de Castro,
demeurait encore fidèle à don Pèdre, ainsi qu’une partie des
Asturies; mais toutes les autres provinces du nord s’étaient
déclarées pour don Enrique. Don Pèdre conservait la supériorité
dans les provinces du midi, en Murcie, en Estramadure et en
Andalousie, à l’exception de Cordoue et de quelques petites
places de la frontière portugaise.
[96] Mohamed, roi de Grenade, amena à don Pèdre cinq mille
génétaires et trente mille hommes de pied, dont un grand nombre
d’arbalétriers habiles et exercés. Les Maures mirent le siége
devant Cordoue, et ne pouvant prendre cette ville, détruisirent
de fond en comble Jaën, Ubeda (Ayala, 1368, cap. v, note 1);
ils enlevèrent du seul territoire d’Utrera, à quelques lieues
de Séville, plusieurs milliers de personnes. Argote de Molina,
_Nobleza de Andalucia_, p. 238.--Les Béni-_Mérin_ ont été
probablement les introducteurs en Espagne des moutons _mérinos_.
[97] Un grand événement diplomatique, dont Froissart ne dit
rien, avait précédé le retour de du Guesclin en Espagne. Le 20
novembre 1368, à Tolède, «in palatio nostro, in obsidione nostra
supra civitatem Toletanam», Charles V, représenté par François
de Périllos, vicomte de Rodes, amiral de France, et par Jean de
Rye, chevalier de la comté de Bourgogne, seigneur de Balançon
(aujourd’hui château situé en la commune de Thervay, Jura,
arr. Dôle, c. Montmirey-le-Château), Charles V, dis-je, et don
Enrique, roi de Castille et de Léon, avaient conclu un traité
d’alliance offensive et défensive (_Arch. Nat._, J603, nº 59;
Rymer, III, 850 à 852; Dumont, _Corps diplomatique_, II, 68 à
70; Hay du Chastelet, _Hist. de B. du Guesclin_, p. 320 à 322).
Don Enrique avait remis au roi de France la décision de tous
les différends existant entre lui et don Pedro IV, roi d’Aragon
(J603, nº 60; Dumont, I, 321). Le 8 juin de l’année suivante, «in
palatio nostro nostre civitatis Toletane», en présence de Jean de
Berguette, chambellan, et d’Yvon de Keranbars, huissier d’armes,
du roi de France, don Enrique confirma, en les précisant,
certaines stipulations du traité du 20 novembre 1368 (J603, nº
61; Dumont, II, 74).
[98] D’après Ayala (1369, cap. i), François de Périllos et Jean
de Rye, les deux négociateurs du traité français du 20 novembre
1368, promirent aussi à don Enrique de lui envoyer Bertrand du
Guesclin avec cinq cents lances. «Otrosi los dichos mensageros
dixeron al Rey Don Enrique como el Rey de Francia le enviaba
luego en su ayuda á Mossen Beltran de Claquin con quinientas
lanzas.»
Don Pèdre, après avoir concentré ses forces, quitte Séville et
entre en campagne pour faire lever le siége de Tolède[99]. Par le
conseil de Bertrand du Guesclin, don Enrique, laissant devant la
ville assiégée une partie de ses troupes sous les ordres de don
Tello, l’un de ses frères, marche avec don Sanche, son autre
frère, et six mille combattants, l’élite de son armée, à la rencontre
du roi de Castille. Il lance en avant des espions pour éclairer
sa marche, et, grâce à cette précaution, il tombe à l’improviste,
dans les environs de Montiel, sur l’ennemi qui chemine en
désordre; il l’attaque malgré une supériorité numérique de six
contre un et donne l’ordre de ne prendre personne à rançon.
P. 73 à 76, 313 et 314.
[99] «Le roi, dit Mérimée d’après Ayala, partant de Séville,
traversa la Sierra-Morena par un de ses cols les moins élevés,
probablement en suivant la route qui passe par Constantina pour
aller aboutir à Llerena. Après avoir franchi sans obstacle,
dans les premiers jours de mars 1369, la barrière de montagnes
qui sépare l’Andalousie de la Manche, il fit halte sur un des
grands plateaux de cette province, là où s’élevait autrefois le
magnifique château de Calatrava, chef-lieu de l’ordre militaire
de ce nom. Il était alors à quelque vingt lieues de Tolède.»
_Hist. de don Pèdre_, p. 521.
Bertrand du Guesclin et ses Bretons, ainsi que plusieurs chevaliers de
l’Aragon, font des prodiges de valeur. Du côté de don Pèdre, les Juifs
tournent le dos dès le début de l’action; mais le trait des Sarrasins
de Grenade et des Béni-Mérin, armés d’arcs et d’archigaies, produit
de grands ravages. Don Pèdre brandit une hache avec laquelle il donne
de tels coups que nul ne l’ose approcher. Don Enrique, précédé de sa
bannière, va droit à la bannière de don Pèdre. Les hommes d’armes qui
entourent le roi de Castille commencent alors à lâcher pied. Par le
conseil de don Fernand de Castro, don Pèdre lui-même court s’enfermer
avec douze des siens dans le château de Montiel[100]. Ce château n’est
accessible que par un défilé dont le Bègue de Villaines se hâte de
garder l’entrée. Vingt-quatre mille hommes restent sur le champ de
bataille[101], et don Enrique et Bertrand du Guesclin font plus de
trois grandes lieues à la poursuite des fuyards. Cette bataille se
livre sous Montiel le [14 mars 1369[102]]. P. 76 à 78, 314.
[100] Montiel était une riche commanderie de Saint-Jacques, dont
le gouverneur, nommé Garci Moran, était un des vieux serviteurs
de don Pèdre. «E aquella noche el alcayde del castillo de
Montiel, que era un Caballero de la Orden de Santiago Comendador
de Montiel, que decian Garci Moran, que era Asturiano, él é los
suyos vieron grandes fuegos á dos leguas del logar de Montiel,
é ficieron saber al Rey Don Pedro que parescian grandes fuegos
á dos leguas del castillo donde él estaba, é que catase si eran
de sus enemigos.» Ayala, 1369, cap. VI.--Les feux, dont il est
question dans ces lignes d’Ayala, étaient les torches portées par
l’avant-garde de du Guesclin. C’est pour n’avoir pas tenu compte
de l’avis de Garci Moran que don Pèdre fut surpris et vaincu
devant Montiel.
[101] L’affaire de Montiel, qui fut une surprise plutôt qu’un
combat, ne fut au contraire nullement sanglante. «E en esta
batalla non morieron de los del Rey Don Pedro omes de cuenta,
salvo un Caballero de Cordoba que decian Juan Ximenez; é la
razon porque pocos morieron fué porque los unos posaban en las
aldeas, é non eran llegados á la batalla; é los otros que y eran
recogieronse con el Rey al castillo de Montiel.» Ayala, 1369,
cap. VI.
[102] Froissart s’est trompé grossièrement en assignant à
l’affaire de Montiel la date du 13 août 1368. «E fué esta batalla
miercoles catorce dias de marzo deste dicho año (1369), á hora
de prima.» Ayala, 1369, cap. VI.--Cette date est exacte de tout
point: en 1369, le 14 mars est tombé un mercredi.
Don Enrique et Bertrand soumettent le château de Montiel au plus
étroit blocus. Ce château est très-fort et pourrait faire une longue
résistance, mais il n’est pourvu de vivres que pour quatre jours. Vers
minuit, don Pèdre essaye de s’échapper[103] en compagnie de don Fernand
de Castro et des gens de sa suite, mais il est fait prisonnier par
le Bègue de Villaines, qui garde le passage à la tête de trois cents
compagnons. Il est conduit dans la tente d’Yvon de Lakouet[104], où don
Enrique se rend aussitôt, et, après un échange de paroles injurieuses,
une lutte corps à corps s’engage entre les deux frères. Don Pèdre a
d’abord le dessus; il terrasse son compétiteur et le tient sous lui;
mais le vicomte de Rocaberti[105], chevalier aragonais présent à
cette scène, dégage don Enrique qui tue d’un coup de dague le roi de
Castille. P. 78 à 82, 314 à 316.
[103] Don Pèdre essaya de s’échapper la nuit du 23 mars 1369, dix
jours après le combat de Montiel. D’après le récit d’Ayala, fort
différent de celui de Froissart, don Pèdre, par l’entremise d’un
de ses chevaliers, Men Rodriguez de Senabria, l’un des tenanciers
de la seigneurie de Trastamare, naguère racheté par Bertrand
du Guesclin à Bernard de la Salle au prix de 5000 florins, don
Pèdre, dis-je, aurait fait proposer à Bertrand de lui donner en
héritage Soria, Atienza, Almazan, Monteagudo, Deza, Moron et de
plus 200 000 doubles castillanes d’or, si le chevalier breton
consentait à le tirer d’affaire et à le mettre en lieu sûr; et
du Guesclin, après avoir communiqué à don Enrique les ouvertures
de Men Rodriguez, aurait attiré don Pèdre hors du château en
feignant de se rendre à ses propositions (Ayala, 1369, cap. VIII;
Chronicon Briocense, dans dom Morice, _Preuves de l’Hist. de
Bretagne_, I, 46; _Thalamus parvus_, p. 383).
[104] Cet Yvon de Lakouet était entré au service du roi de France
le mercredi 26 avril de l’année précédente, et Olivier de Mauny
s’était porté garant des engagements pris par son compatriote,
ainsi qu’il résulte de l’acte suivant: «Sachent tuit que je
Olivier de Mauny, chevalier, ay promis par la foy de mon corps
et juré et jure aus sains ewangiles de Dieu que, ou cas où
messire Yon de Lacouet, chevalier de Bretaingne, mouvroit ou
feroit Compaingnes ou assemblées de gens ou royaume de France
pour grever ou dommager ycellui, aporterai dommage par moy et de
tout mon povoir au dit messire Yon et à ses aliez, par toutes les
voyes et manières que je pourré, si tost et incontinant que par
le roy nostre sire ou ses gens en seray acertenez...; et, pour
ce tenir et non venir contre ou enfraindre, je, à la requeste
du dit messire Yon, me establis pleiges envers le roy nostre
sire soubz l’obligacion de tous mes biens meubles et heritages à
justicier par toute justice. Donné en tesmoing de ce soubz mon
seel le mercredi XXVIe jour d’avril l’an mil CCCLX et huit.»
_Arch. Nat._, J 621, nº 72.--Charles V avait raison de prendre
ses sûretés en enrôlant Yvon de Lakouet. Ce chef de bande était,
suivant l’expression consacrée, sujet à caution, comme le prouve
un acte daté de Paris en juin 1368 par lequel le roi fit grâce
à un certain Guillaume Bonnet, âgé de vingt ans, originaire de
Saint-Germain-du-Plain et demeurant à Chalon, qui, trois ans
auparavant, s’était mis en la route et compagnie «d’un _Breton
nommé Lakouet et de ses gens, qui aloient ou paiz d’Espaigne,
lesquelz, quant il passèrent devant la Couloinne_ (aujourd’hui
la Colonne, hameau de Gigny, Saône-et-Loire, arr. Chalon, c.
Sennecey), _y mistrent et boutèrent les feus en plusieurs lieux
et depuis à Brancion_ (aujourd’hui Brancion, Saône-et-Loire, arr.
Mâcon, c. Tournus). _Arch. Nat._, JJ 99, nº 236.
[105] Le vicomte de Rocaberti est aussi nommé par un auteur
catalan anonyme dont voici le texte cité par Llaguno dans ses
notes sur Ayala: «Entonces el Vizconde de Rocaberti dió un golpe
de la daga al Rey Don Pedro, y le trastornó de la otra parte.»
Le lendemain de la mort de don Pèdre, le seigneur de Montiel vient
rendre son château à don Enrique. A la nouvelle de cette mort, Tolède
ouvre aussitôt ses portes au vainqueur, et le roi de Portugal, après
avoir d’abord défié le meurtrier de son cousin et envahi la marche de
Séville, ne tarde pas à faire la paix. Une fois redevenu maître et
paisible possesseur du royaume dont il a déjà été investi, don Enrique
récompense magnifiquement les chevaliers de France et de Bretagne, qui
ont tant contribué à le remettre sur le trône. Bertrand du Guesclin
est créé connétable de Castille et gratifié de la terre de Soria[106]
qui vaut par an vingt mille florins. Olivier de Mauny, neveu de
Bertrand, est investi de la seigneurie d’Agreda[107], d’un revenu
annuel de dix mille florins. Don Enrique vient tenir sa cour à Burgos
où les rois de France, d’Aragon et le duc d’Anjou lui font parvenir
leurs félicitations.--Mort tragique[108] de Lion d’Angleterre marié à
la fille de Galeas Visconti, seigneur de Milan; guerre entre Galeas et
Édouard Spencer, apaisée par l’entremise du comte de Savoie. P. 81 à
84, 317 à 319.
[106] Par acte daté de Séville le 4 mai 1369, don Enrique, roi
de Castille, de Tolède, de Léon, de Galice, de Séville, de
Cordoue, de Murcie, de Jaen, d’Algarbe, d’Algeciras et seigneur
de Molina, régnant avec la reine doña Juana sa femme et l’infant
don Juan héritier des royaumes de Castille et de Léon, donna à
perpétuité à «messire Bertran de Glaquen, comte de Longueville,»
1º son bourg de Molina, avec le château et l’autorisation de
prendre le titre de duc de Molina, 2º le bourg de Soria avec
le château, 3º le bourg d’Atienza avec le château, 4º le bourg
d’Almazan avec le château, 5º Moron, 6º Monteagudo, 7º le bourg
de Deza. Don Enrique ne retint que les mines d’or, d’argent et
d’azur (lazulite) et le privilége de battre monnaie de sept ans
en sept ans. Ces donations furent faites à la condition que
du Guesclin resterait au service de don Enrique, et, après le
décès du roi de Castille, au service de l’infant don Juan, son
fils et héritier présomptif (Dom Morice, _Preuves de l’hist. de
Bretagne_, I, 1628 à 1631). L’original du diplôme, dont nous
venons de donner l’analyse, rédigé en castillan, se trouve
aujourd’hui à la bibliothèque de la ville de Rennes à laquelle il
a été légué par la dernière duchesse de Gesvres; et le texte en
a été publié par M. André (_Bulletin de la Société archéologique
d’Ille-et-Vilaine_, t. VII).--Le duché de Molina et tous les
fiefs énumérés plus haut, ainsi que le comté de Borja donné
dès 1366 par le roi d’Aragon, sont situés dans un rayon assez
rapproché. Tout le monde connaît cette chaîne de montagnes,
analogue à nos Cévennes, qui, des Asturies à Gibraltar, coupe du
nord au sud la péninsule ibérique en deux versants très-inégaux,
le versant oriental et le versant occidental. Soria se trouve
sur le versant occidental de cette chaîne, tout près des ruines
de l’antique Numance et non loin de la source du Duero, le seul
fleuve qui arrose, avec le concours de nombreux affluents, il est
vrai, la Vieille Castille et Léon. Le comté de Borja s’étendait
sur le versant oriental de cette même chaîne, au bas des pentes
de la Sierra Moncayo, qui sépare le Duero naissant et ses
premiers affluents de la vallée de l’Èbre au milieu de laquelle
s’élève, sur la rive droite, la ville de Borja, qui avait donné
son nom à ce comté. La seigneurie d’Agreda, cédée par don Enrique
à Olivier de Mauny, est précisément à mi-chemin de Borja et de
Soria. La ville forte de Molina (auj. Molina de Aragon, prov. de
Guadalajara, dioc. de Sigüenza), chef-lieu de la seigneurie de
ce nom, érigée en duché en faveur de du Guesclin, est située,
comme Soria, sur le versant occidental de la chaîne dont il
s’agit, mais un peu plus au sud, là où commence la vallée du
Tage ou plutôt de son premier affluent le Gallo; elle commandait
par conséquent la route qui met Saragosse en communication avec
Tolède, c’est-à-dire l’Aragon avec la Nouvelle Castille, la
Manche et l’Estramadure. En 1375, Bertrand du Guesclin vendit le
comté de Borja à l’archevêque de Saragosse, moyennant le prix de
27 000 florins d’or (_Arch. de l’Archevêché de Zaragoza_, d’après
une communication de M. le marquis de Santa Coloma).
[107] La ville d’Agreda, cédée à Olivier de Mauny, fait
aujourd’hui partie, ainsi du reste que presque toutes les
seigneuries données à du Guesclin, de la province de Soria.
[108] Lionel, duc de Clarence, né à Anvers le 29 novembre 1338,
fit son testament le 3 octobre 1368 et mourut le 17 de ce mois.
La rumeur publique ayant attribué à un empoisonnement la mort
de ce prince, marié depuis quelques mois seulement à Yolande
Visconti, Édouard Spencer, qui avait accompagné Lionel en
Lombardie et en Piémont, entreprit de le venger, prit en main
les intérêts du défunt contre le duc de Milan et reçut à cette
occasion, au mois de décembre 1368, les félicitations ainsi
que les remercîments du roi d’Angleterre. Kervyn, _Œuvres de
Froissart_, XVIII, 489, 490.